Domingo de Soto, O.P.
Biographie de Domingo de Soto
Né le 1er octobre 1494 à Segovia, Francisco de Soto, fils de jardinier, étudie à Alcalá puis à Paris (1516-1519) où il découvre le nominalisme et le thomisme renaissant. De retour à Alcalá, il y obtient sa chaire de philosophie en 1520 et rencontre Ignace de Loyola. En 1524, frappé par une prédication dominicaine, il entre à l'Ordre des Prêcheurs et prend le nom de Domingo, en hommage au fondateur.
Disciple direct de Francisco de Vitoria à Salamanque, il devient lui-même titulaire de la chaire de vêpres en 1532, puis de la chaire de prime en 1551. En 1545, Charles Quint le désigne théologien impérial au concile de Trente, rôle qu'il joue aux deux premières périodes : il intervient de manière décisive sur la justification, les sacrements, la résidence des évêques. Il refuse, comme Vitoria avant lui, la charge de confesseur de l'empereur et celle d'évêque de Ségovie.
Son grand œuvre, le De iustitia et iure (Salamanque, 1553), en dix livres, est le traité fondateur de l'éthique économique moderne : il y discute la propriété, la restitution, le juste prix, l'usure, la monnaie, la fiscalité, l'esclavage et l'aide aux pauvres. Son Deliberación en la causa de los pobres (1545), polémique contre la municipalisation de l'aumône proposée par Juan de Robles, demeure un classique de la doctrine sociale catholique sur la mendicité et la charité.
Il meurt à Salamanque le 15 novembre 1560, à 66 ans, et est inhumé au couvent Saint-Étienne. Ses cours de physique à Salamanque, publiés dans les Quaestiones super octo libros physicorum Aristotelis (1545), contiennent l'intuition de la loi galiléenne de la chute des corps (uniformiter difformis), un demi-siècle avant Galilée.
Œuvre et doctrine
Le De iustitia et iure (1553) articule thomisme et droit romain dans une synthèse qui dominera la théologie morale catholique jusqu'à saint Alphonse de Liguori. Soto y défend le juste prix de marché comme règle générale, tout en reconnaissant au prince la légitimité d'une taxation juste pour corriger les abus. Il distingue soigneusement intérêt licite et usure, prépare ainsi l'analyse du capitalisme marchand.
Sur la charité, sa Deliberación en la causa de los pobres défend la libre mendicité contre l'interdiction municipale : Soto y affirme le droit naturel du pauvre à circuler et à demander l'aumône, et condamne l'étatisation de la charité qui romprait le lien évangélique entre riche et pauvre. Le texte anticipe tout le débat catholique moderne sur la subsidiarité.
Œuvres majeures
- De iustitia et iure (Salamanque, 1553)
- De natura et gratia (Venise, 1547)
- In Dialecticam Aristotelis commentaria (Salamanque, 1544)
- Quaestiones super octo libros physicorum Aristotelis (Salamanque, 1551)
- Deliberación en la causa de los pobres (1545)
Héritage et postérité
William Wallace a montré le rôle décisif de Soto dans la généalogie de la physique galiléenne. En théologie morale, son De iustitia demeure une source classique pour la doctrine de la propriété, du travail et du juste prix, relue par Léon XIII (Rerum novarum, 1891) et Jean-Paul II (Laborem exercens, 1981). Il forme à Salamanque toute une génération de théologiens (Cano, Báñez, Medina) et marque durablement la tradition dominicaine.
« Le juste prix d'une chose se prend de l'estimation commune, non de la fantaisie des particuliers ni de l'avarice des vendeurs. »
Repères chiffrés
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Questions fréquentes sur Domingo de Soto
Soto a-t-il vraiment anticipé Galilée ?
Ses Quaestiones super octo libros physicorum Aristotelis (Salamanque, 1545, livre VII) appliquent le théorème du Merton College (XIVᵉ s.) à la chute libre en affirmant qu'elle est « uniformiter difformis », mouvement uniformément accéléré. Le physicien Pierre Duhem (1913) a montré qu'il s'agit d'une anticipation explicite de la loi galiléenne, un demi-siècle avant Galilée.
Pourquoi défend-il la libre mendicité ?
Parce qu'il voit dans la municipalisation de la charité (projet de Juan de Robles à Zamora, 1545) une double rupture : d'un droit naturel du pauvre à se déplacer pour chercher sa subsistance, et du lien évangélique direct entre donateur et pauvre. Sa position définit la doctrine catholique classique de la subsidiarité en matière sociale.
Quel fut son rôle à Trente ?
Théologien impérial désigné par Charles Quint, il intervint décisivement sur le décret de la justification (session VI, 1547), sur la doctrine des sacrements et sur la résidence obligatoire des évêques. Ses Annotationes sur les actes conciliaires sont une source majeure pour l'histoire des deux premières périodes du concile (1545-1547 et 1551-1552).
Sources et pour aller plus loin
- Venancio Diego Carro, Domingo de Soto y su doctrina jurídica, Biblioteca de Teólogos Españoles, 1944.
- Pierre Duhem, Études sur Léonard de Vinci, 3e série, Hermann, 1913 (ch. sur Soto et Galilée).
- Juan Belda Plans, La Escuela de Salamanca y la renovación de la teología en el siglo XVI, BAC, 2000.
- Venancio Diego Carro, Domingo de Soto y el derecho de gentes, Publicaciones de la Asociación F. de Vitoria, 1930.
- William A. Wallace, Domingo de Soto and the Early Galileo: Essays on Intellectual History, Ashgate, 2004.
- Juan Belda Plans, La Escuela de Salamanca, BAC, 2000.