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    Archéologie

    Soultz : sous la place de l'église, un cimetière paroissial de huit siècles

    Par La rédaction de France Éternelle · Soultz-Haut-Rhin, 16 septembre 2026

    À Soultz, dans le Haut-Rhin, l'Inrap a fouillé le cimetière paroissial qui entourait l'église gothique Saint-Maurice. L'opération, menée avant le réaménagement de la place de l'église, a livré 62 sépultures et les vestiges d'un îlot urbain aujourd'hui disparu. Les premières observations situent ce cimetière au moins entre le XIe et la fin du XVIIIe siècle. Sous une place de bourg ordinaire, la terre a gardé la mémoire de huit siècles de vie et de mort paroissiales.

    Ce que la fouille a livré

    Soultz garde l'empreinte d'un riche passé médiéval, jadis lié à l'abbaye d'Ebersmunster, puis à l'évêché de Strasbourg. Au centre de ses anciens remparts se dresse l'église Saint-Maurice, édifice gothique des XIIIe et XIVe siècles bâti sur les fondations d'un ancien sanctuaire roman. Autour d'elle s'est développé le cimetière de la paroisse. Dans le cadre du réaménagement de la place, l'Inrap a fouillé dix-huit fosses d'arbres. Ces sondages ont suffi à documenter 62 sépultures, souvent bien conservées. Les défunts reposaient majoritairement en cercueil, signalé par des clous de fer, mais aussi en pleine terre et en linceul. Les corps suivaient une orientation ouest-est, conforme au rite chrétien. Comme la nécropole chrétienne mise au jour à Versailles, ces sols gardent une mémoire funéraire longtemps oubliée.

    Des questions restées ouvertes

    Certaines fosses ont retenu l'attention des archéologues. Au nord et au nord-ouest de l'église, plusieurs individus étaient empilés dans une même sépulture. Leurs décès semblent simultanés ou très rapprochés. Les causes restent inconnues, car les limites de la fouille n'ont pas permis d'étendre les observations. Autre détail singulier : sous certains squelettes, deux os longs avaient été déposés en travers. Cette pratique, repérée dès le diagnostic, a été observée de nouveau. Le mobilier funéraire, lui, reste rare. On compte quelques épingles, des perles de verre, d'os et de pierre, deux médaillons de pénitent, deux crucifix, et un dé en os découvert dans la tombe d'un enfant.

    Le contexte historique

    Le cimetière paroissial n'est pas un simple espace funéraire. Pendant des siècles, il fut le centre social du bourg, collé à l'église, lieu de sépulture ordinaire de la communauté. L'accumulation des niveaux de tombes à Soultz raconte cette longue durée : on y a inhumé au moins du XIe à la fin du XVIIIe siècle, soit huit siècles d'activité funéraire. Au pied de l'église, un four à chaux a été partiellement dégagé, sous les niveaux funéraires. Il pourrait remonter à une phase de construction ou de reconstruction de l'édifice. Mais les archéologues avancent une autre hypothèse, qu'ils gardent prudente : ce four a pu servir aux sépultures dites chaulées, une pratique attestée en Alsace entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. La chaux recouvrait alors le corps, souvent en période d'épidémie. La datation des charbons de bois tranchera peut-être.

    Pourquoi cette fouille compte

    La fouille ne s'est pas arrêtée aux tombes. Une dizaine de maçonneries, une cave et des niveaux de cours ont révélé un îlot urbain oublié, au sud de la place actuelle. Ces habitations se rattachent à la fin du Moyen Âge et au début de l'époque moderne. L'îlot a disparu quand la grande place a été créée au sud de l'église. À cette occasion, le cimetière a lui aussi été déplacé une première fois, un peu plus à l'est, sous l'actuelle école primaire, comme le montre le cadastre napoléonien de 1838. Pour l'histoire d'un bourg alsacien, ces couches sont précieuses. Elles restituent la forme ancienne de la ville, ses parcelles, ses rues, avant les remaniements du XIXe siècle.

    Ce que la suite peut apporter

    Les données restent partielles, mais elles rejoignent les résultats du diagnostic mené en amont. L'étude ostéologique des squelettes doit encore être conduite. Elle préciserait l'âge, le sexe et l'état sanitaire de cette population mixte, dont les premières observations signalent déjà plusieurs pathologies. Les sépultures multiples et les os déposés sous les corps feront l'objet d'une attention particulière. Si la datation confirme un lien entre le four à chaux et des inhumations d'urgence, le site pourrait éclairer un épisode épidémique local. Rien n'est tranché à ce stade. La fouille a d'abord rendu visible ce que huit siècles de vie paroissiale avaient enfoui sous une place de village.

    Questions fréquentes

    Qu'a-t-on découvert à Soultz-Haut-Rhin ?

    Un cimetière paroissial de 62 sépultures autour de l'église gothique Saint-Maurice, un four à chaux au pied de l'édifice, et les vestiges d'un îlot urbain disparu, fin du Moyen Âge et début de l'époque moderne.

    De quand date ce cimetière ?

    Les premières observations le situent au moins entre le XIe et la fin du XVIIIe siècle, soit huit siècles d'activité funéraire.

    Qui a mené la fouille ?

    L'Inrap, dans le cadre d'une fouille préventive conduite avant le réaménagement de la place de l'église.

    Qu'est-ce qu'une sépulture chaulée ?

    Une inhumation où le corps est recouvert de chaux, souvent en période d'épidémie. La pratique est attestée en Alsace entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. À Soultz, l'hypothèse reste à confirmer par la datation.

    Sources

    • Inrap, « Fouilles du cimetière paroissial et découverte d'un îlot urbain moderne à Soultz (Haut-Rhin) », chronique de site, 8 juillet 2026.
    • Archives départementales du Haut-Rhin, cadastre napoléonien de Soultz, 1838 (AD68, 3P 583).

    Image : la rue Jean-Jaurès à Soultz-Haut-Rhin. Tournasol7, Wikimedia Commons (CC BY 4.0)