Le blason de Bretagne : l'hermine, signification et histoire

Blason de Bretagne (hermine plain)
Blason de Bretagne (hermine plain). Wikimedia Commons, Public domain.

Que signifie le blason de Bretagne ?

Le blason de Bretagne porte des mouchetures d'hermine noires sur fond blanc. En langage héraldique, on le décrit en trois mots : « d'hermine plain ». Le champ de l'écu est couvert d'argent, c'est-à-dire de blanc, et semé de petites figures noires appelées mouchetures d'hermine. Le terme « plain » indique que rien d'autre ne vient charger l'écu : ni bande, ni lion, ni bordure. Le champ est uniforme.

L'hermine n'est donc pas un animal dessiné sur le blason. C'est une fourrure héraldique, traitée comme une couleur à part entière. Cette fourrure renvoie au pelage blanc de l'hermine en hiver et aux pointes noires de sa queue. Le blason breton repose tout entier sur ce motif répété.

Le blasonnement « d'hermine plain » expliqué

L'héraldique distingue deux grandes familles de couleurs : les émaux et les métaux. À côté, elle place les fourrures. L'hermine est l'une de ces fourrures. Elle se définit comme un champ d'argent semé de mouchetures de sable, le sable étant le nom du noir en blason.

La moucheture d'hermine a une forme précise. Elle se compose d'une figure noire terminée vers le bas par trois pointes, et surmontée de trois petits points disposés en triangle. Cette forme n'est pas décorative. Elle reproduit un geste de pelletier. Sur les manteaux d'apparat, on cousait à intervalles réguliers le bout noir de la queue de l'hermine. On le fixait par trois points de couture. Le dessin héraldique a figé ce détail technique. Les trois points au sommet de la moucheture sont les têtes des points de couture.

« D'hermine plain » se lit donc ainsi : un écu entièrement recouvert de cette fourrure, sans aucune autre pièce. C'est l'un des rares blasons d'Europe à reposer sur une fourrure seule, sans figure ajoutée. Vous trouverez d'autres armoiries de provinces et de maisons dans notre blasons de France.

Histoire : des armes de Dreux à l'hermine

Avant l'hermine plain, les princes bretons ne portaient pas ce blason. Au début du XIIIᵉ siècle, la Bretagne passe à une branche de la maison capétienne de Dreux. Pierre de Dreux, surnommé Mauclerc, devient comte puis duc de Bretagne par mariage et gouverne de 1213 à 1237.

Pierre Mauclerc porte les armes de sa famille : un échiqueté d'or et d'azur, soit un damier jaune et bleu, hérité des comtes de Dreux. En cadet, il « brise » ces armes, c'est-à-dire qu'il les modifie pour se distinguer de la branche aînée. Il ajoute un franc-quartier d'hermine, un petit carré de fourrure placé en haut à gauche de l'écu. C'est la première entrée de l'hermine dans l'héraldique bretonne. Elle n'occupe alors qu'un coin.

Pendant un siècle, de 1213 à 1316, les ducs gardent cet échiqueté de Dreux au franc-quartier d'hermine. La rupture vient avec Jean III. En 1316, quatre ans après son avènement, il abandonne l'échiqueté et adopte l'hermine plain. L'hermine, jadis cantonnée à un quartier, envahit tout l'écu.

Jean IV de Montfort fixe ensuite l'emblème de façon durable. Il sort vainqueur de la bataille d'Auray en 1364, qui clôt la guerre de Succession de Bretagne. L'année suivante, en 1365, il reprend l'hermine plain pour ses propres armes. En 1381, il fonde l'ordre de l'Hermine, un ordre de chevalerie ducal. À partir de là, l'hermine devient l'emblème du duché lui-même, et plus seulement celui d'une famille.

Symbolique : pureté, noblesse et devise

La force symbolique de l'hermine tient à sa fourrure. Blanche en hiver, elle évoque la pureté. Coûteuse et réservée aux vêtements de cour, elle marque la noblesse et le rang. Le petit animal devient, par ce double sens, un signe de dignité.

Une légende fixe cette idée. On la rattache souvent à Anne de Bretagne, dernière duchesse souveraine, morte en 1514. Lors d'une chasse, une hermine poursuivie par les chiens se trouve acculée devant une mare boueuse. Plutôt que de souiller son pelage blanc dans la fange, elle fait face aux chiens et accepte la mort. Le récit existe aussi sous une forme plus ancienne, attribuée à des figures du haut Moyen Âge. Sa valeur n'est pas historique. Elle est morale.

De là vient la devise associée à l'hermine : « plutôt la mort que la souillure ». On la trouve en breton, « Kentoc'h mervel eget bezañ saotret », et en latin, « Potius mori quam foedari ». L'ordre de l'Hermine, lui, portait une autre devise plus brève, « À ma vie ». Toutes disent la même chose : mieux vaut périr que se déshonorer. La fourrure blanche refuse la tache, et l'homme d'honneur refuse la compromission.

Cette logique de symbole pur, sans figure animale visible, rapproche l'hermine d'un autre signe majeur de l'héraldique française. Pour comparer, lisez notre étude sur la fleur de lys.

Du blason ducal au Gwenn ha Du moderne

Le blason ducal cesse d'être un emblème politique vivant après le rattachement de la Bretagne au royaume de France au XVIᵉ siècle. La moucheture d'hermine, elle, traverse les siècles comme motif patrimonial.

Elle réapparaît dans le drapeau breton actuel, le Gwenn ha Du, ce qui signifie « blanc et noir » en breton. Ce drapeau est une création datée. Il est dessiné en 1923 par Morvan Marchal, architecte né en 1900 et mort en 1963. Marchal s'inspire de la composition du drapeau des États-Unis pour la structure à bandes. Il y ajoute un canton chargé de mouchetures d'hermine noires, en haut à gauche, en référence directe à la Bretagne ducale. Les neuf bandes alternées renvoient aux pays bretons, et les onze mouchetures à l'hermine des ducs. Le drapeau est présenté au public à l'Exposition des arts décoratifs de Paris en 1925.

Il faut lire ce passage avec précision. La moucheture d'hermine est d'abord une figure héraldique médiévale, attachée aux ducs de Bretagne. Sa reprise dans un drapeau de 1923 relève de l'histoire culturelle du XXᵉ siècle. Le blason « d'hermine plain » et le Gwenn ha Du partagent un même motif, mais ils appartiennent à deux époques distinctes. Le premier est un fait de l'héraldique du Moyen Âge. Le second, un fait de design daté.

FAQ

Comment se blasonne le blason de Bretagne ?

Il se blasonne « d'hermine plain » : un champ d'argent, soit blanc, entièrement semé de mouchetures d'hermine de sable, soit noires. Le mot « plain » signifie qu'aucune autre figure ne charge l'écu.

Que représente la moucheture d'hermine ?

Elle représente, sous forme stylisée, le bout noir de la queue de l'hermine, cousu sur les fourrures d'apparat. Les trois points qui la surmontent figurent les points de couture qui fixaient ce bout de queue sur la peau blanche.

Quel duc a adopté l'hermine comme blason de la Bretagne ?

Jean III abandonne l'échiqueté de Dreux pour l'hermine plain en 1316. Jean IV de Montfort en fait l'emblème du duché en fondant l'ordre de l'Hermine en 1381. Auparavant, dès 1213, Pierre Mauclerc avait introduit l'hermine dans un simple franc-quartier.

Le drapeau breton et le blason ducal sont-ils la même chose ?

Non. Le blason « d'hermine plain » est un emblème héraldique médiéval des ducs de Bretagne. Le Gwenn ha Du est un drapeau dessiné en 1923 par Morvan Marchal, qui reprend les mouchetures d'hermine. Les deux partagent ce motif mais relèvent d'époques différentes.

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