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Vie monastique
Fermetures de monastères : une étude chiffre le recul, quatre abbayes françaises l'illustrent
Une étude inédite sur les fermetures de monastères contemplatifs en France a été révélée le 21 juillet 2026 par l'hebdomadaire La Vie. Elle est signée de la sociologue Isabelle Jonveaux, spécialiste de la vie monastique à l'université de Fribourg, en Suisse. En dix-huit mois, quatre maisons françaises ont basculé : le carmel de Compiègne ferme, le Port-du-Salut a été confié à des laïcs, Bellefontaine a retrouvé des moines, la Trappe annonce son départ pour 2028. Quatre destins pour un même mouvement.
Que dit cette étude sur les fermetures de monastères ?
La sociologue Isabelle Jonveaux, de l'université de Fribourg, a mesuré les fermetures de monastères contemplatifs catholiques en France depuis un catalogue de la Fondation des monastères daté de 2007. La Vie a publié ses résultats en avant-première le 21 juillet 2026. Sa conclusion : les fermetures s'accélèrent.
Ces chiffres sortent d'une recherche destinée à une revue anglophone d'urbanisme consacrée à la réutilisation des anciens lieux religieux. La question posée n'est donc pas seulement religieuse : elle porte sur ce que deviennent les murs.
Le périmètre compte. Les ordres dits monastiques se définissent par la clôture, qui sépare moines et moniales du monde extérieur. Les instituts apostoliques, dont la vocation est d'être présents dans le monde, n'entrent pas dans l'étude, même s'ils reculent aussi. Le titre de l'entretien accordé à la journaliste Sixtine Chartier résume le constat de la chercheuse : « Il y a une accélération des fermetures de monastères ». Le chiffre principal a depuis circulé : entre 2007 et 2026, quatre-vingt-onze abbayes contemplatives ont fermé, soit près d'un tiers du paysage monastique français, selon la reprise qu'en a donnée l'agence Zenit le 6 août 2026. Le détail par ordre reste réservé aux abonnés de La Vie et paraîtra dans la revue scientifique. Ce que France Éternelle a vérifié, en revanche, c'est ce que sont devenues les maisons citées, et à quelles dates. Pour la longue durée, notre dossier sur les abbayes de France retrace quinze siècles de ce mouvement de fondations et d'abandons.
Compiègne : le carmel des seize martyres s'éteint
Le 21 avril 2026, Mgr Jacques Benoît-Gonnin, évêque de Beauvais, Noyon et Senlis, a annoncé par communiqué la fermeture du carmel de Compiègne. Les six religieuses encore présentes rejoindront, dans les mois qui viennent, des maisons de retraite ou d'autres communautés. La maison avait été fondée en 1641. Dispersée par la Révolution, elle fut rétablie le 18 janvier 1867 par des carmélites venues de Troyes, puis rebâtie entre 1872 et 1888. Depuis 1992, la communauté n'était plus à Compiègne même, mais à Jonquières, à quelques kilomètres, dans un monastère neuf. L'évêque a salué « leur témoignage silencieux, leur prière fidèle, leur cœur ouvert aux intentions qui leur étaient confiées ». Il a ajouté prendre dans sa prière « l'avenir de chacune des sœurs concernées par la fermeture du Carmel, ainsi que celui de ces lieux où elles ont vécu leur vie et porté le mémorial des saintes Carmélites ».
Cette communauté n'est pas une communauté comme les autres. C'est d'elle que sortirent les seize carmélites expulsées en 1792, arrêtées, puis guillotinées le 17 juillet 1794 sur l'actuelle place de la Nation, à Paris, pendant la Grande Terreur. Béatifiées en mai 1906 par Pie X, elles ont été reconnues saintes par un décret de canonisation équipollente signé par le pape François le 18 décembre 2024. Le récit de ce martyre, l'un des plus commentés de la persécution religieuse sous la Révolution, est raconté en détail dans notre article consacré au martyre du Carmel de Compiègne.
La séquence est donc serrée : décret de canonisation en décembre 2024, messe d'action de grâce à Notre-Dame de Paris le 13 septembre 2025, fermeture de la maison annoncée sept mois plus tard. Sous la chapelle de Jonquières se trouve le Mémorial des seize saintes carmélites : une crypte où est vénérée la statuette de la Vierge que les religieuses embrassèrent au pied de l'échafaud, et un petit musée de manuscrits et d'objets. Son sort est à l'étude entre l'ordre du Carmel, la fédération et le diocèse. C'est le point sensible du dossier : la disparition d'une communauté ne pose pas seulement la question de ses murs, mais celle de la garde de ses reliques.
Port-du-Salut et Bellefontaine : deux façons de ne pas laisser la maison vide
Deux autres maisons montrent que la fermeture d'une communauté n'entraîne pas mécaniquement l'abandon d'un site. À Entrammes, en Mayenne, l'abbaye Notre-Dame du Port-du-Salut avait été fondée en 1815 par des trappistes rentrés d'exil après la Révolution. Le dimanche 19 octobre 2025, après une messe d'action de grâces, les moines ont transmis la responsabilité du lieu à une équipe de bénévoles réunie dans un fonds de dotation, en lien avec le diocèse de Laval. « Nous sommes rassurés de ne pas laisser la maison vide », déclarait alors à Aleteia le père-abbé, Dom Gérard-Marie Meneust. Le projet conserve l'hôtellerie et ses quarante chambres, la boutique monastique et l'accueil des familles, et y ajoute un centre de formation d'apprentis placé sous l'enseignement catholique. L'abbaye avait donné son nom à un fromage devenu célèbre.
À Bégrolles-en-Mauges, en Maine-et-Loire, l'abbaye Notre-Dame de Bellefontaine a connu l'autre solution : une communauté en remplace une autre. Les trappistes, peu nombreux et diminués par l'âge, avaient fait leurs adieux le 13 novembre 2025, après deux siècles de présence. Le samedi 11 juillet 2026, jour de la fête de saint Benoît, douze moines bénédictins de l'abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, dans le Vaucluse, s'y sont officiellement installés. La messe a été célébrée par leur abbé, Dom Louis-Marie, en présence de Mgr Emmanuel Delmas, évêque d'Angers, et de Mgr Renauld de Dinechin, évêque de Luçon. Plus d'un millier de personnes étaient là. « C'est bien l'Espérance qui les anime parce qu'ils savent que la présence monastique, qui a été la leur, se continue au sein même de l'abbaye », a dit l'évêque d'Angers en remerciant les trappistes partants.
La Trappe : neuf siècles, 250 hectares, une échéance à 2028
Le cas le plus lourd de sens reste celui de Soligny-la-Trappe, dans l'Orne. Dans un communiqué publié début mars 2026, les douze moines de l'abbaye Notre-Dame de la Trappe ont annoncé envisager leur départ à l'horizon 2028, après près de neuf cents ans de présence continue. Ils avancent deux raisons : la raréfaction des vocations et la charge d'un domaine d'environ 250 hectares. Le mot « trappiste » vient de cette maison. C'est ici qu'Armand Jean Le Bouthillier de Rancé mena, au XVIIe siècle, la réforme de stricte observance qui donna son nom à toute une branche de l'ordre cistercien, celle que perpétuent aujourd'hui des abbayes comme Sept-Fons.
L'histoire du lieu commence en 1122, quand le comte Rotrou fait élever un oratoire à la mémoire de son épouse, disparue dans le naufrage de la Blanche-Nef. Des moines venus du Breuil-Benoît fondent le monastère en 1140 ; la Trappe rejoint l'ordre cistercien en 1147 et son abbatiale est consacrée en 1214. Sur la spiritualité de cette famille monastique, voir notre portrait de saint Bernard de Clairvaux.
Ce que l'histoire longue rappelle
Aucune de ces maisons n'en est à sa première rupture. En 1790, l'Assemblée dissout les ordres contemplatifs et déclare les vœux nuls comme contraires à la liberté. La Trappe est fermée, ses bâtiments vendus comme biens nationaux et démantelés en grande partie. Une fraction de la communauté part en exil sous la conduite d'Augustin de Lestrange, gagne la Suisse, puis se disperse jusqu'en Russie et en Allemagne. Les moines ne reviennent qu'en 1814. Le Port-du-Salut naît de ce reflux, en 1815. Le carmel de Compiègne, lui, met soixante-quinze ans à se relever de la guillotine, jusqu'à sa refondation de 1867. Le XIXe siècle français fut un siècle de refondations monastiques, comme le rappelle l'histoire de Solesmes et, plus largement, celle des ordres religieux en France.
La paix du cœur (…) était bien réellement le fruit d'une immense charité mais aussi de la foi et de l'espérance théologale qui les animaient.Léon XIV, message lu à Notre-Dame de Paris le 13 septembre 2025 pour la canonisation des carmélites de Compiègne
La différence avec 1790 tient au moteur. La rupture révolutionnaire était politique et brutale ; le mouvement actuel est démographique et lent. Il ne procède d'aucune loi, d'aucune confiscation, mais du nombre et de l'âge. Ce sont les communautés elles-mêmes qui décident, et l'ampleur du bâti hérité de leurs prédécesseurs pèse dans la décision.
Ce que cela peut changer
Le devenir des bâtiments devient le vrai sujet, et c'est précisément l'objet de la recherche d'Isabelle Jonveaux. Trois voies se dessinent dans les cas documentés cette année. Une autre communauté reprend les lieux, comme à Bellefontaine. Une association de laïcs, adossée au diocèse, maintient l'accueil et la prière sans vie régulière, comme au Port-du-Salut. Ou la question reste ouverte, comme à Jonquières, où le mémorial des seize saintes attend une décision. La quatrième voie, la vente et le changement d'usage, n'est arrêtée dans aucun des quatre cas examinés ici.
Pour le patrimoine, l'enjeu est concret. Un monastère habité s'entretient. Un monastère vide se dégrade vite, et sa remise en état coûte davantage que son entretien courant. Si le rythme observé se confirme, les diocèses, les collectivités et les fondations pourraient avoir à arbitrer, dans les prochaines années, entre plusieurs sites d'un même département. Reste que les deux issues favorables de 2025 et 2026 ont un point commun : elles ont été préparées avant le départ des communautés, pas après.
Questions fréquentes
Qui a réalisé l'étude sur les fermetures de monastères ?
Isabelle Jonveaux, sociologue spécialiste de la vie monastique à l'université de Fribourg, en Suisse. Ses résultats ont été révélés par La Vie le 21 juillet 2026 et paraîtront dans une revue anglophone d'urbanisme consacrée à la réutilisation des anciens lieux religieux.
Pourquoi le carmel de Compiègne ferme-t-il ?
Le diocèse de Beauvais invoque la diminution persistante des vocations, le vieillissement des sœurs et l'impossibilité de trouver des renforts extérieurs. Six religieuses vivaient encore au monastère de Jonquières au moment de l'annonce, le 21 avril 2026.
L'abbaye de la Trappe est-elle déjà fermée ?
Non. Les moines ont annoncé début mars 2026 envisager un départ à l'horizon 2028. La communauté compte douze religieux et le domaine s'étend sur environ 250 hectares.
Que deviennent les bâtiments quand une communauté part ?
Trois cas se présentent dans les dossiers récents : une autre communauté s'installe (Bellefontaine, juillet 2026), une association de laïcs reprend l'accueil en lien avec le diocèse (Port-du-Salut, octobre 2025), ou la décision reste en suspens (Jonquières).
Sources
- Zenit, « Où en est la fermeture des monastères en France ? », 6 août 2026 (reprise du chiffre de 91 abbayes contemplatives fermées entre 2007 et 2026).
- La Vie, « Il y a une accélération des fermetures de monastères » : une étude inédite dresse un état des lieux pour la France, entretien de Sixtine Chartier avec Isabelle Jonveaux, 21 juillet 2026.
- Zenit, « Le Carmel de Compiègne ferme ses portes », 28 avril 2026, et cath.ch, 29 avril 2026 (communiqué de Mgr Jacques Benoît-Gonnin du 21 avril 2026).
- Aleteia, « Fermeture du Carmel de Compiègne : la fin de quatre siècles de présence », 24 avril 2026.
- Vatican News, « Léon XIV rend grâce pour la canonisation des carmélites de Compiègne », 13 septembre 2025.
- Aleteia, « Lieu de formation et d'accueil : la future vie de l'abbaye de Port-du-Salut », 19 octobre 2025.
- Diocèse d'Angers, « L'abbaye de Bellefontaine accueille les moines du Barroux », 12 juillet 2026.
- ActuaLitté, « Après 900 ans d'histoire, les moines de l'abbaye de la Trappe annoncent leur départ », 16 mars 2026.
Image : Giogo, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)