Cantique de Marie

La Visitation de la Vierge ou Le Magnificat, 1716, huile sur toile, église Saint-Sulpice (Paris)
La Visitation de la Vierge ou Le Magnificat, 1716, huile sur toile, église Saint-Sulpice (Paris), Jean Jouvenet, Source : Wikimedia Commons (Public domain)

Magnificat (Canticum Beatae Mariae Virginis), Magnificat (Lc 1,46-55) : texte latin et français, cantique de la Vierge à la Visitation, structure biblique et usage à Vêpres.

Fiche de synthèse

Titre latin
Magnificat (Canticum Beatae Mariae Virginis)
Type
cantique
Siècle d'origine
Ier siècle
Auteur attribué
Évangile selon saint Luc 1, 46-55 ; paroles attribuées à la Vierge Marie lors de la Visitation à sa cousine Élisabeth
Usage liturgique
Cantique évangélique des Vêpres dans toute la liturgie latine (depuis Règle de saint Benoît, chap. 17) ; chanté debout, avec encensement de l'autel les jours solennels ; antienne propre selon le temps (O antiennes du 17 au 23 décembre) ; pivot de la Visitation (31 mai) ; cantique des Pauvres dans la spiritualité ignatienne et de Lourdes.
Type
Cantique évangélique (Lc 1,46-55)
Origine
Ier siècle, évangile de Luc
Auteur
Marie, mère de Jésus (parole prononcée à la Visitation)
Structure
Cantique en deux strophes, modèle du Cantique d'Anne (1 S 2,1-10)
Usage liturgique
Office des Vêpres (chaque jour), Visitation
Antienne propre
Magnificat antiphon variable selon le calendrier
Statut
Premier cantique évangélique du Bréviaire

Histoire et contexte

Cantique évangélique prononcé par Marie chez Zacharie et Élisabeth (Lc 1,46-55), inspiré du cantique d'Anne (1 S 2,1-10) et de la prière des Pauvres de Yahvé. Texte composé en grec par Luc vers 80-90, traduit en latin par la Vetula puis fixé par la Vulgate hiéronymienne (vers 384-405). Saint Benoît l'inscrit au cœur des Vêpres dans sa Règle (chapitre 17, vers 540), usage que conservent toutes les traditions latines. Chanté quotidiennement à Vêpres depuis quinze siècles, il est précédé d'une antienne propre au temps liturgique. La nouvelle traduction française liturgique (AELF, 2013) en a légèrement révisé le texte. Le Magnificat est le cantique du renversement messianique : abaissement des puissants, exaltation des humbles.

Texte latin

Magnificat anima mea Dominum, et exsultavit spiritus meus in Deo salvatore meo, quia respexit humilitatem ancillae suae. Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes, quia fecit mihi magna, qui potens est, et sanctum nomen eius, et misericordia eius in progenies et progenies timentibus eum. Fecit potentiam in brachio suo, dispersit superbos mente cordis sui; deposuit potentes de sede et exaltavit humiles; esurientes implevit bonis et divites dimisit inanes. Suscepit Israel puerum suum, recordatus misericordiae, sicut locutus est ad patres nostros, Abraham et semini eius in saecula. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto, sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in saecula saeculorum. Amen.

Texte français

Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s'est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Son amour s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël, son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa race, à jamais. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient, pour les siècles des siècles. Amen.

Commentaire spirituel

Le Magnificat est la parole de Marie au seuil de la maison de Zacharie, en réponse à l'acclamation d'Élisabeth (Lc 1,46-55). Ce cantique, le plus long mis dans la bouche d'une femme dans le Nouveau Testament, est tissé d'allusions vétérotestamentaires : il décalque le cantique d'Anne, mère de Samuel (1 S 2,1-10), et puise dans les psaumes (Ps 113, Ps 126) ainsi que dans les prophètes. Marie, par sa lectio d'Israël, fait remonter au Père toute la promesse messianique.

La structure est un retournement social et spirituel : « Il a renversé les puissants de leur trône et il a élevé les humbles ». Dieu agit par inversion ; les premiers seront les derniers. Cette dynamique évangélique trouve dans le Magnificat sa formulation la plus pure. Saint Bède, dans son Commentaire sur Luc, voit dans ce cantique la définition même de la humilitas chrétienne : Dieu regarde la humilitas ancillae suae, l'humilité de sa servante. Ce regard abaissé fait le retournement.

Depuis saint Benoît (Règle, ch. 17), le Magnificat est le cantique propre des Vêpres : chaque soir, l'Église entière reprend la parole de Marie comme la sienne. C'est l'action de grâce vespérale universelle. Une antienne propre, variable selon le jour ou la fête, l'encadre, soulignant le mystère contemplé. Aux grandes solennités, l'encensement de l'autel pendant le chant du Magnificat manifeste l'honneur rendu au mystère du Verbe incarné dont Marie est le sanctuaire.

Comment prier le Cantique de Marie

Faites du Magnificat votre prière du soir : à la fin du jour, debout, idéalement chanté en latin sur les huit tons psalmodiques. Si vous priez seul, lisez-le lentement, en marquant le retournement central (« Il a renversé… il a élevé »). Méditez chaque verset une semaine entière comme thème de lectio divina : neuf semaines suffisent à parcourir le cantique. À la Visitation (31 mai), il est la Parole proclamée à la Messe ; faites-en mémoire en famille en le récitant à table.

Madonna del Magnificat de Sandro Botticelli (vers 1483), tempera sur bois, Galerie des Offices, Florence
Madonna del Magnificat de Sandro Botticelli (vers 1483), tempera sur bois, Galerie des Offices, Florence, Armin Kleiner, Source : Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Questions fréquentes

Quelle est la source biblique du Magnificat ?

Le cantique est tissé d'allusions à l'Ancien Testament, principalement au cantique d'Anne (1 S 2,1-10), aux psaumes 113 et 126, et aux prophètes Isaïe et Habacuc. Marie y montre une connaissance profonde des Écritures.

Pourquoi le chante-t-on à Vêpres ?

Saint Benoît, dans la Règle (ch. 17), assigne le Magnificat aux Vêpres comme cantique évangélique propre. Comme le Benedictus le matin et le Nunc dimittis le soir, il fait entrer la prière monastique dans la voix même de l'Évangile.

Y a-t-il une variante de la doxologie ?

Non : le cantique évangélique se conclut, comme tout psaume à l'Office, par la doxologie trinitaire « Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. »

Pour aller plus loin

  • Saint Bède le Vénérable, Commentaire de l'Évangile de Luc, livre I
  • Catéchisme de l'Église catholique, §§ 2619, 2675 (le Magnificat de Marie)
  • Lucien Deiss, Les Hymnes liturgiques. Magnificat, Benedictus, Nunc dimittis, Cerf, 1972