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    Archéologie

    Saint-Georges-de-Didonne : d'un château disparu, il reste des douves de 15 mètres

    Par La rédaction de France Éternelle · 22 août 2026

    À Saint-Georges-de-Didonne, en Charente-Maritime, l'Inrap fouille 6 475 m² avant la construction de logements sociaux. Les archéologues y dégagent les douves du château de Didonne, forteresse qui commandait l'entrée de l'estuaire de la Gironde et qui a entièrement disparu du paysage. La douve interne mesure près de 15 mètres de large. Autour de l'enceinte, le village médiéval ressort de terre : silos, puits, trous de poteau. Le chantier ouvre gratuitement au public les samedi 29 et dimanche 30 août 2026.

    Ce que la fouille a mis au jour

    Le château était bâti sur la pente d'un coteau calcaire dominant la vallée marécageuse du Riveau, un ruisseau aujourd'hui canalisé. Au-delà commence le cordon dunaire de la côte atlantique, puis les eaux de l'estuaire. Cette position commandait à la fois l'entrée de la Gironde, l'accès au littoral et les voies de circulation.

    La fouille de 2026 complète un diagnostic mené en 2012. Elle révèle un double réseau de fossés autour de l'enceinte. Au pied du château, la douve interne atteint près de 15 mètres de large et au moins 6,50 mètres de profondeur, mesurée par rapport à un pied de courtine supposé. Son escarpe est garnie d'un imposant talus enroché, large d'au moins 10 mètres, peut-être davantage puisque le rebord du plateau sort de l'emprise fouillée. Un enrochement en escalier le maintient sur toute sa hauteur, soit 5 mètres au minimum. Un niveau de marne puis un lit végétalisé recouvraient ensuite l'ensemble. Le noyau du talus est fait de niveaux organiques ou de calcaire, sédiments vraisemblablement issus du creusement du fossé lui-même.

    Dix mètres plus loin, dans un terrain presque plat, la douve externe mesure elle aussi 15 mètres de large, mais 2,70 mètres de profondeur seulement. Les deux fossés se déversent dans la vallée humide du Riveau. Leur contemporanéité reste à établir : ont-ils été creusés ensemble, ou le second a-t-il été ajouté plus tard pour renforcer la défense ? L'Inrap laisse la question ouverte.

    Un village hors les murs

    À l'extérieur du castrum, sur la pente du coteau comme sur le plateau, un village a vécu en parallèle de la forteresse. Les archéologues y comptent de très nombreux creusements. Ce sont d'abord des silos, destinés à conserver les récoltes, puis des trous de poteau qui signalent des constructions en bois. Un réseau de fossés organise le secteur. Au moins deux puits ont été détectés.

    La chronologie se lit dans la stratigraphie. Le creusement de la douve interne et l'élaboration de son talus sont venus recouvrir des structures domestiques déjà présentes sur place. Autrement dit, on habitait là avant que la fortification ne prenne cette ampleur. Une partie de la butte de Didonne est d'ailleurs occupée dès la période carolingienne. Le site donne donc à lire un continuum, et non la création ex nihilo d'un château sur une terre vide.

    Le contexte historique : une seigneurie à la porte de l'estuaire

    Le château de Didonne a aujourd'hui entièrement disparu. Il n'en reste que le toponyme Le Châta et le réseau de fossés. Les textes, eux, attestent son existence dès le XIe siècle. Didonne fut durant le Moyen Âge une seigneurie majeure à l'entrée de l'estuaire de la Gironde, tenue par un seigneur puissant et bien pourvu en terres, selon la chronique de site publiée par l'Inrap.

    La forteresse, qui a fait l'objet de nombreux sièges durant la guerre de Cent Ans, a perdu de son importance à l'issue du conflit. Elle tombe en ruine et ne sera pas reconstruite, semble-t-il.Inrap, chronique de site « Le Châta »

    La suite se lit sur les cartes. Les plans du début du XVIIIe siècle montrent que le château a disparu, et que seule son imposante enceinte circulaire reste marquée dans le paysage. La tradition locale, reprise par la commune, raconte plutôt une forteresse détruite par les Anglais au XVe siècle. Les archéologues décrivent un processus plus lent : un déclassement stratégique après 1453, puis une ruine que personne ne relève. Les deux récits ne disent pas la même chose. Le second explique mieux pourquoi il ne reste ni tour, ni courtine, ni même un tas de pierres : une forteresse abandonnée devient une carrière pour le voisinage.

    Quinze ans d'archéologie sur le même coteau

    Ce chantier n'est pas isolé. En 2012, un diagnostic de 16 000 m² avait déjà repéré les douves et l'habitat médiéval descendant vers les marais de Chenaumoine. Au printemps 2013, une fouille de près de 3 000 m² avait suivi, sous la responsabilité de Catherine Vacher, sur le flanc ouest du site castral. Le terrain, très en pente et aboutissant en zone humide, avait exigé des pompes d'épuisement en fonctionnement permanent pour éviter l'ennoiement.

    Cette campagne avait livré l'exutoire des douves et son contact avec le marais, ainsi qu'un mur médiéval en fer à cheval édifié dans la zone humide, perpendiculairement à cet exutoire. L'habitat, daté du XIe au XVe siècle, avait rendu un mobilier abondant : poterie décorée ou non, une fusaïole en calcaire ornée de lignes en étoile, une plaque d'ardoise gravée d'un décor en damier, une monnaie du XIIIe siècle. Les restes animaux disaient la vie d'un village de bord d'estuaire : coquillages, os, arêtes de poisson, pinces de crabe.

    Mis bout à bout, ces trois interventions dessinent quelque chose que ni le diagnostic ni la fouille de 2013 ne pouvaient donner seuls. D'un côté la table à manger d'un village, de l'autre l'échelle militaire de l'enceinte qui le protégeait. Le même coteau, deux registres, quinze ans d'écart.

    Pourquoi c'est important

    La France compte beaucoup de châteaux debout et davantage encore de châteaux effacés. Didonne appartient à la seconde catégorie, la moins documentée. Or ce sont ces sites-là qui révèlent la mécanique du pouvoir médiéval, parce qu'ils n'ont pas été retouchés par cinq siècles de restaurations, d'ajouts et de démolitions. Ici, le terrassement seul indique déjà le rang du lieu : creuser une douve de 15 mètres sur 6,50 mètres de profondeur et l'équiper d'un talus enroché de 5 mètres de haut représente un chantier considérable pour le XIIe siècle.

    L'archéologie préventive ajoute son propre paradoxe. Sans le projet de logements sociaux, personne ne fouillerait ce coteau. Le chantier qui menace les vestiges est aussi ce qui permet de les enregistrer avant qu'ils ne disparaissent définitivement.

    Ce que la suite peut apporter

    Plusieurs questions restent ouvertes. La contemporanéité des deux douves n'est pas tranchée. Le plan d'ensemble du village, réparti sur plusieurs emprises fouillées à des dates différentes, reste à reconstituer. L'étude du mobilier et des sédiments, menée en post-fouille, pourrait préciser la chronologie du passage d'un habitat ouvert à un site fortifié.

    En attendant, le public peut voir le chantier. L'Inrap organise des portes ouvertes les samedi 29 et dimanche 30 août 2026, de 10h à 12h et de 14h à 16h, au 35 rue Jean Moulin, au fond de l'impasse, à Saint-Georges-de-Didonne. L'entrée est libre. Les visites commentées sont assurées par Catherine Vacher et partent toutes les heures, les derniers départs étant fixés à 11h et à 15h. L'Inrap recommande des chaussures adaptées, un chapeau et une bouteille d'eau, et prévient qu'une annulation reste possible en cas de mauvaises conditions météorologiques.

    Questions fréquentes

    Que reste-t-il aujourd'hui du château de Didonne ?

    Rien en élévation. Le château a entièrement disparu. Subsistent le toponyme Le Châta et un réseau de douves imposantes, encore lisible dans le relief.

    Quelles sont les dimensions des douves ?

    La douve interne mesure près de 15 m de large et au moins 6,50 m de profondeur par rapport à un pied de courtine supposé. La douve externe fait 15 m de large pour 2,70 m de profondeur, et se situe environ 10 m plus loin.

    De quand date la fortification ?

    Les textes attestent le château dès le XIe siècle. Le talus enroché de la douve interne a été construit au plus tard au XIIe siècle. Une partie de la butte est occupée dès la période carolingienne.

    Peut-on visiter la fouille ?

    Oui, les samedi 29 et dimanche 30 août 2026, de 10h à 12h et de 14h à 16h, au 35 rue Jean Moulin à Saint-Georges-de-Didonne. Entrée gratuite, visites commentées toutes les heures.

    Qui conduit l'opération ?

    L'Inrap, sous la responsabilité scientifique de Catherine Vacher, avec le contrôle scientifique du service régional de l'archéologie de la DRAC Nouvelle-Aquitaine, site de Poitiers. L'aménageur est la SA Noalis.

    Sources

    • Inrap, « Les vestiges d'un château médiéval en bordure de l'estuaire de la Gironde (Charente-Maritime) », 18 août 2026.
    • Inrap, « Journées Portes ouvertes : les vestiges d'un pôle seigneurial médiéval à Saint-Georges-de-Didonne », 18 août 2026.
    • Inrap, chronique de site « Le Châta », Saint-Georges-de-Didonne (Charente-Maritime), fouille d'avril à juin 2013, responsable d'opération Catherine Vacher.
    • Commune de Saint-Georges-de-Didonne, page « Histoire & Patrimoine » (motte castrale du château des seigneurs de Didonne).

    Image : FrenchCobber, Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)