Cité royale de Loches : donjon roman XIe Foulques Nerra, logis Charles VII, Agnès Sorel

Donjon roman de Loches
Le donjon roman de Foulques Nerra, érigé au XIe siècle, l'un des plus anciens d'Europe. Photo Daniel Jolivet, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Cité royale de Loches en bref

  • Dénomination : château / monument civil
  • Commune : Loches (37, Centre-Val de Loire)
  • Siècle principal : XIe-XVe siècle
  • Commanditaire : Foulques Nerra, comte d'Anjou (donjon, XIe) ; Charles VII et Charles VIII (Logis royal)
  • Architecte(s) : Foulques Nerra (donjon) ; ateliers royaux (Logis Charles VII et Charles VIII)
  • Style : Roman (donjon) ; Gothique flamboyant et Renaissance (Logis royal)
  • Protection : Classée Monument historique en 1861 (liste de Mérimée)
  • Propriétaire actuel : Conseil départemental d'Indre-et-Loire
  • Coordonnées GPS : 47.12472, 0.99667
  • Donjon : XIe s., Foulques Nerra
  • Logis royal : XVe s., Charles VII
  • Gisant : Agnès Sorel (†1450)
  • Cages de fer : Cardinal La Balue, Louis XI

Sources : base Mérimée (PA00097821), Wikidata (Q3257979). Ministère de la Culture, licence ouverte.

Histoire de Cité royale de Loches

Loches constitue l'un des très rares ensembles français à associer dans une même enceinte un donjon roman du XIe siècle, un logis royal du Moyen Âge tardif et un système carcéral médiéval intact. Le donjon est l'œuvre de Foulques III Nerra, comte d'Anjou (987-1040), bâtisseur compulsif qui sema sa puissance entre Loire et Vendée par une série de forteresses dont Loches demeure le chef-d'œuvre. Élevé entre 1013 et 1035 sur l'éperon rocheux dominant l'Indrois, le donjon rectangulaire de 25 mètres de haut compte parmi les plus anciens donjons résidentiels conservés en France. Pris par les Plantagenêts au XIIe siècle (Henri II y meurt en passant), Loches est reconquis par Philippe Auguste en 1205 après une année de siège, la même année que Chinon, et devient résidence royale capétienne.

Au XVe siècle, Charles VII, après le sacre de 1429, fait de Loches l'une de ses résidences favorites du Val de Loire. Il y édifie le logis royal en deux campagnes (1430-1460), gothique flamboyant typique des dernières décennies de la guerre de Cent Ans. Sa favorite Agnès Sorel, la « Dame de beauté », première favorite officielle d'un roi de France, y séjourne fréquemment et y donne naissance à plusieurs enfants. Elle meurt prématurément en février 1450, à vingt-huit ans, dans des conditions longtemps suspectes (l'analyse des cheveux conduite en 2005 a confirmé une intoxication massive aux sels de mercure, sans qu'on puisse trancher entre empoisonnement et traitement médical). Son gisant d'albâtre sculpté par Jacques Morel, l'un des chefs-d'œuvre de la statuaire funéraire française du XVe siècle, fut transféré dans la collégiale Saint-Ours puis dans le logis royal. Sous Louis XI, fils de Charles VII, Loches devient une prison d'État redoutée : le donjon et la tour Ronde abritent les célèbres cages de fer dont le cardinal Jean Balue, accusé de trahison, fut le plus illustre prisonnier (1469-1480). Ludovic Sforza, duc de Milan, y mourut en 1508 après huit ans de captivité.

Cité royale de Loches

  • Adresse : 5 Place Charles VII, 37600 Loches, Voir sur la carte
  • Construction : XIe-XVe siècle
  • Protection : Classée Monument historique en 1861 (liste de Mérimée)
  • Statut juridique : édifice protégé au titre des monuments historiques
  • Affectataire : Non applicable (édifice civil)

Architecture et description

Logis royal de Loches
Le Logis royal édifié pour Charles VII, demeure d'Agnès Sorel. Photo Christophe.Finot, CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons.

La cité royale de Loches occupe un éperon calcaire de 500 mètres de long, ceinturé d'un rempart médiéval de plus d'un kilomètre. Le donjon roman (1013-1035) constitue le morceau historique majeur. Rectangulaire (25 m de haut, 13 m sur 11 au sol), il présente des murs de 2,80 mètres d'épaisseur en moellons calcaires liés au mortier de chaux. Son organisation intérieure, une grande salle par niveau, un escalier dans l'épaisseur du mur, des baies en plein cintre, des contreforts plats appelés « lésènes » à l'extérieur, fournit aux historiens de l'architecture militaire un modèle de référence pour la transition de l'an mil. À ses pieds, la tour Ronde ajoutée par Louis XI au XVe siècle (15 m de diamètre, voûte en berceau brisé) compense le caractère obsolète du vieux donjon par une silhouette plus trapue adaptée à l'artillerie naissante. Le logis royal, construit en pierre blanche de tuffeau, juxtapose le « Vieux Logis » de Charles VII (1430-1440), gothique flamboyant à façade rythmée par des tours-fanions, et le « Nouveau Logis » de Charles VIII et Louis XII (1490-1510), Renaissance précoce avec son oriel sculpté. La collégiale Saint-Ours, voisine, fondée au XIIe siècle, présente la singularité de ses deux « dubes », pyramides octogonales creuses qui couvrent la nef à la place des voûtes traditionnelles, unicum dans le paysage roman français.

Éléments remarquables

Gisant d'albâtre d'Agnès Sorel à Loches
Le gisant d'albâtre d'Agnès Sorel, favorite de Charles VII, conservé à Loches. Photo Agota, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Au logis royal, la chambre d'Anne de Bretagne, restituée dans son décor de Cordouan, conserve son oratoire au plafond peint d'hermines (emblème de la duchesse-reine, mariée à Charles VIII en 1491 puis à Louis XII en 1499). Le gisant d'Agnès Sorel, sculpté en albâtre vers 1454 par Jacques Morel, repose désormais dans la salle d'apparat ; la favorite y est représentée jeune, deux anges soutenant son coussin et deux agneaux à ses pieds (jeu sur le diminutif de son prénom). La salle expose également le moulage de son crâne, étudié en 2005 par l'équipe du médecin légiste Philippe Charlier. Au donjon, les cellules de Louis XI, dont la fameuse cellule du cardinal Balue (où le prélat aurait passé onze années en cage de bois et fer suspendue, version probablement embellie par la postérité), témoignent de la dureté carcérale médiévale. Les graffitis des prisonniers, armoiries, croix, inscriptions désespérées, couvrent encore les murs. La cellule de Ludovic Sforza, surnommée le « More » (1500-1508), conserve des fresques peintes par le duc lui-même, témoignages poignants d'un grand mécène de la Renaissance italienne enfermé en France.

Informations pratiques pour la visite

XIe siècle de construction principal
  • Adresse : 5 Place Charles VII, 37600 Loches
  • GPS : 47.12472, 0.99667
  • Protection : Classée Monument historique en 1861 (liste de Mérimée), affectataire : Non applicable (édifice civil)
  • Accès : ouverte à la visite libre hors offices ; horaires affichés sur le portail principal et site officiel du diocèse.

Le billet combiné donne accès au logis royal, au donjon et à la tour Ronde, comptez trois heures pour l'ensemble. La cité médiévale extra muros, ses ruelles tortueuses et la collégiale Saint-Ours méritent une heure supplémentaire. Les amateurs prolongeront par la forteresse royale de Chinon à 50 km, ou par la cathédrale Saint-Gatien de Tours à 40 km, tous trois associés au règne de Charles VII.

Événements patrimoine à proximité

  • Nuits sonores et lumineuses, Mise en lumière du logis royal et du donjon, juillet et août.
  • Médiévales de Loches, Marché et reconstitutions historiques, week-end de la Pentecôte.
  • Saison Agnès Sorel, Visites thématiques sur la « Dame de beauté » et son gisant.

À découvrir sur France Éternelle

Questions fréquentes sur Cité royale de Loches

Qui a construit le donjon de Loches ?

<strong>Foulques III Nerra</strong>, comte d'Anjou, entre <strong>1013 et 1035</strong>. C'est l'un des plus anciens donjons rectangulaires conservés en France et un témoignage majeur de l'architecture militaire de l'an mil.

Pourquoi Agnès Sorel est-elle célèbre ?

<strong>Agnès Sorel</strong> (vers 1422-1450) fut la <strong>première favorite officielle</strong> d'un roi de France (<a href="/blogs/personnages/roi-charles-vii">Charles VII</a>). Elle exerça une influence politique réelle et fut titrée « Dame de beauté ». Sa mort prématurée à 28 ans demeure entourée de mystère : l'analyse de 2005 a révélé une intoxication massive au mercure.

Que sont les cages de fer du cardinal Balue ?

Sous <strong>Louis XI</strong>, le cardinal Jean Balue, accusé de trahison, fut emprisonné à Loches de 1469 à 1480. La tradition rapporte qu'il fut enfermé dans une cage de bois bardée de fer, suspendue au plafond. La réalité historique est probablement moins spectaculaire : la « cage » désignait sans doute un réduit cellulaire renforcé.

Peut-on visiter le donjon ?

Oui. Le donjon de Foulques Nerra et la tour Ronde de Louis XI sont accessibles dans leur intégralité, depuis les sous-sols carcéraux jusqu'aux terrasses sommitales offrant une vue panoramique sur la vallée de l'Indrois.

Le gisant d'Agnès Sorel est-il authentique ?

Oui. Le gisant en albâtre, sculpté vers 1454 par <strong>Jacques Morel</strong>, fut déplacé plusieurs fois (collégiale Saint-Ours, puis logis royal lors de sa restauration en 2005). Il constitue l'un des chefs-d'œuvre de la statuaire funéraire française du XVe siècle.

Sources