Jean-Théophane Vénard

Par La Rédaction de France Éternelle

Décapité au Tonkin le 2 février 1861, à trente et un ans, Jean-Théophane Vénard occupe une place singulière dans la mémoire spirituelle française. Prêtre de la Société des Missions Étrangères de Paris, il a laissé une correspondance dont la gaieté et la limpidité ont durablement marqué les lecteurs, au premier rang desquels une carmélite de Lisieux qui se reconnaissait dans ses lignes. Sa vie brève, son martyre dans une cage de bois et sa postérité littéraire et spirituelle composent l'une des figures les plus attachantes de l'épopée missionnaire du XIXe siècle.

Une vocation née en Poitou

Jean-Théophane Vénard naît le 21 novembre 1829 à Saint-Loup-sur-Thouet, dans le diocèse de Poitiers (actuel département des Deux-Sèvres). Il est l'un des enfants d'un maître d'école de village, dans une famille profondément chrétienne. La tradition hagiographique, reprise par ses biographes et par les archives des Missions Étrangères, rapporte que sa vocation missionnaire s'éveilla très tôt, vers l'âge de neuf ans, à la lecture du récit du martyre de Jean-Charles Cornay, prêtre lui aussi mis à mort au Tonkin en 1837. L'enfant aurait alors confié à sa sœur son désir d'aller, lui aussi, porter l'Évangile au loin.

Sa formation suit le parcours classique du clergé de l'époque : le collège de Doué-la-Fontaine, le petit séminaire de Montmorillon, puis le grand séminaire de Poitiers. Attiré par la mission, il entre au séminaire des Missions Étrangères de Paris, rue du Bac, où il reçoit le sous-diaconat en mars 1851. Il est ordonné prêtre le 5 juin 1852. Quelques mois plus tard, le 19 septembre 1852, il quitte la France pour l'Extrême-Orient, sans espoir de retour, selon la règle d'engagement perpétuel de la société qu'il a rejointe.

Le départ pour le Tonkin

Le voyage est long. Après une escale forcée à Plymouth, le navire gagne Singapour puis Hong Kong, où Vénard demeure une quinzaine de mois pour étudier la langue. Réorienté, il est finalement envoyé au Tonkin occidental, dans le nord de l'actuel Vietnam, pour seconder Mgr Pierre-André Retord, vicaire apostolique de la région. Il y poursuit l'apprentissage de la langue à Kẻ Đoan et Hoàng Nguyên, avant de se voir confier le district de Hoàng Nguyên en 1857.

Le contexte est alors celui d'une persécution sévère. Sous le règne de l'empereur Tự Đức, des édits successifs interdisent le christianisme, ordonnent la destruction des communautés chrétiennes et mettent à prix la tête des prêtres, indigènes comme européens. Pendant plusieurs années, Vénard exerce un ministère clandestin : il se cache dans les villages chrétiens, gagne les montagnes et les bois, et célèbre les sacrements surtout la nuit. Sa santé fragile, marquée par une affection pulmonaire, rend cette existence traquée plus éprouvante encore.

L'arrestation et la cage

Dénoncé, Vénard est arrêté le 30 novembre 1860, à Kẻ Bèo. Conduit devant les mandarins, il refuse d'apostasier et de fouler aux pieds la croix, geste rituel exigé des chrétiens pour prouver leur reniement. Il est alors enfermé dans une cage de bois, où il demeure plusieurs semaines en attendant son jugement, puis sa sentence. Les sources concordent : c'est de cette captivité que naissent ses lettres les plus célèbres, adressées à son père et à sa sœur Mélanie, écrites dans un ton d'une sérénité presque enjouée.

Dans une lettre à son père datée du 20 janvier 1861, il compare son sort à celui d'une fleur printanière que le maître du jardin cueille pour son plaisir. « Nous sommes tous des fleurs plantées sur cette terre et que Dieu cueille en son temps », écrit-il en substance, refusant toute lamentation. C'est de cette même veine que provient sa devise restée fameuse, « Vive la joie quand même ! ». Sur le plan de l'histoire, il faut distinguer ces textes, authentifiés et conservés, des amplifications pieuses ultérieures : la correspondance de Vénard a été publiée dès le XIXe siècle et constitue une source de première main, dont la tonalité réelle n'a pas eu besoin d'être enjolivée.

Le martyre du 2 février 1861

Condamné à la décapitation, Théophane Vénard est exécuté le 2 février 1861, près de Hanoï, au lieu-dit Ô Cầu Giấy. Les récits transmis par les Missions Étrangères rapportent qu'il marcha au supplice en chantant des psaumes et des cantiques. À son bourreau, qui convoitait ses vêtements et lui demandait ce qu'il donnerait pour être tué d'un seul coup, il aurait répondu : « Plus cela durera, mieux ce sera. » Cette parole, attestée par les premiers biographes, relève de la tradition orale recueillie auprès des témoins ; elle s'accorde avec le caractère que révèlent ses lettres. Sa tête, exposée selon l'usage, fut ensuite recueillie par les chrétiens et vénérée comme relique.

Thérèse de Lisieux et l'« angélique Martyr »

La postérité spirituelle de Vénard doit beaucoup à sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Au cours de sa dernière année, en 1896-1897, la jeune carmélite lit la Vie et correspondance du missionnaire et s'y reconnaît avec une intensité rare. « Ce sont mes pensées ; mon âme ressemble à la sienne », confie-t-elle. Elle compose en son honneur un poème, conserve son portrait, et, au seuil de l'agonie, réclame une relique de celui qu'elle nomme « l'angélique Martyr » pour l'assister à l'heure suprême. Les archives du Carmel de Lisieux conservent la trace précise de cette dévotion. Vénard devient ainsi, par le truchement de Thérèse, un compagnon de l'« enfance spirituelle », sa joie offerte répondant à la « petite voie ».

Béatification, canonisation et mémoire

La cause de Vénard est introduite à Rome en 1879. Il est béatifié en 1909 par le pape Pie X, en compagnie d'autres martyrs de l'Indochine. Le 19 juin 1988, le pape Jean-Paul II le canonise au sein du groupe des cent dix-sept martyrs du Vietnam, vaste cohorte rassemblant des prêtres et laïcs vietnamiens, des missionnaires espagnols dominicains et des prêtres français des Missions Étrangères, victimes des persécutions des XVIIIe et XIXe siècles. Sa mémoire liturgique est fixée au 24 novembre, fête commune des martyrs vietnamiens, tandis que la tradition propre des Missions Étrangères le célèbre au 2 février, jour de sa mort. Au séminaire de la rue du Bac, à Paris, ses effets et une partie de ses reliques rappellent le destin de ce prêtre poitevin dont la gaieté, plus que l'éclat des œuvres, a traversé les générations.

Sources

  • Institut de Recherche France-Asie (IRFA), Missions Étrangères de Paris, notice biographique « 0635 - VÉNARD Théophane » : irfa.paris
  • Nominis (Conférence des évêques de France), « Saint Jean-Théophane Vénard » : nominis.cef.fr
  • Vatican.va, Jean-Paul II, discours et documentation pour la canonisation des 117 Martyrs du Vietnam (19-20 juin 1988)
  • Archives du Carmel de Lisieux, « VÉNARD Théophane, Père » et « Vie et correspondance de Théophane Vénard » : archives.carmeldelisieux.fr
  • Catholic Encyclopedia (1913), « Bl. Théophane Vénard », newadvent.org
  • Site officiel des Missions Étrangères de Paris : missionsetrangeres.com

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Questions fréquentes sur Saint Théophane Vénard

Qui était saint Théophane Vénard ?

Un prêtre poitevin des Missions étrangères de Paris, missionnaire au Tonkin, où il fut décapité pour sa foi en 1861.

Quel est le lien entre Théophane Vénard et Thérèse de Lisieux ?

Les lettres de Théophane Vénard, pleines de joie devant le martyre, ont profondément marqué sainte Thérèse de Lisieux, qui le considérait comme un modèle.

Quand saint Théophane Vénard a-t-il été canonisé ?

Il a été canonisé en 1988 par Jean-Paul II, parmi les 117 martyrs du Viêt Nam, fêtés le 24 novembre.

Sources : notice Wikipédia.

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