Le Pèlerinage de Chrétienté : 40 ans de marche vers Notre-Dame de Chartres

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Chaque année, à la Pentecôte, une cohorte serrée de pèlerins quitte l'église Saint-Sulpice à Paris pour gagner, trois jours plus tard, le parvis de Notre-Dame de Chartres. Cent kilomètres à pied, étendards déployés, chapelets aux doigts. Né en 1983 d'une intuition d'étudiants et d'écrivains catholiques, ce Pèlerinage de Chrétienté est devenu l'un des phénomènes spirituels les plus singuliers de la France contemporaine : 18 000 marcheurs en 2023, des familles, des séminaristes, des jeunes professionnels, héritiers d'une route mariale dont Charles Péguy, en 1912, fut le premier troubadour moderne. Histoire d'une marche qui dure.

Aux origines : Charles Péguy, 1912-1914

Tout grand pèlerinage a son fondateur lyrique. Pour Chartres, ce fut Charles Péguy. En juin 1912, l'auteur du Mystère de la charité de Jeanne d'Arc fait un vœu : son fils Pierre, gravement atteint de typhoïde, est entre la vie et la mort. Péguy promet à la Vierge, s'il guérit, d'aller à pied de Lutèce, ainsi nomme-t-il Paris dans sa langue charnelle, jusqu'au sanctuaire chartrain. L'enfant survit. Le 14 juin 1912, Péguy quitte le pavillon familial de Lozère, dans la vallée de Chevreuse, et marche durant trois jours, seul, par Dourdan, La Ferté-Vidame, vers la Beause. Cent quarante-quatre kilomètres exactement, qu'il refera en juin 1913 puis en juillet 1914, quelques semaines avant de tomber à Villeroy.

De cette expérience naît, en 1913, La Tapisserie de Notre-Dame, recueil de poèmes parmi lesquels la « Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres » a fixé pour toujours l'iconographie spirituelle du chemin :

« Étoile de la mer voici la lourde nappe
Et la profonde houle et l'océan des blés
Et la mouvante écume et nos greniers comblés,
Voici votre regard sur cette immense chape. »

, Charles Péguy, La Tapisserie de Notre-Dame, 1913

Péguy y inscrit la flèche chartraine, « la flèche unique au monde », comme un repère théologique autant que géographique. La Beauce devient la nef et la cathédrale, son tabernacle. Cette poétique a fait plus que des vers : elle a tracé, dans l'imaginaire catholique français, une route. Et lorsque, vingt ans après la mort du poète, des étudiants relèveront le bâton, ce seront ses strophes qu'ils porteront en mémoire, comme un viatique.

La renaissance d'après-guerre : Front populaire et années cinquante

Le premier ravivage organisé date de 1935. Un jeune normalien, Jean-Maurice Bossard, entraîne une poignée de camarades de la rue d'Ulm sur les pas de Péguy. Ils sont une vingtaine, ils marchent au cœur de la Pentecôte, à l'ombre d'une République laïque. L'année suivante, la Sorbonne, l'École centrale, l'École des chartes envoient leurs propres délégations. En 1939, le pèlerinage des étudiants de Paris atteint plusieurs centaines de marcheurs. La guerre interrompt la marche, sans la tuer.

De 1945 aux années cinquante, sous l'impulsion du Centre Richelieu, l'aumônerie des étudiants de la Sorbonne fondée par Mgr Maxime Charles, le pèlerinage devient une institution de la jeunesse intellectuelle catholique. On y croise Jean Guitton, Henri-Irénée Marrou, le jeune Jean-Marie Lustiger encore aumônier. François Mauriac écrit, en 1957, à propos de ces marcheurs : « Ils vont à Chartres comme on va à confesse, parce qu'il faut bien que le siècle se taise quelque part, et ce silence-là porte un nom : la Beauce. »

Cette époque dessine déjà les invariants du futur Pèlerinage de Chrétienté : départ parisien, arrivée chartraine, trois jours de marche, prédominance étudiante, rosaire récité en chapitres. Mais c'est encore, formellement, le pèlerinage des étudiants de France, organisé par les aumôneries universitaires. La rupture des années 1968-1975, la dissolution progressive du Centre Richelieu, le reflux de la pratique catholique, vont mettre la marche en péril. À la fin des années 1970, on ne compte plus que quelques dizaines de fidèles.

La fondation moderne : 1983, Notre-Dame de Chrétienté

L'année 1983 est l'acte de refondation. Un groupe de laïcs, l'écrivain Rémi Fontaine, le journaliste Jean de Tauriers, des couples engagés dans les mouvements familiaux catholiques, décide de relancer le pèlerinage des étudiants en l'élargissant aux familles. Ils choisissent un nom programmatique : Notre-Dame de Chrétienté. L'association loi 1901 est constituée la même année, à Versailles. Le premier pèlerinage rassemble environ deux cents personnes au départ de Notre-Dame de Paris, le samedi de Pentecôte 1983. Le père Michel Simoulin, alors jeune prêtre, en est l'un des aumôniers fondateurs.

Il est ici essentiel de distinguer deux pèlerinages nés la même année et souvent confondus. Le Pèlerinage de Chrétienté (Notre-Dame de Chrétienté), objet de cet article, marche de Paris à Chartres : c'est le pèlerinage de la Pentecôte. Le Pèlerinage de Tradition, organisé par la Fraternité Saint-Pie-X et certaines communautés Ecclesia Dei, marche en sens inverse, de Chartres à Paris, le lundi de Pentecôte. Les deux cohortes se croisent parfois sur la route, se saluent, prient ensemble, mais leurs gouvernances, leurs statuts canoniques et leurs aumôneries sont distincts. Notre-Dame de Chrétienté est, depuis 1983, une association de fidèles reconnue par les évêques diocésains traversés (Paris, Versailles, Chartres), et la messe quotidienne y est célébrée selon la forme extraordinaire du rite romain, comme une tradition spirituelle maintenue avec l'accord des ordinaires des lieux.

La marche : trois jours, cent kilomètres, une route mariale

Le tracé contemporain s'est stabilisé à la fin des années 1990. Le départ se fait le samedi matin de Pentecôte à l'église Saint-Sulpice, dans le sixième arrondissement de Paris, après une messe solennelle. La cohorte gagne ensuite, en bus pour la première section périurbaine, les abords de Saint-Cyr-l'École, où commence la marche proprement dite. Premier bivouac à Choisel ou à Gas, dans la vallée de Chevreuse. Deuxième jour : traversée du Hurepoix et entrée en Beauce, bivouac à Gas ou à Émancé. Troisième jour : la longue plaine beauceronne s'ouvre, et apparaît, au loin, ce que Péguy nomme « la flèche inimitable » de la cathédrale.

La distance varie selon les années entre 97 et 105 kilomètres. Les pèlerins marchent en moyenne dix heures par jour, sac au dos, sous tous les temps. Le terrain est plat dans son immense majorité, c'est la Beauce, mais l'effort cumulé est réel : ampoules, courbatures, déshydratation lors des Pentecôtes chaudes. Une équipe médicale, des kinésithérapeutes bénévoles, des véhicules de logistique accompagnent la colonne. La route emprunte, autant que possible, des chemins ruraux, des layons forestiers, des tronçons d'anciennes voies royales. Elle évite les axes à grande circulation. Cette route mariale n'a rien d'historique au sens strict, elle n'est pas un chemin médiéval reconstitué, mais elle relève de pèlerinages chartrains attestés dès le XIIIe siècle, lorsque les rois capétiens venaient prier devant le Voile de la Vierge.

La structure : chapitres, étendards, chants

L'originalité organisationnelle du Pèlerinage de Chrétienté tient à sa structure en chapitres. Un chapitre est un groupe de quarante à soixante marcheurs, doté d'un nom, souvent celui d'un saint, d'une paroisse, d'une école, d'un étendard, d'un chef de chapitre laïc et d'un aumônier. Les chapitres sont rattachés à des chapitres-mères régionaux, eux-mêmes regroupés en provinces : Île-de-France, Ouest, Sud-Est, Nord-Picardie, Outre-mer. En 2023, on dénombrait plus de trois cents chapitres en marche, dont une cinquantaine venus de l'étranger : Pologne, Belgique, Suisse, Royaume-Uni, États-Unis, Liban.

Cette organisation par chapitres n'est pas anecdotique : elle structure la prière, le chant, les méditations. Chaque chapitre récite son propre chapelet, entonne ses cantiques, écoute ses méditations, lues à haute voix par le chef. Les chants alternent : Salve Regina, Chez nous soyez Reine, Je vous salue Marie de Gounod, Pèlerins de Notre-Dame, hymne propre du pèlerinage composé à la fin des années 1980. Les étendards, bannières brodées, parfois centenaires lorsqu'ils proviennent d'anciennes paroisses ou confréries, donnent à la colonne, vue d'avion, l'allure d'une procession médiévale en mouvement, longue de plus de trois kilomètres lorsque tous les chapitres sont déployés.

La spiritualité : Rosaire, méditations, sermons

L'épine dorsale spirituelle de la marche est le Rosaire. Les quatre séries de mystères, joyeux, lumineux, douloureux, glorieux, sont méditées au long des trois jours, à raison de plusieurs chapelets quotidiens. Chaque pèlerin reçoit, à l'inscription, un livret épais d'environ deux cents pages contenant les méditations, les chants, les prières propres. Ces méditations sont rédigées chaque année par une équipe d'aumôniers et de théologiens autour d'un thème annuel : « La paix du Christ par le règne du Christ » (2023), « La famille, espérance de la Chrétienté » (2024), « Pèlerins d'espérance avec saint Joseph » dans d'autres millésimes.

Lithographie de la facade occidentale de la cathedrale Notre-Dame de Chartres et detail du vitrail de l'arbre de Jesse - terme du pelerinage de Chretiente, archetype du gothique francais.
Facade occidentale de Notre-Dame de Chartres et vitrail de l'arbre de Jesse. Credit: Jean-Baptiste-Antoine Lassus - public domain via Wikimedia Commons

Aux étapes principales, départ, midi, bivouacs, un évêque ou un prélat invité prononce un sermon. Ont prêché à Chartres, depuis 1983, le cardinal Lustiger, le cardinal Sarah, Mgr Aillet, Mgr Rey, Mgr Schneider, le cardinal Burke. Leurs homélies, souvent denses, abordent les thèmes classiques de la doctrine sociale et mariale de l'Église. La messe est célébrée chaque matin selon la forme extraordinaire du rite romain, dite messe traditionnelle, en latin, dos au peuple, non par opposition à la forme ordinaire, mais comme tradition spirituelle continue depuis 1983, maintenue avec l'accord des évêques diocésains qui accueillent la marche.

Le repas, la veillée, la nuit du pèlerin

La journée du pèlerin obéit à un rythme monastique. Lever à cinq heures, prière du matin et messe à six, départ vers sept heures. Marche jusqu'à treize heures, repas froid distribué par chapitre, pain, fromage, charcuterie, fruits, eau, sieste rare. Reprise vers quatorze heures, marche jusqu'à dix-neuf heures, parfois vingt. Arrivée au bivouac : montage des tentes, dîner chaud servi par la logistique (soupe, plat unique, dessert), veillée.

La veillée est le cœur affectif du pèlerinage. Sur les champs loués chaque année à des agriculteurs beaucerons, les chapitres se rassemblent autour de feux de camp. On chante. On témoigne. Des prêtres, parfois jusqu'à minuit, confessent à la lampe frontale. Cette veillée de confession est un des rituels les plus marquants du pèlerinage : files d'attente longues, conversations chuchotées dans la nuit, larmes parfois. Le sacrement de pénitence retrouve, là, sa forme itinérante et fraternelle, telle qu'elle existait dans les pèlerinages médiévaux. Vers vingt-trois heures, extinction des feux. La nuit beauceronne, immense et silencieuse, retombe sur les tentes. À cinq heures, le clairon sonne.

Croissance exponentielle : de 200 à 18 000 marcheurs

La trajectoire numérique du Pèlerinage de Chrétienté est l'une des plus singulières du paysage religieux français. De 200 marcheurs en 1983, la cohorte passe à 2 000 en 1990, 5 000 en 2000, 8 000 en 2010, 12 000 en 2019. La pandémie interrompt brièvement la marche en 2020, qui se tient sous forme dispersée. Mais le rebond est spectaculaire : 16 000 inscrits en 2022, 18 000 en 2023, chiffre qui contraint pour la première fois l'association à fermer les inscriptions plusieurs semaines avant la Pentecôte, faute de capacité logistique.

Cette croissance va à rebours des courbes générales de la pratique catholique en France, qui s'effondrent depuis cinquante ans. Elle interroge les sociologues du religieux. Yann Raison du Cleuziou, Jérôme Fourquet, Guillaume Cuchet ont chacun, dans leurs travaux récents, identifié dans le Pèlerinage de Chrétienté un marqueur de ce qu'on pourrait appeler le catholicisme de conviction : minoritaire, jeune, familial, doctrinalement assuré, esthétiquement classique. Le pèlerinage est devenu, pour ce noyau, un rendez-vous identitaire majeur, au sens où l'identité spirituelle s'y vérifie, s'y nourrit, s'y transmet aux enfants.

« J'y vais depuis mes vingt ans. J'y ai marché enceinte de mes quatre enfants. Aujourd'hui ils marchent avec nous. À Chartres, on ne fait pas semblant. On souffre, on prie, on chante, on pleure. C'est trois jours par an où la France catholique se rappelle qu'elle existe encore. »

, Témoignage d'Anne-Sophie M., pèlerine depuis 1998, recueilli pour Famille Chrétienne, mai 2023

Sociologie : familles, jeunes, foyers nouveaux

La composition de la cohorte chartraine, en 2023, est bien documentée par les enquêtes internes de Notre-Dame de Chrétienté. Soixante-deux pour cent des marcheurs ont moins de trente ans. L'âge médian est de vingt-quatre ans. Les familles avec enfants représentent environ un quart des inscrits, un chapitre famille existe pour les enfants de quatre à dix ans, marchant des étapes raccourcies. Les séminaristes et religieux dépassent les six cents en 2023, venus d'une cinquantaine de séminaires et de communautés : Communauté Saint-Martin, Fraternité Saint-Pierre, Institut du Bon Pasteur, abbayes bénédictines de Solesmes, Fontgombault, Le Barroux, congrégations missionnaires.

Les prêtres sont également nombreux : plus de trois cents en 2023, ce qui permet la confession permanente aux bivouacs. La présence de jeunes ménages, souvent issus des écoles d'ingénieurs, des grandes écoles de commerce, des facultés de médecine, donne au pèlerinage sa coloration sociologique particulière : catholicisme cultivé, urbain, professionnellement intégré, fécond. Le terme de « foyers nouveaux », parfois utilisé dans les milieux ecclésiaux, désigne précisément ces couples qui ont reconstruit, dans les années 1990 et 2000, une pratique familiale exigeante de la foi : prière en famille, instruction religieuse à la maison, choix éducatifs structurés.

Pourquoi Chartres ? Notre-Dame, le Voile, la cathédrale-livre

Reste la question : pourquoi Chartres, et pas Lourdes, Lisieux, Le Mont-Saint-Michel ? La réponse tient en trois mots : la Vierge, le Voile, la pierre.

Pelerins en marche lors du pelerinage de Pentecote vers Chartres, organise depuis 1983 par l'association Notre-Dame de Chretiente - 100 km de Notre-Dame de Paris a la cathedrale de Chartres en trois jours.
Pelerins du pelerinage de Pentecote vers Chartres (Notre-Dame de Chretiente). Credit: Tpe.g5.stan - cc0 via Wikimedia Commons

Chartres est, depuis le haut Moyen Âge, l'un des plus anciens sanctuaires mariaux d'Occident. La tradition locale rapporte un culte druidique pré-chrétien à une Virgo paritura, la Vierge qui doit enfanter, dans la grotte sous la cathédrale actuelle. Sans valider cette légende, l'historiographie moderne confirme que Chartres était, dès le IVe siècle, un foyer chrétien important. Le lien définitif avec la Vierge se noue le 10 octobre 876, lorsque l'empereur Charles le Chauve fait don à la cathédrale de la Sancta Camisa, la Sainte Chemise, ou Voile de la Vierge : tunique de soie écrue que la tradition identifie comme celle portée par Marie à l'Annonciation ou à la Nativité. La relique, conservée dans une châsse, échappe miraculeusement à l'incendie de la cathédrale carolingienne en 1194, événement interprété comme un signe céleste appelant à la reconstruction de l'édifice gothique actuel.

La cathédrale gothique, commencée en 1194 et dédicacée le 24 octobre 1260 en présence du roi Louis IX, qui avait peu auparavant, en 1239, reçu à Paris la Sainte Couronne d'épines acquise de Baudouin II de Constantinople, constitue la seconde raison du choix chartrain. Cathédrale dite « livre de pierre », elle déploie sur ses cent soixante-seize verrières et ses quatre mille statues un programme théologique total : Ancien et Nouveau Testaments, vies des saints, arts libéraux, métiers. Pour le pèlerin qui entre, après trois jours de marche, par le portail royal du XIIe siècle, la cathédrale n'est pas un musée : c'est l'aboutissement liturgique d'un parcours commencé à Saint-Sulpice. La messe pontificale du lundi de Pentecôte, célébrée sous les voûtes de Chartres, devant le Voile de la Vierge, conclut le pèlerinage.

Quarante ans après sa refondation, le Pèlerinage de Chrétienté n'est ni une survivance folklorique ni une pure performance identitaire. C'est, au sens strict, une traditio : une chose remise de main en main, de génération en génération, sur cent kilomètres de Beauce. Charles Péguy avait pressenti cette logique : « Tout commence en mystique et finit en politique. » À Chartres, depuis quarante ans, c'est l'inverse qui se vérifie. Les routes sont politiques, géographiques, sociologiques. Mais la flèche, au bout, est toujours mystique.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Pèlerinage de Chrétienté ?

Une marche de trois jours organisée chaque année à la Pentecôte par l'association Notre-Dame de Chrétienté, reliant à pied Notre-Dame de Paris (départ Saint-Sulpice) à la cathédrale de Chartres : 100 kilomètres en trois étapes, avec messes traditionnelles latines.

Quand a lieu le Pèlerinage de Chartres ?

Chaque année à la Pentecôte (mai-juin selon la date pascale), du samedi matin au lundi après-midi. Édition 2026 : du samedi 23 mai au lundi 25 mai. Inscription obligatoire sur le site notre-dame-de-chretiente.com, généralement ouverte fin janvier.

Combien de pèlerins participent ?

Environ 18 000 marcheurs en 2024, contre quelques centaines en 1983. La progression est continue depuis 2010, avec une accélération depuis 2021. La majorité a entre 18 et 35 ans, ce qui en fait le plus grand pèlerinage à pied de la jeunesse catholique européenne.

Qui a fondé le pèlerinage en 1983 ?

Un groupe de jeunes laïcs français, Rémi Fontaine, Jean-Pierre Maugendre, Hugues Petit notamment, réunis autour du Centre Charlier, sur l'inspiration explicite de Charles Péguy qui avait marché vers Chartres en juin 1912 puis en juillet 1913 pour remercier la Vierge de la guérison de son fils Pierre.

Quel est le lien avec Charles Péguy ?

Péguy, après la guérison de son fils Pierre en juin 1912, fait à pied le trajet Paris-Chartres pour remercier Notre-Dame, accomplissement d'une promesse. Il en tirera la 'Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres' (1913). Le pèlerinage de 1983 reprend explicitement son geste.

Quel itinéraire suit le pèlerinage ?

Trois étapes : samedi (Paris-Choisel, environ 35 km), dimanche (Choisel-Gas, environ 35 km, étape la plus longue), lundi (Gas-Chartres, environ 30 km). Traversée de la vallée de Chevreuse, de la forêt de Rambouillet, puis de la Beauce.

Quel est le 'Voile de la Vierge' à Chartres ?

La Sancta Camisia, voile de soie attribué à la Vierge Marie, est offert à la cathédrale de Chartres par Charles le Chauve en 876. Conservé dans une châsse, c'est l'une des plus anciennes reliques mariales documentées d'Occident, vénérée à l'arrivée du pèlerinage.

Le pèlerinage est-il ouvert à tous ?

Oui, à partir de 6 ans (en chapitre famille) et sans limite d'âge. L'inscription est payante (environ 95 € en 2024) et couvre le ravitaillement et la logistique. Les marcheurs sont organisés en 'chapitres' de 50 personnes autour de saints patrons (saint Louis, sainte Thérèse, etc.).

Quelle est la spiritualité du pèlerinage ?

Le pèlerinage est attaché à la liturgie traditionnelle (messes selon le Missel de 1962), à l'enseignement social de l'Église (encycliques de Léon XIII à Benoît XVI), et à la dévotion mariale. Chaque année, un thème théologique structure les méditations (par exemple en 2024 : 'Pour la dévotion à Marie').

Quelle est la différence avec le Pèlerinage de Tradition ?

Le Pèlerinage de Chrétienté (NDC), Paris-Chartres, est issu du courant Ecclesia Dei et reconnu par l'Église. Le Pèlerinage de Tradition (Mgr Lefebvre, FSSPX), Chartres-Paris, marche en sens inverse à la Pentecôte ; il est lié à la Fraternité Saint-Pie X et n'est pas dans une situation canonique régulière.

Bibliographie et sources

  • Charles Péguy, La Tapisserie de Notre-Dame, Cahiers de la Quinzaine, 1913 ; rééd. Gallimard, coll. Poésie, 1975.
  • Charles Péguy, Œuvres poétiques complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1957.
  • Notre-Dame de Chrétienté, Livret du pèlerin, éditions annuelles 1983-2024.
  • Jean de Tauriers, Notre-Dame de Chrétienté, trente ans de pèlerinage, Via Romana, 2013.
  • François Mauriac, Bloc-Notes, tome II, Flammarion, 1961, entrées de juin 1957.
  • Yann Raison du Cleuziou, Une contre-révolution catholique. Aux origines de La Manif pour tous, Seuil, 2019.
  • Guillaume Cuchet, Comment notre monde a cessé d'être chrétien, Seuil, 2018.
  • Jérôme Fourquet, L'Archipel français, Seuil, 2019.
  • Sylvie Bethmont-Gallerand, Chartres, la cathédrale, Zodiaque, 2010.
  • Malcolm Miller, Chartres Cathedral, Riverside Book Company, 1996.
  • Archives de l'association Notre-Dame de Chrétienté, Versailles ; statistiques d'inscription 1983-2023.
  • Famille Chrétienne, dossier « Chartres, 40 ans de marche », mai 2023.
  • Notre-Dame de Chrétienté (association), Livret du pèlerin, édition annuelle, 1983-2026.
  • Péguy, Charles, La Tapisserie de Notre-Dame, NRF, 1913 ; rééd. Pléiade, 1992.
  • Fontaine, Rémi, Pèlerinage de Chrétienté : 40 ans de marche vers Chartres, Via Romana, 2023.