Histoire de France, Dynasties
Les Valois : 261 ans de monarchie française (1328-1589)
De Philippe VI, premier roi sacré sous la loi salique, à Henri III tombé sous la lame d'un moine fanatique, la maison de Valois traverse deux siècles et demi d'épreuves cardinales : la guerre de Cent Ans, la Renaissance des arts et des lettres, le déchirement religieux. Treize rois, trois branches, un royaume qui meurt et renaît. Récit d'une dynastie sacrifiée à la France moderne.
Le 1er février 1328, Charles IV le Bel, dernier des Capétiens directs, s'éteint à Vincennes sans héritier mâle. Une assemblée de barons et de juristes se réunit à Paris pour trancher la question dynastique la plus lourde du Moyen Âge français : Édouard III d'Angleterre, neveu du défunt par sa mère Isabelle, ou Philippe de Valois, cousin germain par les mâles ? La réponse, qui exhume une vieille loi franque dite « salique » pour écarter la transmission par les femmes, ouvre la longue saison des Valois.
De ce sacre de 1328 jusqu'au 2 août 1589 où Henri III rend l'âme à Saint-Cloud, treize rois Valois se succèdent sur le trône fleurdelisé. Entre ces deux dates, tout change : la guerre de Cent Ans broie quatre générations, la peste fauche un Français sur trois, Jeanne d'Arc fait sacrer Charles VII à Reims, Louis XI invente l'État moderne, François Ier ramène d'Italie la Renaissance et Léonard de Vinci, Catherine de Médicis arme la Saint-Barthélemy. Quand le dernier Valois ferme les yeux, la France a doublé son territoire et inventé Chambord. Voici cette dynastie qui fit la France et dont la France finit par mourir.
1328, Philippe VI et l'avènement Valois (loi salique)
L'année 1328 scelle un siècle. Charles IV le Bel meurt sans fils ; sa veuve Jeanne d'Évreux est enceinte, mais l'enfant qui naît le 1er avril est une fille. Trois fois en quatorze ans, Louis X en 1316, Philippe V en 1322, Charles IV en 1328, la branche aînée des Capétiens s'est éteinte sans héritier mâle. Le royaume de France, le plus puissant d'Occident, n'a personne à qui se donner par évidence du sang.

Deux prétendants se présentent. Édouard III d'Angleterre, seize ans, est le petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France. Le sang capétien coule en lui, plus pur que dans aucun autre. Mais il est anglais, vassal du roi de France pour la Guyenne, soumettre la Couronne à un roi étranger ferait du royaume une dépendance de Londres. Philippe de Valois, trente-cinq ans, est le fils de Charles de Valois, frère cadet de Philippe le Bel ; cousin germain du défunt par les mâles, élevé à la cour, déjà régent depuis le décès de Charles IV.
L'assemblée de février 1328 tranche en sa faveur. Pour justifier l'éviction d'Édouard, les juristes exhument un texte oublié, la Lex Salica des Francs saliens du Ve siècle, qui interdisait aux femmes d'hériter des terres allodiales. Appliquée au royaume, elle devient principe fondateur : « la couronne de France ne tombe point en quenouille ». Édouard est doublement écarté.
Le 29 mai 1328, Philippe VI est sacré à Reims. Quelques semaines plus tard, le nouveau roi écrase la révolte des Flamands à Cassel : la couronne tient. Édouard III vient prêter hommage à Amiens en 1329 pour la Guyenne. La paix dynastique semble acquise. Elle ne durera pas neuf ans.
Car en 1337, après la confiscation par Philippe VI du duché de Guyenne, Édouard III relève le défi. Il fait peindre sur ses bannières les lys de France à côté des léopards d'Angleterre, se proclame roi de France et débarque sur le continent. La guerre de Cent Ans commence. Elle ne s'achèvera qu'en 1453. Cinq générations de Valois la traverseront. Trois failliront mourir avec elle.
Les Valois directs (1328-1498) : Cent Ans, Crécy, Poitiers, Azincourt, Jeanne d'Arc, Castillon
De Philippe VI à Charles VIII, la branche directe des Valois donne sept rois, dont presque tous régneront sous le poids écrasant de la guerre anglaise. C'est le siècle le plus sombre de la monarchie française, et pourtant celui qui forge l'idée même de France comme nation.
La catastrophe s'ouvre à Crécy, le 26 août 1346. Philippe VI lance sa chevalerie, douze mille cavaliers cuirassés, contre l'arrière-garde anglaise retranchée sur une colline picarde. Les archers gallois d'Édouard III, armés du long bow, fauchent les Français à mille pas. Onze princes y laissent la vie. C'est la fin du Moyen Âge militaire.
Dix ans plus tard, le désastre se répète sous Jean II le Bon. Le 19 septembre 1356, à Poitiers, le Prince Noir, fils d'Édouard III, écrase l'armée royale et capture le roi en personne. Jean II est emmené prisonnier à Londres, où il signera le traité de Brétigny (1360) cédant un tiers du royaume. Jamais la France ne fut si humiliée. Le roi rentrera mourir à Londres en 1364, faute de pouvoir payer sa rançon.
Vient alors Charles V le Sage (1364-1380), seul rayon de lumière du siècle, qui reconquiert presque tout (nous y reviendrons). Mais à sa mort, son fils Charles VI, douze ans, hérite d'un royaume convalescent. Couronné en 1380, il sombre en 1392 dans la folie, crise hallucinatoire dans la forêt du Mans, où il sabre ses propres écuyers. Pendant trente ans, la France est gouvernée par les oncles puis par les cousins du roi fou : Armagnacs contre Bourguignons, guerre civile dans la guerre étrangère, Jean sans Peur poignardé sur le pont de Montereau en 1419.
L'Angleterre profite du chaos. Henri V, débarqué en 1415, écrase à Azincourt, le 25 octobre, une armée française quatre fois supérieure. Le 21 mai 1420, le traité de Troyes scelle l'inconcevable : Charles VI, manipulé par sa femme Isabeau de Bavière, déshérite son propre fils, le futur Charles VII, au profit d'Henri V d'Angleterre, qui épouse Catherine de France. Le royaume est juridiquement anglais. Henri V meurt en 1422, laissant un nourrisson, Henri VI, roi de France et d'Angleterre.
Le dauphin Charles, replié à Bourges, n'est plus que « le roi de Bourges ». Il pleure, doute de sa propre légitimité, sa mère a laissé entendre qu'il était bâtard. Tout semble perdu, jusqu'à ce printemps 1429 où une bergère lorraine de dix-sept ans franchit les lignes ennemies et obtient audience à Chinon. Jeanne d'Arc reconnaît le dauphin caché parmi ses courtisans, lui livre son secret, et part délivrer Orléans assiégée. La ville est libérée le 8 mai. Le 17 juillet 1429, Charles VII est sacré roi à Reims, comme tout roi de France depuis Clovis, Jeanne tenant son étendard à côté de l'autel.
La machine se grippe ensuite : Jeanne est capturée à Compiègne en 1430, vendue aux Anglais, brûlée vive à Rouen le 30 mai 1431. Mais l'élan est donné. Charles VII réorganise l'armée, crée les compagnies d'ordonnance, première armée permanente d'Europe, signe la paix d'Arras avec la Bourgogne en 1435, reprend Paris en 1436, la Normandie en 1450. La guerre s'achève à Castillon le 17 juillet 1453, où l'artillerie royale des frères Bureau pulvérise l'armée anglaise du vieux Talbot. L'Angleterre ne conserve plus que Calais. La guerre de Cent Ans, commencée en 1337, est terminée. Cent seize années exactement. Les Valois directs ont survécu à l'épreuve.
Charles V le Sage et la reconquête (1364-1380)
Avant que Jeanne ne sauve le royaume, un autre roi avait déjà accompli, plus discrètement mais aussi profondément, l'œuvre de relèvement : Charles V le Sage, seize ans seulement quand son père Jean II partit en captivité, vingt-six quand il monta sur le trône en 1364. C'est, après Saint Louis, le plus grand roi du Moyen Âge français, et le moins connu.
Charles V est un roi de cabinet et non de bataille. Asthmatique, frêle, érudit, il s'entoure de juristes formés à l'Université de Paris, fait traduire Aristote par Nicole Oresme, fonde la Bibliothèque royale au Louvre, neuf cents manuscrits, ancêtre directe de la BnF. Il gouverne depuis l'hôtel Saint-Pol, près de la Bastille qu'il fait construire. Sa devise est silence et patience.
Pour récupérer les territoires cédés à Brétigny, il refuse la bataille rangée, souvenir cuisant de Crécy et Poitiers, et adopte la guerre de harcèlement. Son génie tient en un nom : Bertrand du Guesclin, petit chevalier breton fait connétable en 1370. Du Guesclin reprend ville après ville, château après château, sans engager d'armée principale. Méthode, ténacité, économie. En 1375, le royaume a regagné presque tout le terrain perdu : la Guyenne anglaise se réduit à Bordeaux et Bayonne.
Charles V réforme aussi la fiscalité : la taille devient permanente, l'impôt royal cesse d'être . Il fait construire le donjon de Vincennes, agrandir le Louvre médiéval, dont son architecte Raymond du Temple fait la première résidence royale moderne. À sa mort le 16 septembre 1380, il laisse un royaume reconstruit, un trésor solide, une armée disciplinée. Tragiquement, son fils Charles VI, douze ans, défera tout en moins d'une décennie.
Pour comprendre cette parenthèse de génie au cœur du siècle noir, lire notre pillar consacré à Charles V le Sage, et l'étude sur le rôle de la guerre de Cent Ans dans la formation de l'État français.
Charles VII, Louis XI et la fin du Moyen Âge
Charles VII (1422-1461) régnera trente-neuf ans. Sacré à Reims grâce à Jeanne, vainqueur de Castillon, il termine sa vie en obsessionnel, hanté par les trahisons, redoutant l'empoisonnement par son propre fils. Il meurt en 1461 d'une plaie infectée à la mâchoire, refusant de s'alimenter par peur du poison. C'est pourtant lui qui a refondé la France : Pragmatique Sanction de Bourges 1438, création des compagnies d'ordonnance, taille permanente, codification des coutumes. Il fait main basse sur Jacques Cœur, son grand argentier, pour confisquer sa fortune. Roi mélancolique, mais roi efficace. Voir Charles VII et la reconquête du royaume.
Vient ensuite Louis XI (1461-1483), le plus déconcertant des Valois. Surnommé l'Universelle Aragne, l'araignée universelle, tisseuse de toiles, il méprise la chevalerie, déteste le faste, marche en bonnet de feutre piqué de médailles de saints. Il négocie là où ses prédécesseurs guerroyaient. Son ennemi principal n'est plus l'Anglais mais le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, qui rêve de reconstituer la Lotharingie entre France et Empire. Louis XI laisse Charles s'épuiser contre les Suisses : le Téméraire meurt à Nancy le 5 janvier 1477, dévoré par les loups dans la neige. La France récupère la Bourgogne, la Picardie, l'Artois.
Louis XI annexe encore la Provence en 1481, le Maine, l'Anjou, le Roussillon. À sa mort en 1483, le domaine royal a doublé. Il a posé les fondations administratives de l'État moderne : poste royale, foires de Lyon, manufactures de soie à Tours, contrôle des États provinciaux. Il a aussi inauguré une diplomatie cynique, faite d'argent et de surveillance, qui choque ses contemporains mais sauve le royaume. Voir Louis XI, l'araignée universelle.
Son fils Charles VIII (1483-1498), treize ans à l'avènement, gouverne d'abord sous la régence de sa sœur Anne de Beaujeu, l'une des intelligences politiques du XVe siècle. En 1491, Charles épouse Anne de Bretagne, rattachant définitivement le duché à la couronne. Puis, mégalomane, il rêve de Naples : il franchit les Alpes en 1494, conquiert le royaume sans coup férir, doit fuir devant la Sainte Ligue, repasse les monts à Fornoue 1495. Les guerres d'Italie viennent de commencer ; elles dureront soixante ans. Charles VIII meurt absurdement le 7 avril 1498 à Amboise, en se cognant la tête contre un linteau de porte basse. Sans héritier survivant. La branche directe des Valois s'éteint avec lui.
Branche Valois-Orléans : Louis XII (1498-1515), Père du peuple
La couronne passe alors à un cousin éloigné : Louis d'Orléans, descendant de Louis Ier d'Orléans (assassiné en 1407 par Jean sans Peur), arrière-petit-fils de Charles V. Il a trente-six ans, il est marié à Jeanne de France, fille de Louis XI, infirme et stérile. Devenu Louis XII, il fait annuler ce mariage par Rome, moyennant le chapeau de cardinal pour César Borgia, fils du pape, et épouse la veuve de Charles VIII, Anne de Bretagne, pour conserver le duché à la couronne.

Louis XII régnera dix-sept ans (1498-1515). Réputé débonnaire, il diminue la taille, codifie les coutumes, simplifie la justice. Aux États généraux de Tours en 1506, il reçoit le titre touchant et durable de Père du peuple. Loin du faste de son successeur, il vit sobrement à Blois, dont il fait sa résidence préférée, l'aile Louis XII du château reste l'un des chefs-d'œuvre du gothique flamboyant tardif et du premier art renaissant. Voir Le château de Blois.
Sa politique extérieure est moins heureuse. Obnubilé par le mirage italien, il revendique le Milanais (par sa grand-mère Valentine Visconti) et Naples. Il prend Milan en 1499, perd Naples en 1504, gagne Agnadel 1509, mais s'épuise contre les coalitions du pape Jules II. En 1513, à Novare, ses troupes sont écrasées par les Suisses. Louis XII meurt le 1er janvier 1515, sans héritier mâle direct, sa fille Claude épousera son cousin et successeur François d'Angoulême.
La branche Valois-Orléans s'éteint après un seul règne. Mais elle aura tenu le pont entre le Moyen Âge finissant et la Renaissance triomphante. Celle qu'inaugure le jeune homme de vingt ans qui chevauche déjà vers son destin : François d'Angoulême.
Branche Valois-Angoulême : François Ier (1515-1547), la Renaissance
Le 1er janvier 1515, à Reims, est sacré roi un homme qui n'a pas encore vingt et un ans, mesure près d'un mètre quatre-vingt-dix, parle italien et latin, monte à cheval comme un centaure, et porte dans le sang toute l'ambition d'une époque qui s'éveille. François Ier est issu de la branche Angoulême, descendant en ligne directe de Charles V par Louis d'Orléans (l'assassiné de 1407). Il vient d'épouser Claude de France, fille de Louis XII, qui lui apporte la Bretagne en dot. Il vient d'hériter d'un royaume riche, pacifié à l'intérieur, ivre des récits italiens rapportés par les soldats de Charles VIII et Louis XII.
Sept mois après son sacre, il franchit les Alpes par le pas inattendu du col de Larche, surprend l'armée milanaise à Melegnano, et y livre la bataille la plus mythifiée de son règne : Marignan, 13-14 septembre 1515. Vingt-huit heures de combat sans interruption, contre les piquiers suisses jusque-là réputés invincibles. Au matin du 14, l'artillerie française et la charge de la cavalerie lourde brisent les carrés helvétiques. Quinze mille morts dans les rizières. Le soir même, François se fait adouber chevalier par Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche, geste de symbolique parfaite : le jeune roi de la modernité reçoit l'onction du dernier preux. Milan est conquise.
De Milan, François ramène en 1516 le plus grand homme de son temps. Léonard de Vinci, soixante-quatre ans, traverse les Alpes à dos de mulet avec La Joconde dans ses bagages. Il s'installe au Clos Lucé, à Amboise, à deux pas du château royal. Pendant trois ans, il dessine, conçoit des fêtes, projette une cité idéale à Romorantin, esquisse pour le roi, dit la légende, l'escalier double de Chambord. Il meurt le 2 mai 1519 dans les bras de François Ier, selon Vasari, image apocryphe mais qui dit la vérité d'un siècle. Voir Le château royal d'Amboise.
L'autre versant du règne est plus rude. Élu empereur du Saint-Empire en juin 1519 après une bataille électorale ruineuse contre Charles Quint, François perd à jamais l'arbitrage continental. Le 7 juin 1520, il rencontre Henri VIII d'Angleterre au Camp du Drap d'Or, près de Calais : trois semaines de tournois, banquets, deux mille tentes brodées d'or. Apogée du faste chevaleresque, échec diplomatique total, Henri choisira Charles Quint.
Cinq ans plus tard, l'humiliation. Le 24 février 1525, à Pavie, l'armée française est anéantie par les arquebusiers impériaux. François Ier, qui a chargé en personne, est désarçonné, blessé, capturé. « De toutes choses ne m'est demeuré que l'honneur et la vie qui est sauve », écrit-il à sa mère. Emmené prisonnier à Madrid pendant un an, il signera en janvier 1526 le traité humiliant qui rend la Bourgogne à Charles Quint, traité qu'il dénoncera dès son retour. La guerre reprendra jusqu'à sa mort.
Mais le règne intérieur est sublime. François Ier fonde en 1530 le Collège royal, ancêtre du Collège de France, pour échapper au monopole de la Sorbonne. Il signe en août 1539 l'édit de Villers-Cotterêts, qui impose le français (au lieu du latin) dans les actes administratifs et judiciaires : naissance officielle de la langue française comme langue d'État. Il fonde Le Havre en 1517, envoie Jacques Cartier au Canada en 1534, accueille Benvenuto Cellini, Rosso Fiorentino, Le Primatice à Fontainebleau, achète La Joconde pour la collection royale.
Et il bâtit. Chambord, commandé en 1519, surgit des marais sologneux : 426 pièces, 282 cheminées, l'escalier à double révolution attribué à Léonard, les terrasses où la cour danse sous les étoiles. Voir Le château de Chambord. Il transforme Blois par l'aile François Ier. Il commande à Pierre Lescot, en 1546, la transformation du vieux Louvre médiéval en palais Renaissance. Il agrandit Fontainebleau, accueille Chenonceau dans le giron royal, fait achever Azay-le-Rideau. Toute la vallée de la Loire devient la galerie de pierre où une dynastie écrit son rêve italien.
François Ier meurt le 31 mars 1547 à Rambouillet, miné par la syphilis. Trente-deux ans de règne. Une France plus grande, une langue, un patrimoine, une cour modèle pour toute l'Europe. Et une dette colossale, et une rivalité Habsbourg léguée à son fils. Voir François Ier, le roi-chevalier de la Renaissance et le pillar à venir La Renaissance française.
Henri II et Catherine de Médicis
Henri II (1547-1559) est le second fils de François Ier, devenu dauphin par la mort prématurée de son frère aîné en 1536. Élevé en otage à Madrid de 1526 à 1530, François l'avait livré, avec son frère, comme garantie pour sa propre libération après Pavie, il en a gardé une réserve glaciale et une haine durable des Habsbourg. Marié à treize ans à Catherine de Médicis, nièce du pape Clément VII, il vit toute sa vie sous l'emprise d'une autre femme : Diane de Poitiers, sa maîtresse de vingt ans son aînée, à qui il offre Chenonceau et fait sculpter ses initiales sur les frontons royaux.
Le règne d'Henri II est militaire et religieux. Il prend Metz, Toul, Verdun aux Habsbourg en 1552, les Trois-Évêchés, point d'ancrage français en Lorraine pour quatre siècles. Il négocie en avril 1559 la paix du Cateau-Cambrésis, qui clôt soixante ans de guerres d'Italie : la France renonce à Milan et Naples, mais conserve Calais et les Trois-Évêchés. Sur le plan religieux, il radicalise la persécution des protestants et fait brûler vifs les hérétiques, semant les graines de la guerre civile.
Sa fin est la plus célèbre des fins royales. Lors du tournoi célébrant les noces de sa fille Élisabeth avec Philippe II d'Espagne, le 30 juin 1559, rue Saint-Antoine à Paris, la lance de Gabriel de Montgomery se brise sur sa visière ; un éclat traverse l'œil et pénètre le cerveau. Henri II agonise onze jours. Il meurt le 10 juillet 1559. Nostradamus avait prédit, disait-on, qu'un jeune lion vaincrait le vieux en combat singulier, l'augure devient légende.
Catherine de Médicis, veuve à quarante ans, mère de dix enfants dont sept survivants, va régner de fait pendant trente ans à travers ses fils.
François II, Charles IX, Henri III, guerres de Religion 1562-1598
Trois fils d'Henri II et Catherine de Médicis vont se succéder, tous éphémères, tous dépassés, tous emportés par le drame qui les dépasse : le déchirement religieux de la France.
François II n'a que quinze ans quand il monte sur le trône en juillet 1559. Marié depuis 1558 à Marie Stuart, reine d'Écosse, il est dominé par les oncles de sa femme, les Guise, François duc de Guise et Charles cardinal de Lorraine, qui radicalisent la répression des huguenots. La conjuration d'Amboise en mars 1560 (tentative protestante d'enlever le roi) est noyée dans le sang : pendaisons aux balcons du château. François II meurt en décembre 1560 d'une otite mal soignée, dix-sept ans, dix-huit mois de règne. Il n'a rien décidé.
Charles IX, dix ans, lui succède. Catherine devient régente. Pendant une décennie, elle tente la politique du milieu : édit de Janvier 1562 qui tolère le culte protestant. Mais le 1er mars 1562, le duc François de Guise massacre soixante-quatorze huguenots dans une grange à Wassy. C'est l'étincelle. Les guerres de Religion commencent. Elles dureront, par crises successives, jusqu'à l'édit de Nantes en 1598, trente-six années de guerre civile coupée de paix précaires.
Le sommet de l'horreur tombe la nuit du 23 au 24 août 1572. L'amiral protestant Coligny, devenu conseiller influent du roi, projette une intervention française aux Pays-Bas contre l'Espagne. Catherine, épouvantée, fait tirer sur Coligny le 22 août : le coup le manque. Pour étouffer l'enquête, elle convainc Charles IX d'autoriser l'élimination des chefs huguenots venus à Paris pour le mariage de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre (futur Henri IV). Au matin du 24 août, la cloche de Saint-Germain-l'Auxerrois sonne le tocsin. Coligny est défenestré. La foule parisienne massacre tout ce qui porte le manteau noir huguenot. Trois mille morts à Paris, dix mille en province dans les semaines suivantes. La Saint-Barthélemy du 24 août 1572 est l'un des grands traumatismes nationaux. Charles IX en mourra deux ans plus tard, le 30 mai 1574, vingt-quatre ans, crachant le sang.
Vient enfin Henri III, fils préféré de Catherine, vainqueur de Jarnac et Moncontour 1569, élu roi de Pologne en 1573, qu'il quitte en catastrophe à la mort de Charles IX. Roi de France à vingt-trois ans. Le plus subtil, le plus cultivé des Valois, fondateur de l'Académie du palais, créateur de l'ordre du Saint-Esprit (1578), inventeur de la cour moderne. Il aime les fêtes baroques, ses « mignons » habillés à l'italienne, les processions de pénitents. Il est haï par les huguenots qu'il a massacrés à vingt ans, par les catholiques de la Ligue qui le jugent trop tiède, par le duc Henri de Guise qui rêve de le remplacer.
Sans héritier, son frère cadet François d'Alençon mort en 1584, Henri III est juridiquement obligé de désigner comme successeur le chef huguenot Henri de Navarre, son beau-frère. Inacceptable pour la Ligue catholique, qui se soulève. Le 12 mai 1588, journée des Barricades, Paris se soulève pour Guise ; Henri III fuit sa capitale. Il ne reviendra jamais. Le 23 décembre 1588, à Blois, il fait assassiner Henri de Guise par sa garde, vengeance différée, geste désespéré. La Ligue lui déclare la guerre ouverte. Allié à Henri de Navarre, il assiège Paris. Le 1er août 1589, à Saint-Cloud, un jeune moine dominicain, Jacques Clément, demande audience pour remettre une lettre. Quand le roi se penche, le moine lui plonge un couteau dans le ventre. Henri III meurt le lendemain, 2 août 1589, après avoir reconnu Henri de Navarre comme son successeur. Voir l'ouvrage de référence d'Yves Cazaux sur Henri III, et l'étude magistrale de Denis Crouzet, Les guerriers de Dieu.
1589, extinction des Valois, avènement Bourbon (Henri IV)
La maison de Valois s'éteint le 2 août 1589 à Saint-Cloud. Treize rois en deux cent soixante et un ans. Aucun successeur direct. Henri III a juste eu le temps, avant d'expirer, de désigner Henri de Navarre, son lointain cousin par les mâles, descendant de Robert de Clermont, sixième fils de Saint Louis. Premier des Bourbons.
Tout reste à faire pour Henri IV. La Ligue catholique refuse un roi protestant : il faudra cinq ans de guerre, la conversion solennelle de Saint-Denis le 25 juillet 1593 (« Paris vaut bien une messe », phrase apocryphe, vérité psychologique), l'entrée triomphale dans Paris le 22 mars 1594, l'édit de Nantes le 13 avril 1598 qui accorde aux protestants la liberté de culte et des places de sûreté. Les guerres de Religion s'achèvent. Le pacte civil tient. La France respire à nouveau, après quarante ans d'apocalypse.
Mais c'est aussi un héritage Valois qu'Henri IV reprend. Le royaume agrandi par Louis XI, codifié par Charles VII, embelli par François Ier, structuré administrativement par Henri II. Sans les Valois, il n'y aurait pas de France moderne à transmettre. Pour la suite de la dynastie, voir notre pillar Les Bourbons : 213 ans de monarchie absolue (1589-1792, 1814-1830).
Aller plus loin
Pour replacer les Valois dans la longue durée monarchique, lire Liste des rois de France et Les Capétiens directs (987-1328) qui les précède. Sur la guerre fondatrice : La guerre de Cent Ans. Sur les figures clefs : Charles V le Sage, Charles VII, Louis XI, François Ier, Jeanne d'Arc, Aliénor d'Aquitaine. Cadre architectural : Chambord, Amboise, Blois, Chenonceau, Azay-le-Rideau. Pillar à venir : La Renaissance française.
Questions fréquentes
Quand commence et finit la dynastie des Valois ?
La dynastie des Valois règne sur la France du 1er février 1328 (avènement de Philippe VI) au 2 août 1589 (mort d'Henri III, assassiné par Jacques Clément à Saint-Cloud), soit 261 ans. Elle succède aux Capétiens directs (élimination des Plantagenêts d'Édouard III par application de la loi salique) et précède les Bourbons (Henri IV).
Combien de rois Valois y a-t-il eu ?
Treize rois Valois se succèdent : Philippe VI (1328-1350), Jean II le Bon (1350-1364), Charles V le Sage (1364-1380), Charles VI le Fou (1380-1422), Charles VII (1422-1461), Louis XI (1461-1483), Charles VIII (1483-1498), puis branche Valois-Orléans : Louis XII (1498-1515), puis Valois-Angoulême : François Ier (1515-1547), Henri II (1547-1559), François II (1559-1560), Charles IX (1560-1574), Henri III (1574-1589).
Pourquoi les Valois succèdent-ils aux Capétiens ?
À la mort de Charles IV le Bel le 1er février 1328 sans héritier mâle, deux prétendants s'opposent : Édouard III d'Angleterre (petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France) et Philippe de Valois (cousin germain de Charles IV par son père Charles de Valois). Les pairs et juristes choisissent Philippe de Valois en application de la loi salique, sacré à Reims le 29 mai 1328. Cette décision déclenche la guerre de Cent Ans en 1337.
Qui est le roi le plus des Valois ?
François Ier (1494-1547), roi de 1515 à 1547, est l'incarnation du Valois Renaissance : victoire de Marignan (13-14 septembre 1515), défaite et captivité de Pavie (24 février 1525), traité de Madrid (1526), construction de Chambord (à partir de 1519), accueil de Léonard de Vinci au Clos Lucé (1516-1519), ordonnance de Villers-Cotterêts (1539, le français langue officielle), Concordat de Bologne (1516), François Rabelais et Pléiade.
Qu'est-ce que les guerres de Religion sous les Valois ?
Les guerres de Religion désignent une succession de huit conflits civils entre catholiques et protestants français de 1562 (massacre de Wassy, 1er mars 1562) à 1598 (édit de Nantes, 13 avril 1598), sous les règnes des derniers Valois (Charles IX, Henri III). Épisode majeur : la Saint-Barthélemy (24 août 1572) à Paris faisant 3 000 morts protestants, ordonnée par Charles IX sous l'influence de Catherine de Médicis.
Quel rôle Jeanne d'Arc a-t-elle joué pour les Valois ?
Jeanne d'Arc (1412-1431) restaure la légitimité du Valois Charles VII en menant le sacre de Reims le 17 juillet 1429, après la levée du siège d'Orléans (8 mai 1429). Charles VII, jusque-là « petit roi de Bourges » contesté par les Anglais et les Bourguignons, devient roi pleinement reconnu. Capturée à Compiègne (23 mai 1430), Jeanne est brûlée à Rouen le 30 mai 1431 à 19 ans. Le procès en réhabilitation (1455-1456) la blanchit ; canonisée en 1920.
Qu'est-ce que la Pragmatique Sanction de Bourges ?
Promulguée par Charles VII le 7 juillet 1438 sous l'influence du clergé français réuni en assemblée à Bourges, la Pragmatique Sanction de Bourges affirme les libertés de l'Église gallicane : élection des évêques par les chapitres, suppression des annates versées à Rome, supériorité du concile sur le pape (concile de Bâle). Elle est remplacée par le Concordat de Bologne (18 août 1516) entre François Ier et Léon X.
Combien de temps a duré la captivité de François Ier ?
Capturé par les troupes impériales de Charles Quint à la bataille de Pavie le 24 février 1525, François Ier reste prisonnier de l'empereur pendant un an et un mois, à Pizzighettone (Italie) puis à Madrid (Alcázar). Il est libéré le 17 mars 1526 contre la signature du traité de Madrid (14 janvier 1526) qu'il dénonce dès sa libération comme extorqué, et la livraison de ses fils en otages (1526-1530).
Comment Henri III est-il mort ?
Henri III, dernier roi Valois, est mortellement blessé d'un coup de couteau au ventre le 1er août 1589 à Saint-Cloud par le moine dominicain ligueur Jacques Clément (qui est immédiatement abattu par les gardes). Il meurt le lendemain, 2 août 1589, après avoir reconnu Henri de Navarre (futur Henri IV) comme son successeur légitime. La maison de Valois s'éteint avec lui en ligne masculine.
Quel est le château symbole des Valois ?
Le château de Chambord (Loir-et-Cher), commandé par François Ier à partir de 1519, est l'emblème architectural des Valois Renaissance : 426 pièces, 282 cheminées, escalier à double révolution attribué à Léonard de Vinci, toiture en silhouette urbaine inspirée des palais italiens. Achevé sous Henri II vers 1547, classé UNESCO depuis 1981 (avec le Val de Loire), il symbolise l'apogée du gothique-Renaissance français.
Bibliographie
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