Les Missions Étrangères de Paris : 360 ans d'évangélisation française en Asie
Au cœur du septième arrondissement de Paris, derrière les hauts murs du numéro 128 de la rue du Bac, se trouve l'un des plus anciens foyers missionnaires de la chrétienté française. Les Missions Étrangères de Paris, communément désignées par le sigle MEP, ne forment ni un ordre religieux ni une congrégation au sens classique du terme, mais une société de prêtres séculiers entièrement vouée à l'évangélisation de l'Asie. Nées dans la France du Grand Siècle, entre 1658 et 1663, elles ont façonné durant plus de trois cents ans l'histoire du catholicisme au Vietnam, en Corée, en Chine, au Siam, au Japon et en Inde, au prix de très nombreux martyres dont l'Église a reconnu la sainteté.
Une fondation née de la rencontre d'un jésuite et de jeunes prêtres
L'élan fondateur remonte à 1653, lorsque le père Alexandre de Rhodes (1591-1660), jésuite avignonnais revenu des missions du Tonkin, traverse Paris. Il y décrit à de jeunes prêtres la détresse de communautés chrétiennes d'Extrême-Orient privées de clergé, et plaide pour l'envoi d'évêques capables d'ordonner des prêtres locaux. Sa parole rencontre un milieu dévot parisien déjà gagné à la cause missionnaire. De ces conversations naît un projet original : envoyer en Asie non des religieux, mais des prêtres diocésains placés directement sous l'autorité du Saint-Siège.
En 1658, le pape Alexandre VII nomme deux d'entre eux vicaires apostoliques : François Pallu (1626-1684), évêque titulaire d'Héliopolis, pour le Tonkin, et Pierre Lambert de la Motte (1624-1679), évêque de Béryte, pour la Cochinchine. Ignace Cotolendi sera désigné peu après pour la Chine ; il meurt en chemin, en 1662, sans avoir atteint sa mission. Pour recruter et former leurs successeurs, un séminaire est ouvert à Paris, rue du Bac, en 1663 ; il reçoit l'approbation pontificale et la reconnaissance légale du royaume par lettres patentes de Louis XIV. La maison ne quittera plus ce lieu.
Une originalité décisive : former un clergé local
L'institution doit son caractère singulier à un choix qui la distingue des grands ordres missionnaires de l'époque. Les membres des MEP sont des prêtres séculiers, sans vœux de religion, mis à la disposition de la Congrégation romaine de la Propagande. Surtout, leur priorité n'est pas de bâtir une présence française durable, mais de susciter et de former un clergé autochtone, puis un épiscopat indigène, afin que les Églises d'Asie puissent un jour se passer des missionnaires venus d'Europe.
Cette doctrine est consignée dès 1664, lorsque Pallu et Lambert de la Motte se retrouvent à Ayutthaya, alors capitale du Siam, royaume réputé pour sa tolérance religieuse. Ils y tiennent un synode et rédigent les Monita ad missionarios, recueil d'instructions régulièrement réédité par la suite, qui recommande aux missionnaires de respecter les coutumes locales et de se garder de tout vouloir transposer les usages européens. Un séminaire général y est fondé pour former les futurs prêtres asiatiques. Dès les premières décennies, des dizaines de prêtres indigènes sont ordonnés, et des dizaines de milliers de baptêmes administrés au Tonkin, en Cochinchine, au Cambodge et au Siam.
Des champs de mission étendus à toute l'Asie
Du foyer initial d'Asie du Sud-Est, les MEP étendent peu à peu leur champ d'action. Au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, l'évêque Pigneau de Behaine (1741-1799), vicaire apostolique de Cochinchine, joue un rôle politique considérable en soutenant le prince Nguyễn Ánh, futur empereur Gia Long, dans la reconquête de son trône ; il négocie en son nom le traité de Versailles de 1787. Au XIXe siècle, la Propagande confie aux Missions Étrangères de vastes territoires nouveaux : la Corée et le Japon en 1831, la Mandchourie en 1838, le Tibet en 1846, mais aussi la Birmanie, la Malaisie et l'Inde du Sud. Au total, les MEP auront travaillé dans une quinzaine de pays asiatiques.
Le « siècle des saints » et les martyrs canonisés
Cette expansion s'accomplit dans un contexte souvent hostile. Persécutions impériales au Vietnam, fermeture jalouse de la Corée, soupçon envers une religion étrangère : les missionnaires des MEP paient un lourd tribut. Plus de deux cents prêtres de la société sont morts de mort violente au cours de son histoire, et vingt-trois d'entre eux ont été canonisés par l'Église.
Au Vietnam, le pape Jean-Paul II canonise le 19 juin 1988 les 117 martyrs du Vietnam, parmi lesquels figurent dix membres des Missions Étrangères, deux évêques et huit prêtres. Le plus célèbre demeure le bienheureux, puis saint, Théophane Vénard (1829-1861), décapité près de Hanoï et dont les lettres, admirées de Thérèse de Lisieux, ont profondément marqué la spiritualité française. En Corée, Jean-Paul II canonise le 6 mai 1984, à Séoul, 103 martyrs coréens, parmi lesquels des prêtres des MEP comme Pierre Maubant, qui avait baptisé et formé André Kim Taegon (1821-1846), premier prêtre coréen et figure majeure de l'Église de Corée. Il convient ici de distinguer les faits historiquement établis, dûment instruits lors des procès canoniques, des récits de piété populaire qui se sont parfois greffés sur ces figures.
La rue du Bac, mémoire vivante d'une épopée
Le séminaire de la rue du Bac demeure le cœur de l'institution. Sa chapelle de l'Épiphanie, élevée à la fin du XVIIe siècle, conserve la mémoire des « départs » : pendant des générations, les missionnaires y recevaient un dernier adieu avant d'embarquer pour l'Asie, souvent sans espoir de retour. La célèbre salle des martyrs y rassemble reliques, ossements et instruments de supplice rapportés des terres de mission, témoignages tangibles de ces vies offertes. On prendra garde de ne pas confondre ce lieu avec la chapelle de la Médaille miraculeuse, située un peu plus loin sur la même rue du Bac : celle-ci relève des Filles de la Charité et de l'apparition mariale de 1830, et non des Missions Étrangères.
L'organisation interne de la société a évolué : longtemps gouvernée par un conseil, elle s'est dotée d'un premier supérieur général élu, Mgr de Guébriant, en 1921, à la suite de la réforme du droit canonique. Aujourd'hui réduites à environ cent cinquante prêtres œuvrant dans une dizaine de pays d'Asie, les Missions Étrangères de Paris poursuivent, sous une forme renouvelée, une vocation demeurée fidèle à son intuition première : servir les Églises locales et non se substituer à elles.
Sources
- Encyclopædia Universalis, « Société des Missions Étrangères de Paris », universalis.fr.
- Société des Missions Étrangères de Paris, « Histoire des MEP », « Mgr François Pallu », « Saint Théophane Vénard » et « Asian Martyrs », missionsetrangeres.com.
- Institut de Recherche France-Asie (IRFA), « Histoire générale et fonctionnement des Missions Étrangères de Paris » et notice « Théophane Vénard », irfa.paris.
- « Missions étrangères de Paris » et « Séminaire des Missions étrangères de Paris », Wikipédia (encyclopédie collaborative, à vérifier sur sources primaires).
- « Les Missions Étrangères de Paris à l'assaut du monde », Herodote.net.
- « André Kim Taegon » et « Martyrs du Vietnam », notices encyclopédiques et hagiographiques (nominis.cef.fr, Vatican News).
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Questions fréquentes
Qu'est-ce que les Missions Étrangères de Paris ?
Une société de prêtres fondée entre 1658 et 1663 pour l'évangélisation de l'Asie, avec le souci de respecter les cultures locales et de former un clergé autochtone.
Qui a fondé les Missions Étrangères de Paris ?
Elles ont été fondées notamment par François Pallu et Pierre Lambert de la Motte, dans le sillage du projet d'Alexandre de Rhodes.
Les Missions Étrangères de Paris ont-elles eu des martyrs ?
Oui, de nombreux missionnaires y ont été martyrisés, comme Augustin Schoeffler et Théophane Vénard, canonisés parmi les martyrs du Viêt Nam.
Sources : Histoire des Missions Étrangères de Paris.