Adrien-Albert-Marie de Mun, comte de Mun
Biographie de Albert de Mun
Né le 28 février 1841 au château de Lumigny (Seine-et-Marne), Adrien Albert Marie de Mun est le petit-fils du physiologiste Helmholtz par sa mère. Il entre à Saint-Cyr en 1860 et choisit la cavalerie. Capitaine aux cuirassiers, il fait la campagne de 1870, est fait prisonnier à Metz le 28 octobre, puis participe à la répression de la Commune de Paris en mai 1871. Le spectacle des cadavres d'ouvriers après la Semaine sanglante le bouleverse et décide de sa vocation.
Le 23 décembre 1871, il fonde à Paris avec Maurice Maignen et René de La Tour du Pin l'Œuvre des Cercles catholiques d'ouvriers, destinée à reconstruire par-dessus la lutte des classes un cadre de vie chrétien pour les travailleurs. L'Œuvre se développe rapidement : 400 cercles en 1878, plus de 50 000 membres en 1884. Il démissionne de l'armée en 1875 pour s'y consacrer à plein temps.
Élu député légitimiste du Morbihan en 1876, invalidé, puis réélu en 1881 à Pontivy, il siège sans interruption à la Chambre jusqu'à sa mort en 1914, trente-trois ans. Son éloquence fleurie et romantique, admirée par Clemenceau lui-même, en fait le champion parlementaire du catholicisme social : lois de protection du travail des enfants, repos hebdomadaire, caisses de retraite ouvrières. À la suite de l'encyclique Au milieu des sollicitudes (1892) de Léon XIII, il devient le principal artisan du Ralliement des catholiques à la République.
Élu à l'Académie française en 1897 contre Émile Zola, il milite pour le retour de la France à sa mission chrétienne. Engagé volontaire en 1914 malgré ses 73 ans, il meurt d'une crise cardiaque à Bordeaux le 6 octobre 1914, en suivant le gouvernement replié. Inhumé au cimetière de Lumigny. Son nom est aujourd'hui porté par une avenue du 16ᵉ arrondissement de Paris.
Œuvre et doctrine
Les cinq volumes de Discours d'Albert de Mun (1888-1904) constituent le corpus fondateur de la parole catholique sociale à la Chambre : ils portent la loi sur le repos hebdomadaire, la limitation du travail des enfants, l'organisation des syndicats catholiques, la critique du capitalisme manchestérien. Sa rhétorique, fleurie, lyrique, émaillée de citations patristiques, définit l'éloquence catholique républicaine.
Son ralliement à la République en 1892, sa défense de l'armée pendant l'affaire Dreyfus, son engagement pour l'Action libérale populaire de Jacques Piou (1901) font de lui le pont entre catholicisme social du XIXᵉ siècle et démocratie chrétienne du XXᵉ. Sartre, Bernanos et Mauriac ont reconnu en ses discours un sommet de prose politique française.
Œuvres majeures
- Discours (4 vol., Poussielgue, 1888-1904)
- Ma vocation sociale : souvenirs de la fondation de l'Œuvre des cercles catholiques d'ouvriers 1871-1875 (Lethielleux, 1908)
- Questions sociales (Poussielgue, 1904)
- L'Heure décisive du catholicisme français (1889)
- Contre le Code civil de 1804 : discours du 24 juin 1891 à la Chambre sur la loi de onze heures
Héritage et postérité
Élu à l'Académie française en 1897 (fauteuil 21), Mun est l'orateur catholique majeur de la IIIᵉ République. Sa législation sociale inspire la Chambre entière et prépare les lois Millerand (1898) et la législation sociale du XXᵉ siècle. Rerum novarum (1891) reprend ses combats ; Pie XI le cite nommément dans Quadragesimo anno (1931). Son modèle de patron social chrétien (Léon Harmel, Val-des-Bois) inspire les semaines sociales de France (fondées en 1904), le syndicalisme chrétien (CFTC 1919), et toute la tradition de la démocratie chrétienne française jusqu'au MRP.
« Nous avons relevé sur les barricades de mai 1871 le drapeau des classes laborieuses ; nous le porterons désormais à la lumière de l'Évangile. »
Repères chiffrés
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Questions fréquentes sur Albert de Mun
Qu'est-ce que le Ralliement ?
La politique engagée par Léon XIII avec l'encyclique Au milieu des sollicitudes (16 février 1892) demandant aux catholiques français de se rallier à la République comme régime, sans souscrire à ses lois anticatholiques. Albert de Mun, d'abord légitimiste, devient à partir de 1892 le principal artisan parlementaire de ce ralliement.
Quelles lois a-t-il fait voter ?
Ses principaux succès : la loi de 1874 sur le travail des enfants (préparée avec lui), la loi du 2 novembre 1892 sur le travail des femmes et des enfants, la reconnaissance de la liberté syndicale (1884, qu'il soutient), et la loi du 13 juillet 1906 sur le repos hebdomadaire, qui porte directement sa marque.
Pourquoi refusa-t-on son élection en 1876 ?
Sa première élection comme légitimiste du Morbihan (1876) fut invalidée par la Chambre sur motif de pression cléricale (Mgr Bécel, évêque de Vannes, avait soutenu sa candidature). Il fut réélu dès le scrutin suivant en 1881 à Pontivy et siégea sans interruption jusqu'à sa mort en 1914.
Sources et pour aller plus loin
- Philippe Levillain, Albert de Mun. Catholicisme français et catholicisme romain du Syllabus au Ralliement, École française de Rome, 1983.
- Benjamin F. Martin, Count Albert de Mun: Paladin of the Third Republic, University of North Carolina Press, 1978.
- Charles Molette, Albert de Mun (1872-1890), Beauchesne, 1970.
- Philippe Levillain, Albert de Mun : catholicisme français et catholicisme romain du Syllabus au Ralliement, École française de Rome, 1983.
- Benjamin F. Martin, Count Albert de Mun: Paladin of the Third Republic, University of North Carolina Press, 1978.
- Jean de Fabrègues, Albert de Mun, Éditions du Cèdre, 1946.