Francisco de Vitoria, O.P.

Portrait de Francisco de Vitoria
Portrait de Francisco de Vitoria, --Jacob Burckhardt 16:44, 13 September 2007 (UTC) · CC BY-SA 3.0.

Biographie de Francisco de Vitoria

Né vers 1483 à Burgos (ou, selon une tradition tardive, à Vitoria-Gasteiz), Francisco de Vitoria entre très jeune dans l'Ordre des Prêcheurs au couvent Saint-Paul de Burgos. Envoyé à Paris en 1509, il y étudie près de vingt ans à Saint-Jacques, foyer dominicain où il se forme à la théologie scolastique tout en lisant Érasme. Il y est ordonné maître en théologie en 1522-1523.

Rentré en Espagne, il enseigne brièvement à Valladolid, puis obtient en 1526 la chaire de prime de l'université de Salamanque, la plus d'Espagne. C'est là qu'il opère la révolution pédagogique qui définit l'École de Salamanque : il abandonne les Sentences de Pierre Lombard pour commenter directement la Somme théologique de saint Thomas, en traitant la théologie morale comme science de l'action humaine, publique et économique.

Entre 1526 et 1546, il prononce treize Relectiones, leçons solennelles annuelles, dont deux deviendront capitales : De Indis (1538-1539), qui discute la légitimité de la conquête espagnole des Amériques, et De iure belli, qui reformule la doctrine de la guerre juste. Conseiller officieux de Charles Quint sur les affaires indiennes, il refuse la pourpre cardinalice à deux reprises. Affaibli par la goutte, il meurt à Salamanque le 12 août 1546, laissant une école (Melchor Cano, Domingo de Soto, Bartolomé de Medina) qui dominera la pensée catholique du XVIᵉ siècle.

Ses écrits ne paraissent qu'à titre posthume : les Relectiones theologicae sont publiées à Lyon en 1557 par Jacques Boyer. C'est à partir de cette édition que Hugo Grotius puis Samuel Pufendorf reconnaîtront en Vitoria le père du droit des gens moderne.

Page de titre de De iure belli relectio de Francisco de Vitoria
Édition ancienne de Relectio de iure belli (Vitoria), Wright, Herbert F. (Herbert Francis), 1892-1945 · Public domain.

Œuvre et doctrine

L'apport doctrinal de Vitoria articule en un même geste droit naturel thomiste et analyse des situations politiques nouvelles. Sur les Indes, il refuse tous les titres fondés sur le seul paganisme des indigènes, affirme leur droit naturel à la propriété et à la souveraineté, et ne retient comme titre légitime d'intervention que la défense des innocents et la libre prédication. Sur la guerre, il n'accepte comme cause juste que l'injure reçue, proportionnée, et impose la discrimination entre combattants et non-combattants, anticipant le droit humanitaire.

Sur l'économie, il établit le principe du juste prix de marché (pretium vulgare) comme mesure objective contre l'arbitraire du vendeur, ouvrant la voie aux analyses monétaires d'Azpilcueta et de Molina. Son intuition d'une totus orbis comme république globale, fondée sur la communication humaine naturelle, demeure la matrice catholique du multilatéralisme contemporain.

Œuvres majeures

  • Relectio de Indis (1539, publiée 1557)
  • Relectio de iure belli (1539, publiée 1557)
  • Relectiones theologicae (recueil posthume, Lyon 1557)
  • Commentaires sur la Summa theologiae de saint Thomas (cours de Salamanque, 1526-1540)
  • De potestate civili (1528)
Façade plateresque du couvent Saint-Étienne de Salamanque
Couvent San Esteban de Salamanque, maison de Vitoria, José Luis Filpo Cabana · CC BY-SA 4.0.

Héritage et postérité

Vitoria est reconnu depuis James Brown Scott (1934) comme le fondateur du droit international moderne, auquel Grotius lui-même se réfère explicitement. Sa doctrine de l'unité du genre humain et des droits des peuples indigènes inspire la Charte des Nations unies et la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948). Léon XIII (Aeterni Patris, 1879) et Jean-Paul II le citent comme source de la doctrine sociale ; Benoît XVI le salue devant l'ONU en 2008. Les Nations unies ont baptisé « Francisco de Vitoria » leur médaille de droit international.

« Totus orbis, qui aliquo modo est una res publica. »

, Francisco de Vitoria, De potestate civili, 1528, « Le monde entier forme en quelque manière une seule république. »

Repères chiffrés

63 ans durée de vie
5 œuvres majeures
École de Salamanqu… mouvement principal
Ordre des Prêcheur… affiliation

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Questions fréquentes sur Francisco de Vitoria

Pourquoi Vitoria est-il considéré comme le père du droit international ?

Parce que ses Relectiones de Indis et de iure belli (1539) sont les premiers traités à penser systématiquement les relations entre peuples souverains à partir d'un droit naturel commun au genre humain. James Brown Scott (1934) a établi cette filiation, que Grotius lui-même reconnaissait dans De jure belli ac pacis (1625).

Qu'est-ce que l'École de Salamanque ?

Le courant de théologie morale, juridique et économique né de l'enseignement de Vitoria à l'université de Salamanque à partir de 1526. Dominicains (Soto, Cano, Medina) et jésuites (Molina, Suárez) y développèrent pendant un siècle une synthèse originale entre thomisme, droit naturel et analyse des contrats et de la monnaie.

Vitoria a-t-il publié ses œuvres ?

Non de son vivant : toute son œuvre repose sur des leçons dictées et reconstituées par ses étudiants. Les Relectiones theologicae furent publiées en 1557 à Lyon, onze ans après sa mort. Ses commentaires sur la Somme ne furent édités intégralement qu'au XXᵉ siècle par le P. Beltrán de Heredia (1932-1952).

Sources et pour aller plus loin

  • James Brown Scott, The Spanish Origin of International Law: Francisco de Vitoria and his Law of Nations, Clarendon Press, 1934.
  • Ramón Hernández Martín, Francisco de Vitoria y la Escuela de Salamanca, BAC, 1983.
  • Anthony Pagden & Jeremy Lawrance (éd.), Vitoria: Political Writings, Cambridge University Press, 1991.
  • James Brown Scott, The Spanish Origin of International Law: Francisco de Vitoria and his Law of Nations, Clarendon Press, 1934.
  • Ramón Hernández Martín, Francisco de Vitoria y la Escuela de Salamanca, BAC, 1983.
  • Anthony Pagden & Jeremy Lawrance (éd.), Vitoria: Political Writings, Cambridge University Press, 1991.