Louis VII le Jeune : époux d'Aliénor, conducteur de la 2e croisade (1147)

Portrait de Louis VII le Jeune
Portrait de Louis VII le Jeune, Anonyme · Public Domain.

Biographie de Louis VII le Jeune

Né en 1120, second fils de Louis VI le Gros et d'Adélaïde de Maurienne, le jeune Louis n'était pas destiné au trône. Confié dès l'enfance à l'abbaye de Saint-Denis, il y reçut une éducation cléricale et se préparait à la carrière ecclésiastique lorsque la mort accidentelle de son frère aîné Philippe, désarçonné par un porc errant dans une rue de Paris en octobre 1131, le rappela soudainement au siècle. Sacré du vivant de son père à Reims dès le 25 octobre 1131, il garda toute sa vie de cette formation monastique une dévotion d'allure quasi sacerdotale, une douceur de manières et une modestie d'habits qui surprenaient à la cour. « Il vivait », dit Gautier Map, « plus en moine qu'en roi. »

Le 25 juillet 1137, à dix-sept ans, il épouse à Bordeaux Aliénor d'Aquitaine, héritière du plus vaste duché du royaume, Aquitaine, Gascogne, Poitou, Limousin, Auvergne, selon les dispositions testamentaires de Louis VI agonisant. Une semaine plus tard, à Béthizy, son père meurt ; couronné à Bourges en décembre, le jeune souverain se trouve, sans préparation, à la tête d'un domaine soudain doublé. Le mariage, inégal de tempérament, Aliénor, brillante, sensuelle, formée aux cours méridionales des troubadours, supportait mal la piété grave de son époux, devait pourtant durer quinze années avant d'aboutir à la rupture la plus lourde de conséquences de l'histoire médiévale française. De cette union, deux filles seulement naquirent : Marie, future comtesse de Champagne, et Alix, future comtesse de Blois, les deux mères des grands amours courtois et des chroniqueurs Plantagenêt.

Effigie ou sceau de Louis VII le Jeune
Effigie, sceau ou statue funéraire, Chancellerie royale, XIIe siècle · Public Domain.

Le règne

Le règne de Louis VII est marqué de quatre grandes affaires. La première est la deuxième croisade. Ébranlé par la chute d'Édesse aux mains des Turcs en 1144, prêché à Vézelay par saint Bernard à la Pâque 1146, où le roi, prenant la croix le premier, entraîne tout le royaume, Louis VII s'embarque pour l'Orient en juin 1147, accompagné de la reine Aliénor. L'expédition tourne au désastre : armée décimée en Anatolie, querelles dynastiques à Antioche où Aliénor scandalise la chrétienté par sa familiarité avec son oncle Raymond de Poitiers, échec lamentable devant Damas en juillet 1148. Le roi rentre en France en 1149 démoralisé, l'image des États latins durablement ébranlée, son couple irréversiblement brisé. La seconde affaire est la répudiation d'Aliénor. Au concile de Beaugency en mars 1152, le mariage est annulé pour consanguinité : Aliénor recouvre son duché et, deux mois plus tard, épouse Henri Plantagenêt, futur Henri II d'Angleterre. Lorsque celui-ci ceint la couronne anglaise en 1154, Louis VII a vu se constituer à ses portes un empire angevin qui s'étend de l'Écosse aux Pyrénées, et qui pèsera trois siècles sur le destin du royaume. La troisième affaire est l'affaire Thomas Becket : Louis VII accueille en France l'archevêque de Cantorbéry exilé par Henri II, le protège pendant six années, puis pleure sa mort à la cathédrale en 1170 et tire de l'événement un avantage diplomatique considérable. La quatrième affaire est le commencement de la cathédrale Notre-Dame de Paris en 1163, sous l'évêque Maurice de Sully : la première pierre, posée en présence du pape Alexandre III réfugié à Paris, inaugure le grand chantier qui occupera deux siècles. Louis VII obtient enfin, en 1165, la naissance miraculeuse, il avait quarante-cinq ans, de son fils Philippe, dit Dieu-Donné, le futur Philippe Auguste.

Scène iconique du règne de Louis VII le Jeune
Scène iconique du règne, Anonyme, gravure historique · Public Domain.

Héritage et postérité

L'historiographie a longtemps jugé Louis VII avec sévérité, par contraste avec le génie politique de son fils Philippe Auguste et la majesté guerrière de son rival Henri II. Roi pieux, indécis, ayant perdu Aliénor et l'Aquitaine, ayant échoué en Terre sainte, il paraît une figure de transition, presque effacée. L'examen serein de son règne révèle pourtant un souverain qui sut, par sa modération même, consolider patiemment l'autorité royale, accroître le domaine par le mariage de son fils avec Isabelle de Hainaut (1180) qui apportait l'Artois, accueillir à sa cour les grands intellectuels du temps, Pierre Lombard, Jean de Salisbury, et faire de Paris la capitale spirituelle de la chrétienté, tandis que Notre-Dame s'élevait sur l'île de la Cité. Le mariage avorté avec Aliénor, considéré naguère comme la grande faute du règne, apparaît aujourd'hui comme un dénouement inéluctable d'incompatibilité humaine et politique : nul roi pieux du Nord n'eût pu durablement régner sur la cour aquitaine de la fin'amor. Louis VII fut le premier souverain capétien à recevoir le surnom de Très Chrétien, qui restera attaché à la couronne de France. À Saint-Denis, son tombeau accompagne celui de son fils Philippe Auguste, dont il vit le sacre à Reims le 1er novembre 1179 avant de s'éteindre l'année suivante. À Notre-Dame de Paris, dont il avait posé la première pierre, sa mémoire est inscrite dans la pierre même de la cathédrale. Aliénor, devenue reine d'Angleterre puis figure tutélaire des Plantagenêt, repose à Fontevraud auprès d'Henri II et de Richard Cœur de Lion : ironie de l'histoire, qui voulut que la première épouse de Louis VII gisît parmi les rois ennemis de sa première patrie.

Sur ses pas, lieux à visiter aujourd'hui

43 ans durée du règne
Capétiens directs dynastie
Mariage Aliénor 1137 annulé en 1152, perte de l'Aquitaine
2e croisade 1147 échec, peste, famine, défaites

Le pèlerinage du règne commence par Notre-Dame de Paris, dont la première pierre fut posée en 1163 sous Maurice de Sully avec l'appui royal. À Vézelay, la basilique Sainte-Madeleine et le flanc de la colline rappellent la prédication de saint Bernard. À Saint-Denis, le tombeau du roi accompagne ceux des Capétiens. À Reims, la cathédrale conserve la mémoire du sacre de son fils Philippe Auguste. Pour suivre Aliénor d'Aquitaine et le destin Plantagenêt, on se rendra à l'abbaye de Fontevraud, où reposent ses gisants et ceux d'Henri II et de Richard Cœur de Lion. Beaugency enfin, sur la Loire, garde le souvenir du concile qui rompit le couple le plus fameux du XIIe siècle.

Anecdotes et iconographie

  • La prédication de Vézelay (1146), À la Pâque 1146, sur le flanc de la colline de Vézelay où l'estrade dressée devant l'abbatiale ne pouvait contenir la foule, saint Bernard de Clairvaux prêcha la deuxième croisade devant Louis VII et la reine Aliénor. Le roi reçut la croix des mains de l'abbé, suivi d'une telle multitude que Bernard, n'ayant plus de croix d'étoffe à distribuer, dut déchirer son propre habit pour en confectionner d'autres..
  • Le scandale d'Antioche (1148), À Antioche, la reine Aliénor refusa de suivre son mari à Jérusalem, soutenant les vues de son oncle Raymond de Poitiers. La rumeur, propagée par les chroniqueurs hostiles, fit d'elle l'amante de cet oncle, et accusa le roi de l'avoir ramenée de force. La querelle ne se cicatrisa jamais et conduisit, quatre ans plus tard, à l'annulation du mariage à Beaugency..
  • Philippe Dieu-Donné (1165), À l'âge de quarante-cinq ans, après vingt-huit années de règne et trois mariages successifs, Louis VII désespérait d'obtenir un héritier mâle lorsque sa troisième épouse Adèle de Champagne lui donna, le 21 août 1165, un fils. Paris célébra l'événement par des feux de joie ; on surnomma l'enfant Philippe <em>Dieudonné</em>. Il deviendrait Philippe Auguste, vainqueur de Bouvines..

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Questions fréquentes sur Louis VII le Jeune

Pourquoi Louis VII est-il surnommé le Jeune ?

Pour le distinguer de son père Louis VI le Gros, dont il fut associé au trône à l'âge de onze ans après la mort accidentelle de son frère aîné. Le surnom <em>Junior</em>, ou <em>le Jeune</em>, lui resta toute sa vie, même à un âge avancé.

Pourquoi le mariage avec Aliénor d'Aquitaine fut-il annulé ?

Officiellement pour consanguinité au quatrième degré, prononcée au concile de Beaugency en mars 1152. En réalité, l'incompatibilité de tempérament entre le roi pieux et la brillante duchesse, l'absence d'héritier mâle après quinze ans de mariage et le scandale d'Antioche pendant la deuxième croisade rendaient l'union intenable. Aliénor épousa Henri Plantagenêt deux mois plus tard.

Quels furent les résultats de la deuxième croisade ?

Désastreux. L'armée française, partie de Vézelay en 1147 sous les exhortations de saint Bernard, fut décimée en Anatolie ; le siège de Damas en juillet 1148 tourna à la débâcle. La croisade ne sauva pas Édesse et ébranla durablement le prestige des États latins d'Orient comme celui du roi de France.

Quel fut le rôle de Louis VII dans la construction de Notre-Dame de Paris ?

Il en posa la première pierre en 1163 aux côtés du pape Alexandre III alors réfugié à Paris et de l'évêque Maurice de Sully, initiateur du chantier. Le roi soutint financièrement les travaux et inscrivit ainsi son nom dans la cathédrale qui demeure le monument de son règne.

Qui fut le successeur de Louis VII ?

Son fils Philippe II, dit Auguste ou Dieudonné, né en 1165 d'Adèle de Champagne et sacré du vivant de son père à Reims le 1er novembre 1179. Louis VII mourut le 18 septembre 1180. Philippe Auguste agrandit considérablement le domaine royal et battit Jean sans Terre et Otton IV à Bouvines en 1214.

Sources