Henri de La Rochejaquelein : généralissime vendéen, plus jeune général à 21 ans
Biographie de Henri de La Rochejaquelein
Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein, naquit le 30 août 1772 au château de la Durbelière, dans cette Vendée bocagère où la fidélité au trône et à l'autel s'enracinait depuis des siècles dans le terreau des chênes et des haies. Issu d'une lignée militaire dont l'épée avait servi tous les Bourbons, il fut élevé dans la double piété de Dieu et du roi, recevant cette éducation cavalière, sobre et hautaine, qui faisait des cadets de province les meilleurs lieutenants du royaume. Adolescent encore, il entra dans la maison militaire du roi et obtint, à la veille de l'effondrement, le grade de sous-lieutenant aux Gardes constitutionnelles de Louis XVI. Il connut Paris, vit le palais des Tuileries assiégé, et garda toute sa vie dans la mémoire la blessure du 10 août 1792, lorsque s'écroula la dernière digue qui retenait la République à la gorge de la France.
De retour dans son bocage, il observa, taciturne, l'avancée de la Terreur. Lorsque la Convention décréta la levée en masse et que les paysans angevins et vendéens, le 12 mars 1793, refusèrent en bloc la conscription révolutionnaire, le jeune comte ne pouvait demeurer en marge du soulèvement. À ses métayers réunis à la Durbelière, il prononça ces paroles que la postérité grava sur le bronze : « Si j'avance, suivez-moi. Si je recule, tuez-moi. Si je meurs, vengez-moi. » Le serment scellait, en cinq propositions sèches comme un coup d'estramaçon, l'union du chef et de la troupe ; il fondait, par la grâce d'une simple parole, ce que les armes n'avaient pas encore consacré : le droit du noble vendéen à mourir devant ses gens. Tel apparut à vingt ans, sur le seuil des guerres de la foi et du roi, ce gentilhomme dont Chateaubriand devait reconnaître la silhouette dans la grande galerie des défenseurs de la France immémoriale.
Vie et action
L'épopée militaire de La Rochejaquelein dura moins de dix mois et tient pourtant dans la mémoire des blanches Vendées la place d'une légende entière. Sous-officier d'abord, il combattit à Aubiers, à Bressuire, à Thouars, partout en première ligne, le mouchoir blanc noué autour du chapeau pour servir de cible aux ennemis et de point de ralliement aux siens. Il participa aux victoires foudroyantes de l'Armée catholique et royale, à la prise de Saumur (juin 1793), à celle d'Angers, et à la longue agonie de la virée de Galerne, cette marche désespérée vers Granville où la Vendée fut crucifiée en novembre. Après la mort de Cathelineau, après l'agonie de d'Elbée, le commandement échut au plus jeune des chefs : en octobre 1793, à vingt-et-un ans, il devint généralissime de l'Armée catholique et royale, le plus jeune que l'histoire militaire française ait connu à pareille charge. Il livra encore la bataille de Savenay, désastre où s'engloutit la grande armée vendéenne, puis revint dans son bocage pour y reprendre la guerre par embuscades. Il y trouva la mort, le 28 janvier 1794, au combat de Nuaillé, frappé d'une balle au front par un grenadier républicain qu'il avait, dit-on, voulu épargner. Il avait vingt-et-un ans.
Postérité, culte et miracles
La gloire posthume de Henri de La Rochejaquelein procède d'abord du livre que sa belle-sœur, Victoire de Donnissan, marquise de La Rochejaquelein, composa dans les années 1810 : ces Mémoires demeurent l'un des plus beaux monuments de la prose française du premier XIXᵉ siècle, et donnèrent à la Restauration son bréviaire vendéen. Chateaubriand, qui les lut avec ferveur, salua dans le jeune comte « le génie naturel du commandement » et fit du panache blanc de Nuaillé l'un des emblèmes de la France immémoriale. Sous Louis XVIII, sa dépouille fut transférée en grande pompe ; sous Charles X, la famille reçut les honneurs d'une noblesse martyre ; et tout au long du XIXᵉ siècle, le bocage se couvrit de croix, de calvaires et de stèles à sa mémoire, depuis la chapelle de Nuaillé jusqu'aux ruines de la Durbelière, hautes pierres calcinées dont le toit ne fut jamais relevé, comme pour témoigner que la maison était morte avec le maître.
Au XXᵉ siècle, la mémoire vendéenne, longtemps refoulée par la République, retrouva ses droits par la grâce d'une œuvre singulière : le Puy du Fou, fondé en 1978 par Philippe de Villiers sur les ruines du château éponyme, restitua au peuple du bocage l'épopée de ses pères. Les spectacles nocturnes de la Cinéscénie, les fresques équestres et la Renaissance du Château y évoquent, soir après soir, la chevauchée des Blancs ; et le nom de La Rochejaquelein y résonne avec celui de Cathelineau, de Charette et de tous les chefs qui versèrent leur sang pour le roi martyr. Le bocage tout entier, Cholet, Les Lucs-sur-Boulogne, Saint-Florent-le-Vieil, porte aujourd'hui son nom comme une oraison.
Lieux de mémoire à visiter
La mémoire d'Henri de La Rochejaquelein se découvre d'abord aux ruines du château de la Durbelière, à Saint-Aubin-de-Baubigné (Deux-Sèvres), berceau de sa lignée et théâtre du serment fondateur ; on y verra encore les hauts murs calcinés que les Colonnes infernales abandonnèrent en 1794. À Nuaillé, en Maine-et-Loire, la chapelle commémorative marque l'endroit précis où il tomba. Le voyageur poursuivra par Cholet, Musée d'Art et d'Histoire, riche en collections vendéennes, et par Saint-Florent-le-Vieil, où repose Cathelineau. Le pèlerinage s'achève au Puy du Fou, en Vendée, dont la Cinéscénie et le spectacle Le Dernier Panache font revivre l'épopée des Blancs. Aux Lucs-sur-Boulogne enfin, le Mémorial de Vendée et la Chapelle du Petit-Luc rendent hommage aux populations martyres de 1794.
Anecdotes et iconographie
- Le mouchoir blanc de Nuaillé, Henri ne portait jamais d'uniforme galonné mais un simple habit de chasse, distingué par un mouchoir blanc noué au chapeau et un cœur sacré cousu sur la poitrine, signe de ralliement et de défi tout ensemble..
- Le serment de la Durbelière, Prononcé en mars 1793 devant ses métayers réunis dans la cour du château, le triple serment « Si j'avance, suivez-moi… » fut immédiatement adopté par toute la cavalerie vendéenne comme cri de guerre..
- Portrait par Pierre-Narcisse Guérin, Le tableau commandé par la duchesse de Berry sous la Restauration, conservé au château de Versailles, montre le jeune généralissime sabre au clair, le panache blanc dressé contre un ciel d'orage..
- La balle de Nuaillé, La tradition vendéenne rapporte qu'Henri, voyant un grenadier bleu désarmé, lui cria de se rendre ; le soldat tira et l'abattit. Le geste résume l'esprit chevaleresque qui le perdit..
À découvrir sur France Éternelle
- Annuaire des 5 personnages de France (Phase 1)
- Annuaire des 193 cathédrales de France
- Cathédrale Notre-Dame de Reims, sacre des rois de France
- Basilique de Saint-Denis, nécropole royale (gisants)
Questions fréquentes sur Henri de La Rochejaquelein
Pourquoi Henri de La Rochejaquelein est-il appelé le plus jeune généralissime ?
Élu généralissime de l'Armée catholique et royale en octobre 1793, à la suite de la blessure mortelle de d'Elbée, il avait alors vingt-et-un ans, fait sans précédent dans l'histoire militaire française.
Quelle est l'origine exacte de sa célèbre devise ?
Henri prononça « Si j'avance, suivez-moi. Si je recule, tuez-moi. Si je meurs, vengez-moi » en mars 1793 à la Durbelière, devant les paysans de son métayage qui hésitaient à le suivre dans le soulèvement.
Où mourut-il et dans quelles circonstances ?
Il fut tué d'une balle au front le 28 janvier 1794 au combat de Nuaillé (Maine-et-Loire), pendant la guerre de bocage qui suivit le désastre de Savenay. La tradition rapporte qu'il voulut épargner le grenadier qui l'abattit.
Qui est l'auteur des fameux Mémoires ?
Sa belle-sœur Victoire de Donnissan, marquise de La Rochejaquelein, qui avait épousé son frère Louis. Ses Mémoires, publiés en 1815, constituent la principale source littéraire sur la guerre de Vendée et furent un succès considérable sous la Restauration.
Peut-on visiter aujourd'hui les lieux de sa mémoire ?
Oui : ruines du château de la Durbelière, chapelle de Nuaillé, Mémorial de Vendée aux Lucs-sur-Boulogne, Musée d'Art et d'Histoire de Cholet, et surtout le Puy du Fou, où le spectacle Le Dernier Panache évoque l'épopée vendéenne.
Sources
- Wikipédia, Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein.