Saint Martin de Tours : partage du manteau, évêque de Tours, fondateur de Marmoutier
Biographie de Martin de Tours
Martin naît vers 316 à Sabaria, dans la province romaine de Pannonie, aujourd'hui Szombathely, en Hongrie occidentale, fils d'un tribun militaire païen. Élevé à Pavie où son père est en garnison, il fréquente dès l'enfance les milieux chrétiens et demande à dix ans son inscription comme catéchumène, contre la volonté paternelle. À quinze ans, en application d'une loi romaine contraignante pour les fils de vétérans, il est enrôlé dans la scholae impériale et envoyé en Gaule.
C'est à Amiens, durant l'hiver 337 ou 338, que se produit l'épisode qui traverse les siècles : Martin, jeune cavalier de la garde, croise à la porte de la ville un mendiant nu grelottant de froid. N'ayant rien à donner, il tranche d'un coup d'épée son manteau militaire et en partage la moitié avec le pauvre. La nuit suivante, en songe, il voit le Christ revêtu de cette demi-chlamyde, lui disant : « Martin, encore catéchumène, m'a couvert de ce vêtement. » Baptisé peu après, il quitte l'armée en 356 et se met sous la conduite de saint Hilaire, évêque de Poitiers.
Vers 360, Hilaire l'établit à Ligugé, près de Poitiers, où il fonde le premier monastère connu des Gaules. En 371, le clergé et le peuple de Tours, par une ruse mémorable, l'enlèvent et le contraignent à recevoir l'épiscopat. Élu évêque malgré lui, il refuse le palais épiscopal pour se retirer à Marmoutier, le « grand monastère » qu'il fonde sur les bords de la Loire et qui devient pépinière d'évêques pour toute la Gaule.
Pendant vingt-six ans d'épiscopat, infatigable, il parcourt les campagnes gallo-romaines encore largement païennes, abattant les sanctuaires druidiques, baptisant, fondant des paroisses rurales, il en aurait créé plus de deux mille. Il meurt à Candes, sur la Vienne, le 8 novembre 397. Son corps, ramené par bateau jusqu'à Tours, y est enseveli le 11 novembre, date demeurée sa fête. Premier saint non-martyr universellement vénéré en Occident, il inaugure le culte des confesseurs.
Vie spirituelle et mission
Vie spirituelle et mission
L'apostolat de saint Martin se distingue par l'union, alors inédite en Occident, de l'épiscopat et de la vie monastique. Évêque, il refuse les fastes ; ascète, il refuse la fuite hors du monde. Cette synthèse fera école : la Vita Martini, rédigée par son disciple Sulpice Sévère du vivant même du saint, deviendra le modèle de toute l'hagiographie occidentale et influencera jusqu'à la Légende dorée. Son évangélisation rurale invente une pastorale missionnaire des campagnes que reprendront les siècles mérovingien et carolingien. Théologien sans grande œuvre écrite, il est avant tout un pasteur dont la doctrine s'inscrit dans les actes : pauvreté évangélique, douceur envers les hérétiques (il intervint pour épargner Priscillien), proximité du peuple. La chape, cappa en latin, qu'il avait partagée à Amiens fut conservée comme relique royale par les Mérovingiens ; le clerc qui en avait la garde s'appelait capellanus, d'où viennent les mots « chapelle » et « chapelain ».
Postérité, culte et miracles
Le rayonnement de saint Martin dans l'Occident chrétien est sans équivalent. Patron de la France mérovingienne et carolingienne, premier saint dont le tombeau devint lieu de pèlerinage majeur, il fut au Moyen Âge l'objet d'un culte qui rivalisa avec celui de saint Pierre à Rome. Plus de quatre mille paroisses en France portent son nom, faisant de lui le premier patronage du pays. La basilique romane qu'il avait fait élever à Tours, détruite à la Révolution, fut reconstruite à la fin du XIXe siècle ; ses reliques, retrouvées en 1860, y sont à nouveau vénérées. La cathédrale Saint-Gatien de Tours, voisine, conserve la mémoire de ses successeurs sur le siège épiscopal qu'il illustra. La fête du 11 novembre, longtemps première date du calendrier rural et terme des baux agricoles, demeure dans la mémoire collective française, désormais conjuguée à celle de l'Armistice.
Sanctuaires et lieux de pèlerinage à visiter
La basilique Saint-Martin de Tours, reconstruite entre 1886 et 1924 par l'architecte Victor Laloux après la destruction révolutionnaire de l'ancienne basilique romane, abrite à nouveau les reliques du saint dans une crypte de pèlerinage. À deux pas, la majestueuse cathédrale Saint-Gatien conserve la mémoire des successeurs de Martin sur le siège épiscopal de Tours. Le pèlerin gagnera également Marmoutier sur la rive droite de la Loire, où subsistent quelques vestiges du monastère fondé par le saint, et Candes-Saint-Martin, bourg classé parmi les plus beaux villages de France, qui marque le lieu de sa mort en 397.
Anecdotes et iconographie
- Le partage du manteau, L'épisode d'Amiens, raconté par Sulpice Sévère dans la <em>Vita Martini</em> dès 397, est l'un des plus représentés de tout l'art chrétien occidental. Le saint à cheval tranchant son manteau au-dessus du mendiant agenouillé constitue depuis le haut Moyen Âge l'image canonique du saint, déclinée dans la sculpture romane (chapiteaux d'Autun, Vézelay), la peinture (El Greco) et le vitrail..
- L'été de la Saint-Martin, Une douceur climatique fréquente aux alentours du 11 novembre, dans nos contrées, a reçu de longue date le nom d'« été de la Saint-Martin ». La tradition veut que le ciel ait offert ce répit lors des funérailles du saint, en signe de sa gloire. Tradition ou non, l'expression demeure vivace dans la langue française..
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Questions fréquentes sur Martin de Tours
Saint Martin était-il français ?
Non. Martin est né vers 316 en <strong>Pannonie</strong>, province romaine correspondant à l'actuelle Hongrie occidentale. C'est en Gaule, où il fut envoyé comme soldat romain, qu'il accomplit toute sa vie spirituelle et son ministère épiscopal, devenant l'un des fondateurs de l'Église gauloise.
Pourquoi le partage du manteau est-il si célèbre ?
Cet épisode, situé à Amiens vers 337-338, condense en un geste l'idéal évangélique du soldat devenu chrétien : reconnaître le Christ dans le pauvre. La <em>Vita Martini</em> de Sulpice Sévère le diffusa dès la fin du IVe siècle, en faisant l'icône durable de la charité chrétienne en Occident.
Qu'est-ce que Marmoutier ?
Marmoutier, du latin <em>maius monasterium</em>, « grand monastère », est l'abbaye fondée par saint Martin vers 372 sur la rive droite de la Loire face à Tours. Elle devint l'un des principaux foyers monastiques de la Gaule mérovingienne et carolingienne, formant de nombreux évêques évangélisateurs.
Pourquoi le 11 novembre ?
Le 11 novembre n'est pas la date de la mort de Martin (8 novembre 397) mais celle de ses funérailles à Tours, après le retour de son corps par bateau depuis Candes. Cette date, fixée comme fête liturgique dès le Ve siècle, structura longtemps le calendrier rural européen.
Combien de paroisses portent son nom en France ?
Plus de <strong>quatre mille paroisses françaises</strong> sont placées sous le patronage de saint Martin, ce qui en fait de très loin le premier patronage du pays. Ce chiffre témoigne du rayonnement extraordinaire du saint dans l'évangélisation rurale du haut Moyen Âge.
Sources
- Wikipédia, Saint Martin de Tours.