François de Charette : chef du Marais breton, fusillé Nantes 1796
Biographie de François de Charette
François-Athanase Charette de la Contrie naquit le 21 avril 1763 au manoir de la Contrie, à Couffé, en pays nantais, terre de marais et de bocages où la Bretagne se confondait déjà, par les paroisses et les coutumes, avec le Poitou catholique. Issu d'une vieille noblesse de robe et d'épée, il fut destiné à la marine royale, où il entra fort jeune comme garde de la marine. Lieutenant de vaisseau, il servit aux Antilles, à Terre-Neuve, sur les vaisseaux du roi qui défendaient encore les lambeaux de l'empire colonial perdu en 1763. Il en revint marin de profession et gentilhomme d'esprit, façonné par le commandement, l'orage et la solitude des longs quarts, école rude et silencieuse dont il garderait, dans la guerre de bocage, l'art de l'ordre froid et de la décision rapide.
Présent aux Tuileries le 10 août 1792, parmi les derniers défenseurs de Louis XVI, il échappa au massacre des Suisses en se cachant dans un grenier du palais ; il garda toute sa vie l'amertume de n'avoir pu mourir auprès de son roi. Retiré au château de Fonteclose, dans le Marais breton, il y vivait obscurément lorsque, en mars 1793, les paysans du Pays de Retz vinrent le chercher. La tradition rapporte qu'il refusa d'abord, puis céda devant l'obstination de ses métayers ; il prit alors la cocarde blanche, ceignit l'épée, et devint en quelques semaines le chef incontesté de tout le pays compris entre la Loire, le Lac de Grand-Lieu et l'océan. Sa stature de marin, sa parole brève, son courage froid lui gagnèrent aussitôt cette adhésion totale que les paysans ne donnent qu'aux hommes en qui ils reconnaissent un maître naturel.
Vie et action
La guerre de Charette fut autre que celle des chefs angevins : non plus la grande armée marchant en bataille rangée, mais la guérilla du marais et du bocage, l'embuscade dans les chemins creux, le coup de main nocturne, la dispersion soudaine et la concentration foudroyante. Maître du Marais breton, Légé, Machecoul, Challans, Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, il y livra trois années d'une guerre acharnée contre les Colonnes infernales de Turreau (1794), conduisant ses Vendéens par les sentiers d'eau et les passes de joncs que lui seul connaissait. Le 17 février 1795, il signa avec la République le traité de la Jaunaye, paix précaire que la Convention rompit dès l'été. Charette reprit alors les armes pour soutenir le débarquement des émigrés à Quiberon (juin 1795) ; trahi par les vents et les divisions des chefs, il vit le désastre s'accomplir sans pouvoir y porter secours. Comte de Provence devenu Louis XVIII à la mort du Dauphin en juin 1795, il le nomma lieutenant général des armées du Roi et le décora de la grand-croix de Saint-Louis. Mais les forces manquaient. Traqué dans le bocage par le général Hoche, Charette fut enfin capturé le 23 mars 1796 au bois de la Pinellière, près de Saint-Sulpice-le-Verdon. Conduit à Nantes, il y fut jugé sommairement et fusillé le 29 mars 1796 sur la place Viarmes. Refusant qu'on lui bandât les yeux, il commanda lui-même le feu : « Tirez, mes amis, tirez ! », et tomba face aux balles, l'épée brisée à ses pieds.
Postérité, culte et miracles
La mort de Charette, salua Napoléon Bonaparte lui-même dans ses Mémoires, fut celle d'« un grand caractère » ; et la postérité a confirmé ce jugement d'un soldat qui s'y connaissait en grandeur. Sa fin marque, dans l'histoire militaire, la fin de la Vendée armée : avec lui s'éteignit la dernière flamme des armées catholiques et royales, et le bocage entra dans le long deuil des morts sans sépulture. Louis XVIII, dès la Restauration, fit conférer à sa mémoire la Légion d'honneur à titre posthume, distinction d'une portée symbolique considérable, puisque l'ordre napoléonien venait honorer celui qui s'était battu jusqu'au bout contre la Révolution dont il était issu. Sa famille reçut le titre de marquis et la grand-croix de Saint-Louis fut maintenue dans son blason.
Tout le XIXᵉ siècle a chanté Charette : Balzac dans Les Chouans, Victor Hugo dans Quatre-vingt-treize, et plus tard les écrivains de la mémoire vendéenne, Cesbron, Tillinac, n'ont cessé de redire la noblesse de ce marin devenu chef de paysans. Une statue équestre, œuvre de Maxime Real del Sarte, fut érigée à Legé en 1911 ; le Logis de la Chabotterie, où il fut amené après sa capture, est aujourd'hui musée et lieu de mémoire ; et le Mémorial de Vendée aux Lucs-sur-Boulogne lui réserve une place de premier rang. Au Puy du Fou enfin, le grand spectacle Le Dernier Panache, créé en 2016, raconte sa vie tout entière, depuis les Tuileries jusqu'à la place Viarmes, épopée scénique qui rend à ce gentilhomme du Marais la place qui lui revient, aux côtés de Cathelineau et de La Rochejaquelein, dans le panthéon des défenseurs du Roi martyr.
Lieux de mémoire à visiter
Le voyageur suivra les traces de Charette à travers tout le Marais breton : à Couffé (Loire-Atlantique), où subsistent les ruines du manoir de la Contrie ; à Legé, où s'élève la statue équestre de Maxime Real del Sarte (1911) ; au Logis de la Chabotterie à Saint-Sulpice-le-Verdon (Vendée), lieu exact de sa capture, aujourd'hui musée et site de mémoire ; à Nantes enfin, sur la place Viarmes, où une plaque rappelle son exécution. Le Mémorial de Vendée aux Lucs-sur-Boulogne et le Musée d'Art et d'Histoire de Cholet complètent ce parcours mémoriel. Au Puy du Fou, le spectacle Le Dernier Panache, créé en 2016, retrace toute sa vie ; il est aujourd'hui considéré comme l'un des sommets du parc et le plus bel hommage scénique rendu à ce chef vendéen.
Anecdotes et iconographie
- Le grenier des Tuileries, Le 10 août 1792, Charette échappa au massacre des Suisses en se cachant dans un grenier du palais des Tuileries, après avoir tenté de défendre le roi. Il en garda l'humiliation et le serment de mourir un jour les armes à la main..
- « Tirez, mes amis, tirez ! », Sur la place Viarmes à Nantes, le 29 mars 1796, refusant le bandeau et le poteau, Charette fit face au peloton, désigna lui-même son cœur et commanda le feu, geste dont la République, quelques jours plus tard, reconnut elle-même la grandeur dans ses comptes rendus officiels..
- Statue de Real del Sarte (1911), L'imposante statue équestre de Legé, en Loire-Atlantique, œuvre du sculpteur Maxime Real del Sarte, fut inaugurée le 1er octobre 1911 en présence d'une foule considérable, manifestation légitimiste et catholique à la veille de la Grande Guerre..
- Le mouchoir de la Pinellière, Capturé le 23 mars 1796 dans le bois de la Pinellière, blessé à la tête, Charette voulut nouer lui-même le mouchoir blanc qui l'avait suivi pendant trois ans de guerre ; ce mouchoir, recueilli par un fidèle, est conservé au Logis de la Chabotterie..
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Questions fréquentes sur François de Charette
Quelle était la singularité militaire de Charette par rapport aux autres chefs vendéens ?
Ancien officier de marine, Charette pratiqua dans le Marais breton une guerre de guérilla, embuscades, dispersion, concentration rapide, très différente des grandes batailles rangées des armées catholiques et royales d'Anjou et du Haut-Poitou.
Pourquoi Louis XVIII lui a-t-il conféré la Légion d'honneur ?
Restauré sur le trône en 1814, Louis XVIII voulut honorer la mémoire du chef qui l'avait reconnu comme roi dès juin 1795 et qui s'était battu pour la cause monarchique jusqu'à sa mort. La Légion d'honneur posthume, ordre créé par Napoléon, lui fut conférée à titre symbolique .
Comment et où Charette fut-il capturé ?
Traqué par les troupes du général Hoche, il fut surpris et capturé blessé le 23 mars 1796 au bois de la Pinellière, près de Saint-Sulpice-le-Verdon (Vendée), au lieu-dit aujourd'hui marqué par le Logis de la Chabotterie.
Quelles furent ses dernières paroles ?
Devant le peloton d'exécution, place Viarmes à Nantes, le 29 mars 1796, refusant le bandeau, il commanda lui-même le feu en s'écriant : « Tirez, mes amis, tirez ! », mot resté célèbre et rapporté par les comptes rendus républicains eux-mêmes.
Sa mort marque-t-elle la fin de la guerre de Vendée ?
Oui, son exécution scelle la fin militaire de l'insurrection vendéenne. Quelques foyers de résistance subsistèrent jusqu'aux Cent-Jours et à la chouannerie de 1832, mais la Vendée armée, en tant que phénomène de guerre régulière, s'éteignit avec Charette.
Sources
- Wikipédia, François-Athanase Charette de La Contrie.