Liste des Rois de France : 1300 ans de monarchie chrétienne (de Clovis à Louis-Philippe)
De la conversion de Clovis à Reims aux alentours de l'an 496 à l'abdication de Louis-Philippe en février 1848, treize siècles d'une même institution politique se déploient sur le sol de la Gaule devenue France. Aucun autre royaume d'Occident n'a connu pareille continuité dynastique : à travers cinq familles régnantes, Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens directs, Valois, Bourbons, auxquelles s'ajoute la branche cadette d'Orléans, près de soixante-dix souverains se sont succédé sur le trône de saint Louis. Cette chaîne, parfois rompue par les invasions, les guerres civiles ou la Révolution, n'en demeure pas moins l'épine dorsale de notre histoire nationale. La présente chronique propose une traversée raisonnée de cette longue lignée : non un simple catalogue, mais le récit d'une institution qui inventa la France, sacra ses princes à Reims, les inhuma à Saint-Denis, et façonna pour mille trois cents ans la conscience d'un peuple chrétien rassemblé autour de son roi très chrétien.
Mis à jour 18 avril 2026De Clovis à Louis-Philippe : la longue chaîne capétienne
Il faut, pour comprendre la singularité de la monarchie française, accepter d'embrasser d'un même regard une durée qui dépasse de loin la mémoire ordinaire des peuples. Lorsque Clovis, roi des Francs Saliens, reçoit le baptême des mains de saint Remi dans la cité de Reims aux alentours de l'an 496, l'Empire romain d'Occident vient à peine de s'effondrer, et nul ne saurait pressentir que le geste accompli ce jour-là, la conversion d'un chef barbare au catholicisme nicéen, engagerait pour treize siècles le destin d'un royaume. Pourtant, c'est bien de ce baptême que procède, en droite ligne, la légitimité que revendiqueront, mille trois cents ans plus tard, un Louis XVI montant à l'échafaud puis un Charles X devant son trône.
Marc Bloch, dans Les Rois thaumaturges, a magistralement montré comment la monarchie française s'est construite sur une triple assise : une assise dynastique (la transmission héréditaire et masculine du trône, codifiée par la coutume dite « salique »), une assise religieuse (le sacre conférant au roi un caractère quasi-sacerdotal, jusqu'à la croyance en son pouvoir miraculeux de guérir les écrouelles), une assise territoriale enfin (la lente patiente construction du domaine royal, du modeste apanage capétien des origines au royaume aux frontières naturelles que rêva Richelieu). Aucune de ces trois assises n'est apparue d'emblée : toutes se sont consolidées par la durée, par le travail des siècles, par l'obstination de générations de princes et de leurs conseillers, légistes, prélats, ministres.
La continuité dynastique en est le miracle le plus remarquable. Des Mérovingiens aux Bourbons, malgré les changements de famille régnante, jamais ne s'est interrompue la fiction d'une translation légitime du pouvoir : Pépin le Bref en 751 reçoit l'onction pour fonder une dynastie nouvelle, mais cette onction même se réclame du précédent biblique du roi David ; Hugues Capet en 987 est élu par les grands à Senlis, mais il s'efforce immédiatement de faire sacrer son fils de son vivant pour assurer la transmission héréditaire ; Philippe VI de Valois en 1328 succède à son cousin Charles IV au nom du principe de masculinité ; Henri IV en 1589, premier Bourbon, n'accède au trône qu'au prix d'une abjuration retentissante (« Paris vaut bien une messe »). Chaque rupture apparente est, en vérité, l'occasion de réaffirmer la fiction d'une continuité supérieure aux personnes.
Cette continuité s'incarne dans deux lieux dont l'évocation suffit à résumer l'histoire de la monarchie : la cathédrale Notre-Dame de Reims, où trente-trois rois reçoivent l'onction sainte, et la basilique royale de Saint-Denis, où reposent, avant la profanation révolutionnaire d'octobre 1793, la quasi-totalité des souverains depuis Dagobert. Reims pour le sacre, Saint-Denis pour la sépulture : les deux pôles d'une géographie sacrée qui dessine, sur la carte du royaume, la spirituelle armature de la dynastie. Aucun roi ne s'estimait pleinement roi avant d'avoir reçu à Reims les sept onctions et la couronne, et tous se savaient promis, après la mort, à reposer sous les voûtes de l'abbaye de Suger. Tel est le cadre, sacramentel, dynastique, mémoriel, dans lequel s'inscrit la geste que nous allons parcourir.
Les Mérovingiens (481-751), fondation du royaume franc
La dynastie mérovingienne tire son nom de Mérovée, chef semi-légendaire des Francs Saliens dont l'historicité demeure incertaine. Mais c'est avec son petit-fils Clovis Ier (vers 466-511), monté sur le trône en 481 à l'âge de quinze ans, que commence l'histoire des rois de France. En un quart de siècle, ce prince transforme une fédération tribale en monarchie territoriale : victoire sur Syagrius à Soissons en 486 qui lui livre l'ancien bastion gallo-romain, victoire décisive sur les Alamans à Tolbiac en 496 au cours de laquelle, selon Grégoire de Tours, il invoque le Dieu de Clotilde sa femme, baptême solennel à Reims par saint Remi suivi par trois mille de ses guerriers, défaite des Wisigoths d'Alaric II à Vouillé en 507 qui repousse l'arianisme au-delà des Pyrénées. À sa mort en 511, Clovis lègue à ses fils un royaume qui s'étend de l'Escaut aux Pyrénées : la France est en germe.
L'œuvre du fondateur souffre cependant d'une faiblesse structurelle : la coutume franque, ignorant la primogéniture, impose le partage du royaume entre tous les fils mâles. De ce principe découlent les querelles incessantes qui déchirent la dynastie, des fils de Clovis aux petits-fils de Clotaire II, en passant par les terribles affrontements de Brunehaut et Frédégonde qui ensanglantent le VIe siècle. Quelques figures se détachent pourtant de cette mêlée : Clotaire Ier, qui rétablit l'unité en 558 ; Dagobert Ier (629-639), dernier grand Mérovingien, fondateur de la basilique de Saint-Denis qui deviendra la nécropole de la dynastie ; puis la longue suite des « rois fainéants », souverains symboliques tandis que les maires du palais carolingiens accaparent le pouvoir effectif. Childéric III, dernier Mérovingien, est déposé en 751 par Pépin le Bref avec l'aval du pape Zacharie : sa chevelure royale est coupée, et il s'éteint dans un monastère.
- Clovis Ier (481-511), fondateur, baptisé à Reims
- Clotaire Ier (511-561), réunificateur du royaume franc
- Caribert Ier, Gontran, Sigebert Ier, Chilpéric Ier (561-584), partage entre les fils
- Clotaire II (584-629), réunification après la querelle de Brunehaut et Frédégonde
- Dagobert Ier (629-639), apogée mérovingien, fondation de Saint-Denis
- Clovis II, Clotaire III, Childéric II, Thierry III, Clovis IV, Childebert III, Dagobert III, Chilpéric II, Clotaire IV, Thierry IV, Childéric III (639-751), les « rois fainéants »
Pour approfondir cette période fondatrice, lire la chronique consacrée au roi Clovis Ier, premier roi chrétien des Francs.
Les Carolingiens (751-987), l'empire chrétien d'Occident
Avec le sacre de Pépin le Bref à Soissons en 751, puis son renouvellement par le pape Étienne II à Saint-Denis en 754, s'inaugure une rupture décisive dans l'histoire monarchique : pour la première fois, un roi des Francs reçoit l'onction sainte à l'imitation des rois de l'Ancien Testament. La légitimité ne procède plus du seul sang ni de la seule victoire militaire, mais d'une consécration religieuse qui fait du souverain un personnage quasi-sacerdotal. Cette innovation, dont la portée traverse toute l'histoire monarchique française, atteint son apogée avec le fils de Pépin, Charlemagne (768-814).
De Charlemagne, il est difficile d'écrire sans céder à la fascination. Roi des Francs à vingt-six ans, conquérant inlassable qui soumet les Saxons en trente ans de guerres terribles, vainqueur des Lombards d'Italie, protecteur de la papauté, il accède le jour de Noël 800 à la dignité impériale lorsque Léon III dépose sur sa tête, dans la basilique Saint-Pierre de Rome, la couronne des Césars. La renovatio imperii qu'il incarne, restauration de l'Empire d'Occident, réforme de l'Église, renaissance carolingienne des arts et des lettres autour d'Alcuin, fait de lui, comme l'a montré Robert Folz, le « père de l'Europe ». À sa mort en 814, son fils Louis le Pieux hérite d'un empire allant de l'Èbre à l'Elbe.
Mais l'œuvre carolingienne, comme celle des Mérovingiens, succombe à la coutume du partage. Le traité de Verdun en 843, conclu entre les petits-fils de Charlemagne, divise l'empire en trois royaumes : la Francie occidentale échoit à Charles le Chauve, et c'est de cette Francie que naîtra, par lente sédimentation, la France. Les invasions normandes, les ravages des Sarrasins et des Hongrois, l'affaiblissement du pouvoir central au profit des grands féodaux, précipitent le déclin de la dynastie. Les derniers Carolingiens, Louis IV d'Outremer, Lothaire, Louis V le Fainéant, règnent sur un royaume dont le roi élu par les grands, en 987, sera Hugues Capet, duc des Francs.
- Pépin le Bref (751-768), premier roi sacré
- Charlemagne (768-814), empereur d'Occident en 800
- Louis le Pieux (814-840), empereur, dernier souverain de l'empire unifié
- Charles II le Chauve (840-877), roi de Francie occidentale après Verdun 843
- Louis II le Bègue, Louis III, Carloman II, Charles III le Gros (877-888)
- Eudes (888-898), premier Robertien sur le trône
- Charles III le Simple (898-922), concède la Normandie à Rollon en 911
- Robert Ier, Raoul, Louis IV d'Outremer, Lothaire, Louis V (922-987)
Lire la chronique consacrée à l'empereur Charlemagne, restaurateur de l'Empire d'Occident.
Les Capétiens directs (987-1328), l'invention de la France royale
L'élection d'Hugues Capet à Senlis en juillet 987 paraît, à ses contemporains, un événement mineur : on remplace une famille fatiguée par une famille rivale, on choisit un grand féodal puissant et expérimenté pour ceindre une couronne devenue largement honorifique. Nul ne pressent que de cet homme procédera la plus longue dynastie régnante de l'Europe chrétienne, et qu'à travers ses descendants, Capétiens directs, puis Valois, puis Bourbons, tous issus en ligne masculine de Hugues, c'est une même famille qui régnera sans discontinuer pendant huit cent quarante-trois ans, de 987 à 1830.
Le génie politique des premiers Capétiens, comme l'a magistralement analysé Georges Duby, fut de transformer un titre fragile en institution patiente. Hugues Capet et son fils Robert II le Pieux (996-1031) ne contrôlent guère plus que le modeste domaine royal autour de Paris, Senlis et Orléans ; mais ils inventent deux principes qui assureront leur lignée : le sacre du fils du vivant du père (afin d'éviter toute contestation à la succession), et l'alliance étroite avec l'Église, qui leur fournit cadres administratifs, légitimité doctrinale et soutien moral. Cette stratégie de la longue durée, modeste en apparence, porte ses fruits : Henri Ier, Philippe Ier, puis le bouillant Louis VI le Gros (1108-1137) consolident pied à pied le domaine, tandis que Louis VII le Jeune, époux malheureux d'Aliénor d'Aquitaine, voit lui échapper, par le divorce de 1152, l'immense duché aquitain qui passe au Plantagenêt anglais.
L'avènement de Philippe Auguste en 1180 marque le tournant décisif. Ce prince, l'un des plus grands stratèges de notre histoire monarchique, conquiert sur Jean sans Terre la Normandie, l'Anjou, le Maine, la Touraine et le Poitou, écrase la coalition impériale et anglaise à Bouvines le 27 juillet 1214 (« la première victoire nationale », dira Ernest Lavisse), institue les baillis, fortifie Paris et fonde le Louvre. À sa mort en 1223, le domaine royal s'est quadruplé : la France royale n'est plus une fiction, c'est une puissance.
Son petit-fils Louis IX, plus connu sous le nom de saint Louis (1226-1270), parachève l'œuvre. Roi-arbitre de la chrétienté, juge sous le chêne de Vincennes, croisé deux fois (et martyr de la foi devant Tunis en 1270), bâtisseur de la Sainte-Chapelle, codificateur du droit royal par les Établissements de Saint Louis, il incarne l'idéal du roi très chrétien que célébreront tous ses successeurs jusqu'à Louis XVI. Jacques Le Goff, dans son monumental Saint Louis, a montré comment cette figure, à la fois historique et iconique, a fixé pour des siècles l'image du parfait souverain capétien.
Le règne de Philippe IV le Bel (1285-1314) clôt en grandeur le cycle capétien direct. Roi de fer servi par des légistes redoutables (Pierre Flote, Guillaume de Nogaret, Enguerrand de Marigny), il affronte le pape Boniface VIII jusqu'à l'attentat d'Anagni (1303), installe la papauté à Avignon sous Clément V, dissout l'Ordre du Temple par les arrestations du 13 octobre 1307 et envoie Jacques de Molay au bûcher en 1314. À sa mort la même année, ses trois fils, Louis X, Philippe V, Charles IV, se succèdent en quatorze ans sans laisser de descendance mâle. La crise dynastique de 1328 ouvre la voie aux Valois et, de proche en proche, à la guerre de Cent Ans.
- Hugues Capet (987-996), fondateur de la dynastie
- Robert II le Pieux (996-1031)
- Henri Ier (1031-1060)
- Philippe Ier (1060-1108)
- Louis VI le Gros (1108-1137)
- Louis VII le Jeune (1137-1180)
- Philippe II Auguste (1180-1223), Bouvines 1214
- Louis VIII le Lion (1223-1226)
- Louis IX (saint Louis) (1226-1270)
- Philippe III le Hardi (1270-1285)
- Philippe IV le Bel (1285-1314)
- Louis X le Hutin (1314-1316)
- Jean Ier le Posthume (1316, cinq jours)
- Philippe V le Long (1316-1322)
- Charles IV le Bel (1322-1328)
Pour approfondir, lire les chroniques consacrées à Hugues Capet, fondateur de la dynastie, Robert II le Pieux, Louis VI le Gros, Louis VII le Jeune, Philippe Auguste, vainqueur de Bouvines, Louis VIII le Lion, saint Louis, roi-arbitre de la chrétienté et Philippe le Bel, roi de fer. Sur la reine controversée du XIIe siècle, voir Aliénor d'Aquitaine, reine de France puis d'Angleterre.
Les Valois (1328-1589), guerre, peste, Renaissance
L'avènement de Philippe VI de Valois en 1328, au détriment d'Édouard III d'Angleterre qui revendique la couronne par sa mère Isabelle de France, déclenche en 1337 la guerre de Cent Ans. Les premières décennies du conflit sont catastrophiques : défaite de Crécy en 1346, peste noire de 1348 qui emporte un tiers de la population, capture du roi Jean II le Bon à Poitiers en 1356, traité de Brétigny en 1360 qui amputerait le royaume du tiers de son territoire si Charles V le Sage (1364-1380), assisté de Bertrand du Guesclin, ne reprenait pied à pied les provinces perdues.
Le règne du malheureux Charles VI le Fol (1380-1422) plonge le royaume dans le pire de son histoire : folie du roi, guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, défaite d'Azincourt en 1415, traité de Troyes en 1420 qui livre la couronne au Lancastre Henri V. C'est dans ce contexte désespéré qu'éclôt le miracle johannique : Jeanne d'Arc, partie de Domrémy au début de 1429, délivre Orléans en mai, conduit le dauphin à Reims pour y être sacré Charles VII le 17 juillet 1429, puis tombe à Compiègne et meurt sur le bûcher de Rouen le 30 mai 1431. Le roi qu'elle avait fait sacrer parachève seul la reconquête : Formigny en 1450, Castillon en 1453 mettent fin à la présence anglaise, hors Calais.
Avec Louis XI (1461-1483), prince machiavélien et calculateur, l'État monarchique se modernise : neutralisation de la féodalité par la diplomatie patiente, écrasement de Charles le Téméraire à Nancy en 1477, rattachement de la Bourgogne, mariage de son fils avec l'héritière de Bretagne. La Renaissance s'ouvre alors, sous Charles VIII, Louis XII puis surtout François Ier (1515-1547) : guerres d'Italie, victoire de Marignan en 1515, captivité de Pavie en 1525, mécénat artistique somptueux qui fait venir Léonard de Vinci à Amboise et bâtit Chambord. Mais le XVIe siècle s'achève dans le sang des guerres de Religion : massacre de la Saint-Barthélemy en août 1572 sous Charles IX, assassinat des Guises à Blois en décembre 1588 sous Henri III, dernier Valois, assassiné lui-même par Jacques Clément le 1er août 1589.
- Philippe VI (1328-1350), déclenchement de la guerre de Cent Ans
- Jean II le Bon (1350-1364), captif après Poitiers
- Charles V le Sage (1364-1380)
- Charles VI le Fol (1380-1422)
- Charles VII (1422-1461), sacré à Reims grâce à Jeanne d'Arc
- Louis XI (1461-1483)
- Charles VIII (1483-1498)
- Louis XII (1498-1515), Valois-Orléans, le « Père du peuple »
- François Ier (1515-1547), Valois-Angoulême, Marignan
- Henri II (1547-1559)
- François II (1559-1560)
- Charles IX (1560-1574), Saint-Barthélemy 1572
- Henri III (1574-1589), dernier Valois
Lire les chroniques consacrées à Charles V le Sage, restaurateur du royaume, Charles VII, le roi sacré à Reims en 1429, Louis XI, l'universelle araignée, François Ier, prince de la Renaissance, ainsi qu'à sainte Jeanne d'Arc, qui obtint le sacre de Charles VII à Reims en 1429.
Les Bourbons (1589-1792 puis 1814-1830), apogée et chute de la monarchie absolue
L'arrivée d'Henri IV sur le trône en 1589 inaugure la grande dynastie des Bourbons, branche cadette des Capétiens issue de Robert de Clermont, sixième fils de saint Louis. Roi protestant d'un royaume en majorité catholique, Henri doit conquérir son trône les armes à la main : Arques, Ivry, siège de Paris. Son abjuration à Saint-Denis le 25 juillet 1593 (« Paris vaut bien une messe ») lui ouvre la capitale ; l'Édit de Nantes du 13 avril 1598 pacifie le royaume en accordant aux protestants la liberté de conscience et des places de sûreté. Assassiné par Ravaillac le 14 mai 1610, le « bon roi Henri » laisse un royaume restauré, où Sully a remis en ordre les finances.
Sous Louis XIII (1610-1643) et son ministre Richelieu, l'État monarchique se renforce contre les Grands et contre la Maison d'Autriche : siège de La Rochelle 1628, paix d'Alais 1629, entrée dans la guerre de Trente Ans en 1635, victoire de Rocroi le 19 mai 1643. Vient alors le règne sans pareil de Louis XIV, le Roi-Soleil (1643-1715), soixante-douze années qui voient la France atteindre l'apogée de sa puissance : Versailles, Colbert, Vauban, Le Nôtre, Lully, Racine, Bossuet, Molière, La Fontaine, le Grand Siècle dans sa plénitude. Mais la révocation de l'Édit de Nantes en 1685, les guerres de Hollande, de la Ligue d'Augsbourg, de Succession d'Espagne, épuisent le royaume. Le roi meurt le 1er septembre 1715, laissant un trône à un arrière-petit-fils de cinq ans.
Louis XV le Bien-Aimé (1715-1774) règne cinquante-neuf ans dans un siècle des Lumières où la critique sape progressivement l'édifice monarchique. Victoire de Fontenoy en 1745, désastre de la guerre de Sept Ans 1756-1763 qui fait perdre le Canada et l'Inde, réformes inabouties de Maupeou : le règne s'achève dans l'impopularité. Vient alors Louis XVI (1774-1792), prince pieux et bienveillant, ouvert aux réformes mais incapable d'imposer sa volonté. Convocation des États généraux en mai 1789, prise de la Bastille le 14 juillet, fuite de Varennes en juin 1791, déchéance le 10 août 1792, exécution sur la place de la Révolution le 21 janvier 1793 : la monarchie millénaire s'effondre.
Vingt-deux années de Révolution et d'Empire séparent l'exécution de Louis XVI du retour des Bourbons. La Restauration de 1814, après l'abdication de Napoléon, ramène Louis XVIII, frère cadet du roi martyr, qui octroie la Charte du 4 juin 1814, fondatrice du parlementarisme français. Son frère Charles X (1824-1830), dernier roi sacré à Reims le 29 mai 1825, tente une politique réactionnaire qui provoque les Trois Glorieuses de juillet 1830. Charles abdique le 2 août 1830 en faveur de son fils Louis-Antoine (Louis XIX, qui abdique aussitôt) puis de son petit-fils Henri (Henri V, l'enfant de dix ans à qui les légitimistes seront fidèles toute leur vie). Mais les Chambres confient la couronne au cousin Louis-Philippe d'Orléans, descendant du frère de Louis XIV, qui règne dix-huit ans comme « roi des Français » avant d'être renversé par la révolution de février 1848. Le 24 février 1848, il abdique et part pour l'exil anglais : la monarchie française, après mille trois cent soixante-sept ans, s'éteint définitivement.
- Henri IV (1589-1610), Édit de Nantes 1598
- Louis XIII le Juste (1610-1643)
- Louis XIV le Grand (1643-1715), le Roi-Soleil
- Louis XV le Bien-Aimé (1715-1774)
- Louis XVI (1774-1792), guillotiné le 21 janvier 1793
- (Louis XVII, mort enfant au Temple en 1795, n'a jamais régné effectivement)
- Louis XVIII (1814-1815, 1815-1824), Restauration, Charte de 1814
- Charles X (1824-1830), dernier roi sacré à Reims, abdique aux Trois Glorieuses
- Louis XIX (2 août 1830, environ vingt minutes), abdication immédiate
- Henri V (2-9 août 1830), jamais reconnu par les Chambres
- Louis-Philippe Ier (1830-1848), branche d'Orléans, « roi des Français »
Lire les chroniques consacrées à Henri IV, le Vert-Galant, Louis XIV, le Roi-Soleil et Louis XVI, le roi martyr.
Le sacre de Reims : continuité d'un rite millénaire
De Pépin le Bref en 751 à Charles X en 1825, trente-trois rois de France ont reçu l'onction sainte dans la cathédrale de Reims, faisant de cet édifice le théâtre quasi exclusif d'un rituel sans équivalent dans la chrétienté. La sainte Ampoule, conservée à l'abbaye Saint-Remi et apportée en grande pompe pour chaque sacre, contenait selon la tradition le chrême miraculeux dont une colombe avait pourvu saint Remi pour le baptême de Clovis. C'est ce chrême, ou ce que la dévotion croyait tel, qui, mêlé à l'huile de la confirmation, conférait au roi les sept onctions sacramentelles : tête, poitrine, entre les épaules, épaules, jointures des bras, paumes des mains. Le souverain devenait ainsi, selon la formule théologique, persona mixta, à la fois laïque et quasi-sacerdotal, doté du pouvoir miraculeux de guérir les écrouelles d'un seul toucher (« le roi te touche, Dieu te guérit »). Ce rite, médiéval, fut maintenu sans interruption majeure jusqu'au XIXe siècle, et son interruption après 1825 marque, plus encore que telle abdication, la fin de la monarchie chrétienne. Pour explorer les pierres mêmes de cette histoire sacrée, lire la chronique consacrée à la cathédrale Notre-Dame de Reims.
Saint-Denis : la nécropole royale
Si Reims voyait naître les rois à leur dignité, c'est à Saint-Denis qu'on les rendait à la terre. La basilique fondée par Dagobert au VIIe siècle, reconstruite par l'abbé Suger au XIIe siècle dans le style gothique naissant, accueillit la sépulture de la quasi-totalité des souverains français du Xe au XVIIIe siècle, ainsi que de nombreuses reines, princes du sang et grands officiers de la couronne. Plus de soixante-dix tombeaux royaux y formaient, jusqu'à la Révolution, le plus extraordinaire ensemble funéraire de l'Europe chrétienne, un musée de la monarchie en pierre, en bronze et en marbre, où Saint Louis, Philippe Auguste, Charles V, François Ier, Henri II, Catherine de Médicis et Louis XIV reposaient côte à côte sous des gisants ou des transis sculptés par les plus grands artistes de leur temps. La profanation d'octobre 1793, ordonnée par la Convention pour effacer la mémoire des « tyrans », exhuma et dispersa la plupart des corps royaux dans une fosse commune voisine. Les tombeaux furent pour partie sauvés par Alexandre Lenoir et reconstitués sous la Restauration. Pour visiter en pensée cette nécropole sans pareille, lire la chronique consacrée à la basilique-cathédrale de Saint-Denis.
Les rois et l'Église : un compagnonnage millénaire
De Clovis baptisé par Remi à Charles X sacré sous la Restauration, l'alliance du trône et de l'autel constitue l'armature spirituelle de la monarchie française. Le roi de France porte, depuis le XIIIe siècle, le titre de « Roi très chrétien » (Rex Christianissimus) que lui décerne la papauté ; il est le « fils aîné de l'Église », protecteur des saints lieux, défenseur de la foi catholique en Europe. Cette dignité religieuse n'a jamais signifié soumission : dès Philippe le Bel, et plus encore avec les libertés gallicanes codifiées par la Pragmatique Sanction de Bourges en 1438 puis par le Concordat de 1516, les rois de France ont maintenu une autonomie remarquable face à Rome, choisissant leurs évêques, contrôlant les biens de l'Église, restreignant la circulation des bulles pontificales sur leur territoire.
Cette alliance s'incarne dans des institutions concrètes : les ordres royaux de chevalerie (Saint-Michel fondé par Louis XI en 1469, Saint-Esprit fondé par Henri III en 1578) qui mêlent dévotion et noblesse ; les abbayes royales (Saint-Denis, Fleury, Cluny, Saint-Germain-des-Prés, Royaumont fondé par saint Louis) qui constituent un réseau spirituel et économique sans pareil ; les fondations charitables, les chapelles palatines (Sainte-Chapelle de Vincennes, Versailles), les pèlerinages royaux. Ce compagnonnage millénaire, dont la rupture violente sous la Révolution puis la séparation de 1905 ont effacé bien des traces, demeure pourtant inscrit dans le paysage français : presque chaque cathédrale, presque chaque grande abbaye porte la mémoire d'une fondation, d'un don, d'une visite royale. La France des rois fut une France des moines et des évêques ; la dissocier de l'Église qui l'a portée pendant treize siècles, c'est se condamner à n'en plus rien comprendre.
Aller plus loin sur France Éternelle
Cette chronique n'est qu'un seuil. Pour pénétrer plus avant dans la geste monarchique française, France Éternelle propose un ensemble cohérent de chroniques biographiques, de fiches patrimoniales et de portraits qui prolongent et incarnent ce panorama d'ensemble.
- Annuaire des grandes figures monarchiques françaises, vue d'ensemble des dix-huit chroniques publiées
- Clovis Ier, premier roi chrétien des Francs, baptisé à Reims
- Charlemagne, empereur d'Occident couronné à Rome en 800
- Hugues Capet, fondateur de la dynastie capétienne en 987
- Robert II le Pieux, second Capétien, théologien couronné
- Louis VI le Gros, pacificateur de l'Île-de-France
- Louis VII le Jeune, époux d'Aliénor, croisé de la Deuxième Croisade
- Philippe Auguste, vainqueur de Bouvines en 1214
- Louis VIII le Lion, vainqueur des Anglais en Poitou
- Saint Louis, roi-arbitre de la chrétienté, croisé de Tunis
- Philippe IV le Bel, roi de fer, dissolution des Templiers
- Charles V le Sage, restaurateur du royaume face aux Anglais
- Charles VII, sacré à Reims grâce à Jeanne d'Arc, vainqueur de la guerre de Cent Ans
- Louis XI, l'universelle araignée, fondateur de l'État moderne
- François Ier, prince de la Renaissance, vainqueur de Marignan
- Henri IV, premier Bourbon, Édit de Nantes
- Louis XIV, le Roi-Soleil, soixante-douze ans de règne
- Louis XVI, roi martyr, exécuté le 21 janvier 1793
- Aliénor d'Aquitaine, reine de France puis d'Angleterre
- Sainte Jeanne d'Arc, la Pucelle qui obtint le sacre de Charles VII à Reims en 1429
- Cathédrale Notre-Dame de Reims, lieu du sacre de trente-trois rois
- Basilique de Saint-Denis, nécropole royale millénaire
Questions fréquentes
Combien y a-t-il eu de rois de France au total ?
On dénombre traditionnellement environ soixante-dix souverains ayant régné sous le titre de roi des Francs puis de roi de France, depuis Clovis Ier (481) jusqu'à Louis-Philippe Ier (1848). Le chiffre exact varie selon que l'on inclut ou non les rois mérovingiens régnant simultanément sur des partages du royaume, les rois éphémères de la crise capétienne (Jean Ier le Posthume), ou les souverains contestés de juillet 1830 (Louis XIX, Henri V). Cinq grandes dynasties se sont succédé : Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens directs, Valois, Bourbons, auxquelles s'ajoute en 1830 la branche cadette d'Orléans.
Qui est le premier roi de France ?
Si l'on s'en tient à la tradition historiographique nationale, c'est Clovis Ier (481-511) qui est considéré comme le premier roi de France, en raison de son baptême à Reims aux alentours de 496 qui inscrit la monarchie dans la chrétienté catholique, et de la victoire de Vouillé en 507 qui étend son royaume jusqu'aux Pyrénées. Stricto sensu, il est cependant « roi des Francs » et non « roi de France » : ce dernier titre n'apparaît qu'avec Philippe Auguste à la fin du XIIe siècle.
Quel roi a régné le plus longtemps ?
Louis XIV détient le record absolu avec soixante-douze ans de règne (1643-1715), monté sur le trône à l'âge de quatre ans à la mort de Louis XIII et décédé à soixante-seize ans. Aucun autre souverain européen n'a égalé cette longévité de règne. Louis XV le suit avec cinquante-neuf ans, et Philippe IV le Bel avec vingt-neuf ans.
Qui est le dernier roi de France ?
Selon le statut qu'on accorde au titre, deux réponses sont possibles. Charles X (1824-1830) est le dernier roi sacré à Reims et le dernier souverain à avoir porté le titre de « roi de France et de Navarre ». Louis-Philippe Ier (1830-1848), de la branche d'Orléans, est le dernier souverain effectif, mais il portait le titre constitutionnel de « roi des Français ». Tous deux furent renversés par des révolutions parisiennes (Trois Glorieuses en juillet 1830, février 1848).
Combien de rois ont été sacrés à Reims ?
Trente-trois rois de France ont reçu l'onction sainte dans la cathédrale Notre-Dame de Reims, depuis Louis VIII en 1223 (premier sacre rémois assuré sans interruption) jusqu'à Charles X en 1825. Quelques exceptions notables : Henri IV, sacré à Chartres en 1594 du fait que Reims était aux mains de la Ligue, et Louis XVIII, qui ne fut jamais sacré.
Pourquoi appelle-t-on les rois de France « rois très chrétiens » ?
Le titre de Rex Christianissimus (« Roi très chrétien ») fut conféré aux rois de France par la papauté à partir du XIIIe siècle, en reconnaissance de leur fidélité à l'Église catholique et de leur rôle de protecteurs de la foi. Officiellement consacré sous le règne de Charles VII au XVe siècle, il distinguait le roi de France de l'« empereur romain germanique », du « roi catholique » d'Espagne et du « défenseur de la foi » d'Angleterre. Il fut porté jusqu'à Charles X.
Qu'est devenue la monarchie après 1848 ?
L'abdication de Louis-Philippe le 24 février 1848 mit fin à la monarchie en France. Trois prétendants se sont disputé symboliquement la succession au cours du XIXe siècle : le comte de Chambord (Henri V, légitimiste, mort en 1883), le comte de Paris (orléaniste) et le prince Napoléon (bonapartiste). Le ralliement orléaniste à la branche aînée après 1883 fonda le « courant unitaire » dont les héritiers sont les actuels prétendants légitimistes (descendants des Bourbons d'Espagne) et orléanistes (descendants de Louis-Philippe).
Où sont enterrés les rois de France ?
La quasi-totalité des rois de France, du Xe au XVIIIe siècle, sont inhumés dans la basilique de Saint-Denis, au nord de Paris. Quelques exceptions : les premiers Mérovingiens (Clovis à Sainte-Geneviève), Philippe Ier (Saint-Benoît-sur-Loire), Louis XI (Notre-Dame de Cléry), Louis XVI et Marie-Antoinette (réinhumés à Saint-Denis sous la Restauration après leur exhumation du cimetière de la Madeleine), Louis-Philippe (Dreux). Les corps royaux furent profanés en octobre 1793 par décret de la Convention et jetés dans une fosse commune ; les ossements furent rassemblés en 1817 dans l'ossuaire de Saint-Denis.
Sources
- Marc Bloch, Les Rois thaumaturges. Étude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale en France et en Angleterre, Strasbourg, 1924 (rééd. Gallimard, 1983).
- Georges Duby, Le Dimanche de Bouvines. 27 juillet 1214, Paris, Gallimard, 1973 ; et Hommes et structures du Moyen Âge, Mouton, 1973.
- Jacques Le Goff, Saint Louis, Paris, Gallimard, 1996.
- Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse. L'essor des élites politiques en Europe, Paris, Fayard, 1998 ; et Les Origines (avant l'an mil), Histoire de France dirigée par Jean Favier, Fayard, 1984.
- Hervé Pinoteau, La Symbolique royale française, Ve-XVIIIe siècles, La Roche-Rigault, PSR Éditions, 2004.
- Robert Folz, Le Couronnement impérial de Charlemagne, Paris, Gallimard, 1964 (rééd. coll. Folio Histoire).
- Jean Favier, Philippe le Bel, Paris, Fayard, 1978 ; et La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980.
- François Bluche, Louis XIV, Paris, Fayard, 1986 ; et L'Ancien Régime. Institutions et société, Le Livre de Poche, 1993.
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