Archéologie

Blois : sous l'ancien Hôtel-Dieu, une abbaye bénédictine et sa peinture du XIIe siècle

Par La rédaction de France Éternelle · Blois, 26 juin 2026

À Blois, les archéologues de l'Inrap ont révélé les résultats de la fouille de l'ancien Hôtel-Dieu, conduite à l'été 2025 avant la réhabilitation du site. Sous le bâtiment se cache une abbaye bénédictine, Saint-Laumer, fondée au Xe siècle. Le sol et les murs ont livré une peinture murale de la seconde moitié du XIIe siècle, longtemps emmurée, ainsi qu'un moule à cloche et les traces d'un millénaire de vie monastique. La recherche a porté sur plus de 6 500 mètres carrés, entre la Loire et le château royal.

Ce que la fouille a mis au jour

La fouille de l'Hôtel-Dieu de Blois a dégagé les vestiges de l'abbaye bénédictine Saint-Laumer. Les archéologues de l'Inrap y ont trouvé une peinture murale du XIIe siècle restée cachée derrière des murs, un moule à cloche, le cellier monastique et les fortifications qui ont englobé le monastère à la fin du Moyen Âge.

Les recherches ont été menées sur prescription de l'État, par la Drac Centre-Val de Loire, en amont de la réhabilitation du site par la société Histoire et Patrimoine Promotion. Elles couvrent plus de 6 500 mètres carrés dans le quartier de Foix, entre la rive nord de la Loire et le sud du château royal de Blois. Deux équipes ont travaillé en parallèle, sous la responsabilité de Sylvia Jouanneau-Bigot et Thomas Pouyet, de l'Inrap. La première a fouillé les jardins, la seconde le bâti de l'aile médiévale. À cet emplacement se trouvait une abbaye bénédictine, Saint-Laumer, établie au Xe siècle en marge de la ville médiévale. L'extension de Blois a fini par l'absorber derrière son mur d'enceinte.

Une peinture romane emmurée depuis huit siècles

La découverte la plus rare se trouvait à l'étage de l'aile médiévale. Derrière des maçonneries, les archéologues ont dégagé une peinture conservée sur enduit. Elle représente un personnage barbu, placé dans l'angle de la pièce, entouré de motifs végétaux : des palmettes blanches s'entrecroisent sur un fond rouge. Les chercheurs la datent de la seconde moitié du XIIe siècle. Le décor faisait partie d'une frise qui courait en haut de la salle. Vers le XIIIe siècle, le réaménagement de la pièce a ajouté une voûte sur croisée d'ogives. C'est ce chantier qui a en partie détruit la peinture, puis l'a dissimulée derrière des murs que les archéologues ont démontés.

Selon l'Inrap, le décor est singulier par ses motifs, par ses matériaux, le bleu en particulier, et par sa localisation, qui pose la question de la fonction de ce bâtiment monastique. Des analyses porteront sur les écailles de peinture pour en établir la composition. Les survivances de peinture romane en place, dans un édifice religieux, restent peu nombreuses en France. La plupart ont disparu sous les badigeons ou les reconstructions. À Blois, c'est un mur abattu qui a protégé celle-ci.

Le contexte historique : mille ans de vie monastique

L'abbaye Saint-Laumer appartient au monachisme bénédictin du Val de Loire, comme l'abbaye de Fleury, à Saint-Benoît-sur-Loire, l'un des grands foyers de la règle de saint Benoît. Fondée au Xe siècle hors les murs, Saint-Laumer a été rattrapée par la ville. À la charnière des XIIIe et XIVe siècles, l'enceinte urbaine de Blois a intégré le monastère à son système défensif. Une galerie de circulation a été bâtie au sommet des bâtiments. Les créneaux et les archères de ce chemin de ronde sont encore conservés dans les combles de l'aile médiévale. Plus tard, à la fin du XVIIe siècle, le bastion Saint-Laumer a été adossé au rempart, dans le contexte troublé qu'avaient laissé les guerres de Religion. Il ne sera démantelé qu'au XIXe siècle. De l'abbaye subsistent le cellier monastique et une salle voûtée de croisées d'ogives, à la fonction encore incertaine, dans l'aile occidentale du cloître.

Au XVIIe siècle, la congrégation de Saint-Maur réorganise les bâtiments. Ces moines mauristes, réputés pour leur érudition et pour leurs chantiers, réaménagent le monastère avant qu'il ne devienne un Hôtel-Dieu au XIXe siècle. Une aile en garde le nom, dite Guillaume de La Tremblaye, du nom de l'architecte et sculpteur mauriste. C'est près de son chevet, à côté de l'église Saint-Nicolas, l'ancienne abbatiale Saint-Laumer toujours debout, qu'a été trouvée la première sépulture du chantier.

Pourquoi cette fouille compte

Blois est connue pour son château royal et pour la Loire de ses rois, celle des résidences royales du Val de Loire. La fouille de l'Hôtel-Dieu raconte une autre histoire, plus longue et moins visible. Avant la cour, avant les fastes, il y avait un monastère. Le site condense un millénaire : une fondation du Xe siècle, un décor peint du XIIe, des fortifications urbaines du bas Moyen Âge, une réforme monastique au Grand Siècle, un hôpital au XIXe. Chaque couche a laissé sa trace dans le même bâti. L'archéologie préventive, qui précède les chantiers, rend ces strates lisibles avant que la réhabilitation ne les recouvre.

Ce que les analyses pourraient apporter

Plusieurs pistes restent ouvertes. Les écailles de la peinture murale doivent être analysées pour en déterminer la composition, notamment le bleu. Le moule à cloche, large de 1,5 mètre, pouvait servir à fondre une cloche de plus de 1,7 mètre de hauteur. L'Inrap se demande s'il ne s'agit pas d'une des cloches encore en place au sommet du clocher de l'église Saint-Nicolas. Dans la cour d'honneur, un vivier enfoui sous le jardin actuel fera l'objet d'études archéozoologiques, qui pourraient préciser son lien avec la Loire voisine et le régime alimentaire des moines. Les résultats viendront, prudemment, compléter le récit du site.

Questions fréquentes

Qu'a-t-on découvert sous l'Hôtel-Dieu de Blois ?

Les vestiges de l'abbaye bénédictine Saint-Laumer : une peinture murale du XIIe siècle emmurée, un moule à cloche, le cellier monastique et des fortifications médiévales.

De quand date la peinture murale ?

De la seconde moitié du XIIe siècle. Elle représente un personnage barbu et des palmettes blanches sur fond rouge, et faisait partie d'une frise.

Qui a mené la fouille ?

L'Inrap, à l'été 2025, sur prescription de la Drac Centre-Val de Loire, avant la réhabilitation du site par Histoire et Patrimoine Promotion.

Qu'était l'abbaye Saint-Laumer ?

Une abbaye bénédictine fondée au Xe siècle à Blois. Son église, devenue l'église Saint-Nicolas, est toujours debout.

Sources

  • Inrap, « L'Hôtel-Dieu de Blois révélé par l'archéologie » (Loir-et-Cher), publié le 7 octobre 2025, actualisé le 25 juin 2026.
  • Inrap, communiqué de presse « Hôtel-Dieu de Blois : un rendez-vous avec l'archéologie ».
  • Responsables scientifiques : Sylvia Jouanneau-Bigot et Thomas Pouyet (Inrap). Contrôle scientifique : Drac Centre-Val de Loire. Aménagement : Histoire et Patrimoine Promotion.

Sources

Image : Diliff, Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)