Joseph de Maistre (1753-1821) : le prophète de la contre-révolution catholique
Il est, dans l'histoire de la pensée française, peu de figures aussi inconfortables que celle de Joseph de Maistre. Magistrat savoyard devenu, par la force des événements, l'ambassadeur d'un royaume en exil auprès du tsar de toutes les Russies, il a tiré de la catastrophe révolutionnaire une théologie politique d'une radicalité inouïe. Providentialisme de l'histoire, ultramontanisme absolu, méditation glaçante sur le bourreau et le sacrifice : son œuvre, écrite pour l'essentiel entre Lausanne et Saint-Pétersbourg, demeure l'une des tentatives les plus profondes, et les plus troublantes, pour penser la Révolution française comme un événement théologique. De Chambéry à Turin, en passant par les nuits blanches de la Neva, voici le portrait du comte Joseph, prophète et scandale.
Chambéry, 1ᵉʳ avril 1753 : la Savoie des magistrats
Joseph-Marie, comte de Maistre, voit le jour à Chambéry le 1ᵉʳ avril 1753, dans une Savoie qui n'est pas encore française : le duché, possession de la maison de Savoie, relève du royaume de Piémont-Sardaigne dont la capitale est Turin. Son père, François-Xavier de Maistre, né à Nice, est président du Sénat de Savoie, la plus haute cour de justice du duché. Sa mère, Christine de Motz, est issue de la petite noblesse de robe chambérienne. Le jeune Joseph grandit dans un hôtel particulier de la rue de la Croix-d'Or, au cœur d'une ville où le catholicisme tridentin, la fidélité dynastique à la maison de Savoie et l'honneur de la magistrature forment une même étoffe morale.
La famille est nombreuse, il est l'aîné de dix enfants, parmi lesquels son frère cadet Xavier, futur auteur du Voyage autour de ma chambre. Le climat domestique mêle la piété dévote d'une mère exigeante à l'austérité intellectuelle d'un père lecteur de Bossuet. Très tôt, Joseph manifeste une prodigieuse mémoire et une appétence pour le latin, le grec et l'hébreu qu'il pratiquera toute sa vie. Il étudie au collège des jésuites de Chambéry, puis à l'université de Turin, où il achève en 1772 sa licence de droit. En 1774, à vingt-et-un ans, il entre dans la magistrature sénatoriale savoyarde, suivant strictement les traces paternelles.
Ce que l'on oublie souvent, c'est que ce contre-révolutionnaire radical fut d'abord un homme de l'Ancien Régime au sens le plus ordinaire du terme : non pas un fanatique, mais un magistrat éclairé, lecteur de Plutarque, de Montaigne, et même, dans sa jeunesse, des philosophes français. La Savoie de son enfance n'est ni la Vendée ni la Bretagne : elle est un pays alpin, relativement prospère, traversé de voyageurs, poreux aux idées de Genève toute proche. Rousseau n'est mort qu'en 1778, et la Nouvelle Héloïse circule dans toutes les bonnes maisons savoyardes. Joseph y construit une culture immense avant même d'avoir pris la plume publiquement : on sait, par les cahiers qu'il tenait déjà dans sa jeunesse, les Registres conservés aujourd'hui aux archives de Turin, qu'il lisait le latin dans le texte, commentait les Pères grecs, s'intéressait à la physique newtonienne autant qu'à la mystique. En 1786, il épouse Françoise-Marguerite de Morand, qui lui donnera trois enfants, dont Rodolphe et Constance. Nommé sénateur en 1788, magistrat à part entière de la cour souveraine de Savoie, il semble promis à la paisible carrière de robe qu'avait accomplie son père. Rien, dans l'itinéraire d'un jeune homme de trente-cinq ans siégeant en robe rouge au Sénat de Chambéry, ne laisse prévoir l'écrivain sulfureux qu'il deviendra cinq ans plus tard. C'est la Révolution qui, en le dépouillant, lui révélera sa vocation.
Jésuites et francs-maçons : les ambivalences de la formation
La formation intellectuelle du jeune Maistre réserve une surprise dont ses commentateurs catholiques les plus fervents ont longtemps tenté de se dépêtrer : entre 1774 et 1790 environ, Joseph de Maistre fut un franc-maçon actif. Il fréquente d'abord à Chambéry la loge La Parfaite Sincérité, affiliée à la Grande Loge de France, puis, avec plus de sérieux encore, se rapproche du martinisme lyonnais de Jean-Baptiste Willermoz et du Rite écossais rectifié. Il correspond, médite, s'initie à une maçonnerie chrétienne mystique, très éloignée de la maçonnerie « politique » qui fleurira plus tard. Il y cherche ce qu'il nommera une « illumination », une théologie expérimentale, dans le sillage de Louis-Claude de Saint-Martin, dont les traces se retrouvent, comme en filigrane, jusque dans Les Soirées de Saint-Pétersbourg.
Cette appartenance n'est pas une anecdote : elle explique en partie la profondeur singulière de sa pensée religieuse. Là où un Bonald raisonnera en juriste, Maistre convoquera l'illuminisme, la théologie orientale, la cabale chrétienne, l'augustinisme le plus strict. On conserve de cette période un texte étonnant, le Mémoire au duc de Brunswick (1782), adressé au grand maître de la Stricte Observance Templière, où le jeune Maistre propose une réforme christique de la maçonnerie : elle doit, dit-il, redevenir école de sainteté ou disparaître. Il ne rompt avec la maçonnerie qu'à partir de 1793-1794, lorsqu'il voit dans les logiques révolutionnaires une perversion directe des sociétés secrètes philosophiques, et que sa théologie se durcit en une dénonciation frontale de tout ce qui porte atteinte à l'unité catholique. Le converti en lui n'est pas un néophyte : c'est un ancien initié qui retourne la force de son initiation contre ceux qui l'avaient dévoyée.
Il faut aussi mesurer l'arrière-plan jésuite. Élève des Pères de la Compagnie dans son adolescence, il gardera toute sa vie un attachement passionné à l'ordre supprimé en 1773 par Clément XIV. Ce n'est pas un détail : Du Pape (1819) sera en partie une réhabilitation posthume du génie jésuite, et Maistre correspondra abondamment avec des jésuites russes, polonais, italiens, dans l'espoir d'une restauration romaine qu'il ne verra finalement advenir, partiellement, qu'en 1814. Magistrat, maçon, jésuitophile : il est, dès avant 1789, un homme de synthèses secrètes.
1792 : Chambéry occupée, l'exil de Lausanne
Tout bascule en septembre 1792. Les troupes françaises du général de Montesquiou envahissent la Savoie, que la Convention annexe sous le nom de département du Mont-Blanc. Pour un sénateur fidèle au roi de Sardaigne, l'occupation française signifie la ruine politique et le risque physique. Joseph de Maistre, d'abord hésitant, il songe un instant à prêter serment à la nouvelle administration, espérant sauver ses biens, comprend rapidement qu'il ne peut servir deux maîtres. Il fuit à Aoste, puis gagne la Suisse, où il se fixe à Lausanne à partir de janvier 1793.
Lausanne est alors un foyer de l'émigration française et savoyarde. Maistre y fréquente Mallet du Pan, y lit avidement Burke (dont les Reflections on the Revolution in France, parues en 1790, seront pour lui une révélation), croise Mme de Staël, correspond avec Turin. C'est dans cet exil lémanique, séparé de sa femme et de ses enfants pendant de longues périodes, dépouillé de ses biens savoyards, spectateur impuissant de la Terreur, que s'opère la mutation. Le magistrat devient polémiste. Publiées d'abord sous l'anonymat, ses Lettres d'un royaliste savoisien (1793) amorcent une réflexion qui ne cessera plus : la Révolution n'est pas un simple accident politique, c'est un événement d'ordre surnaturel.
On l'imagine, ces années-là, dans la solitude d'un cabinet lausannois, travaillant dix heures par jour, lisant Bossuet, Origène, saint Augustin, Platon, les mystiques allemands, nourrissant une œuvre encore à venir. Il est pauvre, amer, et libre enfin d'écrire. En 1797, il quitte Lausanne pour Venise, puis rejoint la cour sarde en exil à Cagliari, la Sardaigne, dernier réduit continental de sa dynastie. Le roi Charles-Emmanuel IV, pieux et désolé, l'estime mais ne sait trop qu'en faire : un esprit trop brillant pour une cour en déroute. Ces années d'errance, Lausanne, Turin, Venise, Cagliari, forgent chez Maistre une conscience européenne aiguë : il voit, depuis les marges, comment la Révolution contamine l'Italie (campagne de Bonaparte en 1796-1797), comment les républiques-sœurs s'effondrent, comment un monde meurt. C'est, au sens strict, l'école de l'exil : celle qui fit aussi Chateaubriand à Londres et Mme de Staël à Coppet. Maistre y apprend ce que tout écrivain de la Restauration saura : on ne pense bien que depuis la dépossession.
Considérations sur la France (1797) : le châtiment providentiel
Le livre paraît à Neuchâtel, chez Fauche-Borel, au printemps 1797, d'abord sans nom d'auteur. Son succès est immédiat et scandaleux. Maistre y déploie la thèse qui fera sa célébrité : la Révolution française n'est pas l'œuvre des hommes, elle est un châtiment providentiel. Ceux-là mêmes qui croient la conduire, Mirabeau, Robespierre, Barras, ne sont que les instruments aveugles d'un dessein qui les dépasse. La Providence, dit-il, a permis ce déchaînement pour régénérer la France par la douleur, la ramener à l'Église, et préparer une restauration qui ne sera pas un simple retour au passé.
« La contre-révolution ne sera point une révolution contraire, mais le contraire de la révolution. »
Joseph de Maistre, Considérations sur la France, Neuchâtel, 1797, chap. X.
Cette formule, l'une des plus citées de la langue politique française, résume un programme. Pour Maistre, la contre-révolution ne consiste pas à refaire 1789 à l'envers : elle ne sera ni violente, ni abstraite, ni idéologique. Elle sera silencieuse, lente, organique, providentielle. Elle naîtra du sol même, quand les Français auront assez souffert pour consentir de nouveau à l'ordre ancien, purifié. C'est là, on le voit, une pensée beaucoup moins « réactionnaire » au sens vulgaire que théologique : la politique est soumise à une économie du salut.
Mais les Considérations contiennent aussi des passages redoutables. Maistre y soutient que « toute nation a le gouvernement qu'elle mérite », formule devenue proverbiale mais dont le tranchant est souvent oublié : elle signifie qu'il n'existe pas d'injustice politique absolue, que les peuples sont collectivement responsables de leurs régimes, et qu'un despotisme est encore le signe d'une grâce, car il retient la main de Dieu. Le livre, revendiqué publiquement par Maistre dès 1798, lui vaut une célébrité immédiate dans les cours européennes et l'hostilité tenace des idéologues parisiens. Il ne sera plus jamais un homme obscur.
Les Considérations comportent dix chapitres d'une concision foudroyante. Maistre y formule une critique désormais classique du constitutionnalisme abstrait : on ne fabrique pas une constitution à froid, sur un papier, par l'accord raisonné d'une assemblée. Les constitutions qui durent sont celles qui ne sont pas écrites, ou qui ne sont écrites qu'après coup, pour enregistrer une coutume déjà vivante. L'attaque vise directement les constitutions de 1791, 1793, 1795, que Maistre juge mort-nées parce que nées d'une pure opération rationnelle. « Jamais il n'y a eu de nation libre qui n'ait eu, dans sa constitution naturelle, des germes de liberté aussi anciens qu'elle », écrit-il. Là est l'une de ses intuitions les plus fécondes, que reprendra toute une tradition, de Burke à Hayek en passant par Tocqueville : une institution vivante ne se décrète pas, elle se dépose.
Le livre rencontre un écho immense : traduit en allemand, en anglais, en italien dès la fin du XVIIIᵉ siècle, il est lu par Goethe, par Coleridge, par le jeune Chateaubriand qui médite à Londres son Génie du christianisme. Napoléon lui-même aurait dit, la source est tardive mais persistante, qu'il avait lu Maistre « avec fureur et avec respect ». Le Consulat prit soin de ne pas le laisser rentrer en France. La carrière d'écrivain public du magistrat savoyard est, à quarante-quatre ans, brillamment lancée.
Saint-Pétersbourg, 1803-1817 : quatorze années auprès d'Alexandre Iᵉʳ
Rappelé à Turin en 1799, puis envoyé en mission en Sardaigne, Maistre est nommé en 1803 ministre plénipotentiaire du royaume de Sardaigne auprès du tsar Alexandre Iᵉʳ. Il quittera Saint-Pétersbourg en mai 1817 : quatorze ans d'ambassade. Cette décennie et demie russe est, intellectuellement, la plus féconde de sa vie. À la cour du tsar, dans une Russie qui passe, pendant sa mission, de l'alliance avec Napoléon (Tilsit, 1807) à la campagne de 1812 et aux traités de Vienne, Maistre observe, lit, écrit sans relâche.
Matériellement, sa vie est précaire. Le royaume de Sardaigne, ruiné, expulsé de ses terres continentales par Napoléon, lui verse rarement ses appointements. Il loge modestement, souvent seul, sa femme et ses filles ne le rejoindront qu'en 1814. Mais il fréquente l'aristocratie russe la plus haute : les Razumovski, les Galitzine, les Stroganov, la tsarine mère Maria Feodorovna. Il influence une partie de la noblesse dans un sens catholique romain, au point que plusieurs familles se convertissent, ce qui provoquera à partir de 1815 une réaction orthodoxe et, en 1817, son éloignement poli.
Les Quatre chapitres sur la Russie, les Mémoires politiques et correspondance diplomatique, l'immense correspondance avec son frère Xavier, avec le comte de Blacas, avec le cardinal Severoli : tout cela constitue un laboratoire d'idées. C'est à Saint-Pétersbourg qu'il compose Du Pape, De l'Église gallicane, les Soirées, et réfléchit à un Examen de la philosophie de Bacon. Quand il revient à Turin en 1817, couvert d'honneurs, ministre d'État, régent de la Grande Chancellerie, il emporte dans ses malles une œuvre qui n'est encore connue que de quelques-uns.
Il faut souligner le paradoxe de cette ambassade. Maistre, sujet d'un souverain catholique, prêche à Saint-Pétersbourg, capitale orthodoxe, la primauté romaine ; partisan d'une monarchie organique, il sert un royaume (la Sardaigne) réduit à une île après les conquêtes napoléoniennes ; diplomate de métier, il ne dispose ni de budget, ni d'armée, ni de influence géopolitique. Son seul pouvoir est celui de la conversation, de la plume, du réseau. Il l'exerce magistralement. Ses dépêches diplomatiques, conservées aujourd'hui aux archives de Turin et publiées au XIXᵉ siècle par son fils Rodolphe, sont de petits chefs-d'œuvre de prose politique : il y analyse la Russie avec une acuité que Custine, quinze ans plus tard, ne fera souvent que reprendre. La lenteur de la poste (trois semaines entre Saint-Pétersbourg et Turin), l'isolement hivernal, la nostalgie de la Savoie, tout concourt à faire de cette ambassade une thébaïde studieuse autant qu'une fonction diplomatique.
Du Pape (1819) : la monarchie romaine comme clef de voûte
Publié à Lyon en 1819, Du Pape est l'œuvre la plus systématique de Maistre. Il y défend une thèse dont l'audace, même dans le camp catholique de la Restauration, choque : la souveraineté pontificale est non seulement infaillible en matière de foi, mais elle est la clef de voûte de toute souveraineté temporelle légitime. Sans un pape au-dessus des rois, il n'y a plus d'ordre européen possible, car tout pouvoir fini a besoin d'être borné par un pouvoir plus haut que lui, faute de quoi il dégénère en despotisme révolutionnaire.
« Il n'y a point de souveraineté humaine qui ne soit infaillible en quelque matière ; car tout gouvernement est absolu ; et du moment où l'on peut lui résister sous prétexte d'erreur ou d'injustice, il n'existe plus. »
Joseph de Maistre, Du Pape, Lyon, 1819, livre I, chapitre I.
Cette théologie politique est une machine de guerre contre le gallicanisme, c'est-à-dire contre la tradition française qui, depuis Bossuet et la Déclaration de 1682, limitait l'autorité romaine sur les affaires temporelles du royaume. Maistre renverse la perspective : l'Église gallicane, dit-il, est une anomalie, un compromis dangereux, et la papauté doit retrouver sa stature médiévale d'arbitre souverain. Cette position, qu'on appellera ultramontanisme, sera reprise par Lamennais (avant sa rupture), par Louis Veuillot, par tout un catholicisme du XIXᵉ siècle, et culminera dans la définition de l'infaillibilité pontificale au concile Vatican I (1870), que Maistre, sans la formuler dogmatiquement, avait préparée de longue main.
Pour un lecteur d'aujourd'hui, Du Pape n'est pas sans difficultés. La tentation de confondre souveraineté spirituelle et souveraineté politique, la radicalité avec laquelle Maistre récuse tout contre-pouvoir, « du moment où l'on peut lui résister [au gouvernement] sous prétexte d'erreur ou d'injustice, il n'existe plus », a troublé bien des catholiques modérés, hier Chateaubriand, aujourd'hui la plupart. L'ouvrage reste pourtant l'une des tentatives les plus cohérentes de penser l'unité chrétienne de l'Europe après l'effondrement de 1789.
Les Soirées de Saint-Pétersbourg (1821) : la Providence au bord de la Neva

Publiées à titre posthume en juillet 1821, quelques mois après la mort de leur auteur, Les Soirées de Saint-Pétersbourg ou Entretiens sur le gouvernement temporel de la Providence sont le chef-d'œuvre de Maistre. L'ouvrage prend la forme platonicienne du dialogue : trois interlocuteurs, le Comte (Maistre lui-même), le Sénateur russe (figure inspirée de plusieurs familiers) et le Chevalier français (un émigré), conversent onze soirées durant, sur les quais de la Neva, dans les nuits blanches pétersbourgeoises.
Le sujet est vertigineux : comment Dieu gouverne-t-il le monde ? Pourquoi le juste souffre-t-il ? Quel est le sens de la guerre, du mal, de la douleur ? Maistre y déploie une théodicée qui refuse tout optimisme rationaliste, tout Pangloss voltairien. Le mal est réel ; la douleur n'est pas une illusion ; mais tout se tient dans une économie du sacrifice dont seule la Révélation donne la clef. Le juste souffre pour le pécheur : c'est la loi du monde, depuis la Croix. Le sang versé des innocents n'est pas un scandale insupportable, c'est la monnaie secrète de la Rédemption qui continue à s'accomplir dans l'histoire.
Le style des Soirées est d'une puissance rare : ample, musical, tissé de citations latines, grecques, hébraïques, nourri de théologie patristique et de science contemporaine (Maistre lit les physiciens et les chimistes de son temps avec attention). Baudelaire en fera l'éloge : « Maistre, le grand génie de notre temps, un voyant. » L'ouvrage a peu d'équivalents dans la langue française : c'est à la fois un traité, un dialogue, une méditation mystique et une prose de poète.
On y trouve des pages sur la prière dont l'élévation égale celles de Pascal ; d'autres sur la guerre, dont la hauteur trouble ; d'autres encore sur les nombres, sur la langue originelle de l'humanité, sur les sacrifices dans les religions anciennes, qui témoignent d'une immense culture comparative. Maistre y dialogue en réalité, sous le masque de ses trois interlocuteurs, avec toute la tradition chrétienne : Origène et sa doctrine de la restauration finale (apocatastase) qu'il admire sans la partager, Augustin et la prédestination, Bossuet et le Discours sur l'histoire universelle, Fénelon et le pur amour. Onze soirées, onze méditations, un livre qui n'a pas vieilli, et qu'il faut aujourd'hui lire, comme on lit Pascal, sans se scandaliser trop vite des formulations qui heurtent, car la puissance spirituelle qui les porte rachète bien des aspérités.
Le bourreau et le sacrifice : la page la plus vertigineuse
Au cœur des Soirées, dans la première d'entre elles, figure la page la plus célèbre, et la plus troublante, de toute l'œuvre de Maistre : la méditation sur le bourreau. L'exécuteur des hautes œuvres, personnage répugnant et indispensable, y est présenté comme « l'horreur et le lien de la société humaine ». Sans lui, pas d'ordre social possible ; avec lui, une tache de sang au cœur de la cité. Toute autorité humaine, suggère Maistre, repose ultimement sur la possibilité de donner la mort, et cette possibilité n'est supportable que si elle s'inscrit dans une économie sacrificielle plus large, dont le modèle est le Calvaire.
La page est d'une éloquence sombre. Elle a hanté toute la pensée moderne : Balzac la cite dans le Livre mystique, Baudelaire y revient dans Mon cœur mis à nu, Barbey d'Aurevilly, Léon Bloy, Georges Bernanos la méditeront. Mais il faut le dire clairement : la théologie maistrienne du sacrifice confine parfois à une sacralisation de la violence qui embarrasse. L'idée que la guerre serait « divine », que le sang versé aurait une vertu régénératrice intrinsèque, ne peut être reçue telle quelle par un catholique moderne formé à l'enseignement social de l'Église depuis Léon XIII. Le magistère du XXᵉ siècle, Pacem in terris, Gaudium et spes, Jean-Paul II, a explicitement récusé toute esthétique religieuse de la guerre.
Il faut donc lire Maistre avec la tension intellectuelle qu'il mérite : reconnaître la profondeur de son intuition (il y a bien une économie du sacrifice au cœur du christianisme, il y a bien un mystère du mal que la seule raison ne peut dissoudre), sans céder à la dérive providentialiste qui voudrait justifier toute violence historique par sa prétendue utilité cachée. C'est une ligne de crête. Maistre y marche, parfois il y trébuche. René Girard, dans La Violence et le sacré (1972), rendra à Maistre l'hommage lucide d'un lecteur qui voit en lui l'un des premiers penseurs modernes à avoir aperçu le rôle du sacrifice dans la constitution du social, tout en soulignant que la révélation évangélique dénonce précisément cette logique sacrificielle au lieu de la sanctifier. La dette de Girard à Maistre est immense ; leur divergence, théologiquement, plus grande encore. C'est peut-être dans ce dialogue posthume entre les deux Savoyards, Girard est né à Avignon mais sa pensée est proche du sillon maistrien, que se joue la part la plus vivante de l'héritage.
Turin, 26 février 1821 : la mort et le retour à Chambéry
Rentré à Turin en 1817, Joseph de Maistre y occupe les plus hautes charges : ministre d'État, régent de la Grande Chancellerie, membre de l'Académie des Sciences. Il publie Du Pape en 1819, prépare Les Soirées pour l'édition, correspond avec l'Europe entière. Mais sa santé décline rapidement. Il meurt à Turin, dans son appartement du Palais royal, le 26 février 1821, à l'âge de soixante-sept ans, entouré de sa famille et muni des sacrements de l'Église.
Sa dépouille, selon son vœu, est transférée peu après à Chambéry et inhumée dans l'église des Saints-Pierre-et-Paul, ancien collège des jésuites de son enfance, ultime retour à la ville qui l'avait vu naître et formé. On peut encore aujourd'hui voir, dans cette église du cœur historique de Chambéry, la plaque qui rappelle sa sépulture : le comte Joseph, « écrivain et homme d'État », repose dans le sol de la Savoie, cette terre qui, en 1860, choisira à son tour la France par plébiscite, un Ralliement qu'il n'aurait probablement pas aimé, mais qui consomma le lent mouvement de l'histoire qu'il avait cherché à déchiffrer.
Ses derniers mois sont voilés d'une mélancolie lucide. Il confie à sa fille Constance, qui tiendra après sa mort une correspondance pieuse : « J'ai tout vu, j'ai tout lu, j'ai tout entendu ; et je n'ai rien appris, sinon que Dieu seul est grand. » La formule est trop belle pour n'être pas en partie arrangée par la piété filiale, mais elle traduit justement l'humilité ultime de ce caractère qu'on a trop souvent réduit à son tranchant polémique. Joseph de Maistre meurt en chrétien. Ses papiers sont rassemblés par son fils aîné Rodolphe, qui entreprendra la publication des œuvres posthumes : les Soirées en juillet 1821, puis les Lettres à un gentilhomme russe sur l'Inquisition espagnole, l'Examen de la philosophie de Bacon, l'immense Correspondance. C'est ce travail éditorial minutieux, poursuivi jusqu'à la fin du XIXᵉ siècle par les éditions Vitte de Lyon, qui fait de Maistre, auteur somme toute peu publié de son vivant, l'un des écrivains les plus lus du catholicisme français du XIXᵉ siècle.
Héritage : de Balzac à Baudelaire, de Bonald à Carl Schmitt
La postérité de Joseph de Maistre est immense et paradoxale. Immense : il a nourri toute la pensée contre-révolutionnaire française (Bonald, qu'il admirait et dont il se distinguait par plus de mysticisme ; Chateaubriand, qui lui rendit hommage dans ses Mémoires d'outre-tombe tout en le jugeant excessif ; Ballanche ; Blanc de Saint-Bonnet). Il a imprégné le catholicisme ultramontain du XIXᵉ siècle : Lamennais des débuts, Veuillot, Dom Guéranger, et indirectement tout le mouvement qui conduisit à Vatican I.
Mais son influence déborde largement le camp religieux. Balzac le lit avec dévotion : Le Livre mystique (1835), qui rassemble Louis Lambert, Séraphîta et Les Proscrits, porte la trace directe des Soirées. Baudelaire, dans Mon cœur mis à nu, écrit cette phrase restée célèbre : « De Maistre et Edgar Poe m'ont appris à raisonner. » C'est assez dire ce qu'un des pères de la modernité poétique doit à ce prétendu réactionnaire.
Au XXᵉ siècle, sa lecture reprend par des chemins inattendus. Le juriste allemand Carl Schmitt, dont les positions politiques resteront compromises par l'épisode nazi, s'inspire de Maistre pour sa Théologie politique (1922) : l'idée que tout concept politique moderne est un concept théologique sécularisé vient en droite ligne des Soirées. Le philosophe libéral Isaiah Berlin, dans un essai célèbre de 1990 (Joseph de Maistre and the Origins of Fascism), verra au contraire en lui un précurseur involontaire des totalitarismes, lecture polémique et partielle, qu'Owen Bradley, Richard Lebrun, Xavier Martin ont nuancée depuis.
Plus près de nous, Emil Cioran a consacré à Maistre un Essai sur la pensée réactionnaire (1957) d'une admiration lucide. Philippe Muray, Jean-Louis Darcel, Pierre Glaudes, François Huguenin ont contribué à la remise en circulation d'une œuvre qui, longtemps reléguée au rayon des curiosités réactionnaires, retrouve aujourd'hui sa place parmi les grands textes de la pensée française.
Un autre aspect mérite d'être rappelé : Maistre fut aussi lu, contre toute attente, par certaines intelligences de gauche qui le prenaient pour un analyste radical de la modernité. Auguste Comte, dans son Cours de philosophie positive, reconnaît en lui un prédécesseur paradoxal de la sociologie historique, celui qui a vu que les institutions procèdent plus de la durée que du contrat. Charles Maurras, bien plus tard, en fera, au prix de simplifications considérables, l'un des pères du nationalisme intégral. Mais Maistre n'est pas Maurras : le premier est un théologien pour qui la patrie est seconde par rapport à l'Église universelle, quand le second renverse la hiérarchie. Les lire ensemble est trompeur. Le catholicisme social du XXᵉ siècle, Péguy, Bernanos, Maritain à sa manière, a d'ailleurs récusé ce rattachement : Bernanos notamment, dans Les Grands Cimetières sous la lune (1938), se montre fort sévère à l'égard d'une postérité maistrienne mal digérée.
Reste, au fond, une question qui ne peut être esquivée. Qu'apporte Joseph de Maistre à un lecteur de 2026 ? Trois choses, je crois. D'abord, une leçon de méfiance envers les constructions politiques abstraites : aucune institution ne vit qui n'ait de racines. Ensuite, une théologie de l'histoire qui, purifiée de ses outrances, rappelle que la politique n'est pas tout, et qu'une civilisation qui renonce à toute transcendance se condamne à la médiocrité. Enfin, une prose, car Maistre est d'abord un immense écrivain, dont la phrase, longue, musclée, parfois terrible, a nourri tout un versant de la littérature française. Il faudrait le relire ne serait-ce que pour le plaisir du style.
Faut-il aimer Joseph de Maistre ? La question est mal posée. Il faut le lire, avec la distance critique qu'exigent ses outrances, avec la gratitude intellectuelle que méritent ses pages les plus hautes. Il est l'un des rares écrivains catholiques français qui ait tenté, sans complaisance mondaine, de penser jusqu'au bout ce que signifie croire à une Providence qui gouverne vraiment l'histoire. Cette tentative, même quand elle dérape, reste fondatrice. De Chambéry à Turin, par Lausanne et Saint-Pétersbourg, le comte Joseph a tracé une trajectoire qui appartient pleinement au patrimoine intellectuel de la France éternelle, cette France des Savoies, des exils, des ambassades et des nuits blanches où l'on écrit, seul, à la lueur d'une bougie, quelques-unes des pages les plus profondes de notre langue.
Sources & bibliographie
- Joseph de Maistre, Considérations sur la France, Neuchâtel, 1797 ; éd. Critique par Jean-Louis Darcel, Slatkine, 1980.
- Joseph de Maistre, Du Pape, Lyon, Rusand, 1819.
- Joseph de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg, Paris-Lyon, Rusand, juillet 1821 (posthume).
- Joseph de Maistre, Œuvres complètes, 14 vol., Lyon, Vitte et Perrussel, 1884-1893 (éd. Vitte).
- Robert Triomphe, Joseph de Maistre. Étude sur la vie et sur la doctrine d'un matérialiste mystique, Genève, Droz, 1968.
- Jean-Louis Darcel, « Joseph de Maistre et la Révolution française », Revue des études maistriennes, 1977.
- Richard A. Lebrun, Joseph de Maistre: An Intellectual Militant, McGill-Queen's University Press, 1988.
- Pierre Glaudes, Joseph de Maistre et les figures de l'histoire, Clermont-Ferrand, 1997.
- Isaiah Berlin, The Crooked Timber of Humanity, chap. « Joseph de Maistre and the Origins of Fascism », John Murray, 1990.
- Owen Bradley, A Modern Maistre: The Social and Political Thought of Joseph de Maistre, University of Nebraska Press, 1999.
- Émil Cioran, Essai sur la pensée réactionnaire. À propos de Joseph de Maistre, Fata Morgana, 1977.
- Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu, fragments (1864), éd. Posthume 1887.
- François Huguenin, Histoire intellectuelle des droites, Perrin, 2013.
Questions fréquentes
Quand et où Joseph de Maistre est-il né ?
Joseph-Marie de Maistre naît le 1ᵉʳ avril 1753 à Chambéry, capitale du duché de Savoie alors rattaché au royaume de Sardaigne. Aîné des dix enfants du sénateur François-Xavier Maistre et de Christine Demotz, il appartient à la noblesse parlementaire savoyarde de tradition catholique fervente.
Quels sont ses ouvrages majeurs ?
Considérations sur la France (Bâle, 1797) ; Essai sur le principe générateur des constitutions politiques (Saint-Pétersbourg, 1809) ; Du Pape (Lyon, 1819) ; De l'Église gallicane dans son rapport avec le souverain pontife (1821) ; Les Soirées de Saint-Pétersbourg, ou Entretiens sur le gouvernement temporel de la Providence (posthume, 1821, 2 vol.) ; Examen de la philosophie de Bacon (posthume, 1836, 2 vol.) ; Lettres à un gentilhomme russe sur l'Inquisition espagnole (posthume, 1822).
Quelle est la thèse principale des Considérations sur la France ?
Publié anonymement à Bâle en 1797, l'ouvrage soutient que la Révolution française est un châtiment providentiel infligé à la France pour les fautes des Lumières et de la monarchie tardive, et que la Restauration sera l'œuvre de la Providence et non d'une délibération humaine. Maistre y développe sa célèbre formule : « Toute nation a le gouvernement qu'elle mérite ».
Que dit Joseph de Maistre du pape ?
Dans Du Pape (1819), Maistre affirme la souveraineté absolue, infaillible et universelle du pontife romain comme fondement nécessaire de l'unité catholique, et plus largement de l'ordre civilisé européen. Sans pape souverain, écrit-il, point d'Église ; sans Église, point de christianisme ; sans christianisme, point de civilisation. Cette thèse ultramontaine annonce et prépare le concile Vatican I (1869-1870).
Maistre était-il franc-maçon ?
Oui, dans sa jeunesse. Joseph de Maistre fut initié en 1774 à la loge des Trois Mortiers de Chambéry, puis affilié au régime écossais rectifié et à la Stricte Observance templière. Il s'éloigna progressivement de la maçonnerie après la Révolution, qu'il interpréta comme l'aboutissement des idéologies illuministes, et n'en parla plus dans ses œuvres publiées qu'avec sévérité critique.
Pourquoi Maistre fut-il en exil à Saint-Pétersbourg ?
Lorsque les troupes françaises envahissent la Savoie en 1792, Maistre, refusant de prêter serment à la République, s'exile à Lausanne en 1793 puis se réfugie à Venise et à Cagliari. Le roi Victor-Emmanuel Iᵉʳ de Sardaigne le nomme en 1803 ambassadeur à Saint-Pétersbourg auprès du tsar Alexandre Iᵉʳ : il y résidera quatorze ans, dans une grande pauvreté matérielle, jusqu'à son rappel à Turin en 1817.
Qu'est-ce que la « théorie du sacrifice » chez Maistre ?
Dans le onzième entretien des Soirées de Saint-Pétersbourg (Éclaircissement sur les sacrifices), Maistre développe une métaphysique du sacrifice expiatoire selon laquelle le sang versé du juste rachète celui des coupables. Cette doctrine, qui scandalisa les libéraux et fascina Baudelaire et Léon Bloy, articule christologie de la rédemption et théologie politique du bourreau dans un système d'une noirceur lyrique inégalée.
Quelle a été la postérité intellectuelle de Joseph de Maistre ?
Maistre inspire en France Louis de Bonald, Lamennais (avant son rationalisme tardif), Donoso Cortés en Espagne, Pie IX et le Syllabus en 1864 ; au XXᵉ siècle, il fascine Baudelaire qui le tient pour son maître, Léon Bloy, Charles Maurras à certains égards, Carl Schmitt qui le cite dans Théologie politique (1922) et Émile Cioran dans son Essai sur la pensée réactionnaire (1957).
Quelle est l'édition de référence de ses œuvres ?
L'édition Vrin des Œuvres complètes de Joseph de Maistre, dirigée par Jean-Louis Darcel et publiée à Genève puis à Paris depuis 1979, est l'édition critique de référence et compte aujourd'hui une dizaine de volumes parus. Elle remplace l'ancienne édition Vitte (Lyon, 1884-1886, 14 vol.) et l'édition de Pierre Glaudes pour les principaux textes (Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2007).
Comment se distingue Joseph de son frère Xavier de Maistre ?
Joseph de Maistre est philosophe, théologien et diplomate ; son frère cadet Xavier de Maistre (1763-1852), officier dans l'armée russe et écrivain, est l'auteur du célèbre Voyage autour de ma chambre (1794), récit humoristique sentimental qui fut un grand succès littéraire. Les deux frères entretinrent une correspondance abondante mais leurs œuvres et tempéraments diffèrent radicalement.
Bibliographie
- Joseph de Maistre, Œuvres complètes, éd. Vitte, Lyon, 1884-1886, 14 vol. [édition ancienne mais encore utilisée].
- Joseph de Maistre, Œuvres complètes, éd. Jean-Louis Darcel et al., Slatkine puis Vrin, Genève-Paris, 1979-en cours [édition critique de référence].
- Joseph de Maistre, Œuvres, éd. Pierre Glaudes, Robert Laffont, coll. « Bouquins », Paris, 2007.
- Joseph de Maistre, Considérations sur la France, Bâle [Londres], 1797 (éd. Anonyme).
- Joseph de Maistre, Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, Saint-Pétersbourg, 1809.
- Joseph de Maistre, Du Pape, Lyon, Rusand, 1819, 2 vol.
- Joseph de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg, ou Entretiens sur le gouvernement temporel de la Providence, Paris, Rusand, 1821, 2 vol. (posthume).
- Joseph de Maistre, Examen de la philosophie de Bacon, Paris, Poussielgue-Rusand, 1836, 2 vol. (posthume).
- Robert Triomphe, Joseph de Maistre : étude sur la vie et la doctrine d'un matérialiste mystique, Droz, Genève, 1968.
- Jean-Louis Darcel, Joseph de Maistre : la conscience d'un destin, Slatkine, Genève, 1990.
- Pierre Glaudes, Joseph de Maistre et les figures de l'histoire, Klincksieck, Paris, 1997.
- Émile Cioran, Essai sur la pensée réactionnaire : à propos de Joseph de Maistre, Fata Morgana, Saint-Clément-la-Rivière, 1977 [paru initialement dans la NRF, 1957].
- Isaiah Berlin, Joseph de Maistre and the Origins of Fascism, dans The Crooked Timber of Humanity, John Murray, Londres, 1990.
- Carl Schmitt, Politische Theologie, Duncker & Humblot, Munich-Leipzig, 1922 [trad. Fr. Théologie politique, Gallimard, 1988 ; réfs explicites à Maistre].
- Owen Bradley, A Modern Maistre: The Social and Political Thought of Joseph de Maistre, University of Nebraska Press, Lincoln, 1999.
