L'Art Gothique en France : huit siècles de lumière, de pierre et de verre
En l'an de grâce 1144, lorsque l'abbé Suger consacre le nouveau chœur de l'abbatiale royale de Saint-Denis en présence du roi Louis VII et de cinq archevêques, nul ne sait encore qu'un art vient de naître, un art qui, durant trois siècles et demi, va métamorphoser le visage de la France et rayonner sur l'Europe entière. Ce que les humanistes italiens de la Renaissance baptiseront avec mépris « gothique », pour signifier l'art barbare des Goths, fut en réalité l'invention la plus française qui soit : une révolution architecturale née dans le domaine royal capétien, entre Senlis et Sens, entre Noyon et Laon, et qui, de Notre-Dame de Paris à la Sainte-Chapelle, de Chartres à Reims, de Bourges à Amiens, allait porter à incandescence le génie médiéval. L'art gothique français, c'est l'arc brisé qui dématérialise la pesanteur, c'est la croisée d'ogives qui libère les murs, c'est l'arc-boutant qui projette la nef vers le ciel, c'est enfin et surtout le vitrail, ce mur de lumière colorée, qui transfigure l'espace sacré en Jérusalem céleste. De l'élan primitif de Saint-Denis aux dentelles flamboyantes de Saint-Maclou de Rouen, ce pillar retrace la naissance, l'apogée et l'épanouissement final d'un art qui demeure, aujourd'hui encore, l'identité même du paysage monumental français.
1144, Saint-Denis et l'invention du gothique par Suger
L'historien de l'art américain Erwin Panofsky, dans son édition critique des écrits de Suger publiée en 1946, a rappelé avec force ce que tout médiéviste tient désormais pour acquis : le gothique n'est pas né d'un lent processus d'évolution organique, mais d'un geste fondateur, parfaitement daté, parfaitement situé, parfaitement intentionnel. Ce geste, c'est la consécration du chœur de l'abbatiale royale de Saint-Denis, le 11 juin 1144, en présence du roi Louis VII le Jeune, de la reine Aliénor d'Aquitaine, de cinq archevêques et de quatorze évêques. Pour la première fois dans l'histoire de l'architecture occidentale, la croisée d'ogives, l'arc brisé, le déambulatoire à chapelles rayonnantes communiquant entre elles et la verrière monumentale se trouvaient combinés dans un même édifice, formant un système structurel et esthétique inédit.
Le commanditaire, l'abbé Suger (vers 1081-1151), n'était pas un architecte mais un théologien-administrateur, ami d'enfance et conseiller de Louis VI le Gros puis de Louis VII, régent du royaume pendant la deuxième croisade. Dans ses deux traités majeurs, le De administratione et le De consecratione, il a livré la justification théologique de son entreprise. S'inspirant des écrits du Pseudo-Denys l'Aréopagite (que l'on confondait alors avec saint Denis, premier évêque de Paris), Suger développe une mystique de la lumière : « Toute créature, visible ou invisible, est une lumière mise en existence par le Père des lumières. » Construire une église, c'est donc construire un sanctuaire de clarté, où la pierre s'efface devant le verre coloré, où la matière dense des cryptes romanes cède la place à la dématérialisation du sanctuaire baigné de gemmes lumineuses.
Sur le plan technique, le maître d'œuvre anonyme de Suger, dont la formation reste débattue, réalise une prouesse : il édifie un déambulatoire double dont les voûtes sont portées par de fines colonnes monolithes, et où les sept chapelles rayonnantes s'ouvrent largement les unes sur les autres, formant une couronne de lumière continue. Les nervures de pierre canalisent les charges vers les supports, libérant les murs pour les baies. Ce que les historiens appellent désormais le chevet de Suger est conservé en grande partie ; la nef et le transept actuels relèvent quant à eux du chantier rayonnant de Pierre de Montreuil au milieu du XIIIe siècle, sous le règne de Saint Louis IX.
L'invention de Saint-Denis ne reste pas isolée. Dès les années qui suivent, les chantiers se multiplient dans le domaine royal : Sens, dont la cathédrale Saint-Étienne est commencée vers 1135-1140 et constitue avec Saint-Denis le tout premier édifice intégralement gothique ; Senlis, dont la cathédrale Notre-Dame est entreprise vers 1153 ; Noyon, dont l'évêque Baudouin II lance le chantier vers 1145 ; Laon, plus tardive, dont la silhouette aux quatre tours dressées sur la butte témoigne de la maturité du primitif. C'est dans ce foyer Île-de-France, Champagne et Picardie qu'en deux générations s'élabore le vocabulaire gothique français, vocabulaire qui sera ensuite exporté vers l'Angleterre dès 1175 (Cantorbéry), vers l'Espagne, vers l'Empire et vers l'Italie.
Le gothique primitif (1140-1200) : Sens, Senlis, Notre-Dame de Paris débutée 1163
La période que les historiens nomment gothique primitif, ou premier gothique, couvre approximativement les soixante années qui séparent le chantier de Suger des grandes cathédrales du tournant du XIIIe siècle. Elle se caractérise par une élévation à quatre niveaux (grandes arcades, tribunes, triforium, fenêtres hautes), par des voûtes sexpartites couvrant deux travées de nef à la fois, par des piles fortes alternant avec des piles faibles, et par une certaine massivité héritée du roman, que l'expérimentation des arcs-boutants, encore tâtonnants, n'allège que progressivement.
La cathédrale Saint-Étienne de Sens, commencée sous l'archevêque Henri Sanglier dès 1135 et consacrée en 1164, est aujourd'hui considérée comme la doyenne des cathédrales gothiques, devançant même partiellement Saint-Denis. Sa nef à voûtes sexpartites, ses piles cantonnées et son triforium aveugle préfigurent toute la grammaire qui sera reprise et amplifiée. Saint Thomas Becket y séjourna en exil entre 1164 et 1170, ce qui contribua au rayonnement européen de l'édifice.
Notre-Dame de Senlis, dont la première pierre est posée vers 1153, est remarquable pour son portail occidental sculpté autour de 1170, qui constitue le premier grand portail consacré au Triomphe de la Vierge, iconographie nouvelle qui se répandra ensuite à Chartres (portail nord), à Paris, à Reims et à Amiens. La Vierge n'est plus simplement la Theotokos hiératique de l'art roman : elle devient reine couronnée par son Fils, médiatrice et protectrice du royaume.
Mais c'est évidemment l'entreprise de Notre-Dame de Paris, lancée en 1163 sous l'évêque Maurice de Sully, qui constitue le manifeste majeur du primitif. La pose de la première pierre, en présence du pape Alexandre III alors réfugié en France, scelle l'ambition d'une cathédrale capétienne capable de rivaliser avec les plus édifices de la chrétienté. Le chœur est achevé en 1182, la nef vers 1200, la façade occidentale et ses tours entre 1200 et 1245. L'élévation à quatre niveaux, les voûtes sexpartites, l'immense vaisseau de plus de 130 mètres de longueur intérieure, les premiers arcs-boutants apparus vers 1180 pour soulager le voûtement de la nef : tout y témoigne d'une synthèse magistrale entre l'héritage primitif et les premières aspirations vers l'unification que portera le gothique classique.
L'incendie d'avril 2019 et le chantier de restauration mené par le général Jean-Louis Georgelin puis par Philippe Jost ont rendu à la cathédrale parisienne, rouverte au culte le 7 décembre 2024, une visibilité qui rappelle à quel point ce monument fondateur appartient à la mémoire vive de la nation. Aux côtés de Paris, il faut citer pour clore cette période la cathédrale de Noyon, celle de Laon avec ses bœufs sculptés au sommet des tours en hommage aux bêtes de chantier, et celle de Soissons, dont le bras sud du transept à abside semi-circulaire est l'une des plus pures réussites du primitif tardif.
Le gothique classique (1200-1230) : Chartres, Bourges, Reims, Amiens, l'apogée
Trente années à peine, de l'incendie de Chartres en juin 1194 à la consécration partielle d'Amiens vers 1236, suffisent pour porter l'art gothique à son point d'incandescence. Cette brève période, que les historiens appellent gothique classique ou haut gothique, voit s'élever simultanément les quatre cathédrales qui demeurent, aujourd'hui encore, les sommets indépassés de l'architecture occidentale : Chartres, Bourges, Reims et Amiens. Toutes quatre ont été inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO. Toutes quatre relèvent d'une même mutation typologique : abandon du voûtement sexpartite au profit de la voûte barlongue sur quatre supports, suppression des tribunes, généralisation systématique de l'arc-boutant, élévation à trois niveaux (grandes arcades, triforium, fenêtres hautes désormais immenses), unification du vaisseau par un même pilier cantonné de quatre colonnes engagées.
La cathédrale Notre-Dame de Chartres, inscrite à l'UNESCO dès 1979, constitue le manifeste fondateur de cette nouvelle manière. Après l'incendie de 1194 qui détruit l'édifice antérieur en épargnant miraculeusement la Sainte Tunique de la Vierge, relique offerte par Charles le Chauve en 876, le chantier est relancé avec une rapidité prodigieuse : la nef est voûtée vers 1210, le chœur vers 1220, la consécration solennelle a lieu le 24 octobre 1260. Le vaisseau de Chartres impose pour la première fois la formule à trois niveaux, le triforium aveugle, et surtout cet ensemble incomparable de 176 verrières conservées (sur 186 d'origine), couvrant 2 600 m², le plus vaste ensemble de vitraux médiévaux au monde. Le célèbre bleu de Chartres, obtenu par l'oxyde de cobalt sur verre soufflé, demeure une énigme technique que les chimistes contemporains n'ont pas entièrement élucidée. La Belle Verrière du déambulatoire sud, datée vers 1180 et préservée de l'incendie, en livre la plus pure expression.
La cathédrale Saint-Étienne de Bourges, inscrite à l'UNESCO en 1992, choisit une voie radicalement différente. Commencée vers 1195 sous l'archevêque Henri de Sully, frère de Maurice, l'évêque bâtisseur de Paris, elle adopte le plan pyramidal à cinq vaisseaux sans transept, hérité de Notre-Dame de Paris mais porté à une perfection inégalée. La hauteur des grandes arcades atteint 20 mètres, ouvrant une perspective intérieure d'une ampleur saisissante. Les vitraux du déambulatoire, datés des années 1210-1215, comptent parmi les plus complets du gothique classique, avec leurs grands médaillons narratifs au fond rouge profond.
La cathédrale Notre-Dame de Reims, lieu du sacre des rois de France de Louis VIII en 1223 à Charles X en 1825, est commencée le 6 mai 1211 par le maître d'œuvre Jean d'Orbais, à qui succèdent Jean Le Loup, Gaucher de Reims puis Bernard de Soissons. Le chœur est livré en 1241, la nef voûtée vers 1275. L'élévation reprend la formule chartraine en l'affinant : les piles sont plus sveltes, les fenêtres hautes accueillent un remplage à meneau central et trilobe qui constitue l'une des inventions formelles majeures du gothique classique et préfigure le rayonnant. Le programme sculpté des portails, l'Ange au Sourire, la Visitation, le Couronnement de la Vierge, incarne l'idéal humaniste d'une statuaire qui retrouve, dix siècles après la fin de l'Antiquité, le sens du contrapposto et de l'expression intériorisée. La cathédrale a été inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1991 avec le palais du Tau et l'ancienne abbaye Saint-Remi.
La cathédrale Notre-Dame d'Amiens, inscrite à l'UNESCO en 1981, est commencée en 1220 sous l'évêque Évrard de Fouilloy et le maître d'œuvre Robert de Luzarches, auquel succèdent Thomas puis Renaud de Cormont. Avec ses 200 000 m³ de volume intérieur, le plus vaste de toute la France gothique, sa nef de 42,30 mètres sous voûte, ses 126 piliers, sa façade occidentale aux trois portails sculptés (le Beau Dieu du trumeau central est l'un des chefs-d'œuvre de la statuaire universelle), Amiens représente l'aboutissement structurel du système classique. La nef est voûtée dès 1236, ce qui constitue une rapidité de chantier sans équivalent. Le labyrinthe de pavement, posé en 1288 et restitué au XIXe siècle, conserve l'inscription qui nous a transmis les noms des trois maîtres d'œuvre, geste rarissime qui montre la conscience qu'avaient ces architectes de leur propre génie.
Comme l'a magistralement démontré Dieter Kimpel et Robert Suckale dans leur ouvrage de référence Architecture gothique en France 1130-1270 (édition allemande 1985, traduction française 1990), c'est dans cette compression chronologique entre 1194 et 1236 que se forge le style cathédrale qui définira pour toute l'Europe la grammaire du sacré pour les deux siècles suivants.
Le gothique rayonnant (1230-1350) : Sainte-Chapelle 1248, Saint-Denis remaniée, façade Notre-Dame Strasbourg UNESCO 1988
Le gothique rayonnant, appellation forgée par Henri Focillon en référence au remplage rayonnant des roses, déplace l'intérêt esthétique de la masse vers le motif, de la structure vers le décor, de la voûte vers la verrière. Cette nouvelle manière naît dans le cercle royal de Saint Louis IX et de son architecte préféré Pierre de Montreuil. Elle se caractérise par la généralisation du remplage de pierre découpée en lobes et soufflets, par l'amincissement extrême des supports, par la réduction du mur à une simple résille verticale, et par cette logique de la baie continue qui fait de l'édifice tout entier une cage de lumière colorée.
L'œuvre fondatrice du rayonnant, et son chef-d'œuvre absolu, est sans conteste la Sainte-Chapelle du palais de la Cité, érigée entre 1242 et 1248 pour abriter la Couronne d'épines et les autres reliques de la Passion acquises par Saint Louis auprès de l'empereur latin de Constantinople Baudouin II. Consacrée le 26 avril 1248 par le légat pontifical Eudes de Châteauroux, en présence du roi qui s'apprête à embarquer pour la septième croisade, la chapelle haute déploie sur ses murs presque entièrement vitrés 1 113 scènes bibliques réparties en quinze verrières de 15 mètres de hauteur. La rose occidentale, refaite en style flamboyant à la fin du XVe siècle, complète ce reliquaire monumental de pierre et de verre dont la modernité technique demeure stupéfiante : les murs ne sont littéralement plus que des supports résiduels, l'effort statique étant entièrement reporté sur les contreforts extérieurs reliés par des chaînages métalliques internes.
Au même moment, Pierre de Montreuil entreprend la reconstruction de la nef et du transept de Saint-Denis, conservant le chevet de Suger mais l'enchâssant dans un édifice nouveau qui pousse à l'extrême la logique rayonnante. Les fenêtres hautes occupent désormais toute la largeur de la travée, le triforium devient lui-même vitré pour fusionner avec la claire-voie, créant cette élévation à vitrage continu sur deux registres qui fera école. La rose nord du transept, datée vers 1240, est l'une des premières grandes roses rayonnantes pleinement abouties.
L'écho parisien du rayonnant se retrouve à Notre-Dame de Paris avec la reconstruction des bras du transept par Jean de Chelles puis Pierre de Montreuil entre 1245 et 1267, ouvrant les célèbres roses nord et sud ; à la cathédrale de Beauvais, dont le chœur entrepris en 1247 atteint la hauteur vertigineuse de 48,50 mètres sous voûte avant l'effondrement de 1284 ; à la cathédrale de Troyes ; à celle de Tours ; et bien entendu à la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, dont la façade occidentale, commencée en 1277 par Erwin de Steinbach, demeure l'un des plus prodigieux écrans rayonnants du gothique européen. Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1988 dans le cadre de la Grande-Île de Strasbourg, la cathédrale alsacienne illustre la diffusion du langage rayonnant français jusqu'aux marges orientales du royaume, l'évêché relevant alors du Saint-Empire mais le chantier étant confié à des maîtres formés dans l'orbite parisienne.
Cette période voit également se déployer le style courtois dans la statuaire et dans l'enluminure : les Vierges à l'Enfant aux hanches déhanchées et au sourire délicat, les psautiers de la reine Blanche de Castille et de Saint Louis, les ivoires de la Vierge à l'Enfant, toute une production raffinée qui rayonne depuis Paris vers l'ensemble de l'Occident chrétien. C'est l'époque, comme l'a montré Alain Erlande-Brandenburg dans Le Roi est mort (1975) puis dans Quand les cathédrales étaient peintes, où le pouvoir royal capétien et l'art gothique fusionnent dans une même célébration de la majesté chrétienne.
Le gothique flamboyant (1350-1500) : Saint-Maclou Rouen, façade Notre-Dame Rouen, Brou, Cathédrale Évora à Cluny
Après la longue interruption provoquée par la peste noire de 1348 et la guerre de Cent Ans, l'architecture gothique connaît à partir des années 1380 une dernière mutation, qui sera aussi sa floraison la plus exubérante : le gothique flamboyant. L'appellation, due à Eustache-Hyacinthe Langlois dans les années 1830, désigne la forme nouvelle des remplages, où les courbes contrariées en double inflexion, les mouchettes et les soufflets, évoquent les flammes d'un brasier. Aux structures déjà éprouvées, le flamboyant ajoute une virtuosité décorative inédite : voûtes à liernes et tiercerons puis à clés pendantes, pinacles ajourés, gables découpés, balustrades à fleurons, arcs en accolade. La pierre devient dentelle.
L'église Saint-Maclou de Rouen, commencée vers 1437 sur les plans de Pierre Robin, achevée pour l'essentiel vers 1521, en livre l'illustration la plus pure. Sa façade occidentale à cinq porches courbes en éventail, son lanterneau central, ses voûtes étoilées du chœur, son célèbre aître Saint-Maclou avec ses galeries à danse macabre sculptées vers 1526, font de cet ensemble l'un des sommets de l'art flamboyant européen. Non loin, la façade occidentale de la cathédrale Notre-Dame de Rouen, complétée entre 1509 et 1530 par Roulland Le Roux, déploie cette même exubérance avec ses tours Saint-Romain et de Beurre, cette dernière financée, dit-on, par les indulgences accordées en échange de la consommation de beurre pendant le carême. C'est cette façade que Claude Monet immortalisera en 1892-1894 dans sa célèbre série des Cathédrales, captant pour l'éternité le frémissement de la lumière sur la pierre dentelée.
Le foyer normand n'est pas isolé. À Caudebec-en-Caux, la collégiale Notre-Dame déploie une façade flamboyante d'une finesse . À Vendôme, l'abbatiale de la Trinité offre l'une des plus belles façades occidentales du style. À Toul, la cathédrale Saint-Étienne et son cloître constituent un témoignage majeur en Lorraine. Mais c'est en Bresse, aux confins de la Bourgogne et de la Savoie, que se dresse l'ensemble flamboyant le plus émouvant de France : l'abbaye royale de Brou, à Bourg-en-Bresse, érigée entre 1506 et 1532 par Marguerite d'Autriche en mémoire de son époux Philibert le Beau de Savoie. Conçue par le maître flamand Loys van Boghem, elle marie la dernière exubérance gothique à des accents déjà Renaissance dans ses sculptures. Les trois tombeaux princiers, celui de Marguerite de Bourbon, celui de Philibert et celui de Marguerite d'Autriche elle-même, sont parmi les plus saisissantes effigies funéraires de toute l'Europe.
Le rayonnement du flamboyant français franchit les Pyrénées. La Cathédrale d'Évora, au Portugal, en porte témoignage ; le cloître flamboyant du palais du Roi Manuel Ier influence le style manuélin ; et le célèbre style isabelino espagnol, visible à San Juan de los Reyes de Tolède ou à la chapelle du Connétable de Burgos, relève de la même filiation. À Cluny, dans le musée national du Moyen Âge installé dans l'hôtel des abbés flamboyant édifié à la fin du XVe siècle par l'abbé Jacques d'Amboise, sont conservés certains des plus précieux fragments de cette dernière floraison gothique, parmi lesquels la tenture de la Dame à la Licorne tissée vers 1500, synthèse ultime entre l'esthétique flamboyante et l'aube Renaissance.
Comme l'a établi Roland Sanfaçon dans L'architecture flamboyante en France (1971), cette ultime période ne saurait être réduite à un simple « maniérisme » ou à une décadence : elle constitue au contraire un moment d'invention proprement français, qui marie virtuosité technique et intériorité spirituelle nouvelle, à l'image des Mises au Tombeau sculptées de la fin du XVe siècle.
Architecture militaire gothique : châteaux Capétiens (Vincennes, Pierrefonds reconstitué)
L'art gothique ne se limite pas aux édifices religieux. Le XIIIe et le XIVe siècles voient le développement d'une architecture militaire royale qui adopte la même grammaire stylistique, arc brisé, croisée d'ogives, fenêtres à remplage, pour des fonctions résidentielles et défensives. Sous l'impulsion de Philippe Auguste, qui édifie à partir de 1190 la première enceinte parisienne et le donjon du Louvre, puis de Saint Louis et surtout de Charles V, se constitue tout un patrimoine castral capétien dont les chefs-d'œuvre demeurent visibles aujourd'hui.
Le château de Vincennes, à l'orée du bois royal cher à Saint Louis qui y rendait la justice sous un chêne, est entrepris dès 1337 par Philippe VI de Valois mais doit son visage actuel à Charles V, qui en fait sa résidence principale et y achève le donjon en 1370. Avec ses 52 mètres de hauteur, ses six niveaux voûtés d'ogives, ses cheminées monumentales, ses latrines à chasse d'eau et son enceinte de neuf tours rectangulaires haute de 1 100 mètres, Vincennes constitue l'un des plus puissants ensembles fortifiés gothiques d'Europe. La Sainte-Chapelle de Vincennes, commencée en 1379 par Charles V pour abriter une partie des reliques de la Passion et achevée seulement en 1552, prolonge dans le domaine castral la formule rayonnante inaugurée à Paris par Saint Louis.
Le château de Pierrefonds, dans l'Oise, illustre quant à lui une autre dimension du patrimoine gothique militaire : celle de la reconstitution savante. Édifié entre 1393 et 1407 par Louis d'Orléans, frère du roi Charles VI, démantelé sur ordre de Louis XIII et de Richelieu après la révolte des Princes en 1617, il fut acquis comme ruine pittoresque par Napoléon Bonaparte en 1810. C'est Napoléon III qui, en 1857, en confie la restauration, qui sera plutôt une recréation interprétative, à Eugène Viollet-le-Duc. L'architecte y déploie sa vision de l'idéal castral médiéval : sculptures de Saint Louis et de ses preux, charpentes décorées, polychromies retrouvées. Pierrefonds n'est plus tout à fait un château gothique authentique, mais il est devenu, depuis Viollet-le-Duc, le château gothique par excellence dans l'imaginaire français, celui que l'on retrouve depuis dans les romans de cape et d'épée comme dans les séries télévisées contemporaines.
Mentionnons encore le Palais des Papes d'Avignon (1335-1352) et le château de Saumur visible dans les Très Riches Heures du duc de Berry, autant de témoignages d'une grammaire architecturale unifiée mêlant prestance défensive et raffinement résidentiel.
Sculpture gothique : Vierges souriantes, gisants royaux Saint-Denis
La sculpture gothique française accomplit, en moins de deux siècles, un cheminement comparable à celui qu'avait connu la statuaire grecque entre l'archaïsme et le classicisme : passage progressif de la frontalité hiératique romane à la liberté du mouvement, conquête du sourire, élaboration d'une psychologie individuelle, redécouverte de la draperie qui révèle le corps. Cette mutation se lit dès le portail royal de Chartres (vers 1145-1155), où les statues-colonnes des prophètes annoncent déjà l'humanité nouvelle ; elle s'épanouit dans les portails de Reims, d'Amiens et de Paris ; elle culmine dans les Vierges souriantes du XIVe siècle.
L'Ange au Sourire du portail occidental de Reims, sculpté vers 1240, demeure le plus célèbre emblème de cette mutation. Mais les Vierges souriantes répandues à travers tout le royaume, Vierge dorée du trumeau du portail sud d'Amiens (vers 1260), Vierge de la cathédrale de Reims, Vierge à l'Enfant de Saint-Aignan dans les collections du Louvre, Vierges d'ivoire de la Sainte-Chapelle, déclinent une iconographie d'une tendresse maternelle inédite, où la mère échange avec son fils un regard, parfois un jeu de la main vers la chevelure, parfois la présentation d'un fruit symbolique. C'est tout l'humanisme chrétien du XIIIe siècle qui s'y exprime : Dieu s'est fait enfant, et l'enfance même devient digne de représentation sacrée.
L'autre versant majeur de la sculpture gothique française est celui des gisants royaux, dont la nécropole capétienne de Saint-Denis conserve le plus ensemble. Saint Louis, en 1263-1264, ordonne la réalisation de seize gisants idéalisés représentant ses prédécesseurs depuis l'époque mérovingienne, dans un programme dynastique destiné à asseoir la légitimité capétienne sur une continuité multiséculaire. À ces gisants retrospectifs s'ajoutent ensuite les effigies des souverains et reines à mesure de leurs sépultures : Philippe le Bel (mort en 1314), Charles V dont le célèbre gisant sculpté de son vivant par André Beauneveu en 1364 inaugure le portrait funéraire réaliste, Charles VI et Isabeau de Bavière. Avec les tombeaux à transi qui apparaissent au XVe siècle, où le défunt est représenté en majesté sur la dalle supérieure et en cadavre décomposé sur la dalle inférieure, la sculpture funéraire gothique pousse à son comble la méditation chrétienne sur la fragilité des grandeurs terrestres.
Comme l'a finement étudié Alain Erlande-Brandenburg dans son ouvrage de référence Le Roi est mort. Étude sur les funérailles, les sépultures et les tombeaux des rois de France jusqu'à la fin du XIIIe siècle, c'est dans cette sculpture funéraire que se cristallise la double dimension du gothique français : célébration de la majesté royale et méditation sur l'éternité.
Vitraux gothiques : la Sainte-Chapelle, Chartres, Bourges
« Le vitrail est l'ornement le plus parfait des maisons de Dieu, et l'œil même de l'église par où entre la divine lumière », écrivait au XIIe siècle le théologien Hugues de Saint-Victor. Cette mystique de la lumière colorée, héritée de Suger et du Pseudo-Denys, fait du vitrail bien plus qu'un simple décor : l'élément constitutif même de l'architecture gothique. Sans le vitrail, l'arc-boutant n'aurait pas de raison d'être ; sans le vitrail, le mur évidé n'aurait pas de sens. Toute la révolution structurelle du gothique tend vers cette finalité : faire entrer Dieu dans l'église sous la forme de la lux divina filtrée par les couleurs.
Les ateliers du XIIe siècle, formés dans la mouvance de Saint-Denis, mettent au point la technique du vitrail à fond bleu profond avec scènes en médaillons. Le célèbre bleu de Chartres, obtenu par cobalt sur verre soufflé puis monté au plomb, demeure une pierre de touche pour tous les verriers postérieurs. Les 176 verrières conservées de Chartres, sur les 186 d'origine, miracle absolu de conservation, couvrent comme on l'a dit 2 600 m² et constituent la plus vaste bibliothèque iconographique en couleurs du Moyen Âge occidental. La Belle Verrière (vers 1180), la verrière de l'Arbre de Jessé (vers 1145, sauvée de l'incendie de 1194), la verrière de la Vie de la Vierge : chacune est un monument en soi, et l'ensemble fait de la cathédrale beauceronne un livre de pierre et de verre où se déploie toute l'histoire sainte.
Les verrières du déambulatoire de Bourges (1210-1215) constituent l'autre grand ensemble du gothique classique. Leur composition en grands médaillons à fond rouge profond, leur narration biblique densément organisée, leur traitement de la figure humaine annoncent déjà la sophistication du rayonnant.
Mais c'est avec la Sainte-Chapelle de Saint Louis que le vitrail atteint son plus haut degré d'incandescence. Les 1 113 scènes des quinze verrières de la chapelle haute, exécutées entre 1242 et 1248 par plusieurs ateliers parisiens travaillant simultanément, déroulent l'histoire sainte depuis la Genèse (verrière 1) jusqu'à l'Apocalypse (rose occidentale flamboyante du XVe siècle), avec une attention particulière aux livres royaux de l'Ancien Testament, Samuel, Rois, Esther, Judith, qui établissent un parallèle théologique entre la royauté davidique et la royauté capétienne. La rose occidentale, refaite vers 1485 sous Charles VIII, déploie quant à elle une iconographie apocalyptique d'une virtuosité extrême.
D'autres ensembles majeurs méritent d'être cités : les vitraux du XIIIe siècle de la cathédrale de Saint-Maurice d'Angers, ceux de la cathédrale Notre-Dame de la Treille de Lille, ceux de la cathédrale Saint-Étienne de Sens et de Tours. Avec l'apparition au XIVe siècle du jaune d'argent, la palette s'enrichit et le vitrail s'achemine vers la virtuosité du XVe siècle.
Aller plus loin
L'art gothique français ne se laisse jamais entièrement saisir au terme d'une visite ou d'une lecture : il faut y revenir, par les pierres, par les livres, par la méditation. Pour qui veut prolonger la promenade ouverte par ce pillar, nous recommandons de poursuivre par la lecture de notre grand pillar consacré aux cathédrales de France, qui replace l'aventure gothique dans la longue durée du sacré bâti, depuis les basiliques paléochrétiennes jusqu'aux restaurations contemporaines.
On pourra également visiter ou revisiter, dossier en main, les cathédrales que nous avons évoquées : Saint-Denis, mère de toutes, Notre-Dame de Paris rouverte en décembre 2024, Chartres et son bleu unique, Reims du sacre, Amiens la plus vaste, Bourges à cinq vaisseaux, Strasbourg aux remplages rayonnants, la Sainte-Chapelle reliquaire de lumière, Notre-Dame de Rouen immortalisée par Monet, Saint-Maurice d'Angers et la cathédrale Notre-Dame de la Treille de Lille. Les châteaux de Vincennes et de Pierrefonds compléteront la dimension militaire ; l'abbaye royale de Brou offrira la quintessence du flamboyant. Pour la dimension biographique, nos portraits de Saint Louis IX éclaireront le rôle décisif du grand mécène royal du gothique rayonnant.
Questions fréquentes
Quand l'art gothique a-t-il commencé ?
L'acte de naissance officiel est la consécration du chœur de Saint-Denis le 11 juin 1144, sous l'abbé Suger (1081-1151). Ce chœur à déambulatoire et chapelles rayonnantes, avec ses grandes verrières et sa croisée d'ogives, synthétise pour la première fois toutes les innovations qui définiront le gothique. Le narthex de Saint-Denis (consacré 1140) marque le tout premier pas. Les premières vraies cathédrales gothiques suivent : Sens (commencée vers 1135), Noyon, Senlis, Laon (vers 1160-1170), Notre-Dame de Paris (1163).
Quelles sont les innovations techniques du gothique ?
Trois innovations liées. (1) La croisée d'ogives (vers 1130 en Normandie et Île-de-France) qui concentre la charge des voûtes sur quatre piliers d'angle. (2) L'arc brisé (en tiers-point) qui réduit la poussée latérale par rapport au plein cintre roman. (3) L'arc-boutant (apparu vers 1180 à Notre-Dame de Paris) qui reporte la poussée à l'extérieur via une culée. Ces trois éléments combinés permettent l'évidement des murs, les grandes verrières et l'élévation vertigineuse (Beauvais 48 m sous voûte).
Quelles sont les périodes du gothique ?
Quatre grandes périodes. Gothique primitif ou « lancéolé » (1140-1190) : Saint-Denis, Sens, Laon, Notre-Dame de Paris. Gothique classique ou « lancéolé » (1190-1230) : Chartres (1194), Bourges, Reims (1211), Amiens (1220). Gothique rayonnant (1230-1350) : nom dû aux roses rayonnantes, Sainte-Chapelle (1248), transepts de Notre-Dame, Strasbourg, Beauvais, chœur de Saint-Denis. Gothique flamboyant (1350-1500) : Saint-Maclou de Rouen, abbaye de Brou, Saint-Étienne-du-Mont à Paris.
Pourquoi parle-t-on de gothique « flamboyant » ?
Le terme désigne le style français du XVᵉ siècle (1350-1500) caractérisé par des remplages aux courbes en double inflexion (en S) qui évoquent des flammes. Le décor envahit toute la surface : voûtes à liernes et tiercerons, pinacles ouvragés, gâbles ajourés, rinceaux végétaux. Chefs-d'œuvre : Saint-Maclou de Rouen (1437-1517), chapelle royale de Brou à Bourg-en-Bresse (1506-1532), Sainte-Chapelle de Vincennes, façade de la Trinité de Vendôme, Saint-Étienne-du-Mont à Paris.
Quelle est la plus haute cathédrale gothique de France ?
Beauvais détient le record absolu mondial avec son chœur culminant à 48 mètres sous voûte, achevé en 1272. Cette ambition démesurée provoqua l'effondrement de 1284 puis celui de la flèche centrale de 153 m en 1573. La cathédrale demeure inachevée, la nef ne fut jamais construite. Suivent Amiens (42,30 m, plus grand volume gothique de France, 200 000 m³), Reims (38 m), Bourges (37 m), Chartres (37 m).
Qui a construit Notre-Dame de Paris ?
Commencée en 1163 sous l'évêque Maurice de Sully, la cathédrale fut bâtie en quatre grandes phases : chœur et déambulatoire (1163-1182), nef (1182-1208), façade occidentale et tours (1200-1245), transepts rayonnants avec roses (1250-1267) par Jean de Chelles puis Pierre de Montreuil. Les arcs-boutants apparaissent vers 1180. Restaurée par Viollet-le-Duc et Lassus de 1844 à 1864 (flèche, statuaire, gargouilles). Incendiée le 15 avril 2019, restaurée et rouverte au public le 8 décembre 2024.
Quels sont les vitraux gothiques les plus célèbres ?
Trois ensembles . Cathédrale de Chartres (176 verrières des XIIᵉ-XIIIᵉ siècles, dont la Belle-Verrière 1180 et le Notre-Dame de la Belle-Verrière au célèbre bleu de Chartres). Sainte-Chapelle de Paris (1248, 1 113 scènes bibliques sur 600 m² de vitraux, deux tiers d'origine). Cathédrale de Bourges (vitraux du déambulatoire, 1210-1215). Reims (vitraux modernes par Marc Chagall 1974). Notre-Dame de Paris (rosaces nord et sud du XIIIᵉ siècle préservées).
Combien de cathédrales gothiques existent en France ?
La France compte environ 154 cathédrales tous styles confondus, dont près d'une centaine de cathédrales gothiques (édifiées ou modifiées entre 1140 et 1500). Neuf sont individuellement inscrites au patrimoine mondial UNESCO : Amiens (1981), Bourges (1992), Chartres (1979), Reims (avec Saint-Remi et palais du Tau, 1991). Notre-Dame de Paris est inscrite dans le bien « Paris, rives de la Seine » (1991). Strasbourg figure dans le bien « Grande-Île de Strasbourg ».
Quelle est l'origine du mot « gothique » ?
Terme péjoratif inventé par Giorgio Vasari dans ses Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes (1550). Vasari l'employait pour désigner cet art médiéval « barbare » qu'il attribuait, à tort, aux Goths qui avaient envahi l'Empire romain. Le terme dénigrait un art jugé maladroit et confus en comparaison de la Renaissance italienne renouant avec l'antique. Réhabilité par les romantiques au XIXᵉ siècle (Chateaubriand, Génie du christianisme 1802 ; Victor Hugo, Notre-Dame de Paris 1831), il est aujourd'hui un terme neutre.
Quel rôle a joué Suger dans l'invention du gothique ?
Suger (1081-1151), abbé de Saint-Denis de 1122 à sa mort, conseiller de Louis VI puis Louis VII, fut le théoricien et le commanditaire de la première œuvre gothique. Sa théologie de la lumière (héritée de Denys l'Aréopagite), « lux mira et continua », voulait que l'édifice rayonne de la lumière divine via les vitraux. Il commanda la reconstruction du chœur de Saint-Denis (1140-1144) et laissa deux traités majeurs : De administratione et De consecratione qui décrivent en détail le chantier.
Bibliographie
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- Alain ERLANDE-BRANDENBURG, Quand les cathédrales étaient peintes, Gallimard, « Découvertes », Paris, 1993.
- Émile MÂLE, L'Art religieux du XIIIᵉ siècle en France, Armand Colin, Paris, 1898 (rééd. Livre de Poche, 1958).
- Henri FOCILLON, Art d'Occident, le Moyen Âge roman et gothique, Armand Colin, Paris, 1938.
- Erwin PANOFSKY, Architecture gothique et pensée scolastique, trad. Pierre Bourdieu, Minuit, Paris, 1967.
- Otto VON SIMSON, La Cathédrale gothique. Origines de l'architecture gothique et notion médiévale d'ordre, trad. fr. Cerf, Paris, 1988.
- Roland RECHT, Le Croire et le voir. L'art des cathédrales (XIIᵉ-XVᵉ siècle), Gallimard, Paris, 1999.
- Roland RECHT (dir.), Les Bâtisseurs des cathédrales gothiques, catalogue d'exposition, Strasbourg, 1989.
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- Jacques HENRIET, À l'aube de l'architecture gothique, Presses universitaires de Franche-Comté, Besançon, 2005.
- Suger, Œuvres complètes, éd. A. Lecoy de la Marche, Paris, 1867 (incl. De administratione et De consecratione).
- Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIᵉ au XVIᵉ siècle, 10 vol., Paris, 1854-1868.