Manufacture nationale de Sèvres - Cité de la céramique
Histoire de la maison
La Manufacture de Sèvres naît à Vincennes en 1740, lorsque les frères Gilles et Robert Dubois, transfuges de Chantilly, installent un atelier de porcelaine tendre sous la protection d'Orry de Fulvy. Dès 1745, le roi Louis XV accorde un privilège exclusif de vingt ans pour la fabrication de la « porcelaine façon de Saxe ». Madame de Pompadour, grande amatrice, pousse à la création d'une vraie manufacture royale. En 1756, l'établissement migre vers Sèvres, dans un bâtiment neuf conçu par Lindet face à la résidence de la favorite à Bellevue, et en 1759 Louis XV en devient l'unique propriétaire.
Le XVIIIe siècle est l'âge d'or : chimistes, sculpteurs (Falconet, Bachelier), peintres et doreurs forgent un répertoire iconographique qui s'impose dans toutes les cours d'Europe. La découverte, en 1768, du kaolin de Saint-Yrieix-la-Perche permet enfin la fabrication de la porcelaine dure, rivale de Meissen. La Révolution nationalise la manufacture, que Napoléon Ier et Alexandre Brongniart (administrateur de 1800 à 1847) transforment en laboratoire scientifique autant qu'artistique.
Le XXe siècle traverse deux guerres et les mutations du goût. Sèvres survit par la commande publique, cadeaux d'État, services de l'Élysée, et par la collaboration avec les artistes contemporains : Calder, Arp, Soulages, Garouste, Othoniel. Depuis 2010, l'établissement public « Cité de la céramique » associe manufacture vivante, musée national et atelier de recherche, inscrivant la porcelaine royale dans la création du XXIe siècle.
Savoir-faire et techniques
Trente métiers et vingt-sept ateliers se partagent la fabrication d'une pièce de Sèvres. La pâte, dont les formules chimiques demeurent secrètes de la maison, est préparée par les pâtiers à partir de kaolin, feldspath et quartz broyés. Tourneurs, couleurs, calibreurs et mouleurs donnent forme à chaque pièce : tournage sur tour à corde pour les vases, coulage pour les formes complexes, assemblage à la barbotine pour les anses et becs.
La première cuisson, dite de dégourdi, est suivie du décor, peinture à main levée au pinceau, pose d'or moulu, application des émaux grand feu. Les fours atteignent 1 280 à 1 400 degrés pour la porcelaine dure ; les petits feux, à 800 degrés, fixent les couleurs et les dorures. Chaque étape est transmise par compagnonnage : certains décors, comme le « bleu de Sèvres » ou le fameux « rose Pompadour » mis au point en 1757, exigent plusieurs années de pratique avant maîtrise.
Pièces
Le Vase de Neptune, les vases dits « à oreilles » du XVIIIe siècle, le service « à frise riche en couleurs et riche en or » commandé par Catherine II de Russie en 1776, les biscuits de Falconet et de Boizot, telles sont les créations qui ont fait la réputation européenne de Sèvres. Au XXe siècle, la manufacture réinvente son répertoire en éditant des œuvres de Calder, Zao Wou-Ki, Louise Bourgeois ou Jean-Michel Othoniel, dont les perles monumentales figurent désormais dans les jardins des Tuileries. Les services de l'Élysée et les cadeaux diplomatiques (service offert à Elizabeth II, présents aux chefs d'État) perpétuent la tradition d'art officiel.
« Sèvres a été pour la porcelaine française ce que les Gobelins ont été pour la tapisserie : un atelier du roi, un laboratoire national, une école. »
— Antoinette Faÿ-Hallé, conservateur général du musée national de céramique
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Questions fréquentes sur Manufacture de Sèvres
Peut-on visiter la Manufacture de Sèvres ?
Oui. Des visites guidées des ateliers sont organisées chaque semaine sur réservation, et le musée national de céramique, adjacent, est ouvert toute l'année.
Quelle est la différence entre pâte tendre et pâte dure ?
La pâte tendre, sans kaolin, cuit à 1 100°C et offre une matière soyeuse ; la pâte dure, introduite à Sèvres en 1769, contient du kaolin, cuit à 1 400°C et se rapproche de la porcelaine chinoise.
Sèvres est-elle encore une manufacture royale ?
Depuis la Révolution, elle est devenue manufacture nationale ; elle dépend aujourd'hui du ministère de la Culture et fournit l'Élysée pour les cadeaux d'État.
Où reconnaître une pièce de Sèvres authentique ?
Chaque pièce porte la marque au revers : les deux L entrelacés de la période royale, suivis d'une lettre-date, ou le cachet rouge « MN » (Manufacture Nationale) depuis 1875.
Pour aller plus loin
- Antoinette Faÿ-Hallé, Sèvres, des origines à nos jours, Office du livre, 1983.
- Tamara Préaud et Antoine d'Albis, La Porcelaine de Vincennes, Adam Biro, 1991.
- Site officiel : Sèvres, Cité de la céramique.
Sources
- Wikidata, Q653307 (Manufacture nationale de Sèvres - Cité de la céramique).
- Wikipédia, Manufacture nationale de Sèvres - Cité de la céramique.
- Site officiel, https://www.sevresciteceramique.fr.
- Institut National des Métiers d'Art (INMA), base EPV.