Sommaire

    Histoire et liturgie

    Notre-Dame : la messe qui perpétue le Magnificat du 26 août 1944

    Par La rédaction de France Éternelle · Paris, 22 août 2026

    Le dimanche 30 août 2026 à 18 heures, Notre-Dame de Paris célèbre la messe de fondation pour la Libération de Paris. Mgr Philippe Marsset, évêque auxiliaire, la présidera ; KTO la retransmettra. Cette messe n'est pas une commémoration ordinaire. Elle repose sur une convention signée le 26 juin 2002 entre la Fondation Charles-de-Gaulle, la Fondation Maréchal Leclerc de Hauteclocque et l'archevêché de Paris, qui oblige le diocèse à la célébrer chaque année. Elle fait mémoire d'un moment précis : le Magnificat chanté sous les balles, le 26 août 1944.

    Ce qui va se passer le 30 août

    Le diocèse de Paris a inscrit la célébration à son agenda : dimanche 30 août 2026, 18 heures, à Notre-Dame. Mgr Philippe Marsset, évêque auxiliaire, présidera. La messe sera retransmise par KTO. L'intention est fixée par écrit et ne varie pas d'une année sur l'autre. Le diocèse la formule ainsi : « à l'intention du général de Gaulle, du maréchal Leclerc, de tous les résistants, victimes civiles et militaires de la guerre de 1939-1945, ainsi que pour la paix ». Le Magnificat y est chanté. La date flotte autour du 26 août, jour anniversaire, et tombe sur un dimanche.

    Qu'est-ce qu'une messe de fondation ?

    Une messe de fondation est une messe qu'une institution s'oblige à célébrer indéfiniment, en vertu d'un acte juridique et d'une dotation. Le droit de l'Église la classe parmi les « fondations pieuses », traitées au livre V du Code de droit canonique de 1983, canons 1299 à 1310. Le canon 1303 définit la fondation pieuse non autonome. Ce sont des biens temporels remis à une personne juridique publique. Celle-ci doit en employer les revenus pour faire célébrer des messes et remplir d'autres charges déterminées. Le canon 1304 exige l'autorisation écrite de l'Ordinaire du lieu et impose que les revenus correspondent exactement aux charges. Le canon 1310 encadre toute réduction ultérieure de ces obligations. Autrement dit, une fondation n'est pas une intention pieuse : c'est un engagement opposable, que l'évêque du moment hérite de son prédécesseur.

    La pratique est ancienne. Avant la Révolution, le curé tenait les registres paroissiaux des baptêmes, des mariages et des sépultures. Il y consignait parfois les messes anniversaires dites pour le repos de l'âme des défunts, rappelle le portail FranceArchives. Une famille dotait une église, l'église devait la messe, et le registre en gardait la trace. La convention de 2002 reprend cette mécanique et la déplace. Ce n'est plus une famille qui dote des prières pour ses morts. Ce sont deux fondations mémorielles et un archevêché, qui inscrivent un événement national dans le calendrier d'une cathédrale.

    Un Magnificat, pas un Te Deum

    Le 26 août 1944, après avoir descendu les Champs-Élysées, le général de Gaulle gagne Notre-Dame. Il est accompagné des chefs de la Résistance et du général Leclerc, libérateur de Paris à la tête de la 2e division blindée. La mémoire commune parle d'un Te Deum. Le Centre des monuments nationaux, qui gère les tours de la cathédrale, corrige : « La cérémonie qui va s'y dérouler n'est pas un Te Deum, contrairement à ce qui a souvent été écrit, mais un Magnificat. » Il cite l'historien Mathieu Lours, auteur de Notre-Dame des siècles aux éditions du Cerf, pour qui ce chant marque une étape de la légitimation du pouvoir gaullien. La confusion est tenace : le site pédagogique de la Fondation Charles-de-Gaulle légende encore la scène « Te Deum de victoire ».

    La distinction n'est pas un détail d'érudition. Le Te Deum est l'hymne d'action de grâces des victoires et des sacres, chanté depuis des siècles pour les rois. Le Magnificat est le cantique de Marie, une prière du soir, plus sobre et moins triomphale. Le texte gravé sur la plaque commémorative posée en 2002 retient d'ailleurs le Magnificat, et le diocèse la situe aujourd'hui dans le transept sud de la cathédrale.

    La cérémonie fut brève. Dès l'arrivée du général sur le parvis, des coups de feu éclatent et des balles ricochent sur la façade. D'autres partent de l'intérieur, depuis les galeries hautes. Plusieurs personnes sont atteintes. La célébration est écourtée et ne dure pas plus d'un quart d'heure. L'origine des tirs n'a jamais été établie.

    « Le Magnificat s'élève. En fut-il jamais chanté de plus ardent ? »Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, t. II, L'Unité, Plon, 1956

    Un absent pèse sur la scène : le cardinal Emmanuel Suhard, archevêque de Paris. Selon la Fondation Charles-de-Gaulle, il fut écarté de la cérémonie et de la cathédrale, de Gaulle et les chefs de la Résistance lui reprochant de s'être compromis dans la collaboration. C'est le père dominicain Raymond-Léopold Bruckberger, résistant, qui l'accompagne à la sortie de la cathédrale. Deux jours plus tôt, le 24 août vers 21 heures, le bourdon Emmanuel avait déjà sonné. Huit policiers de la préfecture, appelés par l'évêché, en avaient actionné les leviers. Il fallait annoncer l'entrée de la division Leclerc dans Paris. Les cloches des paroisses avaient suivi.

    Six années hors les murs

    La messe de fondation a survécu à l'incendie du 15 avril 2019, mais elle a dû sortir de la cathédrale. Les comptes rendus du diocèse permettent d'en refaire le trajet. En 2018, elle était encore célébrée à Notre-Dame par Mgr Denis Jachiet. En 2019, elle se replie sur Saint-Eustache, présidée par Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées. De 2020 à 2024, elle se tient à Saint-Germain-l'Auxerrois, l'ancienne paroisse des rois, à quelques centaines de mètres du Louvre. Pour le 80e anniversaire, le 25 août 2024, c'est là que Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, l'a célébrée à 10 heures.

    Le retour a eu lieu le 31 août 2025, sous la présidence de Mgr Emmanuel Tois, évêque auxiliaire, dans une cathédrale rouverte au culte. L'édition du 30 août 2026 sera donc la deuxième depuis la réouverture. Une obligation contractée en 2002 aura traversé un sinistre, six éditions hors les murs et un chantier de restauration sans jamais être interrompue. C'est exactement ce que le droit canonique attend d'une fondation.

    Pourquoi cela compte

    L'affaire dit quelque chose de la manière dont la France range sa mémoire. La République commémore la Libération par des cérémonies aux monuments, des dépôts de gerbes et des discours. L'Église, elle, a une autre technique : elle fonde. Elle transforme un souvenir en obligation cultuelle, datée, dotée, transmissible, que personne n'a besoin de décider chaque année. Le procédé a organisé la mémoire des familles médiévales ; il organise ici celle d'une capitale.

    Il y a un dernier fil, plus discret. La veille du Magnificat, le 25 août 1944, de Gaulle parlait à l'Hôtel de Ville. C'est le discours où revient la formule « la France éternelle », expression au passé disputé, qu'il retourne alors contre l'usage qu'en avait fait Vichy. Deux jours, deux gestes : un discours, puis un cantique. La messe du 30 août fait mémoire du second.

    Questions fréquentes

    Quand a lieu la messe de la Libération de Paris en 2026 ?

    Le dimanche 30 août 2026 à 18 heures, à la cathédrale Notre-Dame de Paris, avec retransmission sur KTO.

    Qui préside la messe de fondation en 2026 ?

    Mgr Philippe Marsset, évêque auxiliaire de Paris. Il l'avait déjà présidée en 2020, 2021 et 2022, à Saint-Germain-l'Auxerrois.

    Qu'est-ce qu'une messe de fondation ?

    Une messe que le clergé s'oblige à célébrer indéfiniment en vertu d'une dotation et d'un acte juridique. Le Code de droit canonique de 1983 la range parmi les fondations pieuses, canons 1299 à 1310.

    A-t-on chanté un Te Deum à Notre-Dame le 26 août 1944 ?

    Non. Selon le Centre des monuments nationaux, qui cite l'historien Mathieu Lours, la cérémonie fut un Magnificat, contrairement à ce qui a souvent été écrit.

    Pourquoi la cérémonie de 1944 a-t-elle été écourtée ?

    Des coups de feu ont éclaté sur le parvis puis à l'intérieur, depuis les galeries hautes. Plusieurs personnes ont été blessées. La célébration n'a pas duré plus d'un quart d'heure et l'origine des tirs reste inconnue.

    Où la messe était-elle célébrée pendant la fermeture de Notre-Dame ?

    À Saint-Eustache en 2019, puis à Saint-Germain-l'Auxerrois de 2020 à 2024. Elle est revenue à Notre-Dame le 31 août 2025.

    Sources

    • Diocèse de Paris, « Messe de fondation pour la Libération de Paris » : page de fond, agenda du 30 août 2026 et comptes rendus des éditions 2018 à 2025.
    • Diocèse de Paris, communiqué de presse du 25 août 2024, 80e anniversaire de la Libération de Paris.
    • Centre des monuments nationaux, « Notre-Dame et la Libération de Paris », citant Mathieu Lours, Notre-Dame des siècles, éditions du Cerf.
    • Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, tome II, L'Unité, Plon, 1956.
    • Fondation Charles-de-Gaulle, ressource pédagogique sur la sortie de Notre-Dame du 26 août 1944.
    • Saint-Siège, Code de droit canonique (1983), livre V, titre IV, canons 1299 à 1310.
    • FranceArchives, portail national des archives, « Les registres paroissiaux et d'état civil ».

    Image : les Champs-Élysées et la 2e division blindée, 26 août 1944. Photo Jack Downey, U.S. Office of War Information, domaine public, via Wikimedia Commons.