Rémi Brague
Biographie de Rémi Brague
Né le 8 septembre 1947 à Paris, Rémi Brague fait ses classes préparatoires à Louis-le-Grand, entre à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1967 et obtient l'agrégation de philosophie en 1971. Après une thèse sur Le Restant. Supplément aux commentaires du Ménon de Platon (1978), il soutient en 1986 une thèse d'État sur Aristote et la question du monde. Il enseigne d'abord à la Sorbonne Paris IV (1970-1988), puis à Paris I Panthéon-Sorbonne comme professeur de philosophie médiévale et arabe (1988-2010).
Sa maîtrise simultanée du grec ancien, de l'arabe, de l'hébreu, du latin et des principales langues européennes fait de lui l'un des rares penseurs contemporains capables de comparer, à partir des textes, les trois grandes traditions abrahamiques. À partir de 2002, il occupe également la Romano-Guardini-Lehrstuhl für christliche Weltanschauung und Religionsphilosophie à l'université Louis-et-Maximilien de Munich, succédant à Robert Spaemann.
Sa trilogie anthropologique, La Sagesse du monde (1999), La Loi de Dieu (2005), Le Propre de l'homme (2013), analyse le passage du cosmos grec ordonné à l'anthropologie moderne, et la place singulière du christianisme dans cette histoire. Europe, la voie romaine (Critérion, 1992 ; rééd. Gallimard, 1999) définit l'Europe comme un héritage secondaire, qui se reçoit et se transmet, par opposition aux identités primaires (grecque, juive) qui se possèdent.
Élu à l'Académie des sciences morales et politiques en mars 2009, il reçoit le prix Ratzinger (« Nobel de théologie ») le 20 octobre 2012 des mains de Benoît XVI, en même temps que Brian Daley, s.j. Membre correspondant de la Bayerische Akademie, il vit aujourd'hui entre Paris et Chamonix et continue de publier régulièrement : Où va l'Histoire ? (2016), Modérément moderne (2014), Sur la religion (2018), Après l'humanisme (2022).
Œuvre et doctrine
Le geste philosophique central de Brague est la comparaison des trois monothéismes à partir de leurs textes et de leur rapport au philosophique païen. Dans La Loi de Dieu (2005), il montre comment judaïsme, christianisme et islam ont articulé différemment la révélation à la loi, le christianisme seul ayant distingué structurellement loi religieuse et loi civile. Dans La Sagesse du monde, il retrace la dissolution du cosmos grec et ses conséquences pour l'anthropologie moderne.
Sa thèse européenne, l'Europe comme voie romaine, c'est-à-dire héritage secondaire qui transmet la Grèce et Jérusalem, nourrit aujourd'hui une bonne part du renouveau intellectuel catholique français. Elle offre une alternative à la fois au multiculturalisme relativiste et à la crispation identitaire, en replaçant la culture européenne dans une logique de transmission et non de possession.
Œuvres majeures
- Europe, la voie romaine (Criterion, 1992)
- La Sagesse du monde : histoire de l'expérience humaine de l'univers (Fayard, 1999)
- Du Dieu des chrétiens, et d'un ou deux autres (Flammarion, 2008)
- Le Propre de l'homme : sur une légitimité menacée (Flammarion, 2013)
- Sur la religion (Flammarion, 2018)
Héritage et postérité
Lauréat du prix Ratzinger (2012), grand prix de philosophie de l'Académie française (2009), docteur honoris causa de plusieurs universités catholiques, Brague est un interlocuteur privilégié de Benoît XVI (sa citation dans le discours de Ratisbonne de 2006 sur la rationalité grecque et la foi biblique est directe). Traduit en plus de vingt langues, il forme une génération de philosophes et théologiens (Fabrice Hadjadj, Martin Steffens) et fournit à l'Église une anthropologie philosophique rigoureuse pour affronter le transhumanisme et la crise écologique.
« L'Europe n'a rien à elle qu'elle n'ait reçu. Sa vraie originalité tient à ce qu'elle n'en a aucune. »
Repères chiffrés
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Questions fréquentes sur Rémi Brague
Qu'est-ce que la « voie romaine » de l'Europe ?
La thèse centrale de son livre de 1992 : l'Europe n'est ni grecque, ni juive, ni arabe, elle est romaine, c'est-à-dire secondaire. Elle se définit par le geste de transmettre des héritages (grec, juif, chrétien) qu'elle n'a pas produits elle-même. Cette secondarité féconde serait, pour Brague, la clé de l'identité européenne.
Quel est son rapport à l'islam ?
Il connaît l'arabe classique, a enseigné la philosophie arabe médiévale (Al-Farabi, Avicenne, Averroès, Maïmonide) pendant plus de vingt ans à la Sorbonne. Il distingue soigneusement la philosophie faite en pays d'islam, qu'il admire, et la religion musulmane comme telle, dont il souligne les différences structurelles avec le christianisme (La Loi de Dieu, 2005).
Pourquoi le prix Ratzinger 2012 ?
La Fondation Vatican Joseph Ratzinger-Benoît XVI le lui remet conjointement avec le jésuite Brian Daley pour l'ensemble de son œuvre de philosophie médiévale comparée et d'anthropologie chrétienne, remise à Benoît XVI au Vatican le 20 octobre 2012. Il est le premier Français à recevoir cette distinction, considérée comme le Nobel de la théologie catholique.
Sources et pour aller plus loin
- Rémi Brague, Europe, la voie romaine, Gallimard (Folio essais), 1999.
- Rémi Brague, La Loi de Dieu. Histoire philosophique d'une alliance, Gallimard, 2005.
- Gérard Leclerc, Rémi Brague, penseur de l'Europe chrétienne, Salvator, 2015.
- Fabrice Hadjadj, « Rémi Brague ou la voie romaine », Communio, 2014.
- Martin Rhonheimer, « L'anthropologie de Rémi Brague », Revue thomiste, 2016.
- Pierre Manent, préface à Rémi Brague, Modérément moderne, Flammarion, 2014.