Philippe II Auguste : vainqueur de Bouvines (1214), fondateur du Louvre
Biographie de Philippe Auguste
Né à Gonesse le 21 août 1165, Philippe est le fils tant attendu de Louis VII et d'Adèle de Champagne. Sa naissance, célébrée comme un miracle après deux mariages stériles, lui vaut le surnom de Dieudonné. Frêle et maladif dans son enfance, il manque mourir lors d'une chasse en forêt de Compiègne en 1179, il est associé au trône dès l'âge de quatorze ans : sacré à Reims le 1er novembre 1179 par son oncle Guillaume aux Blanches Mains, archevêque de la ville, il monte effectivement sur le trône à la mort de son père, le 18 septembre 1180. Le royaume qu'il reçoit est exigu : un domaine concentré autour de Paris, Orléans, Bourges et Étampes, étouffé au nord par les comtés de Flandre et de Champagne, à l'ouest par l'empire Plantagenêt qui couvre la moitié du royaume, de la Normandie à l'Aquitaine.
L'historiographie l'a surnommé Auguste, du latin augere, « accroître », tant il sut agrandir son patrimoine. Mais il fut aussi un administrateur de génie. Il marie sa demi-sœur Marguerite à Henri le Jeune Plantagenêt, manie l'arme matrimoniale avec autant de cynisme que d'efficacité, écarte la régence de son oncle Philippe d'Alsace, comte de Flandre, et impose dès 1185, par le traité de Boves, une première extension : l'Artois, le Vermandois, l'Amiénois. Trois fois marié, à Isabelle de Hainaut (1180), à Ingeburge de Danemark (1193) qu'il répudie scandaleusement dès le lendemain des noces, à Agnès de Méran (1196), il subit pour cette dernière union l'interdit pontifical lancé par Innocent III en 1200. Ce roi rusé, glacial, pieux mais peu mystique, incarne pour Georges Duby une nouvelle race de souverains : pragmatiques, lettrés, soucieux de l'État avant l'aventure.
Le règne
Le règne de Philippe Auguste est tout entier tendu vers la lutte contre les Plantagenêts. Compagnon, puis adversaire de Richard Cœur de Lion lors de la troisième croisade (1190-1191), qu'il abandonne à Saint-Jean-d'Acre pour rentrer en France et préparer sa revanche, il profite de la mort de Richard en 1199 pour ouvrir la grande offensive. Contre Jean sans Terre, il fait jouer la procédure féodale : le roi d'Angleterre, vassal pour ses fiefs continentaux, est convoqué devant la cour des pairs de France pour le rapt d'Isabelle d'Angoulême. Sa contumace entraîne en 1202 la commise, la confiscation, de tous ses fiefs. Suit une campagne foudroyante : prise de Château-Gaillard en mars 1204, conquête de la Normandie, du Maine, de l'Anjou, de la Touraine, du Poitou. En cinq ans, le domaine royal triple. La riposte ne tarde pas : Jean sans Terre noue contre Philippe une coalition européenne avec l'empereur Otton IV, le comte de Flandre Ferrand, le comte de Boulogne Renaud de Dammartin. Le choc a lieu en plaine de Cysoing : le 27 juillet 1214, à Bouvines, un dimanche en violation de la trêve dominicale, l'ost royal écrase la coalition. Otton fuit, Ferrand est ramené enchaîné à Paris. C'est, selon le mot de Jules Michelet, « la première victoire nationale ». Bâtisseur autant que conquérant, Philippe édifie autour de Paris la grande enceinte (1190-1213), érige la forteresse du Louvre dont il fait son trésor et son arsenal, fait paver les rues de la capitale en 1186, le chroniqueur Rigord rapporte qu'il en eut l'idée, indisposé par la puanteur d'une rue boueuse, fonde Halles et hôpitaux, accorde en 1200 ses premiers privilèges à l'université de Paris.
Héritage et postérité
Lorsque Philippe Auguste meurt à Mantes le 14 juillet 1223, à cinquante-sept ans, le royaume de France n'est plus celui qu'il avait reçu de son père. Son fils Louis VIII hérite d'un domaine qui s'étend de la Manche à la Méditerranée, d'une administration cohérente fondée sur les baillis et sénéchaux qu'il a institués vers 1190, d'une fiscalité régulière, d'un trésor centralisé au Louvre. Le testament rédigé en 1190, avant son départ pour la croisade, est l'un des premiers actes constitutionnels du royaume : il organise la régence en l'absence du roi, prévoit la levée de l'ost, fixe les attributions des officiers. Le règne pose les fondations de l'État monarchique français.
Sa dépouille repose à Saint-Denis, sous un gisant restitué au XIXe siècle. Le souvenir de Bouvines, célébré dès le XIIIe siècle par Guillaume le Breton dans sa Philippide, traversa les âges comme matrice du sentiment national, magnifié par Georges Duby dans Le Dimanche de Bouvines (1973). Paris lui doit son visage médiéval : on retrouve les vestiges de l'enceinte rue Clovis, rue des Jardins-Saint-Paul, dans les parkings du Louvre où dort la base du donjon circulaire. Surnommé Conquérant par Rigord, Auguste par Guillaume le Breton, il fut, écrivit Ferdinand Lot, « le fondateur de la France ».
Sur ses pas, lieux à visiter aujourd'hui
Sur les traces de Philippe Auguste : les fossés du Louvre médiéval (visibles sous la pyramide), les vestiges de l'enceinte rue des Jardins-Saint-Paul à Paris, la basilique de Saint-Denis qui abrite son tombeau, la cathédrale de Reims et le champ de bataille de Bouvines, près de Lille.
Anecdotes et iconographie
- Le pavage de Paris, Selon Rigord, Philippe Auguste, accoudé à une fenêtre du palais de la Cité en 1186, fut pris d'un haut-le-cœur en voyant un chariot soulever la fange de la rue. Il ordonna sur-le-champ le pavage des principales artères de Paris..
- Bouvines un dimanche, La bataille fut livrée un dimanche, jour où l'Église interdisait le combat. Philippe ôta sa couronne avant la mêlée et l'offrit à qui la voudrait : aucun chevalier n'osa la prendre. Il la remit en signe que Dieu seul la lui avait donnée..
- Le testament de 1190, Avant la croisade, Philippe rédige un règlement administratif d'une précision inouïe, preuve que la Couronne pense désormais comme institution, et non plus seulement comme personne du roi..
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Questions fréquentes sur Philippe Auguste
Pourquoi Philippe II est-il dit Auguste ?
Du latin augere, « accroître » : son chroniqueur Rigord lui donne ce surnom dès la fin du XIIe siècle parce qu'il a triplé l'étendue du domaine royal capétien.
Quelle est l'importance de Bouvines ?
La victoire du 27 juillet 1214 brise la coalition anglo-impériale, sauve la conquête de la Normandie et fait du roi de France l'arbitre de l'Occident chrétien. Elle est tenue pour l'acte de naissance du sentiment national.
Philippe Auguste a-t-il fondé le Louvre ?
Oui. Il édifie vers 1190 une forteresse à l'angle ouest de l'enceinte parisienne : un donjon circulaire de 30 mètres, abritant trésor, archives et arsenal. C'est l'origine du palais actuel.
Quel était le domaine royal en 1180 ?
Restreint à l'Île-de-France, à l'Orléanais et au Berry. À sa mort en 1223, il s'étend de la Picardie au Poitou, et de la Normandie à l'Auvergne.
Où Philippe Auguste est-il enterré ?
Dans la nécropole royale de Saint-Denis, comme la quasi-totalité des rois capétiens depuis Hugues Capet.
Sources
- Wikipédia, Philippe II Auguste.