Louis VI le Gros : restaurateur de l'autorité royale en Île-de-France
Biographie de Louis VI le Gros
Né en 1081, fils de Philippe Ier et de Berthe de Hollande, Louis grandit à l'abbaye de Saint-Denis où il fit ses études aux côtés d'un jeune oblat de naissance modeste, Suger, qui deviendrait son ami pour la vie, son ministre et son hagiographe. Cette amitié scellée dans l'enfance entre le futur roi et le futur abbé de Saint-Denis allait déterminer le visage de la France capétienne du XIIe siècle. Robuste, bon vivant, peu enclin aux raffinements de cour, le prince acquit très tôt sa massive corpulence, qui lui vaudra le sobriquet de Gros, et plus tard, quand il ne pourra plus monter à cheval, celui de Batailleur que les chroniqueurs préfèrent comme plus glorieux. Dès l'âge de quinze ans, il est associé par son père au gouvernement effectif du royaume et reçoit le titre de rex designatus, sans pourtant recevoir le sacre, son père répugnant à céder un pouce d'autorité. Pendant douze années, jusqu'en 1108, le jeune Louis se charge en pratique des expéditions militaires que la goutte et la disgrâce ecclésiastique de Philippe Ier, excommunié pour son union avec Bertrade de Montfort, empêchaient ce dernier d'assumer.
Lorsque la mort de Philippe Ier, le 29 juillet 1108, lui ouvre enfin le trône, Louis se fait sacrer en hâte à Orléans dès le 3 août, devançant les manœuvres de son demi-frère Philippe de Mantes, fils de la concubine royale Bertrade. Cette précipitation, et l'absence du sacre traditionnel à Reims, témoignent de la fragilité encore réelle de la couronne capétienne au seuil du XIIe siècle. Marié d'abord à Lucienne de Rochefort, puis en 1115 à Adélaïde de Maurienne, princesse savoyarde qui lui donnera huit enfants dont le futur Louis VII, Louis VI s'attelle aussitôt à la tâche immense que ses prédécesseurs avaient à peine osé envisager : faire respecter l'autorité royale dans son propre domaine.
Le règne
Le règne de Louis VI est tout entier consacré à la restauration de l'autorité royale dans l'Île-de-France, où une multitude de petits seigneurs pillards, Hugues du Puiset, Thomas de Marle, Bouchard de Montmorency, le sire de Coucy, défiaient impunément la couronne, rançonnant marchands et pèlerins, brûlant les villages, persécutant les abbayes. Pendant trente années, le roi conduit en personne, sa hache d'armes au poing, l'inlassable guerre contre les seigneurs brigands. Le Puiset, près de Chartres, est pris et rasé trois fois entre 1111 et 1118 ; Crécy-en-Brie, le château de Montaigu, la forteresse de Coucy tombent l'une après l'autre. Thomas de Marle, le plus cruel d'entre eux, est mortellement blessé en 1130 lors d'une expédition royale en Picardie. Cette pacification méthodique, conduite avec l'appui des évêques, des abbayes et des communes urbaines auxquelles le roi accorde généreusement des chartes de franchises, refait du Capétien le maître effectif de son domaine. En 1124, lorsque l'empereur germanique Henri V menace d'envahir la Champagne, Louis VI lève à Reims la fameuse oriflamme de Saint-Denis, bannière vermeille qu'il était venu chercher en personne sur l'autel des martyrs, et rassemble autour d'elle une armée nationale d'une ampleur inédite : ducs, comtes, évêques, milices communales, tous se rangent sous le gonfanon royal. Henri V, impressionné, recule sans combat. Cette mobilisation marque la naissance du sentiment national français, et fait de Saint-Denis, par la médiation de l'abbé Suger, le foyer mystique de la monarchie. À l'extérieur, Louis affronte Henri Ier d'Angleterre, duc de Normandie, dans une guerre intermittente où il subit la défaite de Brémule (1119) mais maintient ses prétentions sur le Vexin. À sa mort, le 1er août 1137, il avait su, par son testament, marier in extremis son héritier Louis à Aliénor d'Aquitaine : geste qui semblait, ce jour-là, doubler le royaume.
Héritage et postérité
L'œuvre de Louis VI est celle d'un fondateur méconnu. En matant les seigneurs pillards de l'Île-de-France, il a refait du domaine royal un territoire gouverné, où les routes redevinrent sûres, les abbayes prospères, les villes florissantes. En octroyant des chartes de communes, à Laon, Amiens, Soissons, Noyon, il a noué l'alliance durable de la couronne et du tiers état urbain qui, de Philippe Auguste à Saint Louis, fera la fortune des Capétiens. En s'appuyant sur l'abbé Suger, esprit politique de premier ordre, il a inauguré la tradition du ministériat ecclésiastique qui culminera avec Sully et Richelieu. Surtout, en confiant à Suger la rédaction de sa Vita Ludovici Grossi, il a légué à la postérité l'image d'un roi-justicier, d'un defensor pauperum infatigable, modèle dont s'inspireront Saint Louis et tous les souverains soucieux de leur réputation. Suger, devenu maître de Saint-Denis, transformera l'abbaye en chantier inaugural de l'art gothique : la basilique reconstruite à partir de 1135 et consacrée en 1144 sera la matrice de toutes les cathédrales françaises, de Notre-Dame de Paris à Chartres, de Reims à Amiens. Le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec le futur Louis VII, conclu sur le lit de mort du roi, paraissait alors couronner l'œuvre paternelle ; sa rupture quinze ans plus tard ouvrirait au contraire le drame Plantagenêt qui pèserait trois siècles sur la France. Mais cette ironie de l'histoire ne saurait obscurcir l'éclat de Louis le Gros, premier vrai roi de la France médiévale.
Sur ses pas, lieux à visiter aujourd'hui
Le pèlerinage capétien commence évidemment à Saint-Denis, où Suger éleva pour Louis VI le premier monument gothique de l'Occident : on y verra le tombeau du roi, refait au XIIIe siècle, et le déambulatoire à chapelles rayonnantes consacré en 1144. À Orléans, lieu du sacre, la cathédrale Sainte-Croix conserve la mémoire des Capétiens. Au Puiset, en Beauce, ne subsistent que d'humbles vestiges du château trois fois rasé. À Laon, première commune chartée par le roi, la cathédrale gothique culmine sur la colline avec ses tours à bœufs. Notre-Dame de Paris, commencée en 1163 sous son fils, prolonge l'élan architectural inauguré par Suger et Louis le Gros.
Anecdotes et iconographie
- Le roi à la hache, Suger rapporte que Louis VI combattait en personne, à pied, sa hache d'armes au poing, partageant la fatigue et le péril de ses chevaliers. À Brémule, en 1119, désarçonné, il fut sauvé par un soldat normand qui ne le reconnut pas : « Le roi ne se prend pas comme un pion aux échecs », aurait répondu le Capétien à celui qui s'en vantait..
- L'oriflamme de Saint-Denis (1124), Lorsque l'empereur Henri V menaça d'envahir la France, Louis VI vint en personne sur l'autel des martyrs prendre la bannière vermeille de Saint-Denis : geste fondateur où le roi se déclare vassal du saint patron du royaume et où l'oriflamme devient l'étendard de la guerre nationale, qui flottera jusqu'à Azincourt en 1415..
- Suger, l'ami de toujours, Né d'une famille modeste vers 1080, Suger devint oblat à Saint-Denis et y rencontra le futur roi enfant. Devenu abbé en 1122, il fut tour à tour ambassadeur, ministre, chroniqueur, architecte. À la mort de Louis VI puis pendant la deuxième croisade, il assura la régence du royaume avec une sagesse qui lui valut le titre, donné par le pape Eugène III, de <em>père de la patrie</em>..
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Questions fréquentes sur Louis VI le Gros
Pourquoi Louis VI est-il appelé le Gros ?
En raison de sa très forte corpulence, qui s'aggrava avec l'âge au point de l'empêcher de monter à cheval dans ses dernières années. Le surnom, déjà employé de son vivant, fut souvent remplacé par les chroniqueurs courtois par celui de <em>Batailleur</em> ou de <em>Combattant</em>, jugés plus dignes.
Quel rôle joua l'abbé Suger ?
Ami d'enfance du roi, Suger fut son principal ministre, son conseiller diplomatique, son chroniqueur officiel et l'architecte de la basilique de Saint-Denis. Sous Louis VII, il assuma la régence du royaume pendant la deuxième croisade (1147-1149) avec une habileté qui lui valut le titre de <em>père de la patrie</em>.
Pourquoi Louis VI fut-il sacré à Orléans et non à Reims ?
L'archevêque de Reims étant alors absent et la situation politique précaire, son demi-frère Philippe de Mantes ourdissait des intrigues, Louis se fit sacrer en hâte à Orléans dès le 3 août 1108, cinq jours après la mort de son père. Ce fut l'un des rares sacres capétiens à avoir lieu hors de Reims.
Qu'est-ce que l'oriflamme de Saint-Denis ?
Une bannière de soie vermeille à flammes d'or, conservée sur l'autel des martyrs à Saint-Denis et que le roi venait prendre solennellement avant de partir en guerre nationale. Levée pour la première fois par Louis VI en 1124, elle accompagna les rois de France jusqu'à la bataille d'Azincourt en 1415, où elle fut perdue.
Qui Louis VI fit-il épouser à son fils Louis VII ?
Aliénor d'Aquitaine, héritière du plus vaste duché du royaume, à l'agonie même de Louis VI, en juillet 1137. Ce mariage devait doubler le territoire de la couronne ; il fut au contraire annulé en 1152 et permit à Aliénor d'épouser Henri II Plantagenêt, futur roi d'Angleterre, origine de trois siècles de guerres franco-anglaises.
Sources
- Wikipédia, Louis VI de France, dit le Gros.