Sommaire

    Archéologie

    Mettray : une statue gauloise jetée dans le fossé d'une ferme

    Par La rédaction de France Éternelle · Mettray, 8 octobre 2026

    L'Inrap a fouillé à Mettray, au nord de Tours, une ferme gauloise occupée entre 150 et 80 avant Jésus-Christ. L'opération, menée durant l'hiver 2023-2024 sur 3,5 hectares, a dégagé un enclos résidentiel de 1,2 hectare. Deux objets sortent du lot. Une statue de calcaire de 49 centimètres, usée jusqu'au visage. Une épée de fer volontairement rendue inutilisable. Les deux gisaient dans les fossés de l'enclos. L'institut y lit des gestes rituels : l'un marque une transition, l'autre la fermeture du lieu. Les résultats ont été mis en ligne le 20 juillet 2026.

    Ce que la fouille a dégagé

    Le chantier a été prescrit avant l'extension d'une zone industrielle portée par Tours Métropole. Les archéologues de l'Inrap ont ouvert 3,5 hectares au lieu-dit Le Désert, sur le plateau calcaire qui domine la vallée du ruisseau de La Perrée. Ils y ont reconnu un enclos résidentiel rectangulaire de 1,2 hectare, délimité par trois fossés rectilignes. Un large fossé de partition le coupe en deux, avec un passage aménagé au centre. Des bandes stériles courent le long des fossés : elles signalent des talus aujourd'hui arasés.

    La cour orientale enserre un bâtiment sur quatre poteaux. La cour occidentale en regroupe quatre, dont deux ont été réaménagés après leur construction. À l'extérieur, un réseau de parcelles secondaires organise l'écoulement des eaux et sépare les espaces artisanaux des espaces agropastoraux. L'analyse des comblements permet de distinguer deux phases successives d'occupation.

    Le plateau n'était pas vierge. Le Paléolithique moyen y a laissé de nombreux artéfacts de pierre taillée, dont un biface, remontés par les mouvements de terrain. Quelques structures et du mobilier résiduel signalent des passages au Néolithique, au Bronze final et au Hallstatt moyen, entre 625 et 540 avant Jésus-Christ environ. Quatre siècles et demi après l'abandon de la ferme, ce même pays, au nord de la Loire, verra Martin de Tours fonder son monastère de Marmoutier.

    Une statue de 49 centimètres, un crâne à 90 mètres

    La statue provient du fossé méridional. Elle mesure 49 centimètres et pèse plus de 18 kilogrammes. Elle a été taillée dans un calcaire plein d'imperfections. L'usure est avancée, mais on distingue encore les yeux, le nez, la bouche et la naissance d'une chevelure. Sa position dans le remplissage du fossé coïncide avec le passage d'une phase d'occupation à l'autre.

    Le geste intrigue les archéologues. Un objet figuré, façonné avec soin, se retrouve abandonné dans un contexte domestique ordinaire.

    « La mise au rebut de cet objet esthétique au sein d'un contexte domestique revêt un caractère symbolique fort. »Inrap, chronique de site du 20 juillet 2026

    Un second dépôt accompagne le premier. Des fragments de boîte crânienne ont été mis au jour à 90 mètres de la statue, dans le même fossé et dans un niveau stratigraphique synchrone. L'Inrap parle d'une pièce mémorielle et d'un probable geste cultuel. L'institut ne va pas au-delà : rien n'indique à ce stade l'identité du défunt ni la nature exacte du rite.

    Une épée mutilée pour fermer le lieu

    L'épée reposait ailleurs, dans le fossé de partition interne, tout près de la zone de franchissement par laquelle on circulait dans l'enclos. Elle était encore dans son fourreau. Elle avait été volontairement mutilée, rendue totalement inutilisable. Sa radiographie a été réalisée par le laboratoire AntePostQuem.

    Le dépôt intervient à la fin de l'occupation. Selon l'Inrap, il pourrait symboliser l'abandon du lieu de résidence. Détruire une arme et la déposer au seuil d'un passage : le geste ferme un espace habité plutôt qu'il ne le protège. C'est la lecture que propose l'institut, au conditionnel.

    Une exploitation qui vivait presque en autarcie

    Le mobilier dessine une ferme qui produisait à peu près tout ce qu'elle consommait. Sidérurgie, mouture des grains, travail du textile, cuisine, traitement des ressources animales : ces activités sont attestées tout au long de l'occupation, avec des réorganisations entre les deux phases.

    Un détail sort de l'ordinaire. L'étude des restes de faune met en évidence une boucherie spécifiquement chevaline, en proportions élevées durant la première phase. Le cheval nourrissait donc les habitants, alors qu'il tient plus souvent, dans les fermes gauloises fouillées, le rang d'animal de prestige. C'est cette particularité, plus que le plan de l'enclos, qui distingue Mettray. Pour l'Inrap, la variété des objets et des matériaux place le site parmi les mieux dotés du secteur.

    Le contexte historique : la Touraine avant Caesarodunum

    Ce plateau appartenait au territoire des Turones, l'un des peuples de la Gaule antique, celui qui a donné son nom à la Touraine et à la ville de Tours. Leur principal oppidum, avant la conquête romaine, se trouvait très probablement à Amboise, sur une cinquantaine d'hectares. Sous la tutelle de Rome, leur chef-lieu devint Caesarodunum, l'actuelle Tours. La ferme du Désert appartient au monde qui précède cette bascule : un habitat dispersé, autonome, fondé sur l'exploitation d'un terroir et non sur une ville.

    La chronologie mérite d'être posée précisément. L'Inrap date l'occupation de La Tène D1, soit de 150 à 80 avant Jésus-Christ. La guerre des Gaules commence en 58 avant Jésus-Christ. L'enclos de Mettray a donc été fermé, selon la datation retenue, dans les décennies qui précèdent l'arrivée de César, et non pendant la conquête. L'institut n'établit aucun lien entre l'abandon du site et les événements militaires. La prudence s'impose : un enclos rural pouvait être quitté pour bien d'autres raisons, épuisement des sols, recomposition d'un domaine, décès d'un chef de famille.

    Quatre siècles et demi plus tard, la même région change de centre de gravité. Martin, né en 316 à Savaria en Pannonie, devient évêque de Tours et fonde vers 372 l'abbaye de Marmoutier, sur la rive droite de la Loire un peu en amont de la ville. Il meurt à Candes le 8 novembre 397. Le pays des Turones devient alors l'un des foyers de la chrétienté des Gaules, celui que fréquenteront Clovis et les Mérovingiens. Entre la ferme du Désert et le monastère de Martin, il y a la même campagne, deux mondes et quatre cent cinquante ans.

    Pourquoi cette fouille compte

    Les enclos gaulois sont nombreux en France, et celui de Mettray reprend une forme connue. Son intérêt tient à ce qu'il livre en plus. D'abord une séquence lisible, presque intégralement fouillée, avec deux phases et des réaménagements datés. Ensuite deux dépôts dont la position stratigraphique est documentée, ce qui est rare : la statue à la charnière des deux phases, l'épée à la toute fin. Enfin un régime alimentaire atypique.

    Ces données comptent parce qu'elles portent sur les gestes, non sur les objets seuls. Un enclos rural n'est pas seulement un plan au sol. Il a été ouvert, cloisonné, habité, puis refermé par des actes délibérés que la fouille restitue.

    Ce que cela peut changer

    Le dossier alimente la connaissance du plateau au nord de Tours au second âge du Fer, un secteur moins documenté que la vallée. La statue, scannée en trois dimensions et relevée par photogrammétrie, pourra être comparée aux rares effigies de pierre connues pour cette période en Gaule. L'étude de la faune, si elle est publiée en détail, intéressera le débat sur la place du cheval dans l'alimentation gauloise. Ces travaux dépendront désormais du calendrier de publication scientifique, plus lent que celui de la fouille.

    Questions fréquentes

    Où se trouve le site du Désert ?

    Sur la commune de Mettray, en Indre-et-Loire, au nord de Tours, sur le plateau calcaire qui domine la vallée du ruisseau de La Perrée.

    De quand date la ferme gauloise de Mettray ?

    De La Tène D1, soit entre 150 et 80 avant Jésus-Christ, avec deux phases d'occupation successives identifiées par l'analyse des remplissages de fossés.

    Que représente la statue découverte ?

    L'usure est trop avancée pour l'identifier. On distingue les yeux, le nez, la bouche et le départ d'une chevelure. Elle mesure 49 cm et pèse plus de 18 kg.

    Pourquoi l'épée a-t-elle été détruite ?

    L'Inrap y voit un acte rituel intervenu à la fin de l'occupation. Le dépôt pourrait symboliser l'abandon du lieu de résidence. Aucune certitude n'est avancée.

    Peut-on visiter la fouille ?

    Non. Il s'agit d'une fouille préventive achevée en février 2024, préalable à l'extension d'une zone industrielle. Le terrain a été rendu à l'aménageur.

    Sources

    Image d'illustration : reconstitution d'une ferme gauloise et de son enclos, avec grenier sur pilotis, à l'Archéodrome de Beaune. Photo Christophe Finot, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.5. Ce cliché ne représente pas le site de Mettray.