Hugues Capet : fondateur de la dynastie capétienne, élu roi en 987

Portrait de Hugues Capet
Portrait de Hugues Capet, Charles Fichot · Public Domain.

Biographie de Hugues Capet

Né vers 941, Hugues, dit plus tard Capet du nom de la cape courte qu'il portait peut-être en sa qualité d'abbé laïque de Saint-Martin de Tours, est le fils d'Hugues le Grand, duc des Francs, et le petit-fils du roi Robert Ier. Sa lignée, celle des Robertiens, tient depuis un siècle le premier rang dans le royaume après les souverains carolingiens : grands feudataires de l'Île-de-France, comtes de Paris, abbés laïcs des plus riches monastères, ils sont les maîtres du pays entre Loire et Somme. Deux fois déjà, en 888 avec Eudes et en 922 avec Robert Ier, leur famille avait accédé au trône, sans pourtant parvenir à l'enraciner.

Lorsque meurt en mai 987 le jeune Carolingien Louis V, sans postérité, l'archevêque de Reims Adalbéron et le savant moine Gerbert d'Aurillac, futur pape Sylvestre II, convoquent à Senlis les grands du royaume. Adalbéron y prononce un discours fameux où il écarte le légitime héritier carolingien, Charles de Lorraine, en proclamant : « Le trône ne s'acquiert pas par droit héréditaire, et l'on ne doit y placer que celui qui se distingue non seulement par la noblesse du corps, mais aussi par les qualités de l'esprit. » Hugues, élu, est sacré à Noyon ou plus probablement à Reims le 3 juillet 987. L'événement, en apparence modeste, le nouveau roi ne contrôle qu'un domaine restreint, environnant Paris, Orléans et Senlis, ouvre en réalité l'une des plus longues dynasties de l'histoire européenne : sans interruption masculine de 987 à 1328, et par les Valois et les Bourbons jusqu'en 1848, les descendants de Hugues régneront huit cent soixante ans.

Effigie ou sceau de Hugues Capet
Effigie, sceau ou statue funéraire, Chancellerie d'Hugues Capet · Public Domain.

Le règne

Le règne de Hugues Capet, de neuf années à peine, est tout entier consacré à enraciner la dynastie nouvelle. Conscient de la fragilité d'une royauté élective, il obtient dès la fin de 987, malgré les réticences d'Adalbéron, le sacre associé de son fils Robert, à Orléans : la couronne devient ainsi héréditaire de fait, par anticipation. Il lui faut ensuite défaire Charles de Lorraine, oncle du défunt Louis V et prétendant carolingien, qui s'empare de Laon en 988. La lutte dure trois ans ; Charles est finalement livré au roi par la trahison d'Adalbéron de Laon, qui l'attire dans un guet-apens en mars 991. Emprisonné à Orléans, le dernier Carolingien y meurt sans descendance : la succession capétienne est désormais sans rivale. Hugues affronte par ailleurs les ambitions du turbulent comte d'Anjou Foulque Nerra, négocie pied à pied avec ses grands feudataires, duc de Normandie, comte de Flandre, duc d'Aquitaine, qu'il ménage plus qu'il ne commande. Son autorité réelle se borne au domaine royal, étroite bande de terre où, comme on le dira plus tard, « le roi n'avait pas de quoi nourrir un cheval » au-delà d'une journée de marche. Mais il préserve l'essentiel : la légitimité du sacre, l'alliance avec l'Église rémoise, l'idée que le roi de France, fût-il pauvre, demeure l'oint du Seigneur et le suzerain de tous.

Scène iconique du règne de Hugues Capet
Scène iconique du règne, Anonyme, manuscrit médiéval · Public Domain.

Héritage et postérité

L'héritage de Hugues Capet déborde infiniment la modestie de son règne. En transmettant à son fils Robert une couronne consolidée par le sacre, il fonde une continuité dynastique sans équivalent dans l'Europe médiévale. Pendant trois siècles et demi, de père en fils, sans rupture, les Capétiens directs se succéderont, providence généalogique que les chroniqueurs n'hésiteront pas à interpréter comme un signe de l'élection divine. Saint Louis, en se réclamant à la fois de Hugues et, par sa grand-mère Isabelle de Hainaut, de la lignée carolingienne, accomplira la fameuse prophétie de la reditus regni ad stirpem Karoli. Le domaine étroit hérité par Hugues, patiemment agrandi par Louis VI, Philippe Auguste, Saint Louis et Philippe le Bel, deviendra le royaume de France. Le sacre de Reims, dont Hugues fixa la pratique dynastique, demeurera jusqu'à Charles X la cérémonie inaugurale de tout règne. La nécropole de Saint-Denis, où il fut le premier Capétien à prendre rang, accueillera presque tous ses successeurs. Si la postérité littéraire, Dante, dans le Purgatoire, fait du fondateur capétien un personnage tourmenté, s'est parfois montrée sévère pour cet « usurpateur » du trône carolingien, l'historiographie moderne a réhabilité Hugues comme l'artisan obscur mais déterminé d'une France nouvelle.

Sur ses pas, lieux à visiter aujourd'hui

9 ans durée du règne
Capétiens directs dynastie
Élu 987 à Senlis par les grands du royaume
Capétiens fondateur de la dynastie qui régnera 800 ans

La mémoire de Hugues Capet s'enracine dans l'Île-de-France de ses origines. À Senlis, le château royal, dont subsistent les vestiges dans l'enceinte gallo-romaine, fut le théâtre de l'élection de 987 ; la cathédrale Notre-Dame, élevée plus tard, conserve la mémoire dynastique. À Reims, la cathédrale rappelle le sacre fondateur. À Saint-Denis, le gisant de Hugues, refait au XIIIe siècle sous Saint Louis, ouvre la longue théorie des sépultures capétiennes. On verra encore, à Paris, l'abbaye Saint-Martin-des-Champs, fondation favorite des premiers Capétiens, aujourd'hui Musée des arts et métiers.

Anecdotes et iconographie

  • Le surnom Capet, L'origine du sobriquet reste discutée : on l'a tiré tantôt de la <em>cappa</em>, courte cape monastique de Saint-Martin de Tours dont Hugues était abbé laïque, tantôt d'une grosse tête (<em>capito</em>). Il ne fut couramment employé qu'à partir du XIe siècle pour désigner sa lignée, et utilisé contre Louis XVI à la Convention sous la forme polémique de « citoyen Capet »..
  • Le discours d'Adalbéron, Le discours rapporté par Richer de Reims, où l'archevêque écarte Charles de Lorraine au profit de Hugues en invoquant le mérite plutôt que la naissance, est l'un des grands textes politiques du Moyen Âge. Il pose en principe l'idée que la royauté française est élective avant d'être héréditaire, fondement théorique repris par les juristes capétiens..
  • Dante et Hugues Capet, Dans le chant XX du <em>Purgatoire</em>, Dante place dans la bouche de Hugues Capet, parmi les avares purifiés, une longue diatribe contre la cupidité de ses descendants. Le poète florentin, ennemi des Capétiens, fait de l'aïeul un fils de boucher repenti, légende dénuée de tout fondement historique..

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Questions fréquentes sur Hugues Capet

Pourquoi Hugues Capet est-il appelé fondateur de la dynastie capétienne ?

Parce qu'il fut le premier roi de la lignée robertienne à transmettre durablement la couronne à ses descendants : son fils Robert II, sacré du vivant du père dès 987, lui succéda sans contestation, inaugurant une succession masculine ininterrompue de 987 à 1328 pour les Capétiens directs.

Hugues Capet a-t-il été élu ou hérité du trône ?

Élu, à Senlis en mai-juin 987, par une assemblée des grands ecclésiastiques et laïques du royaume convoquée par l'archevêque Adalbéron de Reims, après la mort sans postérité du jeune Carolingien Louis V. Le caractère électif fut très vite voilé par l'association au trône du fils, qui rendit la succession héréditaire de fait.

Quel était le domaine royal sous Hugues Capet ?

Restreint à une étroite bande de terre autour de Paris, Orléans, Senlis, Étampes et Compiègne, soit l'Île-de-France actuelle et l'Orléanais. Au-delà, les grands feudataires, ducs de Normandie, d'Aquitaine, de Bourgogne, comtes de Flandre, de Champagne, de Toulouse, étaient ses vassaux nominaux mais des souverains de fait.

D'où vient le surnom de Capet ?

Plusieurs hypothèses ont été avancées : la <em>cappa</em>, courte cape de Saint-Martin de Tours dont Hugues était abbé laïque ; ou le mot latin <em>capito</em>, désignant une grosse tête. Le surnom n'apparaît dans les sources qu'au XIe siècle et ne s'imposa pour désigner toute la dynastie qu'à l'époque moderne.

Où est enterré Hugues Capet ?

Dans la basilique de Saint-Denis, où il fut inhumé après sa mort le 24 octobre 996. Son tombeau primitif a disparu, mais un gisant exécuté sous Saint Louis au XIIIe siècle le représente encore aujourd'hui parmi les rois capétiens.

Sources