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    Musées et collections

    Orsay achète 207 900 € une gouache de Filiger, peintre mystique du Pouldu

    Par La rédaction de France Éternelle · Brest, 22 août 2026

    Le musée d'Orsay a acquis le 18 juillet 2026, aux enchères à Brest, une gouache de Charles Filiger intitulée La Maison du Pen-Du, peinte au Pouldu dans la seconde moitié de 1890. Adjugée 165 000 euros au marteau, soit 207 900 euros frais compris, elle était estimée 120 000 à 150 000 euros. L'œuvre n'était jamais passée en vente publique : offerte au peintre Maxime Maufra, elle est restée dans sa descendance jusqu'à l'été 2026. La maison qu'elle représente existe toujours, et elle est inventoriée.

    Ce qui s'est passé

    La vente s'est tenue le 18 juillet 2026 à Brest, rue du Château, chez Thierry-Lannon & Associés. Le lot 376 était décrit comme une gouache recto-verso sur carton, avec des traits au crayon de mise au carreau, signée en bas à gauche, intitulée La Maison du Pen-Du, de la seconde moitié de 1890. Dimensions : 19,5 × 29,5 cm. Au verso, une Étude de trois adolescents, vers 1891, également à la gouache.

    L'estimation était fixée entre 120 000 et 150 000 euros. Le marteau est tombé à 165 000 euros, soit 207 900 euros frais compris. C'est le musée d'Orsay qui l'a emportée, en enchérissant, sans recourir à la préemption. L'œuvre n'avait jamais connu les enchères : Filiger l'avait offerte à Maxime Maufra, peintre et graveur nantais du cercle breton, et elle était restée dans sa descendance jusqu'à cet été.

    La maison peinte existe encore

    Le titre du tableau désigne un bâtiment précis, et ce bâtiment est répertorié. L'Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne lui consacre le dossier IA29004313, sous les appellations « Maison isolée » et « Maison du Pen-Du », au lieu-dit Pouldu, commune de Clohars-Carnoët, en Finistère.

    La notice donne son acte de naissance : Henri Louis Froidevaux, notaire à Quimperlé, la fait construire sur une parcelle de dunes achetée en 1875. C'est la première villa élevée sur la plage des Grands-Sables. L'architecture est sommaire : un corps rectangulaire d'un étage, une aile accolée au pignon sud sous un comble éclairé d'une lucarne rampante, un appentis au nord, quatre ouvertures à encadrement de pierre taillée, une toiture d'ardoise. Sa position sur une avancée de terre lui a valu son surnom. L'Inventaire la donne en bon état de conservation. Il note aussi que les peintres de l'école du Pouldu, dont Filiger, et ceux de Pont-Aven, dont Gauguin, l'ont fait figurer dans leurs tableaux.

    Pen-Du ou pendu ?

    Le titre circule sous deux graphies. Le catalogue de vente écrit La Maison du Pen-Du, en toponyme breton. L'Inventaire général, lui, cite les œuvres de Filiger sous les titres La maison du Pendu et La maison du pendu II. Les deux formes désignent le même bâtiment du Pouldu. La coïncidence a un écho : le musée d'Orsay conserve déjà La Maison du pendu, Auvers-sur-Oise, peinte par Paul Cézanne en 1873 et entrée dans les collections publiques par le legs du comte Isaac de Camondo en 1911. Deux maisons, deux régions, un titre homophone, désormais dans le même musée.

    Qui était Charles Filiger

    Né à Thann, dans le Haut-Rhin, le 28 novembre 1863, Filiger arrive à Paris vers 1886 et fréquente l'Académie Colarossi. Il gagne Pont-Aven en 1888, loge à la pension Gloanec, puis au Pouldu, à l'auberge de Marie Henry. Il y retrouve Paul Gauguin et Meyer de Haan ; Paul Sérusier les rejoint en 1890. Les peintres travaillent dehors le jour, confrontent leurs toiles le soir, décorent la salle de l'auberge. C'est de ces mois-là que date la gouache acquise par Orsay.

    À partir de 1892, le comte Antoine de La Rochefoucauld lui verse une rente mensuelle de cent cinquante francs contre la meilleure part de sa production. Filiger expose chez Le Barc de Boutteville et au Salon de la Rose-Croix. En septembre 1894, Alfred Jarry lui consacre un article élogieux dans le Mercure de France. Puis le cercle se défait. Gauguin part en 1895, le mécène retire son soutien, le peintre s'isole. Il change souvent de résidence en Bretagne, vit dans le dénuement, meurt à Plougastel-Daoulas le 11 janvier 1928, oublié.

    Son œuvre est courte et cohérente. Mira Jacob en a répertorié environ deux cents pièces. Après ses débuts à l'huile, Filiger travaille presque uniquement l'aquarelle et la gouache sur papier ou sur carton, en petits formats. Il peint des visages ovales aux grands yeux, en aplats cernés, à la manière des peintres d'icônes et des enlumineurs médiévaux. Ses sujets sont religieux : Christs, madones, saints. À partir de 1907 apparaissent ses Notations chromatiques, où la figure se géométrise. C'est un art sacré hors commande d'Église, produit par un homme seul, dans une logique de couleur close qui n'est pas sans rapport avec celle du vitrail.

    « Une figure de gros poupon rouge, aux yeux malicieux et rieurs. Courtaud, ventru, monté sur de petites jambes qu'il remuait d'une étrange manière, tel est au physique cet artiste original. »Maxime Maufra, à propos de Charles Filiger

    Pourquoi cette acquisition compte

    Orsay ne découvre pas Filiger. Le musée compte déjà dans ses collections une aquarelle sur carton de 1896, Tête de jeune breton, de trois quarts à gauche, achetée en 1949 et conservée au département des Arts graphiques du musée du Louvre. Mais la nouvelle acquisition est un paysage, non une figure, et elle est datée de 1890, c'est-à-dire du moment décisif du Pouldu, quand se forment le synthétisme et la génération symboliste qui donnera les nabis. Le carton porte en outre deux œuvres, recto et verso.

    Le prix est le second fait notable. Pour un artiste resté à l'écart du marché pendant un siècle, 207 900 euros frais compris situe Filiger dans une autre catégorie que celle du peintre régional. Le catalogue raisonné en cours, conduit par André Cariou, ainsi que l'édition de sa correspondance, devraient prolonger ce mouvement.

    Ce que cela peut changer

    Une œuvre passée du salon familial d'un descendant de Maufra à une collection nationale devient consultable et exposable. Si Orsay la présente, le public verra un Filiger paysagiste, ce qui reste rare. La comparaison avec la tradition médiévale dont il se réclamait pourrait alors se faire sur pièces, et non sur reproduction. Le musée n'a pas annoncé de calendrier d'exposition.

    Questions fréquentes

    Combien le musée d'Orsay a-t-il payé cette gouache ?

    165 000 euros au marteau, soit 207 900 euros frais compris, le 18 juillet 2026, lors d'une vente Thierry-Lannon & Associés à Brest. L'estimation était de 120 000 à 150 000 euros.

    Que représente La Maison du Pen-Du ?

    Une villa du Pouldu, à Clohars-Carnoët, construite en 1875 pour un notaire de Quimperlé. C'est la première maison bâtie sur la plage des Grands-Sables, aujourd'hui répertoriée par l'Inventaire général du patrimoine culturel sous le nom de « Maison isolée ».

    Qui était Charles Filiger ?

    Un peintre français né à Thann en 1863 et mort à Plougastel-Daoulas en 1928. Proche de Gauguin au Pouldu, il a produit une œuvre courte, mystique et de petit format, principalement à l'aquarelle et à la gouache.

    Orsay possédait-il déjà des œuvres de Filiger ?

    Oui. Ses collections comptent notamment Tête de jeune breton, de trois quarts à gauche, aquarelle sur carton de 1896, achetée en 1949 et conservée au département des Arts graphiques du musée du Louvre.

    Sources

    • La Tribune de l'Art, « Une gouache de Filiger pour Orsay », 20 août 2026.
    • Catalogue de la vente Thierry-Lannon & Associés, Brest, 18 juillet 2026, lot 376.
    • Le magazine des enchères (Interencheres), « Le musée d'Orsay acquiert une gouache de Charles Filiger aux enchères à Brest ».
    • Inventaire général du patrimoine culturel, dossier IA29004313, « Maison de villégiature dite Maison isolée ou Maison du Pen-Du, le Pouldu (Clohars-Carnoët) ».
    • Musée d'Orsay, notices de La Maison du pendu, Auvers-sur-Oise (Paul Cézanne, 1873, legs Isaac de Camondo, 1911) et de Tête de jeune breton, de trois quarts à gauche (Charles Filiger, 1896).
    • Wikipédia, notice « Charles Filiger » (éléments biographiques et catalogue).

    Image : Charles Filiger, Wikimedia Commons (Public domain)