Alexis-Charles-Henri Clérel, comte de Tocqueville

Portrait de Alexis de Tocqueville
Portrait de Alexis de Tocqueville, Théodore Chassériau · Public domain.

Biographie de Alexis de Tocqueville

Né le 29 juillet 1805 à Paris dans une vieille famille normande, les Clérel de Tocqueville, Alexis est l'arrière-petit-fils de Malesherbes, défenseur de Louis XVI guillotiné en 1794. Élevé à Verneuil puis à Metz où son père est préfet, il fait son droit à Paris et est nommé juge-auditeur à Versailles en 1827. La révolution de Juillet 1830 le place dans un conflit de loyauté qu'il résout par un serment de fidélité au nouveau régime, entorse qu'il regrettera toute sa vie.

En mai 1831, il embarque avec son ami Gustave de Beaumont pour les États-Unis, officiellement pour étudier le système pénitentiaire américain. Neuf mois d'enquête, de New York à la Nouvelle-Orléans, des Grands Lacs à Washington, fournissent la matière de De la démocratie en Amérique, dont le premier tome paraît en 1835 et le second en 1840. Le livre rencontre un succès européen immédiat ; Tocqueville est élu à l'Académie française en 1841, à 36 ans.

Député de Valognes en 1839, puis réélu sous la Deuxième République, il rédige le rapport sur la constitution et devient ministre des Affaires étrangères du 2 juin au 31 octobre 1849 dans le cabinet Odilon Barrot. Hostile au coup d'État du 2 décembre 1851, il refuse de prêter serment à Louis-Napoléon et se retire définitivement de la vie publique. C'est alors qu'il commence son grand livre posthume, L'Ancien Régime et la Révolution (1856), qui démonte la continuité entre monarchie administrative et État révolutionnaire.

Atteint de phtisie, il meurt à Cannes le 16 avril 1859, à 53 ans, après avoir reçu les derniers sacrements de son cousin l'abbé Gabriel. Il est inhumé au cimetière de Tocqueville (Manche), dans la terre familiale normande. Son Journal de voyage et sa Correspondance comptent parmi les grands textes de la prose française du XIXᵉ siècle.

Page de titre de De la démocratie en Amérique, édition Pagnerre 1848
De la démocratie en Amérique, édition Pagnerre 1848, Alexis de Tocqueville · Public domain.

Œuvre et doctrine

La Démocratie en Amérique pose l'hypothèse centrale de la modernité : l'égalisation des conditions est un mouvement providentiel irréversible qu'aucune aristocratie ne peut enrayer. La question n'est plus « démocratie ou pas », mais quelle démocratie : despotique et uniformisante, ou libre, fondée sur les mœurs, l'associationnisme et la religion ? Tocqueville démontre que la religion catholique est naturellement compatible avec la démocratie, à condition qu'elle demeure indépendante du pouvoir politique.

L'Ancien Régime et la Révolution (1856) renverse la lecture libérale de 1789 : la centralisation administrative que les révolutionnaires croient inventer était déjà achevée par la monarchie absolue. La Révolution est une continuité autant qu'une rupture. Cette thèse fait aujourd'hui de Tocqueville le père de la sociologie politique française et l'un des plus grands penseurs du libéralisme catholique.

Œuvres majeures

  • De la démocratie en Amérique, tome I (Gosselin, 1835)
  • De la démocratie en Amérique, tome II (Gosselin, 1840)
  • L'Ancien Régime et la Révolution (Lévy, 1856)
  • Souvenirs (rédigés 1850-1851, publiés 1893)
  • Mémoire sur le paupérisme (1835)
Façade du château de Tocqueville (Manche), demeure familiale
Château de Tocqueville (Manche), demeure familiale, Édouard Hue (User:EdouardHue) · CC BY-SA 3.0.

Héritage et postérité

Oublié par la IIIᵉ République positiviste, Tocqueville est redécouvert après 1945 (Raymond Aron, Jacob Talmon), puis érigé en classique mondial par François Furet et l'école « révisionniste » française des années 1970-1990. Sa lecture du totalitarisme comme pathologie démocratique inspire Hannah Arendt et Pierre Manent ; sa défense du rôle public de la religion nourrit la doctrine sociale catholique de Jean-Paul II et Benoît XVI (Deus caritas est, 2005). Il demeure l'auteur français le plus cité dans les sciences politiques anglo-saxonnes contemporaines.

« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux… »

, Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II, IVᵉ partie, ch. VI, 1840

Repères chiffrés

54 ans durée de vie
5 œuvres majeures
Libéralisme cathol… mouvement principal
Laïc catholique ; … affiliation

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Questions fréquentes sur Alexis de Tocqueville

Tocqueville était-il catholique pratiquant ?

Sa foi a oscillé. Élevé dans un catholicisme de famille, troublé par la lecture à 16 ans de la bibliothèque sceptique de son père, il conserva toute sa vie une estime intellectuelle profonde pour le catholicisme et reçut les derniers sacrements à Cannes en avril 1859. Sa correspondance révèle une croyance en Dieu et en l'immortalité de l'âme plus ferme que son adhésion dogmatique.

Qu'appelle-t-il « tyrannie de la majorité » ?

Le risque, propre aux démocraties, que l'opinion majoritaire étouffe la liberté des minorités et des consciences individuelles, non par la contrainte légale mais par la pression sociale et l'uniformisation des mœurs. Il y voit, avec le despotisme doux d'un État tutélaire, la principale menace pesant sur les sociétés démocratiques modernes.

Pourquoi démissionne-t-il en 1851 ?

Il refuse de prêter serment à Louis-Napoléon Bonaparte après le coup d'État du 2 décembre 1851 qui met fin à la Deuxième République. Brièvement emprisonné à Vincennes avec soixante autres députés protestataires le 2 décembre, il se retire ensuite à Tocqueville où il rédige L'Ancien Régime et la Révolution jusqu'à sa mort en 1859.

Sources et pour aller plus loin

  • André Jardin, Alexis de Tocqueville, 1805-1859, Hachette, 1984.
  • Françoise Mélonio, Tocqueville et les Français, Aubier, 1993.
  • Hugh Brogan, Alexis de Tocqueville: A Life, Yale University Press, 2006.
  • André Jardin, Alexis de Tocqueville 1805-1859, Hachette, 1984.
  • Pierre Manent, Tocqueville et la nature de la démocratie, Julliard, 1982 (rééd. Gallimard 2006).
  • Françoise Mélonio, Tocqueville et les Français, Aubier, 1993.