Le drapeau vendéen : histoire et signification
Sous le nom de drapeau vendéen, on désigne en réalité deux emblèmes que l'histoire a reliés sans les confondre : d'une part l'étendard au Sacré-Cœur surmonté d'une croix, rouge sur fond blanc, porté par l'Armée catholique et royale lors du soulèvement de 1793 ; d'autre part le drapeau contemporain du département de la Vendée, au double cœur enlacé, adopté au XXe siècle. Entre les deux court un fil continu, celui d'une dévotion devenue signe de ralliement, puis emblème territorial. Distinguer ce qui relève de l'histoire attestée, de la tradition dévotionnelle et de la mémoire reconstruite est ici indispensable, tant le sujet a été chargé de significations successives.
La dévotion au Sacré-Cœur, une origine spirituelle antérieure à 1793
L'emblème vendéen ne naît pas avec la guerre : il puise dans une dévotion déjà ancienne. Entre 1673 et 1675, une religieuse de la Visitation de Paray-le-Monial, Marguerite-Marie Alacoque, rapporte une série d'apparitions du Christ lui montrant son cœur « brûlant d'amour pour les hommes » et couronné d'épines. De cette expérience mystique naît la dévotion réparatrice au Sacré-Cœur, qui se diffuse largement aux XVIIe et XVIIIe siècles. La tradition rapporte qu'en juin 1689, la religieuse aurait transmis à Louis XIV le souhait du Christ de voir la France consacrée au Sacré-Cœur et son image portée sur les étendards du royaume : la demande resta sans suite. Il faut souligner que ce dernier épisode appartient au registre de la tradition dévotionnelle et non au fait historiquement établi, mais il éclaire pourquoi, un siècle plus tard, les insurgés de l'Ouest trouveront dans ce motif un emblème tout prêt.
1793 : le Sacré-Cœur, signe de l'Armée catholique et royale
Au printemps 1793, des paysans de l'Ouest, fidèles à l'Église réfractaire, se soulèvent contre la levée des trois cent mille hommes décrétée par la Convention. Le mouvement se structure rapidement en Armée catholique et royale. Très vite, le combattant vendéen part au combat avec une représentation du Sacré-Cœur, le plus souvent un cœur de couleur sang surmonté d'une croix, découpé dans un carré d'étoffe blanche et porté en scapulaire ou cousu à la boutonnière. L'insigne n'est pas seulement religieux : il vaut signe de reconnaissance et gage de protection. À l'origine, beaucoup d'insurgés arboraient une simple cocarde ou un ruban blanc, couleur associée à la monarchie depuis le Moyen Âge ; le Sacré-Cœur s'impose ensuite comme la marque distinctive du soulèvement.
Les bannières de la guerre de Vendée
Les drapeaux proprement dits furent confectionnés à la hâte, le plus souvent par les femmes, à partir de tissus de récupération : robes, nappes, draperies, et fleurs de lys parfois prélevées sur des ornements d'église. Leurs dimensions approchaient celles des drapeaux d'infanterie de l'époque. Sur le fond blanc royal se déployaient croix, Sacré-Cœur, double cœur enflammé, fleurs de lys, accompagnés de devises explicites : « Vive Louis XVII », « Vive la religion catholique », « Armée catholique et royale », ou encore la formule « Dieu le veut ». Il n'existait donc pas un drapeau vendéen unique mais une multiplicité de bannières, propres à chaque paroisse ou compagnie. Très peu ont survécu, les emblèmes rebelles ayant été systématiquement détruits après capture ; le drapeau attribué à Henri de La Rochejaquelein compte parmi les rares pièces conservées et devenues icônes du mouvement.
Le symbolisme : foi et fidélité
Le sens du drapeau tient en deux mots, foi et fidélité. Le fond blanc renvoie à la légitimité monarchique ; le Sacré-Cœur, à l'attachement au catholicisme défendu contre la déchristianisation révolutionnaire ; la croix qui le surmonte, à l'espérance de la Résurrection. L'ensemble exprime une double allégeance, au Roi et à l'Église, sans qu'il faille y projeter les lectures partisanes que les siècles suivants y ont parfois ajoutées. Le motif connaîtra des prolongements : on le retrouve dans la mémoire chouanne de l'Ouest, et il refait surface en 1917 lorsque Claire Ferchaud, jeune femme de Loublande dans les Deux-Sèvres, sollicite le président Poincaré pour faire figurer le Sacré-Cœur sur le drapeau national, démarche restée sans effet. Ces épisodes relèvent de l'histoire des dévotions et non d'une continuité politique directe.
Du Sacré-Cœur au double cœur : l'héraldique départementale
Le drapeau actuel du département procède d'une évolution distincte. Au tournant du XIXe siècle, le Bas-Poitou connaissait un bijou de fiançailles, le double cœur enlacé surmonté d'une couronne, dit parfois « guimbarde », symbole de l'amour et de l'union des fiancés, dépourvu de toute portée politique. Ce motif populaire a fini par se superposer au souvenir du Sacré-Cœur des combattants. Le 20 octobre 1943, la Commission des Sceaux et Armoiries de l'État enregistre à Paris le blason départemental, dont le blasonnement se lit : « d'argent au double cœur enlacé évidé couronné croiseté de gueules, à la bordure componée de France et de Poitou ». La devise retenue, « Utrique fidelis », « Fidèle à l'un et à l'autre », a reçu une lecture officielle apaisée : fidélité à la grande patrie, la France, et à la petite patrie, la Vendée. De ces armes dérive, en 1989, le logotype du double cœur rouge et blanc qui identifie aujourd'hui le Conseil départemental, et le drapeau bicolore, rouge et blanc, frappé du double cœur couronné et croiseté. Ainsi le combattant de 1793 portait un cœur unique, le département moderne en arbore deux : la nuance résume tout le glissement d'un emblème de guerre vers un symbole d'identité régionale.
Sources
- Sanctuaire du Sacré-Cœur de Paray-le-Monial, « Sainte Marguerite-Marie », sacrecoeur-paray.org.
- « Marguerite-Marie Alacoque », notice encyclopédique, fr.wikipedia.org.
- Vendée Tourisme, « La petite histoire du cœur vendéen », vendee-tourisme.com.
- Puystory, « Les drapeaux vendéens » et « Le Cœur vendéen », puystory.com / puystory.fr.
- La Chouette de Vendée, « Les armoiries de la Vendée », la-chouette-de-vendee.fr.
- Troospeanet, « Origine et signification du blason de la Vendée », troospeanet.fr.
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Questions fréquentes
À quoi ressemblait le drapeau vendéen de 1793 ?
Le plus souvent un drapeau blanc, couleur de la monarchie, orné du Sacré-Cœur surmonté d'une croix, parfois accompagné d'une devise comme Dieu le Roi.
Que symbolise le Sacré-Cœur sur le drapeau vendéen ?
La dévotion au Sacré-Cœur, très vive chez les insurgés, dont il était le signe de ralliement et de foi.
La Vendée a-t-elle un drapeau aujourd'hui ?
Le département dispose d'un emblème contemporain reprenant le motif des deux cœurs, héritier de cette histoire.
Sources : Histoire des guerres de Vendée ; vexillologie régionale ; emblème du département de la Vendée.
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