Clovis Ier : fondateur du royaume franc, baptisé à Reims (vers 496)
Biographie de Clovis Ier
Lorsque Clovis succède à son père Childéric en 481, à peine âgé de quinze ans, il n'est encore qu'un roitelet parmi d'autres : un chef de tribu salienne campé à Tournai, à la tête de quelques milliers de guerriers, dans une Gaule disloquée où survivent les bribes de l'autorité romaine. Rien ne laissait présager que ce jeune païen aux longs cheveux mérovingiens deviendrait, en l'espace d'une génération, le fondateur d'un royaume promis à treize siècles d'histoire. C'est pourtant à lui que la France doit son acte de naissance, à mi-chemin entre les ruines de l'Empire et l'aube d'un Occident chrétien.
Son génie politique se révèle dès 486, lorsqu'il écrase à Soissons le patrice Syagrius, dernier représentant du pouvoir romain en Gaule du Nord. L'épisode du vase de Soissons, rapporté par Grégoire de Tours, dit assez la fermeté avec laquelle le jeune souverain entend imposer son autorité, fût-ce au prix du sang d'un guerrier insolent. Vient ensuite l'union décisive avec Clotilde, princesse burgonde et catholique, dont la patience inlassable préparera la conversion. Au soir de la bataille de Tolbiac, en péril contre les Alamans, Clovis invoque le Dieu de son épouse ; la victoire scelle sa promesse. Vers 496, à Reims, l'évêque saint Remi verse sur son front l'huile sainte et lui adresse cette parole demeurée fameuse : « Courbe la tête, fier Sicambre, adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. » Trois mille de ses guerriers reçoivent le baptême avec lui, faisant des Francs le premier peuple barbare rallié à l'orthodoxie nicéenne.
Le règne
Le règne de Clovis est tout entier tendu vers l'unification de la Gaule sous une seule loi et une seule foi. Après Soissons, il soumet patiemment les royaumes francs rivaux, éliminant un à un les chefs saliens et ripuaires par la ruse autant que par les armes, Grégoire de Tours, non sans malice, prête au roi des lamentations hypocrites sur la solitude où l'aurait laissé la mort de ses parents. En 507, à Vouillé, près de Poitiers, il défait et tue de sa main le roi wisigoth Alaric II, repoussant ainsi les ariens au-delà des Pyrénées et joignant l'Aquitaine à son domaine. L'empereur Anastase, depuis Constantinople, lui décerne les insignes consulaires : Clovis paraît à Tours vêtu de la chlamyde de pourpre, manière éclatante de signifier qu'il recueille, en Occident, la légitimité impériale. Il fixe sa capitale à Paris, ville modeste alors mais judicieusement placée au cœur de son royaume, et y fonde la basilique des Saints-Apôtres, future abbaye Sainte-Geneviève, où il sera inhumé. Avant sa mort, en 511, il convoque à Orléans le premier concile national des Gaules, où trente-deux évêques codifient les rapports entre l'Église et la couronne. La loi salique, mise par écrit sous son règne, lègue à la France l'ossature juridique de sa monarchie.
Héritage et postérité
L'héritage de Clovis est immense, et paradoxal. Ses fils, selon la coutume franque, se partagent le royaume comme un patrimoine, ouvrant l'ère troublée des guerres mérovingiennes ; mais l'idée d'une royauté française, sacrée et catholique, est désormais indélébile. Le baptême de Reims fonde une mystique politique dont les Capétiens, sept siècles plus tard, sauront tirer un parti admirable : c'est dans la même cathédrale, à Reims, que viendront s'agenouiller la quasi-totalité des rois de France, depuis Louis le Pieux jusqu'à Charles X, perpétuant le geste de saint Remi. La Sainte Ampoule, censée contenir le chrême miraculeusement apporté par une colombe pour le sacre de Clovis, devient l'un des objets les plus vénérés de la chrétienté occidentale, jusqu'à sa destruction en 1793. Les historiens du XIXe siècle, d'Augustin Thierry à Fustel de Coulanges, ont vu dans le Sicambre baptisé tantôt un brutal conquérant, tantôt le subtil architecte d'une synthèse romano-germanique. Au seuil du cycle dynastique qui culmine à Saint-Denis, Clovis demeure le premier maillon, celui sans lequel rien n'eût été possible : le roi qui, en se courbant devant le Christ, releva la couronne tombée des mains de Rome.
Sur ses pas, lieux à visiter aujourd'hui
Pour suivre les pas de Clovis, on se rendra d'abord à la cathédrale Notre-Dame de Reims, écrin du sacre et conservatoire mémoriel de la monarchie franque. La basilique Saint-Remi, voisine, abrite le tombeau de l'évêque baptiseur. À Paris, l'église Saint-Étienne-du-Mont conserve la châsse de sainte Geneviève, contemporaine et conseillère du roi. À Vouillé près de Poitiers, une stèle commémore la bataille fondatrice de 507. Enfin, le musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye expose les plus belles pièces de l'orfèvrerie mérovingienne.
Anecdotes et iconographie
- Le vase de Soissons, Lors du partage du butin pris à Syagrius, Clovis réclame en sus de sa part un vase liturgique réservé à l'évêque Remi. Un guerrier, par insolence, le brise d'un coup de francisque. L'année suivante, lors d'une revue d'armes, le roi fend le crâne du soldat en lui rappelant : « Ainsi as-tu fait au vase de Soissons. » L'épisode, rapporté par Grégoire de Tours, est devenu emblème de l'autorité royale franque..
- La colombe de la Sainte Ampoule, La légende, formée au IXe siècle par Hincmar de Reims, veut qu'au moment du baptême de Clovis, une colombe ait apporté du ciel une fiole de chrême miraculeux. Conservée dans l'abbaye Saint-Remi, la Sainte Ampoule servit au sacre de tous les rois de France jusqu'à Louis XVI..
- Le Sicambre courbé, L'iconographie médiévale et moderne a fixé l'image de Clovis agenouillé devant Remi, en grand manteau de pourpre, dans une scène qui orne aussi bien les vitraux de la cathédrale de Reims que les fresques du Panthéon par Paul-Joseph Blanc..
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Questions fréquentes sur Clovis Ier
Pourquoi Clovis est-il considéré comme le premier roi de France ?
Parce qu'il fut le premier souverain à unifier sous une seule autorité la Gaule au nord de la Loire, à fixer une capitale à Paris, à se convertir au catholicisme et à promulguer une loi commune, la loi salique. Les rois de France se sont continûment réclamés de lui jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.
En quelle année eut lieu le baptême de Clovis ?
La date traditionnelle est le 25 décembre 496, à Reims, sous la main de saint Remi. Les historiens contemporains discutent encore l'année exacte, certains proposant 498 ou 499, mais la chronologie longtemps reçue demeure celle fixée par Grégoire de Tours.
Qui était Clotilde et quel rôle joua-t-elle ?
Clotilde, princesse burgonde et fervente catholique, épousa Clovis vers 493. Par sa patience et la mort symbolique de son premier-né baptisé, elle prépara la conversion du roi, qu'elle obtint après le vœu de Tolbiac. Canonisée, elle est vénérée comme l'une des grandes figures fondatrices de la France chrétienne.
Où Clovis est-il enterré ?
Dans la basilique des Saints-Apôtres qu'il avait fondée à Paris, sur la montagne Sainte-Geneviève, et qui prit ensuite le nom de l'abbaye Sainte-Geneviève. Son tombeau, profané à plusieurs reprises, ne subsiste plus ; un cénotaphe rappelle son emplacement à l'église Saint-Étienne-du-Mont.
Qu'est-ce que la loi salique ?
Code juridique des Francs Saliens, mise par écrit sous Clovis vers 507-511, elle régit les compositions pénales, les successions et l'organisation tribale. Une de ses clauses, sur l'exclusion des filles de l'héritage des terres, sera invoquée au XIVe siècle pour écarter les femmes du trône de France.
Sources
- Wikipédia, Clovis Ier.