La Guerre de Cent Ans (1337-1453) : chronique du conflit qui forgea la France moderne
Cent seize années, à dire vrai, plutôt que cent. Trois générations entières d'hommes nés, élevés et morts dans l'ombre d'une guerre qu'ils n'avaient ni déclenchée ni choisie. Lorsque, le 24 mai 1337, le roi Philippe VI de Valois prononce la confiscation du duché de Guyenne, il croit régler une querelle féodale ordinaire entre un suzerain et son vassal récalcitrant ; lorsque, le 17 juillet 1453, les couleuvrines de Jean Bureau dispersent à Castillon les dernières bandes anglaises d'John Talbot, c'est un autre royaume qui se relève des cendres, un royaume qui a inventé, pour survivre, l'impôt permanent, l'armée régulière, l'artillerie d'État, et cette idée encore neuve qu'un homme pouvait n'être pas seulement le sujet d'un seigneur mais le « François » d'un roi.
Cette chronique raconte la Guerre de Cent Ans comme elle s'est vécue : non pas la fresque héroïque des manuels, mais le long apprentissage d'une nation qui se découvre elle-même à travers la défaite. De Crécy à Azincourt, de Brétigny à Troyes, de Domrémy à Castillon, ce sont six rois de France, deux maisons royales et un peuple entier qui apprennent, dans la douleur, ce que signifiera désormais le mot « France ».
1337, La déclaration de guerre par Édouard III : un litige féodal devenu conflit dynastique
On a longtemps présenté l'origine de la Guerre de Cent Ans comme une querelle de couronne, l'orgueil d'un roi anglais réclamant l'héritage capétien par sa mère Isabelle. La vérité est plus prosaïque, et plus profonde. Au printemps 1337, ce qui sépare réellement Paris de Westminster n'est pas une généalogie : c'est un duché. Depuis le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri II Plantagenêt en 1152, les rois d'Angleterre tiennent en France, comme vassaux du roi de France, un domaine immense : la Guyenne, réduite au XIVe siècle au seul Bordelais et à la Gascogne, mais toujours suffisamment vaste pour que sa possession humilie la couronne de Saint Louis.
Ce paradoxe juridique, le roi d'Angleterre, prince souverain chez lui, devenu serviteur lige du roi de France pour son fief continental, avait déjà empoisonné le règne de Philippe le Bel, qui avait failli emporter la Guyenne par les armes au tournant du siècle. La crise dynastique de 1328 avait remis le feu aux poudres : à la mort de Charles IV, dernier des Capétiens directs, la couronne avait passé, sur la décision des barons, à son cousin Philippe de Valois. Édouard III Plantagenêt, fils d'Isabelle de France, sœur des trois derniers rois, n'avait alors pas même songé à protester ; il avait, en juin 1329, prêté hommage à Philippe VI à Amiens pour la Guyenne, agenouillé, mains dans les mains du Valois, l'image même de la soumission féodale.
Tout bascule en 1336. Édouard III accueille à sa cour Robert d'Artois, ennemi mortel de Philippe VI. Le roi de France exige l'extradition ; le roi d'Angleterre la refuse. Le 24 mai 1337, par lettres patentes lues à Westminster, Philippe VI prononce la commise du duché de Guyenne : la confiscation du fief pour félonie. Édouard répond le 7 octobre par un défi solennel adressé à « Philippe de Valois, qui se dit roi de France », formule diplomatique qui contient déjà toute la guerre. Trois ans plus tard, en janvier 1340, à Gand, devant les bourgeois flamands ses alliés, Édouard III écartèle son blason : aux léopards d'Angleterre, il joint les fleurs de lys de France. Le roi anglais n'est plus seulement vassal rebelle ; il est prétendant à la couronne capétienne.
L'affaire eût pu se régler par les procédures coutumières : un siège, une trêve, une médiation pontificale comme on en voyait alors tous les dix ans. Mais, à l'arrière-plan, deux États en formation s'éprouvent. La France de Philippe VI compte dix-sept à dix-neuf millions d'habitants, l'Europe la plus peuplée. Son armée féodale, où chevauchent les héritiers de Bouvines (1214), passe pour invincible depuis qu'elle a écrasé les Flamands à Cassel en 1328. L'Angleterre, beaucoup plus modeste, a inventé en revanche, dans ses guerres galloises et écossaises, une arme nouvelle : l'archer à arc long, le longbow, capable de décocher dix flèches par minute à deux cents mètres de distance. Personne, à Paris, ne soupçonne encore que la chevalerie française vit ses dernières années de gloire. Personne ne soupçonne, surtout, que la querelle ouverte ce jour de mai 1337 mettra en jeu, pour cent seize ans, l'idée même de France.
Premières défaites françaises : Crécy (1346) et Poitiers (1356), l'effondrement de la chevalerie
L'année 1346 marque le premier écroulement. Édouard III a débarqué le 12 juillet à Saint-Vaast-la-Hougue, à la tête d'environ quinze mille combattants, chiffre modeste, mais discipliné, soldé, encadré. Sa chevauchée traverse la Normandie, brûle Saint-Lô, Caen, contourne Rouen, force la Seine à Poissy, et remonte vers la Picardie, harcelée par l'armée de Philippe VI. Le 26 août, au crépuscule, l'armée anglaise se retranche à Crécy-en-Ponthieu, sur une croupe modeste dominant la vallée de la Maye. Édouard a disposé ses archers en herse de chaque côté de ses chevaliers démontés. Il attend.
L'armée française survient en désordre. Trente mille hommes, peut-être davantage : la fleur de la noblesse, douze mille arbalétriers génois, le contingent du roi de Bohême Jean l'Aveugle. Philippe VI, conseillé par les vieux capitaines, voudrait remettre la bataille au lendemain ; les chevaliers, bouillants, exigent l'assaut sur l'heure. L'orage qui éclate avant l'engagement détrempe les cordes des arbalètes génoises, longues à recharger, mais épargne celles des arcs anglais que les archers ont prudemment décrochées et glissées sous leur chaperon. La première charge se brise sous une grêle de flèches. La deuxième écrase, dans la pente boueuse, les corps de la première. La troisième se mêle au massacre des deux précédentes. Quinze ou seize charges successives, racontent les chroniqueurs. À l'aube du 27, on dénombre, fauchés, le comte de Flandre, le duc de Lorraine, le comte d'Alençon, frère du roi, plus de quinze cents chevaliers et, au cœur de la mêlée, le vieux roi aveugle de Bohême qui avait demandé qu'on l'attachât à son cheval pour mourir « la bouche tournée vers les ennemis ». La chevalerie française, depuis Bouvines réputée la première du monde, vient d'apprendre qu'elle peut tomber sous les flèches d'un manant.
Édouard, sans vouloir exploiter la victoire, marche sur Calais qu'il assiège onze mois durant. La ville capitule le 4 août 1347 ; le roi anglais n'épargne ses bourgeois, les fameux Six Bourgeois, immortalisés par Rodin, que sur l'intervention de la reine Philippa. Calais devient, et restera deux cent onze ans, la tête de pont anglaise sur le continent. C'est sur cette défaite ouverte que survient, l'année suivante, la Peste noire : entre l'été 1348 et l'été 1350, près du tiers de la population française disparaît. Les armées s'arrêtent ; les rois ne se battent plus que par procuration ; l'économie s'effondre.
Quand reprend le grand mouvement, en 1355, c'est le fils d'Édouard III, Édouard de Woodstock, prince de Galles, celui que la postérité nommera le Prince Noir à cause de la couleur de son armure, qui mène le jeu. À l'automne 1356, parti de Bordeaux, il remonte vers le nord à travers le Limousin et le Berry, brûlant les villages et chargeant les granges de butin. Le nouveau roi de France, Jean II le Bon, l'épithète signifie ici « brave » plutôt que « bienveillant », se lance à sa poursuite avec une armée trois fois supérieure. Il rejoint le Prince Noir le 18 septembre 1356 dans la plaine de Maupertuis, près de Poitiers.
La bataille du 19 septembre répète Crécy avec une cruauté supplémentaire. Les Anglais, en infériorité numérique, se sont retranchés derrière une haie d'aubépines qui canalise les charges françaises ; les archers, embusqués sur les flancs, foudroient les colonnes une à une. Jean II, à pied au centre de sa bataille, combat avec une bravoure qui restera proverbiale ; son fils cadet Philippe, qui deviendra le premier duc de Bourgogne de la nouvelle maison Valois, ne le quitte pas et lui crie, dans la mêlée, « Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche ! », ces mots qui valurent au cadet l'épithète de « Hardi ». Le roi est fait prisonnier au soir, ainsi que son fils. La rançon, fixée par le traité, atteindra trois millions d'écus d'or, somme inouïe, près de deux fois le revenu annuel du royaume.
Pour la première fois de son histoire, la France n'a plus de roi sur son sol. Le Dauphin Charles, futur Charles V, dix-neuf ans, doit affronter à la fois la jacquerie paysanne, la révolte parisienne d'Étienne Marcel, les Grandes Compagnies de soudards démobilisés qui ravagent les campagnes, et la diplomatie acharnée d'un roi anglais qui rêve désormais ouvertement de Paris.
Le traité de Brétigny (1360) et la reconquête de Charles V : la patience d'un roi sage
Le traité de Brétigny, signé le 8 mai 1360 dans un hameau près de Chartres et ratifié à Calais le 24 octobre, consacre, sur le papier, le triomphe de l'Angleterre. Édouard III renonce à la couronne de France ; en échange, il obtient en pleine souveraineté, sans hommage féodal, un « grand duché de Guyenne » qui couvre près du quart du royaume : Aquitaine, Poitou, Saintonge, Limousin, Périgord, Quercy, Rouergue, Bigorre, Calais, le Ponthieu. Jean II le Bon recouvre sa liberté contre l'engagement d'une rançon écrasante et la livraison de quatre de ses fils en otage à Londres. Lorsque l'un d'eux, Louis d'Anjou, s'évade en 1363, le vieux roi, par scrupule chevaleresque qui sidérera Froissart, retourne lui-même se constituer prisonnier à Londres, où il mourra le 8 avril 1364.
Son successeur, Charles V le Sage, n'a alors que vingt-six ans. Il a vécu Poitiers en spectateur impuissant, la jacquerie en otage parisien, et la régence en lutte permanente contre Étienne Marcel et Charles le Mauvais de Navarre. De cet apprentissage cruel sort un autre roi : non plus le chevalier qui charge à la tête de sa bataille, mais l'administrateur silencieux qui règne depuis l'hôtel Saint-Pol, lit Aristote dans la traduction de Nicole Oresme, fait copier les manuscrits de la « librairie » du Louvre, six cents volumes, ancêtre de la Bibliothèque nationale, et choisit ses lieutenants moins pour leur lignage que pour leur talent. Le plus grand d'entre eux est un petit hobereau breton noiraud et trapu, fils cadet sans fortune : Bertrand Du Guesclin.
Charles V refuse, contre toute la tradition, la bataille rangée. Il n'opposera plus jamais à l'Anglais une grande armée féodale, il a vu ce qu'il en advenait. Sa stratégie tient en trois mots : harcèlement, sièges, places fortes. Du Guesclin, fait connétable de France en 1370, applique cette doctrine avec une obstination paysanne. On évite l'affrontement décisif ; on reprend les villes une à une, parfois moyennant rançon, parfois par escalade nocturne ; on saigne les chevauchées anglaises par embuscades successives. Pour financer l'effort, Charles V établit, par l'ordonnance du 12 janvier 1360, les premiers impôts permanents, gabelle du sel, fouage, aides, qui survivront, sous d'autres noms, jusqu'à la nuit du 4 août 1789. Pour reconstituer l'armée, il instaure des compagnies soldées, payées sur le trésor royal et non plus sur les fiefs. Pour défendre Paris, il fait élever par Hugues Aubriot l'enceinte qui portera son nom et la Bastille, dont l'ombre planera quatre siècles sur la monarchie.
Les résultats viennent vite. En 1369, Charles V relance la guerre en confisquant à nouveau la Guyenne, exact écho de 1337, mais avec, cette fois, un instrument militaire à la hauteur. En une décennie, Du Guesclin reprend le Poitou, la Saintonge, l'Aunis, le Périgord, l'Agenais, le Limousin. À la mort de Charles V, le 16 septembre 1380, l'Angleterre ne possède plus en France que Calais, Bordeaux, Bayonne et quelques bicoques de la côte aquitaine. La France respire. La France croit que la guerre est finie. La France se trompe.
La folie de Charles VI et le désastre d'Azincourt (1415) : le royaume au bord du gouffre
Charles V laisse en mourant un fils de douze ans, Charles VI, et, par testament, une régence partagée entre ses frères : les ducs d'Anjou, de Berry, de Bourgogne et de Bourbon. Cette répartition équilibrée tient tant que le jeune roi est mineur ; elle s'effondre dès qu'il prend le pouvoir en 1388. Quatre ans plus tard, le 5 août 1392, traversant à cheval la forêt du Mans pour châtier le duc de Bretagne, Charles VI est saisi d'une crise soudaine : il tire l'épée sur ses propres compagnons, en tue quatre, hurle qu'on veut l'assassiner. La folie ne le quittera plus jusqu'à sa mort, trente ans plus tard. Phases lucides séparées par des crises violentes, périodes où il croit être de verre et craint de se briser, où il ne reconnaît plus la reine Isabeau ni ses propres enfants, où il refuse de se laver pendant des mois.
Autour d'un roi désormais incapable de gouverner s'installe la pire des situations : la rivalité entre deux clans pour l'exercice du pouvoir. D'un côté, le duc Louis d'Orléans, frère cadet du roi, brillant, avide, soupçonné d'être l'amant de la reine. De l'autre, son cousin Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Le 23 novembre 1407, rue Vieille-du-Temple à Paris, des sicaires aux gages de Jean sans Peur assassinent Louis d'Orléans à coups de hache. La guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons commence. Pendant douze ans, ces deux factions vont s'entre-déchirer, brûler villages et faubourgs, faire alterner les massacres parisiens, des Cabochiens en 1413 aux égorgements de juin 1418 où l'on jette les Armagnacs prisonniers par les fenêtres de la Conciergerie.
C'est ce royaume divisé, exsangue, ingouvernable, qu'attaque Henri V Lancastre, jeune roi d'Angleterre, en août 1415. Il débarque à l'embouchure de la Seine, prend Harfleur après cinq semaines de siège, et entreprend, avec une armée affaiblie par la dysenterie, de gagner Calais par voie de terre. L'ost royal français, vingt mille hommes peut-être, contre six à neuf mille Anglais, lui barre la route le 25 octobre 1415, jour de la Saint-Crépin, dans la plaine boueuse d'Azincourt, au cœur de l'Artois. Le terrain, étroit entre deux bois, annule la supériorité numérique française. Les chevaliers, alourdis par leurs armures de plates dans la boue automnale, s'enlisent jusqu'aux genoux à mesure qu'ils avancent. Les archers anglais, redoutables, déchargent une fois encore leurs nuées de flèches. Mais le pire vient ensuite : Henri V, craignant un retournement de situation alors qu'il vient de remporter la mêlée, ordonne, au mépris de toutes les lois de la guerre, l'égorgement systématique des prisonniers de marque. Six mille cadavres jonchent le champ, dont la fleur de la noblesse française : le duc de Brabant, le duc d'Alençon, le comte de Nevers, l'amiral de Dampierre, le connétable d'Albret. Trois ducs, sept comtes, douze cents chevaliers. Une génération entière effacée en quatre heures.
L'Angleterre ne se contente plus de chevauchées : elle conquiert. Henri V occupe méthodiquement la Normandie en 1417-1419, prend Rouen après un siège terrible, marche sur Paris. Quand, en septembre 1419, Jean sans Peur est assassiné à son tour sur le pont de Montereau par les hommes du dauphin Charles, son fils Philippe le Bon de Bourgogne bascule dans le camp anglais. La France est désormais coupée en trois : un royaume anglo-bourguignon au nord, fidèle à Henri V ; un royaume armagnac au sud de la Loire, fidèle au dauphin Charles ; et, entre les deux, des marches dévastées où vagabondent les compagnies. Le coup de grâce viendra, l'année suivante, à Troyes.
Le Traité de Troyes (1420) : la déshérence du dauphin et le « roi de Bourges »
Le 21 mai 1420, dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes, en Champagne, est signé l'acte le plus humiliant de l'histoire de la monarchie française. Charles VI, dans une de ses rares phases lucides, et pressé par la reine Isabeau de Bavière et par le duc Philippe de Bourgogne, accepte de marier sa fille Catherine de France à Henri V d'Angleterre. Le roi anglais devient régent du royaume du vivant de son beau-père, et héritier de la couronne à sa mort. Le dauphin Charles, son propre fils, futur Charles VII, est solennellement déshérité par l'article XXIX du traité, accusé des « horribles et énormes crimes et délits » de l'assassinat de Montereau. La couronne de Hugues Capet, transmise sans rupture depuis 987, doit passer à un Plantagenêt.
Pour mesurer l'ampleur du désastre, il faut se rappeler ce qu'était la dynastie capétienne dans l'imaginaire médiéval : non pas une famille parmi d'autres, mais la très chrétienne lignée que Dieu avait choisie pour gouverner la France, sacrée à Reims depuis Louis le Pieux par l'huile que la colombe avait apportée du ciel à Clovis en 496, héritière de Saint Louis et de Charlemagne. L'idée même qu'un Anglais, fût-il le mari d'une fille de France, pût ceindre cette couronne révulsait les juristes royaux, les théologiens de Paris, et ce peuple obscur dont nul n'avait jamais sondé le sentiment politique mais qui, à l'évidence, refusait. La République des Lettres parisienne, l'Université, le Parlement, les bourgeois, accepta Troyes. Le sentiment national, lui, n'accepta jamais.
Henri V mourut le 31 août 1422, à trente-quatre ans, dans le château de Vincennes, miné par la dysenterie ramenée des marches de la Loire. Charles VI le suivit dans la tombe le 21 octobre suivant. Le petit Henri VI d'Angleterre, neuf mois, devint, en vertu du traité de Troyes, roi de France et d'Angleterre, la première et seule fois dans l'histoire que la même tête porta les deux couronnes. La régence du royaume de France passa à son oncle, le duc Jean de Bedford, qui s'établit à Paris.
De son côté, le dauphin Charles, vingt ans, déshérité, désargenté, doutant lui-même, disent ses confidents, d'être réellement le fils de Charles VI plutôt qu'un bâtard de Louis d'Orléans, se proclama roi à Mehun-sur-Yèvre en novembre 1422 sous le nom de Charles VII. Mais il ne possédait, au sud de la Loire, qu'un demi-royaume tronqué : le Berry, le Bourbonnais, l'Auvergne, le Languedoc, le Dauphiné. La cour s'installa à Bourges, modeste capitale de fortune. Les Anglais, persifleurs, baptisèrent le souverain « le petit roi de Bourges ». Pendant sept années, Charles VII, prostré dans l'indécision et la mélancolie, laissa la situation militaire se détériorer : la Champagne, le Maine, la Picardie, le Vermandois passèrent l'un après l'autre à l'ennemi. À l'automne 1428, Bedford mit le siège devant Orléans. La ville était la dernière clef du sud : sa chute ouvrirait la Loire, livrerait Bourges, achèverait la France. C'est alors qu'à Domrémy, à six cents kilomètres de là, une jeune fille de seize ans entendit, pour la première fois, des voix.
Jeanne d'Arc et le sacre de Reims (1429) : le retournement
L'épopée de Jeanne d'Arc tient en treize mois, de l'arrivée à Chinon, en mars 1429, à la capture devant Compiègne, le 23 mai 1430. Treize mois pendant lesquels le cours de la guerre, qui semblait scellé depuis Azincourt, est intégralement renversé. Aucune autre figure de l'histoire militaire occidentale n'a jamais condensé un tel basculement dans un délai aussi bref. Ce n'est pas le moindre des paradoxes que la Pucelle soit, au sens strict, à la fois l'événement le plus inexplicable et l'événement le mieux documenté de tout le Moyen Âge français, grâce aux deux procès (condamnation 1431, réhabilitation 1456) qui ont préservé près de cent quinze témoignages directs.
Quand Jeanne paraît à Chinon au début de mars 1429, après une chevauchée de onze jours à travers la France ennemie, Charles VII a tout perdu sauf l'illusion. Orléans assiégée depuis octobre, l'armée royale incapable d'agir, le trésor vide, la mère même du roi, Yolande d'Aragon, reine de Sicile, multipliant en désespoir de cause les démarches. Le récit de la première rencontre, où Jeanne reconnaît le dauphin dissimulé parmi ses gentilshommes, appartient sans doute à la légende ; le « signe » qu'elle lui donne en privé, et qui le convainc qu'elle est envoyée de Dieu, demeure le plus fameux secret de l'histoire de France. Examinée à Poitiers par les théologiens, déclarée non hérétique, équipée d'une armure blanche et d'un étendard, Jeanne quitte Blois pour Orléans le 27 avril.
Le siège tombe en neuf jours. Le 8 mai 1429, après la prise des bastilles anglaises au pas de charge, Saint-Loup, les Augustins, les Tourelles, la garnison anglaise lève le siège et bat en retraite. C'est la première grande victoire française depuis Charles V. Jeanne enchaîne aussitôt : campagne de la Loire, prises de Jargeau, de Meung, de Beaugency, et surtout, le 18 juin 1429, la victoire écrasante de Patay où la chevalerie française, avec deux mille morts anglais contre quelques dizaines des siens, prend exactement la revanche d'Azincourt. La voie de Reims est ouverte, non par Paris, comme l'eût conseillé une stratégie purement militaire, mais par la Champagne, à travers cent cinquante lieues de territoire bourguignon. Jeanne le veut ainsi : c'est le sacre qu'elle est venue chercher.
La cathédrale Notre-Dame de Reims, où trente-deux rois capétiens et valois ont été oints depuis Louis le Pieux en 816, est ouverte à l'armée royale le 16 juillet 1429. Le lendemain, dimanche 17 juillet, l'archevêque Regnault de Chartres couronne Charles VII selon le rite immémorial : ablutions, onction par la sainte ampoule, remise des regalia, communion sous les deux espèces. Jeanne se tient à droite de l'autel, son étendard à la main, parce que, dira-t-elle au procès, « il avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à l'honneur ». À cette heure, et seulement à cette heure, Charles VII cesse d'être un dauphin contestable pour devenir, aux yeux du droit divin, l'oint du Seigneur, roi très chrétien sacré à Reims comme tous ses ancêtres. Henri VI d'Angleterre, à Paris, ne sera couronné « roi de France » qu'en décembre 1431, et à Notre-Dame de Paris : sacre boiteux, sans Reims, sans la sainte ampoule, sans le rituel intégral. Le coup, sur le plan symbolique, est mortel.
La suite, on la connaît : tentative manquée sur Paris en septembre 1429, capture devant Compiègne en mai 1430, vente aux Anglais par Jean de Luxembourg en novembre, procès en hérésie à Rouen sous la présidence de l'évêque collaborateur Pierre Cauchon, bûcher du Vieux-Marché le 30 mai 1431. Charles VII, dont l'ingratitude pèsera lourd dans la mémoire française, ne fit aucune offre de rançon. Mais l'œuvre de Jeanne, par-delà la mort, restait acquise : le roi était sacré, l'armée régénérée, la dynastie sauvée. La machine de la reconquête, cette fois, ne s'arrêterait plus.
Reconquête : Formigny (1450) et Castillon (1453), la fin de la guerre
L'éclair de Jeanne avait ouvert la brèche ; la lente reconstruction de Charles VII l'agrandit en victoire. Le tournant diplomatique survient à Arras, le 21 septembre 1435 : Philippe le Bon de Bourgogne, lassé d'une alliance anglaise dont il ne tirait plus profit, abandonne Henri VI et se réconcilie avec Charles VII. La France n'est plus coupée. Paris bascule dans le camp royal le 13 avril 1436 ; Charles VII y entre solennellement le 12 novembre 1437, dix-sept ans après en avoir été chassé enfant.
Charles VII, que ses contemporains hésitèrent à juger entre indolence et patience, opère alors une réforme militaire dont la portée dépasse de beaucoup la Guerre de Cent Ans. Par les ordonnances de 1445, il crée les compagnies d'ordonnance, quinze unités de cent lances chacune, soldées en permanence par le trésor royal : c'est la naissance, en Europe, de la première armée régulière depuis Rome. Par celle de 1448, il instaure les francs-archers, milice paroissiale d'arbalétriers et d'archers prélevés sur la population. Et, surtout, il confie aux frères Bureau, Jean et Gaspard, bourgeois parisiens, la création d'une artillerie de campagne dont la portée, la cadence et la mobilité n'ont aucun équivalent en Europe : trois cents bouches à feu en 1449, fondues à Bourges et à Tours.
La reconquête de la Normandie dure quatorze mois (août 1449 - août 1450) : ville après ville, l'artillerie royale fait sauter en quelques heures des murs qui auraient résisté des semaines à un siège classique. Le 15 avril 1450, à Formigny, près de Bayeux, l'armée anglaise venue secourir la province est anéantie, quatre mille morts, à peine cinq cents survivants. C'est la première bataille rangée que les couleuvrines françaises décident en retournant un combat mal engagé. Caen capitule le 6 juillet, Cherbourg le 12 août. La Normandie, anglaise depuis la conquête de Henri V, redevient française sans esprit de retour.
Reste la Guyenne, plantagenêt depuis trois siècles. Bordeaux, dont le commerce du vin avec l'Angleterre faisait la fortune, accueillit la reconquête française d'août 1451 avec amertume. Quand, à l'été 1452, le vieux John Talbot, comte de Shrewsbury, débarqua avec une armée de secours, la ville se rendit à lui sans combat. La réplique de Charles VII fut foudroyante. Le 17 juillet 1453, à Castillon, sur la rive droite de la Dordogne, l'armée française commandée par Jean Bureau attendit Talbot dans un camp retranché hérissé d'artillerie. Le vieux capitaine anglais, croyant à une retraite, chargea sans précaution. Les trois cents bouches à feu de Bureau ouvrirent en quelques minutes une saignée dans ses rangs. Talbot, désarçonné, fut tué d'un coup de hache. Quatre mille Anglais périrent. Le 19 octobre 1453, Bordeaux ouvrit ses portes. Pour la première fois depuis 1152, l'Angleterre n'avait plus en France que la seule ville de Calais, qu'elle conserverait encore un siècle, jusqu'au 7 janvier 1558. La Guerre de Cent Ans était finie, sans traité de paix, sans cérémonie, sans armistice : par épuisement militaire, par victoire totale.
Conséquences : la naissance de la France moderne
Aucune guerre, dans l'histoire d'aucun peuple européen, n'a transformé aussi la nation qui la subit. La France de 1453 n'a presque rien de commun avec celle de 1337. Ce n'est pas seulement la même couronne sur d'autres têtes ; c'est un autre État, une autre société, une autre âme.
L'État, d'abord. La monarchie féodale, héritée de Philippe Auguste et de Saint Louis, où le roi vivait du domaine et négociait chaque taille avec ses vassaux, a fait place à une monarchie administrative qui dispose en permanence de trois leviers inconnus avant la guerre : l'impôt royal régulier (taille, gabelle, aides), institué par Charles V et pérennisé par Charles VII ; l'armée permanente soldée, compagnies d'ordonnance et francs-archers, qui ne dépend plus de la convocation du ban et de l'arrière-ban ; et l'artillerie d'État, monopole technique royal, dont les frères Bureau ont fait, en deux décennies, un instrument décisif. Ces trois instruments ne disparaîtront jamais. Tels quels, ils armeront Louis XI contre Charles le Téméraire, François Ier contre Charles Quint, Louis XIV contre l'Europe entière, jusqu'à la Révolution.
La société ensuite. La noblesse française, saignée à blanc par Crécy, Poitiers, Azincourt, Verneuil, ressort de la guerre transformée. Une partie a péri sur les champs de bataille ; l'autre, ruinée par les rançons et l'effondrement des revenus seigneuriaux, est désormais dépendante de la solde royale et des bénéfices de cour. Le chevalier indépendant, suzerain de son fief et juge de ses paysans, cède la place à l'officier du roi, gentilhomme servant payé sur le trésor. Symétriquement, la bourgeoisie urbaine, celle des Bureau, des Jacques Cœur, des Étienne Marcel, gagne en poids ce que la noblesse perd : elle finance la guerre, fournit les officiers de finance, peuple les Parlements, et commence cette ascension qui aboutira, au XVIIe siècle, à la noblesse de robe.
L'âme enfin. Le mot « France », au XIIe siècle, désignait encore vaguement le domaine royal autour de Paris ; le « François » était le sujet du roi de Paris, par opposition au Normand, au Picard, au Gascon, au Provençal. Au sortir de la guerre, le sentiment national, ce qu'on appelait alors l'amour du royaume, a changé de nature. La fidélité féodale est devenue patriotisme. Jeanne d'Arc, paysanne lorraine qui parlait à peine le français de Paris, marchait néanmoins « pour bouter les Anglais hors de France », formule qui suppose une France perçue comme un tout, par-delà les fiefs et les dialectes. Cette conscience d'appartenance nationale, neuve en Europe, sera l'héritage le plus durable de la guerre. Quand, en 1539, François Ier imposera par l'ordonnance de Villers-Cotterêts le français comme langue unique des actes administratifs, il ne fera que tirer la conséquence administrative d'un fait acquis depuis Castillon.
Reste l'héritage culturel, plus discret mais non moins réel. La chevalerie médiévale ne survit pas au choc des arquebuses. La féodalité ne survit pas à la fiscalité d'État. Le roi sacré à Reims, en revanche, sort grandi de l'épreuve : c'est lui qui, par Jeanne, a sauvé le royaume ; c'est de lui que dépend, désormais, le sentiment d'unité nationale. La monarchie absolue de Versailles, deux siècles plus tard, se nourrira de cette mystique forgée dans la douleur de la Guerre de Cent Ans. La sainte de Domrémy, brûlée par ses ennemis en 1431, réhabilitée par l'Église en 1456, canonisée par Rome en 1920, demeure le symbole le plus pur de cette transmutation : la jeune fille obscure devenue, par l'épreuve commune, la mère mystique d'une France qu'elle a contribué, plus que personne, à faire naître.
Aller plus loin sur France Éternelle
La Guerre de Cent Ans traverse de bout en bout l'histoire médiévale française, et nos chroniques en explorent les acteurs, les lieux et les arrière-plans. Voici les pillars et fiches publiés sur lesquels prolonger cette lecture :
Les rois et reines de la guerre
- Charles V le Sage, l'architecte silencieux de la première reconquête, qui inventa l'État moderne en quinze ans de règne.
- Charles VII le Victorieux, du « petit roi de Bourges » au monarque qui chassa l'Anglais : portrait d'un règne mal-aimé et décisif.
- Louis XI, l'héritier qui, en abattant Charles le Téméraire à Nancy en 1477, acheva l'œuvre territoriale ouverte à Castillon.
- Saint Louis, l'aïeul mythique dont la mémoire pesa sur tous les Valois et fonda la légitimité capétienne.
- Philippe Auguste, vainqueur de Bouvines (1214), bâtisseur d'un domaine royal sans lequel la guerre eût été perdue dès Crécy.
- Philippe le Bel, celui qui, au tournant du XIVe siècle, posa avec la confiscation de la Guyenne le précédent dont Philippe VI hériterait en 1337.
- Aliénor d'Aquitaine, par son mariage avec Henri II en 1152, l'origine lointaine du paradoxe plantagenêt.
Jeanne d'Arc, à part entière
- Jeanne d'Arc, Domrémy, Orléans, Reims, Rouen : la pucelle qui sauva un royaume (chronique-pillar de 24 minutes).
- Sainte Jeanne d'Arc, la fiche hagiographique : voix, procès, canonisation de 1920.
Les lieux du sacre et de la fin de guerre
- Cathédrale Notre-Dame de Reims, où Charles VII fut sacré le 17 juillet 1429 ; trente-trois sacres depuis Louis le Pieux.
- Basilique-cathédrale de Saint-Denis, nécropole royale où repose Charles V « le Sage ».
- Forteresse royale de Chinon, où Jeanne reconnut le dauphin en mars 1429.
- Cathédrale Notre-Dame de Rouen, la ville du procès et du bûcher de 1431.
- Cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, la ville délivrée le 8 mai 1429.
Les pillars d'arrière-plan
- Les Templiers (1118-1314), ordre dissous par Philippe le Bel vingt-trois ans avant la guerre, et dont la chute préparait le climat dynastique de 1328.
- Les Croisades (1095-1291), l'arrière-plan spirituel et chevaleresque dont Crécy sonnera le glas.
- Liste des rois de France, pour situer les Valois dans la longue chaîne de soixante-six souverains depuis Clovis.
« Mon étendard avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à l'honneur. », Jeanne d'Arc, Reims, 17 juillet 1429.
Cent seize ans pour qu'un royaume devienne une nation. La Guerre de Cent Ans est moins une catastrophe qu'une matrice : tout ce que la France sera ensuite, État, armée, langue, sentiment d'unité, y prend sa source.
Questions fréquentes
Pourquoi la Guerre de Cent Ans s'appelle-t-elle ainsi ?
L'expression est du XIXᵉ siècle : Henri Martin l'emploie en 1853 dans son Histoire de France, popularisée ensuite par les manuels républicains. Le conflit dure en réalité 116 ans (1337-1453) entrecoupés de longues trêves (Brétigny-Calais 1360-1369, traité de Troyes 1420-1428). Les contemporains parlaient simplement de « la guerre » ou des « guerres entre France et Angleterre ».
Quelle est la cause exacte du conflit ?
Triple cause. Dynastique : la mort de Charles IV en 1328 sans héritier mâle, l'éviction des prétentions d'Édouard III par Philippe VI de Valois sur la base de la « loi salique » réinventée. Féodale : Édouard III duc de Guyenne refusait de prêter hommage en bonne et due forme. Commerciale : la Flandre, vassale de la France mais dépendante de la laine anglaise, bascula du côté anglais en 1340. La confiscation de la Guyenne par Philippe VI le 24 mai 1337 fut le casus belli.
Qui a gagné la bataille de Crécy ?
Édouard III remporta une victoire écrasante le 26 août 1346 à Crécy-en-Ponthieu (Somme). Les longbows gallois (arcs longs, 12 flèches/minute, portée 250 m) et les arbalétriers génois face à la chevalerie française désordonnée firent un carnage : 1 542 chevaliers français tués dont le roi Jean l'Aveugle de Bohême, contre quelques dizaines d'Anglais. Le Prince Noir y reçut sa première bataille à 16 ans. Calais tomba l'année suivante (1347).
Pourquoi Jean II le Bon a-t-il été capturé ?
Le 19 septembre 1356 à Poitiers (Maupertuis, près de Nouaillé), le roi Jean II le Bon fut capturé par le Prince Noir après une charge frontale catastrophique. La rançon fixée par le traité de Brétigny (8 mai 1360) atteint le chiffre vertigineux de 3 millions d'écus d'or. Jean II mourut prisonnier à Londres le 8 avril 1364, avant que la rançon ne soit entièrement payée. Charles V dut ensuite reconstruire le royaume.
Quel rôle joua Du Guesclin ?
Bertrand du Guesclin (vers 1320-1380), modeste chevalier breton laid et trapu, devint connétable de France en 1370. Tacticien de la guérilla et du harcèlement, il évita les batailles rangées, reconquit la Normandie, le Poitou et l'Aquitaine entre 1370 et 1380. À sa mort le 13 juillet 1380 devant Châteauneuf-de-Randon, il avait quasiment tout repris à l'Anglais. Charles V lui fit l'honneur d'une sépulture à Saint-Denis aux pieds des rois.
Que s'est-il passé à Azincourt en 1415 ?
Le 25 octobre 1415 (jour de la Saint-Crépin), Henri V d'Angleterre, à la tête d'environ 6 000 hommes (5 000 archers, 1 000 chevaliers) épuisés et affamés, écrasa l'armée française de 12 000 à 20 000 hommes commandée par le connétable d'Albret. Le terrain boueux paralysa la chevalerie française ; les longbows anglais firent un carnage. Pertes : 7 000 à 10 000 morts français (ducs d'Alençon, de Bar, de Brabant), contre 100 à 600 Anglais. Le désastre rouvrit la guerre.
Quel rôle exact a joué Jeanne d'Arc ?
Jeanne d'Arc (vers 1412-1431), bergère de Domrémy, déclarant entendre les voix de saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite, obtint en février 1429 du dauphin Charles à Chinon le commandement d'une armée. Elle libéra Orléans assiégée du 29 avril au 8 mai 1429, gagna la bataille de Patay le 18 juin, fit sacrer Charles VII à Reims le 17 juillet. Capturée à Compiègne le 23 mai 1430, vendue aux Anglais, brûlée à Rouen le 30 mai 1431. Réhabilitée en 1456, canonisée le 16 mai 1920.
Quels traités ont marqué la guerre ?
Trois traités majeurs : Brétigny (8 mai 1360) qui cède à l'Angleterre un tiers de la France (Aquitaine, Poitou, Périgord, Limousin) en pleine souveraineté ; Troyes (21 mai 1420) où Charles VI déshérite le dauphin et reconnaît Henri V comme héritier de France via son mariage avec Catherine de Valois ; Picquigny (29 août 1475) après-guerre, où Édouard IV renonce moyennant 75 000 écus comptants. Le statut de Calais fut réglé seulement en 1558 par sa reprise par les Guise.
Pourquoi la France a-t-elle finalement gagné ?
Cinq facteurs convergèrent. (1) Réformes militaires de Charles VII : compagnies d'ordonnance créées par l'ordonnance du 26 mai 1445, première armée régulière permanente d'Europe. (2) Artillerie moderne des frères Jean et Gaspard Bureau, décisive à Castillon. (3) Réconciliation avec la Bourgogne au traité d'Arras (21 septembre 1435). (4) Fiscalité permanente avec la taille (1439). (5) Affaiblissement anglais par la guerre des Deux-Roses (Lancastre/York) à partir de 1455.
Quelles furent les conséquences de la guerre ?
Démographiques : population française chutée de 17 à 10 millions (cumul guerre + Peste noire 1348). Politiques : naissance de l'État moderne, impôt permanent (taille 1439, gabelle), armée régulière, artillerie d'État, monopole de la justice. Sociales : transformation de la noblesse en service royal, montée d'une bourgeoisie d'affaires (Jacques Cœur). Identitaire : émergence d'un sentiment national français, fixé par les chroniques de Froissart, Monstrelet et Chastellain.
Pour aller plus loin
Bibliographie
- Jean FAVIER, La Guerre de Cent Ans, Fayard, Paris, 1980.
- Philippe CONTAMINE, La Guerre de Cent Ans, PUF, « Que sais-je ? », Paris, 1968 (rééd. 2014).
- Philippe CONTAMINE, Guerre, État et société à la fin du Moyen Âge. Études sur les armées des rois de France 1337-1494, Mouton, Paris-La Haye, 1972.
- Christopher ALLMAND, The Hundred Years War. England and France at War, c. 1300 - c. 1450, Cambridge University Press, 1988.
- Jonathan SUMPTION, The Hundred Years War, 5 vol., Faber and Faber, Londres, 1990-2023.
- Anne CURRY, Agincourt. A New History, Tempus, Stroud, 2005.
- Régine PERNOUD et Marie-Véronique CLIN, Jeanne d'Arc, Fayard, Paris, 1986.
- Colette BEAUNE, Jeanne d'Arc, Perrin, Paris, 2004.
- Bernard GUENÉE, Un meurtre, une société. L'assassinat du duc d'Orléans, 23 novembre 1407, Gallimard, Paris, 1992.
- Françoise AUTRAND, Charles V le Sage, Fayard, Paris, 1994.
- Françoise AUTRAND, Charles VI. La folie du roi, Fayard, Paris, 1986.
- Bertrand SCHNERB, L'État bourguignon, 1363-1477, Perrin, Paris, 1999.
- Jean FROISSART, Chroniques, éd. critique Société de l'Histoire de France, Paris, 1869-1975.
- Enguerrand de MONSTRELET, Chronique, éd. Doüet d'Arcq, Société de l'Histoire de France, Paris, 1857-1862.
- Boris BOVE, Le Temps de la guerre de Cent Ans (1328-1453), Belin, « Histoire de France », Paris, 2009.