Robert II le Pieux : fils de Hugues Capet, sacre anticipé du dauphin

Portrait de Robert II le Pieux
Portrait de Robert II le Pieux, D'après Merry-Joseph Blondel · Public Domain.

Biographie de Robert II le Pieux

Né en 972 à Orléans, Robert, fils unique de Hugues Capet et d'Adélaïde d'Aquitaine, fut associé au trône dès l'âge de quinze ans, sacré à Orléans le 25 décembre 987 sur l'insistance pressante de son père auprès d'un Adalbéron de Reims encore réticent. Élève au monastère de Reims du grand Gerbert d'Aurillac, le futur pape Sylvestre II et l'esprit le plus brillant de son temps, le jeune prince reçut une éducation littéraire et musicale d'une qualité rare pour un souverain franc. Il composait, dit-on, des hymnes liturgiques que l'on chantait encore plusieurs siècles plus tard ; on lui attribue la séquence Veni Sancte Spiritus. De sa formation cléricale lui resta une piété profonde, il assistait quotidiennement à plusieurs offices, et un goût pour les hommes d'Église qui devaient pourtant tant lui faire souffrir.

Lorsqu'il succède seul à son père en 996, Robert hérite d'un royaume étroit, d'une dynastie fragile et de vassaux turbulents. Sa vie privée, surtout, lui vaudra les pires épreuves. Marié une première fois à Rozala-Suzanne d'Italie, fille de Bérenger II et veuve d'Arnoul II de Flandre, beaucoup plus âgée que lui, il la répudie sans tarder. Épris de sa cousine Berthe de Bourgogne, veuve d'Eudes Ier de Blois, il l'épouse vers 996-997 malgré la double prohibition canonique de la consanguinité et de la paternité spirituelle, Robert avait tenu sur les fonts baptismaux un fils de Berthe. Le pape Grégoire V, puis Sylvestre II, son ancien maître, exigent la séparation et finissent par excommunier le couple en 998. La légende, brodée par Adalbéron de Laon dans son Carmen ad Robertum, voulut qu'au plus fort du châtiment seuls deux serviteurs lépreux osassent encore approcher la table royale. Contraint de céder, Robert répudie Berthe vers 1003 et épouse en troisièmes noces Constance d'Arles, princesse provençale au caractère altier qui lui donnera six enfants et tourmentera ses dernières années.

Effigie ou sceau de Robert II le Pieux
Effigie, sceau ou statue funéraire, Anonyme · Public Domain.

Le règne

Le règne de Robert II, long de trente-cinq ans, est celui d'une consolidation patiente plutôt que d'éclatantes conquêtes. Au plan territorial, il rattache progressivement le duché de Bourgogne à la couronne après la mort sans postérité de son oncle Henri en 1002, au terme d'une guerre de quinze années contre Otte-Guillaume ; il le confiera ensuite en apanage à son fils Henri puis à Robert. Au plan ecclésiastique, le « roi pieux » tient à Orléans en 1022 le premier procès pour hérésie de l'Occident médiéval : treize chanoines, accusés de manichéisme, sont brûlés sur son ordre, sombre précédent qui inaugure les bûchers d'hérétiques en France. Mais Robert sut aussi protéger la Trêve de Dieu et la Paix de Dieu, mouvements d'origine ecclésiastique qui tentaient de limiter la violence féodale en sanctuarisant certains jours et certaines catégories de personnes. Suivant l'exemple paternel, il fait sacrer son fils aîné Hugues en 1017, puis, à la mort prématurée de celui-ci en 1025, son cadet Henri en 1027, perpétuant l'usage de l'association au trône qui consolidait l'hérédité capétienne. Sa cour, à Paris, à Orléans et à Senlis, abrite les derniers feux de la culture carolingienne : on y traduit Boèce, on y chante les compositions du roi lui-même. Robert meurt à Melun le 20 juillet 1031, après avoir vu sa femme Constance et ses fils se révolter contre lui dans les dernières années, épreuve qui acheva, dit Helgaud de Fleury son hagiographe, d'éprouver la sainteté patiente du souverain.

Scène iconique du règne de Robert II le Pieux
Scène iconique du règne, Jean-Paul Laurens (1875) · CC BY-SA 2.0 FR.

Héritage et postérité

L'héritage de Robert II est moins celui d'un conquérant que celui d'un fondateur discret : il transmit à son fils Henri Ier une couronne plus solidement enracinée qu'il ne l'avait reçue, et l'usage du sacre associé qu'il pratiqua deux fois assura aux Capétiens la continuité dynastique sans rivale qui fait leur fortune. Sa figure, vite christianisée par son moine biographe Helgaud de Fleury dans une Vita Roberti regis qui le présente en saint laïque distribuant aux pauvres ses propres vêtements, contribua à forger le mythe du roi très chrétien qui marquera durablement la monarchie française. Le surnom de « Pieux » s'attacha définitivement à sa mémoire, occultant les contradictions d'un règne où la dévotion personnelle composait avec la raison d'État, comme en témoignèrent l'affaire de Berthe et le bûcher d'Orléans. Sur le plan culturel, son mécénat soutint les écoles de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire) et de Chartres, où s'épanouira bientôt l'humanisme du XIe siècle avec Fulbert. À Saint-Denis, son tombeau, refait au XIIIe siècle, accompagne celui de son père Hugues Capet et inaugure la longue suite des gisants royaux. À Reims, la cathédrale, où il avait sans doute été sacré une seconde fois en 996, garde la mémoire de ce roi musicien qui composa pour elle des hymnes encore résonnants aux voûtes des cathédrales gothiques.

Sur ses pas, lieux à visiter aujourd'hui

35 ans durée du règne
Capétiens directs dynastie
Excommunié pour mariage avec Berthe de Bourgogne (consanguinité)
Sacre anticipé premier capétien à associer son fils au trône)

La mémoire de Robert le Pieux se conserve à Saint-Denis, où son gisant accompagne celui de son père. À Orléans, ville chère au roi qui y fut sacré et y mourut presque, l'abbaye Saint-Aignan, qu'il fit reconstruire, conserve une crypte du XIe siècle. À Saint-Benoît-sur-Loire (l'antique Fleury), la basilique romane abrite encore l'esprit du foyer monastique soutenu par sa munificence. À Melun, où il rendit l'âme, l'église Notre-Dame conserve quelques pierres contemporaines. Enfin, la cathédrale de Reims rappelle, dans le souvenir de Gerbert d'Aurillac, la formation rémoise du jeune prince.

Anecdotes et iconographie

  • Les serviteurs lépreux, Adalbéron de Laon, dans son <em>Carmen</em>, raconte qu'au plus fort de l'excommunication, lorsque chacun fuyait la table de Robert et de Berthe, seuls deux serviteurs lépreux osèrent rester. Le roi, par humilité chrétienne, leur lavait les pieds et baisait leurs plaies, image dont Helgaud de Fleury fera le sommet de la sainteté royale..
  • Le bûcher d'Orléans (1022), Treize chanoines, parmi lesquels des proches du roi et de la reine, furent accusés de manichéisme et condamnés à être brûlés vifs en présence du couple royal. Premier procès pour hérésie suivi d'un bûcher dans l'Occident médiéval, il préfigure les drames cathares du XIIIe siècle..
  • Le compositeur de séquences, On attribue à Robert II la composition de la séquence <em>Veni Sancte Spiritus</em>, bien que les musicologues modernes la datent plutôt du XIIIe siècle, ainsi que d'autres pièces liturgiques. Roi-musicien, il chantait lui-même dans les chœurs monastiques qu'il visitait, à Saint-Aignan d'Orléans et à Saint-Denis..

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Questions fréquentes sur Robert II le Pieux

Pourquoi Robert II est-il surnommé le Pieux ?

En raison de sa dévotion personnelle considérable, attestée par son hagiographe Helgaud de Fleury : assistance quotidienne à plusieurs offices, composition de pièces liturgiques, soutien généreux aux monastères, charité personnelle envers les pauvres et les lépreux. Le surnom occulte les épisodes plus sombres de son règne, comme le bûcher d'Orléans.

Pourquoi Robert le Pieux fut-il excommunié ?

Pour son mariage avec sa cousine Berthe de Bourgogne, vers 996-997 : l'union violait deux empêchements canoniques, la consanguinité (ils étaient cousins au quatrième degré) et la parenté spirituelle (Robert avait tenu un fils de Berthe sur les fonts baptismaux). Le pape Grégoire V puis Sylvestre II prononcèrent l'excommunication en 998 ; Robert finit par répudier Berthe vers 1003.

Robert II a-t-il vraiment composé des hymnes religieux ?

La tradition lui attribue plusieurs séquences, dont la célèbre <em>Veni Sancte Spiritus</em>, mais les musicologues modernes datent généralement cette dernière du XIIIe siècle. Il est néanmoins certain qu'il composa des pièces liturgiques aujourd'hui perdues ou non identifiées, attesté par Helgaud de Fleury et plusieurs sources contemporaines.

Quel fut le rôle de Constance d'Arles ?

Troisième épouse du roi, mariée vers 1003 après la répudiation de Berthe, Constance d'Arles fut une reine au caractère impérieux, mère des enfants royaux légitimes dont le futur Henri Ier. Elle se brouilla violemment avec son fils aîné survivant Henri, soutenant contre lui le cadet Robert, et provoqua la révolte des fils contre le père dans les dernières années du règne.

Où est enterré Robert le Pieux ?

Dans la basilique de Saint-Denis, à côté de son père Hugues Capet, où son gisant fut refait au XIIIe siècle dans le programme de Saint Louis. Sa femme Constance d'Arles repose également auprès de lui dans la nécropole royale.

Sources