Juan de Mariana, S.J.

Portrait de Juan de Mariana
Portrait de Juan de Mariana, Matías Moreno · Public domain.

Biographie de Juan de Mariana

Né le 25 septembre 1536 à Talavera de la Reina (Tolède), Juan de Mariana, fils naturel d'un chanoine, entre à la Compagnie de Jésus en 1554, deux ans après avoir commencé ses études à Alcalá. Il enseigne la théologie au Collège romain (1561-1565, succédant à Bellarmin), à Loreto, à Palerme, puis au collège de Clermont à Paris (1569-1574), où il côtoie les grands théologiens de la Contre-Réforme.

Une santé fragile le ramène à Tolède en 1574, où il passera les cinquante dernières années de sa vie en chartreux urbain, écrivant sans enseigner. Sa Historiae de rebus Hispaniae (latine, 1592 ; castillane, 1601) devient la grande histoire nationale de l'Espagne, lue jusqu'au XIXᵉ siècle. Mais c'est son De rege et regis institutione (Tolède, 1599), traité d'éducation du prince dédié à Philippe III, qui provoque le scandale européen.

L'ouvrage justifie, sous des conditions strictes, le tyrannicide : le régicide de Jacques Clément sur Henri III (1589) y est présenté comme acte licite. Après l'assassinat d'Henri IV en 1610 par Ravaillac, le Parlement de Paris fait brûler le livre publiquement et l'affaire manque de faire interdire la Compagnie de Jésus en France. Mariana est aussi inquiété à Madrid pour son De monetae mutatione (1609), qu'il avait osé publier sans censure préalable : il est emprisonné un an au couvent franciscain de Madrid pour avoir dénoncé les altérations monétaires de Philippe III.

Il meurt à Tolède le 16 février 1624, à 87 ans, après avoir laissé une œuvre immense qui mêle histoire, théologie politique et analyse économique. Sa statue domine aujourd'hui la place principale de Talavera de la Reina.

Page de titre de De rege et regis institutione de Juan de Mariana, 1599
De rege et regis institutione (Tolède, 1599), Mariana, Juan de, 1535-1624 Adams, John, 1735-1826, former owner. BRL Brand Hollis, Thomas, ca. 1719-1804, former owner. BRL Boston Public Library (John Adams Library) BRL · Public domain.

Œuvre et doctrine

Son De monetae mutatione (1609) est considéré par les économistes autrichiens (Rothbard, Huerta de Soto) comme un chef-d'œuvre précoce de théorie monétaire : il y démontre que l'altération de la teneur métallique de la monnaie par le prince est un vol, qu'elle engendre l'inflation proportionnelle à la dilution, et qu'elle détruit la confiance, trois siècles avant la théorie quantitative formalisée. Sa De rege inscrit la souveraineté dans un pacte limité par le droit naturel : le prince qui viole radicalement le bien commun cesse d'être roi et devient tyran.

Cette double contribution fait de Mariana l'un des pères de la tradition libérale catholique : critique du pouvoir arbitraire, défense de la propriété privée contre la fiscalité confiscatoire, insistance sur la valeur objective de la monnaie. Les historiens de l'école autrichienne le placent, avec Azpilcueta et Molina, dans la lignée directe menant à Menger et Mises.

Œuvres majeures

  • Historiae de rebus Hispaniae (1592 latin ; 1601 castillan : Historia general de España)
  • De rege et regis institutione (Tolède, 1599)
  • De ponderibus et mensuris (1599)
  • De monetae mutatione (Cologne, 1609)
  • Tractatus septem (Cologne, 1609)
Monument à Juan de Mariana à Talavera de la Reina, sa ville natale
Monument à Juan de Mariana, Talavera de la Reina, Zarateman · CC0.

Héritage et postérité

Murray Rothbard et l'école autrichienne (Hülsmann, Huerta de Soto) voient en Mariana un précurseur direct de la théorie monétaire moderne et de l'analyse des effets de l'inflation. Ses thèses sur la souveraineté populaire irriguent la seconde scolastique (Suárez, Bellarmin) puis, médiatement, la théorie constitutionnelle moderne. L'Instituto Juan de Mariana (Madrid, fondé en 2005) perpétue son nom pour la diffusion de la pensée économique catholique de Salamanque dans le débat contemporain.

« Altérer la monnaie, c'est dépouiller le peuple sans son consentement : c'est un vol public et une tyrannie manifeste. »

, Juan de Mariana, De monetae mutatione, Cologne, 1609, ch. VIII

Repères chiffrés

88 ans durée de vie
5 œuvres majeures
École de Salamanqu… mouvement principal
Compagnie de Jésus affiliation

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Questions fréquentes sur Juan de Mariana

Mariana a-t-il vraiment justifié le tyrannicide ?

Oui, sous conditions strictes dans le De rege (livre I, ch. 6-7) : le tyran d'exercice manifeste, après consultation publique, peut être mis à mort par un particulier ou un corps constitué. La doctrine fut condamnée par la congrégation générale jésuite de 1610 après l'assassinat d'Henri IV, et le livre brûlé à Paris.

Pourquoi a-t-il été emprisonné en 1609 ?

Pour son De monetae mutatione, publié sans licence royale, qui accusait Philippe III et son favori Lerma de voler les sujets par altération de la monnaie de billon. Il fut détenu un an au couvent franciscain de Madrid ; l'édition princeps fut saisie et partiellement détruite.

Quelle est son influence sur l'économie moderne ?

Murray Rothbard et Jesús Huerta de Soto voient en Mariana, avec Azpilcueta et Molina, les précurseurs directs de l'école autrichienne : théorie subjective de la valeur, critique de l'inflation monétaire, défense de la propriété. Mariana est aujourd'hui l'éponyme de l'Instituto Juan de Mariana fondé à Madrid en 2005.

Sources et pour aller plus loin

  • Harald E. Braun, Juan de Mariana and Early Modern Spanish Political Thought, Ashgate, 2007.
  • Jesús Huerta de Soto, The Austrian School: Market Order and Entrepreneurial Creativity, Edward Elgar, 2008 (ch. 2).
  • Georges Cirot, Mariana historien, Bibliothèque de l'École des Hautes Études hispaniques, Bordeaux, 1905.
  • Georges Cirot, Mariana historien, Féret, 1905.
  • Jesús Huerta de Soto, « Juan de Mariana: The Influence of the Spanish Scholastics », in The Austrian School of Economics, Edward Elgar, 2008.
  • Harald Braun, Juan de Mariana and Early Modern Spanish Political Thought, Ashgate, 2007.