Aliénor d'Aquitaine : reine de France puis d'Angleterre, mère de Richard Cœur de Lion

Portrait de Aliénor d'Aquitaine
Portrait de Aliénor d'Aquitaine, Frederick Sandys (1858) · Public Domain.

Biographie de Aliénor d'Aquitaine

Née sans doute à Bordeaux ou à Belin vers 1122, Aliénor, Aenor en langue d'oc, est la fille aînée de Guillaume X duc d'Aquitaine et d'Aénor de Châtellerault. Petite-fille du fameux Guillaume IX, le premier troubadour connu, elle grandit dans la cour la plus brillante de l'Occident chrétien, entre Poitiers, Bordeaux et l'abbaye de Fontevraud où elle reçoit une éducation lettrée. Lorsqu'en avril 1137 Guillaume X meurt subitement à Saint-Jacques-de-Compostelle, elle hérite à quinze ans du plus vaste fief du royaume : Poitou, Limousin, Saintonge, Angoumois, Périgord, Gascogne, suzeraineté sur Auvergne et Toulouse. Un ensemble plus étendu que le domaine royal capétien lui-même.

Louis VI le Gros, mourant, saisit l'occasion. Le 25 juillet 1137, Aliénor épouse à la cathédrale Saint-André de Bordeaux le futur Louis VII, dauphin de quinze ans, moine manqué et roi malgré lui. Quinze jours plus tard, la mort de Louis VI fait du couple le plus puissant de la chrétienté latine. Mais l'union se révèle malheureuse. La reine, méridionale, vive, lettrée, raffinée, supporte mal l'austérité de la cour parisienne et la dévotion atrabilaire de son époux. Suger, le grand abbé de Saint-Denis, modère un temps les tensions. Quand Louis VII prend la croix pour la deuxième croisade (1147-1149), Aliénor part avec lui : à Antioche, son oncle Raymond de Poitiers la reçoit avec une affection que la rumeur transforma vite en idylle. Le couple royal rentre brisé. Le concile de Beaugency, le 21 mars 1152, prononce l'annulation pour consanguinité, prétexte canonique masquant l'échec sentimental et politique. Deux mois plus tard, le 18 mai 1152, Aliénor épouse à Poitiers Henri Plantagenêt, comte d'Anjou et duc de Normandie, de onze ans son cadet. Coup de tonnerre : en 1154, Henri devient roi d'Angleterre sous le nom d'Henri II. L'empire Plantagenêt est né, qui s'étend des Cheviots aux Pyrénées, étranglant le royaume capétien.

Effigie ou sceau de Aliénor d'Aquitaine
Effigie, sceau ou statue funéraire, Sculpteur anonyme du XIIIe siècle (vers 1204) · CC BY-SA 3.0.

Le règne

Reine d'Angleterre, Aliénor donne à Henri II huit enfants en treize ans, parmi lesquels les futurs Henri le Jeune, Richard Cœur de Lion, Geoffroy de Bretagne et Jean sans Terre. Elle administre l'empire continental, gouverne en partie l'Angleterre quand Henri guerroie, fonde des marchés à La Rochelle, dote des abbayes. Vers 1170, lasse des infidélités du roi, Rosamund Clifford, Belle Rosemonde, est sa rivale la plus célèbre, elle se retire à Poitiers où elle tient avec sa fille Marie de Champagne ce que les historiens du XIXe siècle baptisèrent cours d'amour : assemblées lettrées où les troubadours, Bernard de Ventadour, Bertran de Born, chantent la fin'amor, où l'on disserte sur l'amour courtois selon le code d'André le Chapelain. La réalité de ces tribunaux galants est aujourd'hui discutée par les médiévistes ; il est en revanche certain qu'Aliénor anima un foyer culturel d'une intensité , transmettant la culture des troubadours occitans aux pays d'oïl et au monde anglo-normand.

En 1173, elle soutient la révolte de ses fils contre Henri II. Capturée, elle est tenue prisonnière en Angleterre, à Salisbury, à Winchester, à Sarum, pendant seize ans (1174-1189). Libérée à l'avènement de Richard Cœur de Lion, elle reprend les rênes : régente d'Angleterre pendant la troisième croisade (1190-1194), elle réunit la rançon colossale (150 000 marcs d'argent) qui délivre Richard de la prison autrichienne, parcourt l'Europe, assure la succession après la mort du Cœur de Lion en 1199, fait reconnaître Jean sans Terre contre les prétentions d'Arthur de Bretagne. Octogénaire, elle traverse encore les Pyrénées en 1200 pour ramener sa petite-fille Blanche de Castille destinée au futur Louis VIII de France, geste politique inouï, qui scelle indirectement l'avenir capétien.

Scène iconique du règne de Aliénor d'Aquitaine
Scène iconique du règne, Enlumineur médiéval anonyme · Public Domain.

Héritage et postérité

Aliénor s'éteint à l'abbaye de Fontevraud, en Anjou, le 1er avril 1204. Elle a entre quatre-vingts et quatre-vingt-deux ans, longévité prodigieuse pour son siècle. Quelques jours plus tôt, elle a vu Philippe Auguste enlever Château-Gaillard à son fils Jean, début de l'effondrement de l'empire qu'elle avait contribué à fonder. Selon ses vœux, elle est inhumée à Fontevraud, abbaye double qu'elle aimait, aux côtés d'Henri II et de Richard. Le gisant qui la représente, yeux ouverts, lisant un livre, drapée d'un long voile, est l'un des chefs-d'œuvre absolus de la sculpture funéraire médiévale. C'est probablement le plus ancien gisant représentant un personnage avec un attribut de civilisation : le livre, signe d'une reine lettrée qui passe à la postérité non comme épouse ou mère, mais comme intelligence souveraine.

La postérité d'Aliénor est immense et contradictoire. Diabolisée par les chroniqueurs cisterciens du XIIIe siècle, Guillaume de Tyr, Richard de Devizes, qui en font une nouvelle Mélusine, héroïne romantique pour le XIXe siècle qui invente sur elle mille légendes, elle est aujourd'hui l'objet d'une historiographie renouvelée par Régine Pernoud, Jean Flori, Martin Aurell. Mère de deux rois d'Angleterre, grand-mère de Saint Louis (par Blanche de Castille), de l'empereur Otton IV, du roi Alphonse VIII de Castille, elle a essaimé sa lignée sur toutes les couronnes d'Europe. L'Aquitaine, son grand héritage, mit trois siècles à revenir à la France, il fallut attendre la fin de la guerre de Cent Ans, en 1453.

Sur ses pas, lieux à visiter aujourd'hui

52 ans durée du règne
Maison de Poitiers dynastie
Reine deux fois France 1137-1152 puis Angleterre 1154-1189
Fontevraud gisant célèbre dans l'abbaye royale (voir fiche)

Sur les pas d'Aliénor : l'abbaye royale de Fontevraud, sa sépulture et son gisant ; la cathédrale Saint-André de Bordeaux, lieu de son premier mariage ; le palais des comtes de Poitiers (palais de justice actuel) où elle tint sa cour ; les abbayes de Saintes et Nieul-sur-l'Autise, dans son Aquitaine natale.

Anecdotes et iconographie

  • Le gisant de Fontevraud, L'effigie de pierre polychrome la représente lisant un livre, détail unique pour l'époque, qui exalte la reine lettrée. Aux côtés des gisants d'Henri II, de Richard Cœur de Lion et d'Isabelle d'Angoulême, il forme l'un des plus émouvants ensembles funéraires médiévaux d'Europe..
  • Les cours d'amour, À Poitiers, vers 1170, Aliénor aurait présidé avec sa fille Marie de Champagne des assemblées de troubadours codifiant les règles de l'amour courtois selon André le Chapelain. La réalité historique est aujourd'hui débattue, mais le foyer culturel poitevin fut bien un creuset majeur de la lyrique européenne..
  • Le ramassage de Blanche, À près de quatre-vingts ans, Aliénor traversa les Pyrénées en 1200 pour ramener sa petite-fille Blanche de Castille destinée à Louis de France. Geste politique inouï pour son âge, qui assura, sans qu'elle le sût, la naissance future de Saint Louis..

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Questions fréquentes sur Aliénor d'Aquitaine

Pourquoi Aliénor a-t-elle quitté Louis VII ?

Le mariage fut annulé pour consanguinité au concile de Beaugency, le 21 mars 1152, après quinze ans d'union et deux filles. Le motif réel : incompatibilité de tempérament et absence d'héritier mâle, aggravées par l'épisode antiochien de la deuxième croisade.

Combien d'enfants a-t-elle eus ?

Dix au total : deux filles avec Louis VII (Marie et Alix), huit enfants avec Henri II Plantagenêt, dont trois rois d'Angleterre (Henri le Jeune, Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre).

Pourquoi a-t-elle été emprisonnée ?

Pour avoir soutenu en 1173 la révolte de ses fils contre Henri II. Le roi la fit garder en résidence surveillée durant seize ans, jusqu'à sa libération en 1189 par Richard Cœur de Lion.

Où est-elle enterrée ?

À l'abbaye royale de Fontevraud, en Anjou, où son gisant est l'un des chefs-d'œuvre de la sculpture médiévale. Elle y repose aux côtés d'Henri II, de Richard Cœur de Lion et d'Isabelle d'Angoulême.

Quel duché Aliénor a-t-elle apporté ?

Le duché d'Aquitaine, le plus vaste fief du royaume capétien : Poitou, Limousin, Saintonge, Périgord, Gascogne. À sa mort, il passa aux Plantagenêts et ne reviendra à la France qu'en 1453.

Sources