Henri IV : Édit de Nantes (1598), « Paris vaut bien une messe »
Biographie de Henri IV
Né au château de Pau le 13 décembre 1553, Henri de Bourbon est le fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret, reine de Navarre. Élevé dans la rude tradition béarnaise, on lui frottait, dit-on, les lèvres d'ail et les pieds de vin de Jurançon dès le berceau, et dans la foi calviniste de sa mère, il devient roi de Navarre en 1572 à la mort de celle-ci. Quelques semaines plus tard, son mariage parisien avec Marguerite de Valois (18 août 1572) sert de prétexte au massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572), dont il échappe en abjurant, première abjuration, formelle et contrainte.
Retenu à la cour de France, il s'évade en 1576, reprend la tête du parti protestant et devient, par la mort du duc d'Anjou (1584), héritier présomptif du trône d'un royaume catholique. La guerre des trois Henri (Henri III, Henri de Guise, Henri de Navarre) ravage la France. L'assassinat d'Henri III, le 2 août 1589, fait du Béarnais le roi Henri IV. Il lui faudra encore quatre ans de combats, Arques (1589), Ivry (1590), siège de Paris, et une seconde abjuration (Saint-Denis, 25 juillet 1593) pour entrer en sa capitale.
Sacré à Chartres le 27 février 1594 (Reims étant aux mains de la Ligue), il est assassiné rue de la Ferronnerie à Paris le 14 mai 1610 par François Ravaillac, fanatique catholique. Son règne aura duré vingt et un ans ; sa mémoire, quatre siècles.
Le règne
Le règne d'Henri IV est celui de la pacification d'un royaume exsangue, déchiré par trente-six ans de guerres de religion. La paix de Vervins (mai 1598) met fin à la guerre avec l'Espagne. L'Édit de Nantes, signé le 13 avril 1598, accorde aux protestants la liberté de conscience, le culte public limité et environ cent cinquante places de sûreté. C'est le premier grand texte de tolérance religieuse en Europe ; il tiendra quatre-vingt-sept ans, jusqu'à la révocation de 1685.
Avec son fidèle ministre Maximilien de Béthune, duc de Sully, le roi remet l'État sur pied. La fiscalité est assainie, la dette réduite, les routes et canaux réparés, l'agriculture encouragée (« Labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée », écrit Sully). Olivier de Serres publie son Théâtre d'agriculture (1600). Paris se transforme : le Pont-Neuf est achevé en 1607, la place Royale (aujourd'hui place des Vosges) inaugurée en 1612, la place Dauphine tracée. La Nouvelle-France naît avec la fondation de Québec par Champlain en 1608. Le « grand dessein » d'une Europe pacifiée, attribué à Sully, restera inachevé.
Héritage et postérité
Henri IV est, dans l'imaginaire national, le « bon roi Henri », celui qui voulait que chaque paysan eût « la poule au pot le dimanche ». Cette popularité posthume, construite sous la Restauration et la Troisième République (sa statue sur le Pont-Neuf, fondue en 1792, fut refondue en 1818 et inaugurée par Louis XVIII), repose sur un règne réellement réparateur. La phrase « Paris vaut bien une messe », attribuée par la tradition à son abjuration de 1593, résume une conception réaliste du pouvoir où l'unité du royaume prime sur la rigueur dogmatique.
L'historiographie contemporaine, depuis Pierre Chevallier et Jean-Pierre Babelon, a confirmé cette image en la nuançant : Henri IV fut un politique habile, parfois cynique, doublé d'un coureur de jupons légendaire (« le Vert Galant », Gabrielle d'Estrées, Henriette d'Entragues...). Son tombeau, à la basilique de Saint-Denis, fut violé en 1793 par les révolutionnaires, qui constatèrent que son corps embaumé était demeuré intact, image saisissante, presque christique. La dynastie qu'il fonde, les Bourbons, règnera sur la France jusqu'en 1848. Pour comprendre le siècle suivant, on lira la biographie de son petit-fils Louis XIV.
Sur ses pas, lieux à visiter aujourd'hui
Sur les pas d'Henri IV, on visitera le château de Pau, sa ville natale, le château de Fontainebleau qu'il agrandit considérablement, la cathédrale de Chartres où il fut sacré faute de pouvoir l'être à Reims, le Pont-Neuf et la place des Vosges à Paris, et la basilique de Saint-Denis qui abrite son tombeau profané en 1793. À Nérac, le château gascon évoque ses années de jeunesse.
Anecdotes et iconographie
- « Paris vaut bien une messe », La phrase, attribuée à Henri IV lors de son abjuration en l'abbaye de Saint-Denis le 25 juillet 1593, est apocryphe : elle n'apparaît qu'au XVIIe siècle sous la plume de Hardouin de Péréfixe. Elle résume pourtant à merveille la Realpolitik du Béarnais..
- L'ail et le Jurançon, Selon la tradition béarnaise, le grand-père Henri d'Albret aurait fait frotter les lèvres du nouveau-né d'une gousse d'ail et lui aurait fait avaler quelques gouttes de Jurançon, pour en faire un Béarnais robuste. L'anecdote est rapportée par Sully..
- La poule au pot, « Je veux qu'il n'y ait si pauvre paysan en mon royaume qu'il n'ait tous les dimanches sa poule au pot. » La phrase, rapportée par Hardouin de Péréfixe en 1661, résume la sollicitude paternelle du roi pour son peuple. Elle sera popularisée au XIXe siècle..
- Ravaillac et la rue de la Ferronnerie, Le 14 mai 1610, alors que le carrosse royal est immobilisé par un encombrement rue de la Ferronnerie à Paris, François Ravaillac, fanatique catholique de trente et un ans, monte sur le marche-pied et porte trois coups de couteau au roi. Henri IV meurt presque aussitôt..
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Questions fréquentes sur Henri IV
Pourquoi Henri IV s'est-il converti au catholicisme ?
Pour pouvoir entrer dans Paris, capitale catholique tenue par la Ligue, et faire accepter sa légitimité par la majorité du royaume, Henri IV abjura solennellement le calvinisme à l'abbaye de Saint-Denis le 25 juillet 1593. La phrase « Paris vaut bien une messe » résume ce calcul politique.
Qu'est-ce que l'Édit de Nantes ?
Promulgué le 13 avril 1598, l'Édit de Nantes accorde aux protestants français la liberté de conscience, l'exercice public du culte dans certains lieux et environ cent cinquante places de sûreté. Il met fin aux guerres de religion et restera en vigueur jusqu'à sa révocation par Louis XIV en 1685.
Qui a assassiné Henri IV ?
Henri IV fut assassiné le 14 mai 1610 rue de la Ferronnerie à Paris par François Ravaillac, fanatique catholique d'Angoulême, qui poignarda le roi de trois coups de couteau dans son carrosse arrêté par un embarras de circulation. Ravaillac fut écartelé en place de Grève le 27 mai.
Quel rôle joua Sully auprès d'Henri IV ?
Maximilien de Béthune, duc de Sully (1560-1641), surintendant des finances, fut le principal ministre et l'ami fidèle d'Henri IV. Il assainit la dette, encouragea l'agriculture et les manufactures, fit construire routes et canaux, et porta le « grand dessein » européen.
Où est enterré Henri IV ?
Henri IV repose dans la basilique de Saint-Denis, nécropole royale. Son tombeau fut profané le 12 octobre 1793 par les révolutionnaires : son corps embaumé fut trouvé remarquablement conservé, le visage reconnaissable, avant d'être jeté dans la fosse commune.
Sources
- Wikidata, Q936976 (Henri IV de France).
- Wikipédia, Henri IV de France.