Charlemagne : empereur d'Occident couronné à Rome le 25 décembre 800
Biographie de Charlemagne
Né en 742, fils aîné de Pépin le Bref et petit-fils de Charles Martel, Charles, que la postérité surnommera Carolus Magnus, Charlemagne, appartient à cette lignée d'Arnulfiens qui, après avoir longtemps gouverné comme maires du palais, déposèrent en 751 le dernier Mérovingien pour ceindre eux-mêmes la couronne franque. À la mort de son père en 768, Charles partage d'abord le royaume avec son frère Carloman, puis recueille en 771 l'intégralité de l'héritage. Ainsi commence un règne de quarante-six années que l'Europe ne reverra pas, et qui transformera un royaume barbare en empire chrétien d'Occident.
L'homme, tel que nous le décrit son biographe Éginhard dans la Vita Karoli, se distingue par une stature haute, un regard vif, une voix « claire mais grêle » qui contrastait avec sa puissance physique. Lecteur infatigable bien qu'il n'apprît jamais à écrire avec aisance, il s'entoure des meilleurs esprits du temps : l'Anglo-Saxon Alcuin d'York, le Lombard Paul Diacre, le Wisigoth Théodulfe, le Franc Angilbert. De cette cour itinérante, fixée bientôt à Aix-la-Chapelle, jaillit la Renaissance carolingienne, restauration des études classiques, normalisation de l'écriture par la caroline minuscule, codification de la liturgie. Marié quatre fois, père d'une nombreuse descendance qu'il chérit jusqu'à refuser de marier ses filles pour les garder près de lui, il incarne, dans sa vie privée comme dans son gouvernement, ce mélange de rudesse franque et d'ambition romaine qui définit l'Occident naissant.
Le règne
Le règne de Charlemagne est d'abord celui des armes. Cinquante-trois campagnes militaires, recensées par Éginhard, étendent les frontières franques aux limites du monde latin. En 774, après le siège de Pavie, il abat le royaume lombard et ceint à son tour la couronne de fer. Trente années de guerres acharnées contre les Saxons païens, de 772 à 804, ponctuées du sinistre massacre de Verden (782) où périrent quatre mille cinq cents otages, finissent par soumettre la Germanie à la croix. Au sud, la marche d'Espagne est arrachée aux Sarrasins, malgré le désastre de Roncevaux (778) où périt le comte Roland, immortalisé par la chanson de geste. À l'est, les Avars sont anéantis, leur trésor légendaire convoyé jusqu'à Aix. Le règne culmine à Rome la nuit de Noël 800 : devant l'autel de Saint-Pierre, le pape Léon III ceint la tête de Charles d'une couronne d'or, et l'assistance acclame trois fois : « À Charles auguste, couronné par Dieu grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire. » Cet acte, dont Éginhard prétend que Charles aurait été surpris, restaure en Occident la dignité impériale éteinte depuis 476 et crée pour mille ans le mythe de l'Empire d'Occident. Les capitulaires, lois promulguées par le souverain et diffusées par les missi dominici, encadrent désormais l'administration, la justice, l'enseignement et l'Église d'un empire qui s'étend de l'Èbre à l'Elbe.
Héritage et postérité
L'empire de Charlemagne ne lui survit guère : dès le traité de Verdun en 843, ses petits-fils le partagent en trois royaumes dont sortiront la France et l'Allemagne. Mais l'idée impériale, elle, demeure inentamée. Otton Ier en 962, Frédéric Barberousse, Charles Quint, Napoléon, tous viendront se mesurer à l'ombre du grand empereur barbu. Canonisé en 1165 par l'antipape Pascal III sur instance de Barberousse, Charlemagne devient saint patron des étudiants ; sa châsse, à Aix-la-Chapelle, est l'un des grands lieux de pèlerinage germanique. La France, longtemps, l'a partagé avec le Saint-Empire avant de se l'approprier pleinement à l'âge romantique : la Troisième République en fit le héros tutélaire de l'école, dans ces vers naïfs où il « inventait l'école » au milieu de sa cour. Plus profondément, Charlemagne a légué à l'Europe sa première unité politique, sa langue savante latine restaurée, son écriture, son école épiscopale et monastique, son alliance fondatrice du trône et de l'autel. Les rois capétiens, à Saint-Denis comme à Reims, ne cesseront de revendiquer la reditus regni ad stirpem Karoli, ce retour du royaume à la lignée de Charles que célèbrera la généalogie de Saint Louis.
Sur ses pas, lieux à visiter aujourd'hui
Le pèlerinage carolingien commence à Aix-la-Chapelle, dont la chapelle palatine octogonale, inspirée de Saint-Vital de Ravenne, abrite le trône de marbre et la châsse de l'empereur. En France, l'abbaye de Centula (Saint-Riquier), fondée par Angilbert gendre de Charles, conserve la mémoire de la liturgie carolingienne. À Saint-Denis, l'oriflamme et le souvenir de l'abbé Fulrad, conseiller de Pépin, rattachent la basilique à la dynastie. On verra encore, à Metz, la crypte de Saint-Arnoul nécropole des premiers Carolingiens, et à Conques la statue-reliquaire de sainte Foy, témoin éclatant de l'art d'orfèvrerie issu de la Renaissance carolingienne.
Anecdotes et iconographie
- La couronne surprise, Selon Éginhard, Charles aurait affirmé que, s'il avait connu d'avance le dessein du pape Léon III, il ne serait pas entré dans la basilique Saint-Pierre ce 25 décembre 800. La pudeur affichée masque sans doute une longue négociation diplomatique : nul n'improvise, à Rome, le couronnement d'un empereur..
- La barbe fleurie, L'iconographie médiévale dote Charlemagne d'une barbe blanche fleurie qu'en réalité l'empereur, selon Éginhard, portait courte et soignée. La <em>Chanson de Roland</em>, fixant l'image au XIIe siècle, en fit un patriarche biblique, plus proche d'Abraham que du guerrier franc qu'il fut..
- Le talisman et la châsse d'Aix, On conserve au trésor de Reims un reliquaire byzantin dit « talisman de Charlemagne », trouvé dit-on à son cou lors de l'ouverture de son tombeau par Otton III en l'an mille. À Aix-la-Chapelle, la châsse dorée renfermant ses ossements demeure l'un des chefs-d'œuvre de l'orfèvrerie médiévale..
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Questions fréquentes sur Charlemagne
Quand Charlemagne fut-il couronné empereur ?
Le 25 décembre 800, jour de Noël, dans la basilique Saint-Pierre de Rome, par le pape Léon III. Cet acte restaure en Occident la dignité impériale disparue depuis la chute de Romulus Augustule en 476 et fonde le Saint-Empire qui durera jusqu'en 1806.
Charlemagne savait-il lire et écrire ?
Il lisait le latin et comprenait le grec, mais Éginhard rapporte qu'il n'apprit à former les lettres qu'assez tard et avec maladresse, gardant des tablettes sous son oreiller pour s'exercer. Ce détail souligne l'effort intellectuel d'un souverain qui plaça l'instruction au cœur de son programme.
Qu'est-ce que la Renaissance carolingienne ?
Un mouvement de restauration des lettres, des arts et de la liturgie, lancé sous Charlemagne autour d'Alcuin d'York à l'École palatine d'Aix. On lui doit la copie systématique des textes antiques dans les scriptoria monastiques, l'invention de la caroline minuscule et l'unification du chant grégorien.
Où Charlemagne est-il enterré ?
Dans la chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle, où il mourut le 28 janvier 814. Son tombeau, ouvert par l'empereur Otton III en l'an mille, livra ses ossements qui furent placés en 1215 par Frédéric II dans une châsse d'or et d'argent encore visible aujourd'hui.
Charlemagne est-il français ou allemand ?
Ni l'un ni l'autre, ou plutôt les deux : il fut roi des Francs, peuple germanique installé en Gaule, et son empire couvrait France et Allemagne actuelles. Les deux nations, longtemps, se le sont disputé ; depuis Aix, il préside symboliquement à toute idée européenne.
Sources
- Wikidata, Q3044 (Charlemagne (Carolus Magnus)).
- Wikipédia, Charlemagne (Carolus Magnus).