Maison Prelle
Histoire de la maison
Fondée en 1752 par Claude-Pierre Marie-Mallet à Lyon, la maison qui deviendra Prelle dessert dès l'origine la cour royale : le Garde-Meuble de la Couronne commande les soieries du Château de Versailles, de Fontainebleau, de Compiègne. Sous Louis XVI, la maison fournit le boudoir de la reine Marie-Antoinette au Petit Trianon. La Révolution, en abolissant la cour, manque de précipiter la ruine des soyeux lyonnais, sauvés in extremis par les commandes de l'Empire pour Saint-Cloud et les Tuileries.
Le XIXe siècle consacre la maison : restaurations de Versailles sous Louis-Philippe, puis sous Napoléon III, qui commande également pour Fontainebleau et Compiègne. La raison sociale passe par diverses mains, Lamy-Giraud, Tassinari-Chatel, Prelle-Chatel, et c'est en 1883 que Prelle et Cie prend son nom actuel. Les grandes expositions universelles (1878, 1889, 1900) confirment le rayonnement : Buckingham Palace, Windsor, la cour du tsar passent commande.
Aux XXe et XXIe siècles, Prelle traverse les guerres et les mutations du goût pour demeurer le soyeux des restaurations patrimoniales : reconstitution du salon de la paix à Versailles, ameublement de la salle ovale de la Maison-Blanche sous Kennedy puis sous Obama, tissus pour le Kremlin, l'Élysée, le Quirinal. La maison conserve plus de 40 000 dessins d'archives qui permettent, lorsque le Mobilier national ou un musée le demande, de retisser à l'identique une étoffe disparue.
Savoir-faire et techniques
La soierie d'ameublement demande une maîtrise simultanée de plusieurs tissages complexes : lampas (deux chaînes, deux trames), damas (tissu à motif réversible), velours coupé et velours miroir, broché (fils métalliques posés en relief). Les ateliers Prelle mettent en œuvre des métiers Jacquard traditionnels, mécanismes inventés en 1801 et perfectionnés à Lyon, mais conservent également plusieurs métiers à la tire, où le geste manuel règle chaque nœud de navette, avec un rendement quotidien d'à peine 15 centimètres.
Les soies proviennent d'Italie et du Japon ; les fils métalliques (or fin, argent doré) sont fabriqués spécifiquement pour les commandes patrimoniales. Les cartonniers lisent les archives, les traduisent en cartes perforées Jacquard, puis les lissiers montent les métiers. Une pièce de lampas complexe peut demander plusieurs mois de tissage pour quelques mètres linéaires, conformément au cahier des charges fixé par le Mobilier national ou par le commanditaire institutionnel.
Pièces
Les lampas « aux palmes » du boudoir de Marie-Antoinette au Petit Trianon, les brochés du salon des Glaces à Versailles, les soieries du bureau ovale de la Maison-Blanche restaurées sous Jacqueline Kennedy, les damas de Buckingham Palace, autant de pièces tissées par Prelle sur commande des institutions patrimoniales. La maison fournit aussi les grandes maisons de décoration (Pierre Yovanovitch, Jacques Grange) et reste la référence mondiale pour la restauration historique des intérieurs.
« Prelle, c'est la mémoire textile de Versailles : quand il faut retrouver un velours disparu depuis 1789, on remonte les archives rue Saint-Georges. »
— Jérôme de La Gorce, directeur de recherche au CNRS, spécialiste du décor de Versailles
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Questions fréquentes sur Prelle
Pourquoi Lyon est-elle la capitale de la soie ?
Depuis François Ier qui y implante les premiers tisserands italiens en 1536, Lyon est le pivot européen de la soie, grâce à sa position commerciale, à ses eaux et, au XIXe siècle, au métier Jacquard qui y est inventé.
Qu'est-ce qu'un lampas ?
Un tissu à deux chaînes et plusieurs trames, capable de produire des motifs contrastés et des reliefs ; technique reine de la soierie d'ameublement patrimoniale.
Prelle tisse-t-elle pour des particuliers ?
Oui, la maison travaille pour les grandes maisons de décoration et pour des clients privés exigeants, en plus des commandes institutionnelles de restauration patrimoniale.
Combien d'archives la maison conserve-t-elle ?
Plus de 40 000 dessins, cartes Jacquard et échantillons couvrant la période du XVIIIe siècle à nos jours, consultables par les chercheurs et utilisés pour les retissages patrimoniaux.
Pour aller plus loin
- Jean-Michel Tuchscherer, La Soie tissée à Lyon : 250 ans de savoir-faire chez Prelle, Somogy, 2002.
- Musée des Tissus de Lyon, Collection permanente.
- Site officiel : Prelle.
Sources
- Wikidata, Q3401581 (Maison Prelle).
- Wikipédia, Maison Prelle.
- Site officiel, https://www.prelle.fr.
- Institut National des Métiers d'Art (INMA), base EPV.