René de La Tour du Pin Chambly, marquis de La Charce

Portrait de René de La Tour du Pin
Portrait de René de La Tour du Pin, Unknown authorUnknown author · Public domain.

Biographie de René de La Tour du Pin

Né le 1er avril 1834 à Arrancy-sur-Crusne (Meuse), René Charles Humbert Marie de La Tour du Pin Chambly, marquis de La Charce, descend d'une des plus vieilles maisons du Dauphiné. Élève à Saint-Cyr (1853-1855), il sert comme officier de cavalerie en Crimée, en Algérie, au Mexique et en Italie. Capitaine aux guides impériaux, il est fait prisonnier à Sedan le 1er septembre 1870 et interné à Aix-la-Chapelle avec son camarade Albert de Mun.

C'est en captivité, à la lecture des encycliques et des œuvres de Mgr von Ketteler, que les deux officiers découvrent la question ouvrière. De retour en France après la Commune, ils fondent ensemble à Paris, le 23 décembre 1871, l'Œuvre des Cercles catholiques d'ouvriers, qui comptera jusqu'à 50 000 adhérents en 1884. La Tour du Pin en est le vice-président et l'âme doctrinale : il anime pendant dix ans la revue L'Association catholique (1876-1885), laboratoire théorique du catholicisme social français.

Nommé attaché militaire à Vienne (1877-1881) puis à La Haye, il démissionne de l'armée en 1881 pour se consacrer entièrement à l'action sociale catholique. En 1884, il fonde avec Mgr Mermillod l'Union catholique d'études sociales et économiques de Fribourg, cénacle international qui rédige pour Léon XIII les premiers matériaux doctrinaux préparant Rerum novarum (1891). Sa doctrine corporative s'y cristallise : restauration des corps intermédiaires, régime professionnel, subsidiarité.

Légitimiste fidèle, hostile au Ralliement de 1892, il se tient à l'écart de la République. Il réunit ses articles en un recueil fondateur, Vers un ordre social chrétien. Jalons de route 1882-1907 (Beauchesne, 1907), qui deviendra la bible des catholiques sociaux corporatistes. Il meurt en exil volontaire à Lausanne le 4 décembre 1924, à 90 ans. Inhumé à Bosmont-sur-Serre (Aisne) dans le tombeau familial.

Photographie de René de La Tour du Pin en 1917
René de La Tour du Pin, photographié en 1917, Marguerite Bernard · Public domain.

Œuvre et doctrine

Vers un ordre social chrétien (1907) propose une alternative catholique au libéralisme économique comme au socialisme d'État : restaurer les corporations professionnelles comme corps intermédiaires entre l'individu et l'État, unissant patrons et ouvriers d'un même métier dans des institutions de représentation, de régulation et de prévoyance. L'État y devient « régime du travail », garant de la famille, de la propriété et de la paix sociale, non producteur direct.

Son influence est considérable : direct nourricier de Rerum novarum (1891) et de Quadragesimo anno (1931), il inspire les chartes du travail européennes, la doctrine sociale de Pie XI, et restera une référence pour Charles de Gaulle (sur la participation) comme pour la doctrine sociale de Jean-Paul II sur les corps intermédiaires.

Œuvres majeures

  • Vers un ordre social chrétien : jalons de route 1882-1907 (Nouvelle Librairie nationale, 1907)
  • Aphorismes de politique sociale (1909)
  • Aspirations du christianisme social (préface aux œuvres)
  • L'Œuvre des cercles catholiques d'ouvriers (avec Albert de Mun, rapports 1873-1890)
  • Ordre corporatif et représentation professionnelle (articles de L'Association catholique, 1876-1900)
Tombes de la famille de La Tour du Pin à Bosmont-sur-Serre
Tombes de la famille de La Tour du Pin (Bosmont-sur-Serre, Aisne), René Hourdry · CC BY-SA 4.0.

Héritage et postérité

La pensée de La Tour du Pin irrigue la doctrine sociale de l'Église à partir de Rerum novarum (1891), que Léon XIII prépare en lisant L'Association catholique. Pie XI reprend littéralement, dans Quadragesimo anno, son vocabulaire de « corps intermédiaires » et de « subsidiarité ». Elle nourrit au XXᵉ siècle le solidarisme chrétien, le personnalisme communautaire (Emmanuel Mounier, Denis de Rougemont), la pensée de Charles de Gaulle sur la « participation » (1968), et demeure aujourd'hui une référence des catholiques sociaux contemporains face aux dérives du capitalisme financier.

« Il faut faire remonter le travail au régime d'institutions, c'est-à-dire de corporations, qui fut jadis sa dignité et sa sauvegarde. »

, René de La Tour du Pin, Vers un ordre social chrétien, Beauchesne, 1907, avant-propos

Repères chiffrés

90 ans durée de vie
5 œuvres majeures
Catholiques sociau… mouvement principal
Laïc catholique ; … affiliation

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Questions fréquentes sur René de La Tour du Pin

Quelle différence avec Albert de Mun ?

Ils fondent ensemble l'Œuvre des Cercles en 1871, mais divergent après 1892 : Albert de Mun rallie la République à la suite de l'encyclique Au milieu des sollicitudes de Léon XIII et devient parlementaire catholique, tandis que La Tour du Pin reste légitimiste intransigeant, refuse tout engagement électoral et se retire sur le terrain doctrinal.

Qu'est-ce que l'Union de Fribourg ?

Cercle international fondé en 1884 par La Tour du Pin et Mgr Gaspard Mermillod, évêque de Lausanne et Genève, réunissant catholiques sociaux européens (Vogelsang, Decurtins, Blome) pour préparer un enseignement pontifical sur la question ouvrière. Ses mémoires envoyés à Léon XIII constituent l'une des sources directes de Rerum novarum (1891).

Son corporatisme annonce-t-il les régimes autoritaires ?

Non : son corporatisme est un régime des corps de métier librement organisés, subsidiaire à l'État et respectueux de la propriété, dans la ligne de Rerum novarum et de Quadragesimo anno. Sa récupération partielle par Salazar ou Vichy (Charte du travail, 1941) n'épuise pas sa doctrine originelle, qui reste une référence actuelle des catholiques sociaux.

Sources et pour aller plus loin

  • Xavier Vallat, La Tour du Pin, légitimiste et corporatiste, Lethielleux, 1944.
  • Jean-Marie Mayeur, Des partis catholiques à la démocratie chrétienne, Armand Colin, 1980 (ch. 3).
  • Philippe Chenaux, L'Église catholique et le communisme en Europe (1917-1989), Cerf, 2009.
  • Robert Talmy, Aux sources du catholicisme social : l'école de La Tour du Pin, Desclée, 1963.
  • Philippe Levillain, Albert de Mun : catholicisme français et catholicisme romain du Syllabus au Ralliement, École française de Rome, 1983.
  • Jean de Viguerie, Le Corporatisme catholique en France, Dominique Martin Morin, 1983.