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    Artisanat

    Cinq mille étoles pour Léon XIV, tissées à Charlieu et repassées par cent bénévoles

    Par La rédaction de France Éternelle · Paris, 8 septembre 2026

    Léon XIV se rend en France du 25 au 28 septembre 2026. Les prêtres et diacres qui concélébreront à Paris, à Lourdes et à Metz porteront une étole fabriquée dans la Loire. Cinq mille pièces sortent d'une chaîne courte montée en six semaines dans le Roannais : tissage à Charlieu, confection dans un atelier d'insertion à Villerest, repassage par une centaine de bénévoles de paroisse, conditionnement par un cartonnier local. Le motif, une croix bleue à quatre branches, a été dessiné par la Conférence des évêques de France.

    Une commande de six semaines

    Le voyage de Léon XIV en France est fixé au 25-28 septembre 2026. Le programme officiel publié par la Conférence des évêques de France annonce cinq étapes : l'UNESCO et Saint-Denis le vendredi 25, Paris les 25 et 26, Lourdes les 26 et 27, Metz le lundi 28. Des milliers de prêtres et de diacres concélébreront. Il fallait donc les vêtir. La Conférence des évêques a lancé la commande à la mi-juillet 2026, avec le concours des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens, selon Aleteia. Cinq mille étoles, dessinées par la Conférence des évêques avec une croix bleue à quatre branches, devaient être prêtes pour la fin septembre. Aucune manufacture ne pouvait absorber seule un tel volume dans ce délai. Le travail a donc été réparti entre plusieurs ateliers d'un même bassin d'emploi, celui du Roannais.

    L'étole n'est pas un accessoire. Notre lexique liturgique la définit comme la bande d'étoffe portée autour du cou par le diacre, en biais, et par le prêtre, croisée : le signe de l'autorité sacerdotale. Elle apparaît au IVe siècle. Une étole distribuée à cinq mille célébrants dit donc autre chose qu'un souvenir de voyage : elle habille un ordre.

    Charlieu : le métier jacquard et l'abbaye

    Le tissage revient aux Tissages de Charlieu, dans la Loire. La maison a été créée en 1902 et perpétue le tissage jacquard, la technique qui permet d'obtenir des étoffes à décor complexe. Elle est labellisée EPV, distinction d'État réservée aux savoir-faire industriels et artisanaux rares. Le tissu retenu pour les étoles est un jacquard recyclé. Éric Boel, qui a dirigé l'entreprise pendant trente ans jusqu'en juillet 2025, quand elle comptait cent cinquante salariés, a été ordonné diacre en juin 2025, rapporte Aleteia. Il copréside aujourd'hui l'atelier d'insertion qui coud les étoles.

    Le lieu n'est pas neutre. Charlieu doit son nom à un monastère : carus locus, le cher lieu. Des moines bénédictins venus de Touraine, conduits par l'abbé Gausmar, s'y installent vers 870-875 ; le plus ancien document attestant l'abbaye date du 1er juin 876. Une première église s'élève dès 879. En 932, l'abbaye est rattachée à celle de Cluny. L'église prieurale Saint-Fortuné est consacrée en 1094, et un narthex lui est ajouté au milieu du XIIe siècle ; son portail nord sculpté figure parmi les vestiges conservés. Le monastère ferme le 2 avril 1790 ; ses archives brûlent le 9 septembre 1792. Les vestiges sont classés au titre des monuments historiques depuis 1862 et appartiennent au département de la Loire. Le textile a pris la suite du monastère comme activité de la ville. Pour la venue d'un pape, les deux histoires se rejoignent. Nos fiches sur l'abbaye de Cluny et sur l'art roman situent cet ensemble clunisien.

    Villerest : la confection confiée à un atelier d'insertion

    Une fois tissées, les pièces partent à Villerest, dans un atelier d'insertion qui emploie une quarantaine de personnes en parcours de retour à l'emploi, selon Aleteia. C'est là que les étoles sont assemblées, et de là qu'elles sont expédiées. La chaîne se termine chez les Cartonnages du Roannais, qui fournissent le conditionnement et travaillent avec les Tissages de Charlieu depuis plus de soixante ans.

    Reste le repassage. Cinq mille étoles pliées ne se présentent pas seules. Une centaine de bénévoles des paroisses du Roannais, de la Côte roannaise et du pays de Charlieu s'en sont chargés, chez eux, au fer. Aleteia cite une paroissienne, Caroline, qui en a repassé une centaine en une semaine. Le détail dit l'échelle réelle du projet : une commande industrielle achevée à la main, dans des cuisines.

    Ce que la commande révèle du bassin textile

    La chaîne mobilise trois ateliers et une centaine de bénévoles d'un même bassin d'emploi. C'est le modèle que défend le label EPV : des savoir-faire textiles maintenus en France, capables de répondre vite quand une commande exige un tissu particulier. Nos fiches sur les entreprises labellisées EPV et notre article sur la soierie lyonnaise Prelle décrivent le même écosystème, du métier jacquard au tissu d'ameublement et d'ornement.

    Les étoles seront portées à Paris, à Lourdes et à Metz, où se trouve la cathédrale Saint-Étienne. Le détail du voyage figure dans notre article sur le programme de Léon XIV en France.

    Sources

    • Conférence des évêques de France, site officiel de la visite de Léon XIV en France et à l'UNESCO, 25-28 septembre 2026. pape-france.fr
    • Aleteia, « 5 000 étoles pour le Pape, un défi relevé dans le Roannais », 31 août 2026.
    • Lyon Capitale, « Le savoir-faire du Roannais à l'œuvre pour la venue du Pape », 2026.
    • Abbaye de Charlieu, « Histoire de l'abbaye », site officiel du site départemental. abbayebenedictine.fr
    • France Éternelle, lexique liturgique (entrée « étole »).

    Image : Jacquym, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)