Jeanne d'Arc : Domrémy, Orléans, Reims, Rouen, la pucelle qui sauva un royaume
Jeanne d'Arc avait dix-sept ans quand elle entra dans Chinon, en mars 1429, pour annoncer au dauphin Charles qu'elle bouterait les Anglais hors de France. Personne ne la prit au sérieux, sauf elle, et le roi qu'elle allait faire sacrer cinq mois plus tard à Reims.
Cette chronique raconte la vraie histoire de Jeanne d'Arc : pas la sainte d'images pieuses, pas la patriote des manuels républicains, mais la jeune Lorraine de chair et de foi qui a renversé le cours de la guerre de Cent Ans en treize mois.
Jeanne d'Arc en bref
- Naissance : vers 1412 à Domrémy-la-Pucelle (duché de Bar, aujourd'hui Vosges).
- Entrée en scène : mars 1429 à Chinon, devant le dauphin Charles, à dix-sept ans.
- Délivrance d'Orléans : , après huit mois de siège anglais.
- Sacre de Charles VII : à la cathédrale Notre-Dame de Reims.
- Capture : à Compiègne par les Bourguignons, vendue aux Anglais.
- Procès : 9 janvier au 30 mai 1431 à Rouen, présidé par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais.
- Mort : brûlée vive le sur la place du Vieux-Marché à Rouen, à dix-neuf ans.
- Réhabilitation : procès cassé en 1456 sur ordre du pape Calixte III.
- Canonisation : par le pape Benoît XV ; sainte patronne secondaire de la France depuis 1922.
Sources : Procès de Condamnation et Procès de Réhabilitation, édités par Pierre Tisset (Klincksieck, 1960-1971) ; base Mérimée du ministère de la Culture.
Qui était Jeanne d'Arc ? Une enfant de Domrémy aux marches du royaume
Jeanne d'Arc naît vers 1412 dans une maison de pierre encore debout aujourd'hui, à Domrémy-la-Pucelle, un village de cent feux blotti sur la rive gauche de la Meuse. Son père, Jacques d'Arc, est un laboureur aisé, pas un pauvre paysan. Il loue le château fort de l'île, lève les impôts du village, commande la milice locale. Sa mère, Isabelle Romée, transmet à ses enfants une piété solide qui marquera Jeanne pour toujours.
Domrémy n'est pas un village comme les autres. Le hameau est français, fidèle au dauphin Charles, mais il est cerné par les terres bourguignonnes, alliées des Anglais. La frontière passe à un jet de pierre. Jeanne grandit dans le bruit des chevauchées, des incendies, des fuites vers Neufchâteau quand les bandes armées approchent. Cette enfance dans une marche militaire explique tout ce qui suivra.
Maison natale de Jeanne d'Arc à Domrémy
- Adresse : Domrémy-la-Pucelle (Vosges), Voir sur la carte
- Construction : XVe siècle (datation Mérimée)
- Protection : classée Monument historique en 1840, sur la liste de Mérimée elle-même, parmi les premiers classements MH de France
- À voir : la chambre où Jeanne aurait dormi, la cheminée d'origine, le jardin qui s'étend jusqu'à l'église Saint-Rémy où elle fut baptisée
- Notice officielle : base Mérimée, PA00107138
La maison existe toujours. C'est l'une des plus anciennes inscriptions de la base Mérimée : Prosper Mérimée, alors inspecteur général des Monuments historiques, l'a fait classer dès 1840. Quand on y entre aujourd'hui, on découvre une chambre minuscule, une cheminée noire de suie, un escalier raide. Aucune mise en scène : c'est exactement la maison qu'a connue la jeune fille, dont on aperçoit, par la fenêtre arrière, l'église Saint-Rémy où elle fut baptisée.
Le saviez-vous ? Le patronyme « d'Arc » n'apparaît dans aucun document signé de la main de Jeanne. Au procès de Rouen, elle déclare elle-même ne pas connaître son nom de famille : « En mon pays, on m'appelait Jeannette ; et depuis que je suis venue en France, on m'appelle Jeanne. » Le « d'Arc » est la francisation tardive du patronyme paternel, attestée à partir de 1429. Source : Procès de Condamnation, séance publique du 21 février 1431.
Les voix de Jeanne d'Arc : sainte Marguerite, sainte Catherine et l'archange Michel
À treize ans, vers 1425, Jeanne entend pour la première fois ce qu'elle appellera ses « voix ». C'est l'été, dans le jardin de son père, à l'heure de midi. Une lumière vient à droite, du côté de l'église. Elle a peur. Puis elle reconnaît, dit-elle, l'archange saint Michel, accompagné de sainte Catherine d'Alexandrie et de sainte Marguerite d'Antioche.
Pendant cinq ans, ces voix l'accompagnent. Elles lui ordonnent d'abord d'être bonne et pieuse. Puis, à mesure que la situation militaire du royaume s'effondre, elles deviennent plus précises : il faut aller trouver le dauphin Charles, lever le siège d'Orléans, faire couronner le roi à Reims. La mission est claire, datée, géographiquement précise.
« Quand j'eus l'âge de treize ans, j'eus une voix de Dieu pour m'aider à me gouverner. La première fois, j'eus grand-peur. Elle vint à l'heure de midi, en été, dans le jardin de mon père. […] Je vis à ma droite, du côté de l'église, une grande clarté. »
Jeanne d'Arc, déposition du 22 février 1431, Procès de Condamnation, manuscrit d'Urfé, BnF, ms. lat. 5965 A.
Les historiens contemporains ont longtemps cherché à expliquer ces voix : épilepsie, schizophrénie, hallucinations dues au jeûne. Aucune explication clinique ne tient quand on lit les minutes du procès. Jeanne est alerte, précise, stratège, capable de soutenir cinq mois d'interrogatoire serré sans contradiction. Le débat reste ouvert ; les sources, elles, sont d'une netteté froide.
Note du chroniqueur, Ce qui me frappe en relisant le Procès de Condamnation, c'est le calme des réponses. Cauchon presse, harcèle, tente de la piéger sur le détail des voix : étaient-elles habillées ? Quelle taille ? Quelle voix ? Jeanne répond sans vaciller, refuse de raconter ce qu'elle juge sans rapport, et lance des phrases entières qui passeront à l'histoire. Ce n'est pas l'attitude d'une malade : c'est celle d'une femme qui sait pourquoi elle est là.
Jeanne d'Arc et Charles VII : la rencontre de Chinon, mars 1429
En février 1429, Jeanne quitte Vaucouleurs avec une escorte de six hommes, en habits masculins, le cheval offert par les bourgeois. Elle traverse les territoires tenus par les Bourguignons, voyage de nuit, passe la Loire à Gien. Le 4 mars, elle arrive à Chinon, où le dauphin Charles tient cour avec une poignée de fidèles dans un royaume amputé.
Charles a vingt-six ans. Il est dauphin sans royaume, déshérité par sa propre mère Isabeau de Bavière, qui a signé le traité de Troyes en 1420 livrant la couronne de France au roi d'Angleterre. Henri VI, son neveu anglais, a quatre ans à Londres et règne théoriquement sur Paris. Le dauphin Charles tient encore, mal, le sud de la Loire, d'où son surnom moqueur de « roi de Bourges ».
Charles VII de France (1403-1461)
- Naissance : , Paris, hôtel Saint-Pol
- Mort : , château de Mehun-sur-Yèvre (Cher)
- Règne : roi de France de 1422 à 1461, sacré le 17 juillet 1429 à Reims grâce à Jeanne d'Arc
- Dynastie : Valois (branche directe), fils de Charles VI le Fol et d'Isabeau de Bavière
- Surnom : « le Victorieux », « le Bien-Servi »
- Sépulture : basilique de Saint-Denis
- Wikidata : Q133372
L'audience du 8 mars 1429 est restée légendaire. Charles, pour tester Jeanne, se fond dans la foule des courtisans et fait monter sur le trône l'un de ses gentilshommes. Jeanne traverse la salle, ignore le faux roi, va droit à Charles caché derrière une tenture, s'agenouille : « Gentil dauphin, j'ai nom Jeanne la Pucelle, et vous mande le Roi des Cieux par moi que vous serez sacré et couronné en la ville de Reims. » Le récit, transmis par les chroniqueurs Perceval de Cagny et Jean Chartier, est largement accepté aujourd'hui par les médiévistes, Régine Pernoud notamment.
Charles, prudent, fait examiner Jeanne par une commission de théologiens à Poitiers pendant trois semaines. Elle passe les épreuves. Une matrone vérifie sa virginité, d'où le titre de « Pucelle ». Le verdict tombe le 22 mars : elle peut être employée. Le 22 avril, elle reçoit son armure, sa bannière (un Christ tenant le monde, encadré de deux anges), et l'épée trouvée, selon ses dires guidés par les voix, derrière l'autel de l'église Sainte-Catherine-de-Fierbois.
Le siège d'Orléans : comment Jeanne d'Arc renversa la guerre de Cent Ans en neuf jours
Orléans est assiégée depuis le 12 octobre 1428. Les Anglais, commandés par le comte de Suffolk puis par John Talbot, ont construit une ceinture de bastilles autour de la ville. La chute d'Orléans signifierait la fin du royaume de Bourges : la route du Sud serait ouverte, le dauphin perdu. C'est l'enjeu absolu de la guerre.
Jeanne arrive devant Orléans le 29 avril 1429 par la rive gauche de la Loire. Elle entre dans la ville avec l'avant-garde, accueillie par un peuple en liesse qui voit en elle l'envoyée du Ciel annoncée par les prophéties (la « pucelle des marches de Lorraine » mentionnée par le prophète Marie d'Avignon). Jean de Dunois, commandant la place, devient son compagnon d'armes.
Cathédrale Sainte-Croix d'Orléans
- Adresse : Place Sainte-Croix, 45000 Orléans, Voir sur la carte
- Construction : XIIIe siècle, refondue après les guerres de Religion, achevée au XIXe siècle
- Protection : classée Monument historique en
- À voir : les neuf vitraux de Jeanne d'Arc dans la nef sud, posés entre 1893 et 1897, qui racontent l'épopée d'Orléans à Rouen
- Tradition : chaque 8 mai, les fêtes johanniques d'Orléans culminent par une messe pontificale dans la cathédrale, la fête est ininterrompue depuis 1430
- Notice officielle : base Mérimée, PA00098836
Le 4 mai, Jeanne et Dunois prennent la bastille de Saint-Loup, à l'est. Le 6 mai, c'est la bastille des Augustins, sur la rive gauche. Le 7 mai au matin, l'assaut commence contre la bastille des Tourelles, qui verrouille le pont sur la Loire. Jeanne y reçoit un trait d'arbalète à l'épaule, retiré entre deux planches, soignée à la graisse d'olives selon les comptes-rendus. L'après-midi même, elle remonte au combat : la bastille tombe le soir. Le , Suffolk lève le siège. Orléans est libre.
« Allez hardiment entre les Anglais, et moi j'irai hardiment. »
Neuf jours pour briser un siège de huit mois. La nouvelle court l'Europe. Le 10 mai à Paris, Clément de Fauquembergue, greffier du Parlement, dessine en marge de son registre le seul portrait connu de Jeanne réalisé de son vivant, l'image qui ouvre cette chronique. Aucune autre représentation contemporaine n'existe. Toutes celles que vous avez en tête (Ingres, Bastien-Lepage, Boutet de Monvel) sont du XIXe ou du XXe siècle.
Le saviez-vous ? Le 18 juin 1429, dix jours après Orléans, Jeanne et le duc d'Alençon écrasent l'armée anglaise de Talbot et Fastolf à Patay, près de Janville. C'est l'inverse exact d'Azincourt (1415) : 2 200 morts anglais contre une centaine de Français. Talbot est fait prisonnier. Cette bataille, souvent oubliée des manuels, est la plus grande victoire militaire française du règne. Source : Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 540-545.
Pourquoi Jeanne d'Arc fit sacrer Charles VII à Reims le 17 juillet 1429
Après Patay, la route de Reims est ouverte. Jeanne presse Charles : il faut aller au sacre. Pas à Paris (encore anglaise), pas à Bourges (déjà à lui), à Reims. La cathédrale du sacre est non négociable. Depuis Clovis baptisé par saint Remi vers 496, depuis Louis le Pieux couronné en 816, c'est à Reims que se fait le roi de France. Le sacre n'est pas une cérémonie : c'est l'onction qui transforme un prince en roi très chrétien, lieutenant de Dieu sur terre.
L'argument est dynastique autant que mystique. Charles est fils légitime de Charles VI, le Valois sacré de plein droit. Henri VI d'Angleterre, son neveu, peut bien être proclamé à Notre-Dame de Paris en 1431, il ne sera jamais sacré à Reims. Cette différence va structurer tout le reste de la guerre. Le vrai roi est celui qui a reçu l'onction de Reims. Jeanne le sait, et Charles l'apprend d'elle.
Cathédrale Notre-Dame de Reims
- Adresse : Place du Cardinal Luçon, 51100 Reims, Voir sur la carte
- Construction : commencée en , après l'incendie de la précédente cathédrale, achevée au XVe siècle
- Style : gothique rayonnant, l'un des sommets absolus de l'art gothique français
- Protection : classée Monument historique en ; inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en
- Sacres : de Louis le Pieux (816) à Charles X (1825), 33 rois de France y ont reçu l'onction sainte
- Le 17 juillet 1429 : Charles VII y est sacré en présence de Jeanne d'Arc, qui se tient à droite de l'autel, sa bannière déployée
- Fiche complète : Cathédrale de Reims, histoire et visite
- Notice officielle : base Mérimée, PA00078776
Le voyage du sacre est un coup de force. Charles part de Gien le 29 juin 1429 avec une armée minuscule, traverse cent cinquante lieues de territoire bourguignon, prend Auxerre, Troyes (sans combat, après un sermon de Frère Richard), Châlons. Le 16 juillet au soir, l'avant-garde entre dans Reims. Le lendemain, dimanche , Charles VII est sacré et couronné dans la cathédrale par l'archevêque Regnault de Chartres.
Jeanne se tient à droite de l'autel, son étendard à la main. Quand on l'interrogera plus tard, à Rouen, sur la raison de cette présence, elle aura cette réponse fulgurante : « Il avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à l'honneur. » La phrase circulera. Elle dit tout : l'humilité, la fierté du devoir accompli, la conscience aiguë que sa mission première s'achève là, sur ces dalles, devant ce roi qu'elle a fait.
« Mon étendard avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à l'honneur. »
L'échec de Paris et la capture de Jeanne d'Arc à Compiègne
Après Reims, tout devient plus difficile. Charles VII, sacré, n'est plus pressé. La cour, jalouse de Jeanne, freine. Les négociations secrètes avec le duc de Bourgogne reprennent. Jeanne, elle, veut Paris. Le 8 septembre 1429, jour de la Nativité de la Vierge, elle attaque la porte Saint-Honoré à la tête d'une troupe insuffisante. Elle reçoit un trait d'arbalète à la cuisse, refuse de retirer ses troupes, doit céder à l'ordre royal de retraite. Paris ne tombera pas.
L'hiver passe en demi-mesures. Au printemps 1430, Jeanne reprend l'offensive sur sa propre initiative, avec une compagnie réduite. Le 23 mai 1430, elle se trouve à Compiègne, ville fidèle au roi assiégée par les Bourguignons. Au cours d'une sortie au crépuscule, elle est désarçonnée près du faubourg, tirée à bas de son cheval par un archer picard, et faite prisonnière par les hommes de Jean de Luxembourg, vassal du duc de Bourgogne.
Le saviez-vous ? Charles VII a-t-il abandonné Jeanne d'Arc ? La question fait débat depuis cinq siècles. Le roi n'a jamais tenté de la racheter, alors qu'au XVe siècle, payer la rançon d'un prisonnier de marque est un usage de chevalerie. Jean de Luxembourg attend pendant six mois une offre française qui ne vient jamais. Le 21 novembre 1430, il vend Jeanne aux Anglais pour 10 000 livres tournois. Régine Pernoud, dans Jeanne d'Arc par elle-même et par ses témoins (Seuil, 1962), parle d'« inertie criminelle » de la cour de Bourges.
Le procès de Jeanne d'Arc : Pierre Cauchon, l'Église et la politique anglaise
Le procès s'ouvre le 9 janvier 1431 à Rouen, capitale de l'Angleterre française. Il est présidé par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, chassé de son diocèse par les troupes françaises et réfugié auprès des Anglais. Cauchon n'est pas un juge neutre : c'est un homme du parti anglais, payé par la régence du duc de Bedford, et il sait ce qu'on attend de lui, un verdict d'hérésie qui discrédite Charles VII en discréditant celle qui l'a fait roi.
Pierre Cauchon (vers 1371-1442)
- Naissance : vers 1371, Reims
- Mort : , Rouen (mort subite en se faisant raser)
- Fonction : docteur en théologie de Paris, recteur de la Sorbonne (1397), évêque de Beauvais (1420), évêque de Lisieux (1432)
- Rôle : juge ecclésiastique du procès de Jeanne d'Arc, instrument de la régence anglaise
- Postérité : en 1456, son procès posthume condamne le tribunal de Rouen ; ses ossements sont exhumés et jetés à la voirie en 1457
- Wikidata : Q464287
Le tribunal compte près de cent vingt assesseurs, théologiens, chanoines, juristes, presque tous formés à l'Université de Paris alors aux mains du parti anglo-bourguignon. Jeanne, elle, n'a pas d'avocat. Elle est enfermée dans le château de Rouen, dans une cellule du donjon, surveillée jour et nuit par des soldats anglais qui dorment dans la même pièce. Elle garde ses habits d'homme, non par excentricité, mais parce que la chausse fermée par des aiguillettes est sa meilleure protection contre le viol.
Les minutes du procès sont d'une richesse inouïe. Le manuscrit original, le « registre français » que tenait au jour le jour le notaire Guillaume Manchon, a disparu ; il n'en reste qu'une copie partielle dite manuscrit d'Urfé, conservée à la Bibliothèque nationale de France (ms. lat. 5965 A). Vers 1435, deux assesseurs, Thomas de Courcelles et Manchon lui-même, rédigent une version officielle en latin. De ce texte original, perdu lui aussi, cinq copies authentifiées sont tirées : il en reste deux à la BnF, et une troisième sur vélin, entrée à la bibliothèque de l'Assemblée nationale en 1811. C'est sur ces trois manuscrits que repose toute notre connaissance du procès.
«, Cauchon : Voulez-vous vous en rapporter à la décision de l'Église ?
— Jeanne : Je m'en rapporte à Dieu qui m'a envoyée, à Notre Dame, et à tous les benoîts saints et saintes du paradis. Et m'est avis que c'est tout un, de Notre Seigneur et de l'Église, et qu'on n'en doit point faire de difficulté. »
Procès de Condamnation, séance du 17 mars 1431. Édition Pierre Tisset, Klincksieck, 1960, vol. I, p. 168. Manuscrit conservé à la BnF (ms. lat. 5965 A) et à la bibliothèque de l'Assemblée nationale (vélin de 1455).
Pendant cinq mois, Cauchon tente de la faire chuter sur soixante-dix chefs d'accusation. Jeanne tient. Ses réponses, parfois fulgurantes, parfois prudentes, montrent une intelligence du procès canonique qu'aucun témoin ne lui prêtait. Le 24 mai, épuisée, menée sur l'échafaud du cimetière Saint-Ouen, elle abjure brièvement, un texte qu'elle ne sait pas lire, qu'on lui fait signer d'une croix. Quatre jours plus tard, elle reprend ses habits d'homme et se déclare « relapse ». La condamnation est dès lors inéluctable.
Le bûcher de Rouen : les dernières heures de la pucelle, 30 mai 1431
Le mercredi au matin, Jeanne d'Arc est conduite sur la place du Vieux-Marché à Rouen. Elle a dix-neuf ans. Trois estrades sont dressées : celle du cardinal Henri Beaufort de Winchester et de sa suite, celle du bailli de Rouen et des juges civils, celle du bûcher où Jeanne se tient avec le frère prêcheur Martin Ladvenu et le dominicain Nicolas Midi.
Elle a confessé et communié à l'aube, privilège canonique pour une condamnée déclarée hérétique. Cette communion, accordée par le sous-inquisiteur Jean Le Maistre contre l'avis explicite de Cauchon, est pour les historiens le premier signe que les juges eux-mêmes doutaient du verdict.
Tour Jeanne d'Arc à Rouen (donjon du château)
- Adresse : Rue Bouvreuil, 76000 Rouen, Voir sur la carte
- Construction : 1204-1210, sous Philippe Auguste, c'est l'unique vestige du château royal de Rouen
- Protection : classée Monument historique en (liste de Mérimée)
- Précision historique : Jeanne d'Arc n'a pas été détenue dans cette tour, contrairement à la légende. Sa prison se trouvait dans la « grosse tour » disparue (à 80 mètres). Elle y fut interrogée le 9 mai 1431 et menacée de torture.
- À voir : les trois étages du donjon, la salle de justice où Jeanne fut interrogée, l'escalier en vis
- Notice officielle : base Mérimée, PA00101011
Le bourreau s'appelle Geoffroy Thérage. On a son nom parce qu'il témoignera vingt-cinq ans plus tard au procès en réhabilitation, où il jurera n'avoir jamais cessé d'avoir peur d'être damné pour cette exécution. Le bûcher est dressé trop haut : Thérage ne peut atteindre Jeanne pour l'étrangler avant que les flammes ne montent, la coutume miséricordieuse qui épargnait au condamné l'agonie du feu. Jeanne meurt brûlée vive en plein, en appelant Jésus à plusieurs reprises.
Trois fois, les cendres sont rallumées par Thérage pour s'assurer que rien ne reste, ni du corps, ni des os, ni du cœur. Les restes sont jetés dans la Seine. La consigne est claire : aucune relique. Aucun lieu de pèlerinage. Aucun martyr.
« Évêque, je meurs par vous. […] Jésus ! »
Note du chroniqueur, On a beaucoup glosé sur Cauchon, l'« évêque traître ». La réalité est plus glaçante encore. Cauchon n'était pas un simple traître : c'était un Français, un docteur en théologie, un ancien recteur de la Sorbonne, qui croyait vraiment travailler pour la paix. Pour lui, le Valois était un imposteur, le sacre de Reims une farce, et Jeanne une hérétique manipulée. Il est mort en 1442, fortuné et tranquille, en se faisant raser un matin de décembre. C'est seulement en 1457, après le procès en réhabilitation, qu'on exhuma ses ossements pour les jeter à la voirie. La justice arrive parfois en retard de vingt-cinq ans.
Le procès en réhabilitation et la canonisation de Jeanne d'Arc en 1920
Charles VII reprend Rouen en 1449. Trois ans plus tard, en 1452, le légat pontifical Guillaume d'Estouteville lance une enquête canonique sur le procès. La machine s'enclenche lentement. En 1455, le pape Calixte III, pressé par Isabelle Romée, la mère de Jeanne, alors âgée de quatre-vingts ans, qui se présente en personne devant les juges à Notre-Dame de Paris, ordonne le procès en révision.
De 1455 à 1456, on entend cent quinze témoins : les compagnons d'armes de Jeanne (Dunois, Alençon, La Hire, d'Aulon), les voisins de Domrémy, les juges et notaires du procès de Rouen, le bourreau Geoffroy Thérage. Le 7 juillet 1456, à Rouen, dans la même salle où Jeanne avait été condamnée, le procès de 1431 est cassé. Le verdict est lacéré publiquement.
Pourquoi ce retournement ? Parce qu'entre les deux procès, on a entendu ceux qui la connaissaient vraiment. Le contraste entre les deux instructions est sidérant.
Jeanne par les juges de Rouen (1431)
- « Schismatique », pour avoir refusé de se soumettre au jugement de l'Église militante
- « Apostate », pour avoir coupé sa chevelure et porté des habits d'homme
- « Idolâtre », ses voix sont des démons déguisés en saints
- « Inventeuse de fausses révélations », attribuant à Dieu sa propre volonté
- « Avide d'effusions de sang humain », par son amour de la guerre
- « Désertrice de la condition féminine », déshonneur de son sexe
- « Suspecte d'hérésie » sur la nature de sainte Catherine et sainte Marguerite
- Source : Procès de Condamnation, 70 articles d'accusation puis 12 chefs retenus, séances du 27 mars au 24 mai 1431 (éd. Tisset-Lanhers, Klincksieck, 1960-1971).
Jeanne par ses compagnons d'armes (1456)
- Jean d'Aulon, écuyer : « Combien que ce fût belle et jeune fille, jamais ne se sentit aucune charnelle volonté en elle. »
- Jean d'Alençon, compagnon de combat : « À l'armée, elle se conduisait très chastement. J'ai dormi parfois auprès d'elle, je n'ai jamais conçu aucun désir charnel. »
- Jean de Dunois, Bâtard d'Orléans : « Tout ce qu'elle accomplissait, hors les choses de la guerre, semblait plutôt acte divin qu'humain. »
- Marguerite La Touroulde, qui l'hébergea à Bourges : « Elle communiait deux ou trois fois la semaine, chose fort rare en ce temps-là. »
- Frère Pasquerel, son confesseur : « Très pieuse. Elle pleurait abondamment au récit de la Passion. »
- Geoffroy Thérage, le bourreau : « N'a jamais cessé d'avoir peur d'être damné pour cette exécution. »
- Source : Procès en nullité de la condamnation de Jeanne d'Arc, dépositions de 1456 (éd. Pierre Duparc, Klincksieck, 1977-1989).
D'un côté, sept griefs forgés en cinq mois par cent vingt assesseurs qui n'avaient jamais combattu à ses côtés. De l'autre, cent quinze témoins qui l'avaient vue prier, dormir au camp, monter à l'assaut, soigner les blessés, communier avant la bataille. Le procès de 1431 ne pouvait pas tenir devant ce mur de témoignages.
Chronologie de Jeanne d'Arc, de Domrémy à la canonisation (1412-1920)
Naissance dans la maison de Jacques d'Arc et Isabelle Romée, le jour des Rois selon la tradition.
Premières voix : saint Michel, sainte Catherine, sainte Marguerite.
Voyage à travers les terres bourguignonnes, escortée par six hommes.
Délivrance d'Orléans après huit jours d'assauts. Le siège anglais est levé.
Victoire écrasante contre Talbot et Fastolf. Talbot capturé.
Sacre de Charles VII. Jeanne se tient à droite de l'autel, étendard déployé.
Échec de l'assaut. Blessée à la cuisse d'un trait d'arbalète.
Capture par Jean de Luxembourg lors d'une sortie au crépuscule.
Vente aux Anglais pour 10 000 livres tournois.
Ouverture du procès présidé par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais.
Mort sur le bûcher. Bourreau : Geoffroy Thérage. Cendres dispersées dans la Seine.
Procès en réhabilitation : le verdict de 1431 est lacéré et annulé.
Béatification par le pape Pie X.
La fête nationale de Jeanne d'Arc est instaurée par la IIIe République (loi du 10 juillet 1920), fixée au deuxième dimanche de mai.
La béatification ne viendra qu'en 1909, sous Pie X, après cinq décennies de procédure rouverte par Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans. La canonisation suit le 16 mai 1920, par Benoît XV, dans une basilique Saint-Pierre comble. Deux mois plus tard, la République française, dans une rare convergence des deux France, institue la fête nationale de Jeanne d'Arc, fixée au deuxième dimanche de mai. C'est, encore aujourd'hui, la seule fête nationale française qui célèbre une sainte canonisée.
Sur les pas de Jeanne d'Arc : 7 lieux à visiter en France
Suivre Jeanne d'Arc sur le terrain, c'est traverser quatre régions, sept monuments classés, et près de mille kilomètres. Les coordonnées GPS et les dates de protection ci-dessous sont issues de la base Mérimée du ministère de la Culture (licence ouverte).
| Lieu | Commune | Référence MH | Classement | À voir |
|---|---|---|---|---|
| Maison natale | Domrémy-la-Pucelle (88) | PA00107138 | 1840 | chambre, cheminée, jardin |
| Église Saint-Rémy | Domrémy-la-Pucelle (88) | PA00107137 | 1946 | fonts baptismaux |
| Basilique du Bois-Chenu | Domrémy-la-Pucelle (88) | PA88000042 | 2006-2013 | mosaïques, toiles de Lionel Royer |
| Cathédrale Sainte-Croix | Orléans (45) | PA00098836 | 1862 | 9 vitraux de Jeanne (1893-97) |
| Cathédrale Notre-Dame | Reims (51) | PA00078776 | 1862 | lieu du sacre, statue équestre |
| Tour Jeanne d'Arc | Rouen (76) | PA00101011 | 1840 | donjon, salle de l'interrogatoire |
| Église Sainte-Jeanne-d'Arc | Rouen (76) | PA76000060 | , | place du Vieux-Marché, vitraux du XVIe sauvés |
Le pèlerinage classique commence à Domrémy (Vosges), descend la vallée de la Meuse jusqu'à Vaucouleurs, traverse la Champagne par Châlons et Reims, plonge vers la Loire à Orléans, puis remonte par Compiègne et Beaurevoir vers Rouen. Compter quatre à six jours en voiture, dix à douze pour le faire en pèlerin à pied (700 km). L'association des Amis de Jeanne d'Arc balise un itinéraire officiel depuis 1979.
Église Sainte-Jeanne-d'Arc, place du Vieux-Marché à Rouen
- Adresse : Place du Vieux-Marché, 76000 Rouen, Voir sur la carte
- Construction : 1979, par l'architecte Louis Arretche, sur le lieu même du bûcher
- Architecture : toit en forme de drakkar inversé évoquant les flammes ; intègre treize vitraux Renaissance (XVIe s.) sauvés de l'église Saint-Vincent détruite en 1944
- À côté : la croix de granit qui marque l'emplacement exact du bûcher, et l'Historial Jeanne d'Arc (musée multimédia inauguré en 2015 dans l'ancien palais archiépiscopal, le site même du procès)
- Notice officielle : base Mérimée, PA76000060
Jeanne d'Arc en chiffres : ce que disent les archives
Une vie courte, une trace immense. Les chiffres ci-dessous croisent les données de la base Mérimée (ministère de la Culture, licence ouverte), les sources primaires des deux procès, et les comptages des bibliothèques nationales.
L'héritage de Jeanne d'Arc : pourquoi la pucelle d'Orléans reste vivante en 2026
Jeanne d'Arc est l'unique figure qui réunit, depuis six siècles, des camps incompatibles : les royalistes et les républicains, les catholiques et les laïques, la France des cathédrales et celle des manuels d'école. Charles de Gaulle disait d'elle qu'elle était « le caractère même de la France ». Charles Péguy en a fait le centre de son œuvre. Le mouvement gaulliste de 1940 a repris la croix de Lorraine, la croix patriarcale du diocèse de Toul, où se trouve Domrémy.
L'héritage est aussi liturgique. Sa fête est célébrée le 30 mai dans le calendrier romain (anniversaire de la mort), et le deuxième dimanche de mai pour la fête nationale française. Les fêtes johanniques d'Orléans, célébrées sans interruption depuis 1430, attirent chaque année plusieurs centaines de milliers de visiteurs : c'est la plus ancienne commémoration civique ininterrompue d'Europe occidentale.
Héritage vivant, La fête de Jeanne d'Arc à Orléans, célébrée chaque 7 et 8 mai depuis 596 ans sans interruption (sauf occupation anglaise et Révolution), est inscrite à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel français. Une jeune fille de la ville incarne Jeanne pendant trois jours : c'est le rôle le plus qu'une Orléanaise puisse tenir dans sa vie.
Et puis il y a ce que disent les œuvres. Voltaire l'a moquée dans La Pucelle d'Orléans. Schiller en a fait une héroïne romantique en 1801. Péguy a écrit deux Jeanne d'Arc, une à vingt-quatre ans, l'autre à trente-cinq. Bernanos en a tiré Jeanne, relapse et sainte. Anouilh en 1953 avec L'Alouette. Robert Bresson en 1962 avec Le Procès de Jeanne d'Arc, presque entièrement composé de citations littérales des minutes du procès. Aucune autre figure de l'histoire de France n'a inspiré autant et continué de le faire.
Sources consultées
- Sources primaires, Procès de Condamnation de Jeanne d'Arc, édité par Pierre Tisset et Yvonne Lanhers, 3 vol., Klincksieck, 1960-1971. Manuscrits originaux : BnF, ms. lat. 5965 A (manuscrit d'Urfé) ; bibliothèque de l'Assemblée nationale, manuscrit sur vélin de 1455.
- Sources primaires, Procès en nullité de la condamnation de Jeanne d'Arc, édité par Pierre Duparc, 5 vol., Klincksieck, 1977-1989. 115 témoignages recueillis entre 1452 et 1456.
- Régine Pernoud, Jeanne d'Arc par elle-même et par ses témoins, Seuil, 1962 (rééd. coll. « Points », 2017).
- Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Perrin, 2004 ; Jeanne d'Arc. Vérités et légendes, Perrin, 2008.
- Philippe Contamine, Jeanne d'Arc et son époque, Perrin, 2020.
- Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980 (rééd. 2018).
- Base Mérimée, Immeubles protégés au titre des Monuments historiques, ministère de la Culture, licence ouverte (consultation avril 2026, 7 notices : PA00107137, PA00107138, PA88000042, PA00098836, PA00078776, PA00101011, PA76000060).
- Wikidata, entité Q7226 (Jeanne d'Arc), Q133372 (Charles VII), Q464287 (Pierre Cauchon).
- Plateforme Ouverte du Patrimoine (POP), pop.culture.gouv.fr.
Notre méthodologie : comment nous recherchons et vérifions.
Questions fréquentes sur Jeanne d'Arc
Quel âge avait Jeanne d'Arc à sa mort ?
Jeanne d'Arc avait dix-neuf ans quand elle est morte sur le bûcher de Rouen, le 30 mai 1431. Sa date de naissance précise est incertaine, mais la tradition la fixe vers le 6 janvier 1412 à Domrémy, dans le duché de Bar (aujourd'hui dans le département des Vosges). C'est elle-même qui donne cet âge approximatif lors de son procès en 1431.
Pourquoi Jeanne d'Arc a-t-elle été brûlée vive ?
Jeanne d'Arc a été brûlée vive après avoir été déclarée « relapse » par le tribunal ecclésiastique de Rouen, présidé par l'évêque Pierre Cauchon. Concrètement, elle avait abjuré ses « erreurs » le 24 mai 1431 puis repris ses habits d'homme quatre jours plus tard, ce qui constituait canoniquement une rechute. Le motif réel était politique : il fallait discréditer Charles VII en condamnant celle qui l'avait fait sacrer à Reims.
Où est née Jeanne d'Arc exactement ?
Jeanne d'Arc est née à Domrémy-la-Pucelle, dans la vallée de la Meuse, à l'extrême sud du duché de Bar, aujourd'hui dans le département des Vosges, en région Grand Est. Sa maison natale est toujours visible : classée Monument historique dès 1840, c'est l'une des plus anciennes inscriptions de la base Mérimée.
Charles VII a-t-il abandonné Jeanne d'Arc ?
La question divise les historiens depuis cinq siècles. Le fait est qu'aucune offre de rançon n'a été présentée par la cour française pendant les six mois où Jeanne fut prisonnière de Jean de Luxembourg, entre la capture à Compiègne (23 mai 1430) et la vente aux Anglais (21 novembre 1430). Régine Pernoud parle d'« inertie criminelle ». La diplomatie discrète, en revanche, semble avoir continué, sans aucun résultat. Voir notre portrait de Charles VII.
Qui était Pierre Cauchon, le juge de Jeanne d'Arc ?
Pierre Cauchon (vers 1371-1442) était évêque de Beauvais, docteur en théologie de Paris et ancien recteur de la Sorbonne. Chassé de son diocèse par les troupes du dauphin en 1429, il s'était réfugié auprès du parti anglo-bourguignon. C'est en cette qualité de juge ecclésiastique du diocèse de Beauvais, où Jeanne avait été capturée à Compiègne, qu'il préside le tribunal. En 1457, après le procès en réhabilitation, ses ossements sont exhumés et jetés à la voirie.
Quand Jeanne d'Arc a-t-elle été canonisée ?
Jeanne d'Arc a été canonisée le 16 mai 1920 par le pape Benoît XV, en la basilique Saint-Pierre de Rome. Elle avait été béatifiée en 1909 par Pie X. Elle est sainte patronne secondaire de la France depuis 1922. La République française a institué deux mois plus tard, par la loi du 10 juillet 1920, une fête nationale fixée au deuxième dimanche de mai, c'est la seule fête nationale française qui célèbre une sainte canonisée.
Quelle est la seule représentation de Jeanne d'Arc faite de son vivant ?
La seule image connue de Jeanne d'Arc dessinée de son vivant est un croquis à la plume, tracé en marge du registre du Parlement de Paris par le greffier Clément de Fauquembergue le 10 mai 1429, jour où la nouvelle de la délivrance d'Orléans parvient à Paris. L'original est conservé aux Archives nationales (cote X1a 1481, fol. 12). Toutes les autres représentations célèbres (Ingres, Bastien-Lepage, Boutet de Monvel) sont du XIXe siècle ou postérieures.
Où visiter les lieux de Jeanne d'Arc en France ?
Sept monuments classés Monuments historiques sont directement liés à la vie de Jeanne d'Arc : sa maison natale et l'église Saint-Rémy de Domrémy (Vosges), la basilique du Bois-Chenu, la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans (Loiret), la cathédrale Notre-Dame de Reims (Marne, lieu du sacre), la Tour Jeanne d'Arc et l'église Sainte-Jeanne-d'Arc à Rouen (Seine-Maritime). Le « chemin de Jeanne » officiel relie ces lieux sur environ 700 km.
Quelle est la date exacte du sacre de Charles VII à Reims ?
Charles VII a été sacré le dimanche 17 juillet 1429 dans la cathédrale Notre-Dame de Reims par l'archevêque Regnault de Chartres. Jeanne d'Arc se tenait à droite de l'autel, son étendard à la main. C'est le trente-troisième sacre célébré dans cette cathédrale, depuis Louis le Pieux en 816. Le dernier fut celui de Charles X, le 29 mai 1825.
Pourquoi appelait-on Jeanne d'Arc « la Pucelle » ?
Le titre de « Pucelle », au sens médiéval de « jeune fille vierge », est l'appellation officielle qu'utilise Jeanne elle-même : « Jeanne la Pucelle », parfois « la Pucelle de France ». Sa virginité fut canoniquement vérifiée par une matrone à Poitiers en mars 1429, puis à nouveau à Rouen pendant le procès. Le mot avait une portée prophétique : il renvoyait à la prophétie attribuée à Marie d'Avignon, qui annonçait la venue d'une « pucelle des marches de Lorraine » qui sauverait le royaume.
Quel était le nom de famille de Jeanne d'Arc ?
Jeanne elle-même déclare au procès qu'elle ne connaît pas son nom de famille : « En mon pays, on m'appelait Jeannette ; et depuis que je suis venue en France, on m'appelle Jeanne. » Le patronyme « d'Arc » est attesté à partir de 1429 dans les actes officiels, transmis par son père Jacques d'Arc. Il s'agit probablement d'une déformation du toponyme « Arc-en-Barrois » ou « Arc » (Champagne). Il n'apparaît dans aucun document signé de la main de Jeanne, qui ne savait écrire que sa signature.
Combien de batailles Jeanne d'Arc a-t-elle gagnées ?
Jeanne d'Arc a participé à environ huit engagements militaires majeurs en treize mois (mars 1429 - mai 1430). Les principaux : délivrance d'Orléans (8 mai 1429, victoire), Jargeau (12 juin, victoire), Meung et Beaugency (15-17 juin), Patay (18 juin, victoire écrasante avec 2 200 morts anglais), Auxerre, Troyes et Châlons (juillet, prises sans combat), Paris (8 septembre, échec), Saint-Pierre-le-Moûtier (4 novembre, victoire), La Charité-sur-Loire (décembre, échec). Sa séquence Orléans-Patay-Reims en quatre mois est l'une des campagnes militaires les plus rapides du Moyen Âge.
« Mon étendard avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à l'honneur. », Jeanne d'Arc
Jeanne d'Arc avait dix-sept ans, une foi totale, et la conviction que la France méritait son roi. Six siècles plus tard, sa parole tient encore.
Aller plus loin : l'univers France Éternelle
Cette chronique de Jeanne d'Arc s'inscrit dans un programme éditorial de 297 entités publiées à ce jour. Voici les passerelles directes :
Sainte Jeanne d'Arc, fiche biographique
- Fiche détaillée Sainte Jeanne d'Arc, biographie + canonisation 1920 par Benoît XV + patronne secondaire de la France 1922
Charles VII et la cour qu'elle servit
- Charles VII le Victorieux, sacré à Reims grâce à Jeanne le 17 juillet 1429
- Louis XI le Prudent, son fils, qui acheva la guerre de Cent Ans
- Forteresse royale de Chinon, où Jeanne reconnut Charles VII le 6 mars 1429
Reims, lieu du sacre
- Cathédrale Notre-Dame de Reims, lieu du sacre de 33 rois de France
- Liste des Rois de France, pillar éditorial chronologique
Orléans, ville libérée
- Cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, siège levé le 8 mai 1429
Rouen, lieu du martyre
- Cathédrale Notre-Dame de Rouen, capitale normande où Jeanne fut brûlée le 30 mai 1431
Calendrier des événements johanniques 2026
- Calendrier patrimoine 2026, fête de Jeanne d'Arc à Orléans le 8 mai, commémoration Rouen 30 mai
Pour aller plus loin