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Archéologie
Jean-Louis Brunaux, qui fit sortir la religion gauloise des textes, est mort
L'archéologue Jean-Louis Brunaux est mort le 18 août 2026 à Noyon, dans l'Oise, à 72 ans. Directeur de recherche au CNRS, il avait fouillé les deux sanctuaires qui ont changé la façon d'écrire l'histoire religieuse des Gaulois : Gournay-sur-Aronde, dans l'Oise, puis Ribemont-sur-Ancre, dans la Somme. Sa méthode tenait en une décision, exposée en 1997 devant l'Académie des inscriptions et belles-lettres : interroger les objets sortis du sol plutôt que les seuls auteurs latins. Tout avait commencé par une fouille de sauvetage, au printemps 1975, dans le parc d'un château picard.
Le 7 avril 1975, des tessons dans un parc
Il n'est alors pas encore directeur de recherche. Il est rattaché au CRAVO, à Compiègne. Le 7 avril 1975, une prospection de surface sur le territoire de Gournay-sur-Aronde lui fait repérer une villa gallo-romaine au plan très lisible. En ramassant les objets remontés par la charrue, il trouve des tessons de La Tène. La Direction des antiquités historiques autorise une fouille de sauvetage.
Elle se déroule en mai et juin, deux à trois jours par semaine, dans une pâture du parc du château, le long de la RN 17. Le dépôt est en très mauvais état : Brunaux estime que les deux cinquièmes ont disparu sous le soc. Quatorze vases sont retrouvés en place, un seul intact. Il interprète la fosse comme une sépulture à incinération et publie une note préliminaire dans la Revue archéologique de l'Oise. Trois ans plus tard, il écrira lui-même que cette interprétation était fausse.
Le dépôt d'armes, à cinquante mètres
En 1978, avec Philippe Marquis et Patrice Méniel, il fait le point. Les os récoltés au fond de la fosse ne sont pas humains et ne portent aucune trace d'incinération. La céramique donne La Tène 1b, tout au plus le début de La Tène 1c. La sépulture devient une fosse votive. Surtout, les prospections menées autour de la découverte ont livré quelques fragments métalliques, à cinquante mètres seulement du sondage de 1975. Ce sont eux, écrit l'équipe, qui ont révélé le dépôt d'armes de Gournay.
La première campagne sur ce dépôt met au jour des armes de fer, des ossements d'animaux et quelques ossements humains, jetés dans un fossé de 2,50 mètres de large et 1,80 mètre de profondeur. La campagne de 1978 dure plus de six mois. L'hiver précédent, le déboisement partiel du parc du château a fait apparaître autre chose encore : un oppidum que les archéologues ignoraient, défendu par deux puissants fossés perpendiculaires appuyés sur la vallée de l'Aronde. La fosse, le dépôt et l'enceinte ne formaient qu'un seul ensemble.
Un carré de quarante-cinq mètres, ouvert vers l'est
La découverte du sanctuaire et de l'oppidum date de 1977, et Brunaux en est l'inventeur. L'espace sacré est carré, limité par des fossés, chaque côté mesurant environ quarante-cinq mètres. Il possède une entrée unique, orientée à l'est, vers les marais. À son stade le plus ancien, aux IIIe et IIe siècles avant Jésus-Christ, il est à ciel ouvert. Le sacrifice se pratique auprès d'une grande fosse ovale de quatre mètres de long et deux mètres de profondeur, où les victimes sont ensuite déposées.
Quand on cure cette fosse, les offrandes passent dans le fossé d'enceinte. Il se remplit d'armes détruites, de carcasses de bœufs et de chevaux, d'ossements humains, plus particulièrement de chaque côté de l'entrée. Le fossé devient si encombré qu'un second est creusé devant lui, obligeant les prêtres à franchir une passerelle. Le mobilier métallique est confié au laboratoire de paléométallurgie de Compiègne, sous la responsabilité d'André Rapin ; les ossements d'animaux à Patrice Méniel ; les ossements humains au professeur Poplin, du Muséum national d'histoire naturelle. Le lieu ne meurt pas avec l'indépendance gauloise : un fanum est encore bâti au même emplacement à la fin du IIIe siècle après Jésus-Christ.
Autour, l'oppidum couvre douze hectares, dans la cité des Bellovaques, sur le versant sud de la vallée. Un immense étang, à une centaine de mètres, participait aussi de sa protection. Brunaux et ses équipes ont fouillé le sanctuaire et ses fortifications de 1975 à 1984.
Ribemont, puis la leçon de méthode
En 1990, il reprend la fouille d'un second grand sanctuaire du nord de la Gaule, à Ribemont-sur-Ancre, dans la Somme. Le bilan publié en 1999 dans Gallia porte, à côté du sien, les noms de Michel Amandry, Véronique Brouquier-Reddé, Louis-Pol Delestrée, Henri Duday, Gérard Fercoq du Leslay et Thierry Lejars.
C'est en 1997, dans une communication à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, qu'il dit le plus clairement pourquoi il creuse. Trois questions bloquent l'étude de la religion gauloise depuis le XVIe siècle : la part d'objectivité des sources littéraires, la mesure de l'acculturation dans la religion gallo-romaine, la celticité de la culture irlandaise médiévale. De Camille Jullian à Jan de Vries, tous les auteurs les ont posées. En près d'un siècle de recherche, constate Brunaux, les connaissances n'ont pour ainsi dire pas progressé. Il faut donc créer une documentation neuve en interrogeant « les realia, c'est-à-dire les témoins archéologiques attribuables à la période de l'indépendance gauloise ». Vingt ans de fouilles sur deux sanctuaires lui donnaient de quoi confronter César et Tacite à autre chose qu'à eux-mêmes.
Les livres, après les fossés
La synthèse de ce travail paraît sous le titre Les religions gauloises (Errance, 1996), qu'il présentait lui-même l'année suivante comme sa publication la plus synthétique. Suivent des livres écrits pour un public plus large. Alésia (Gallimard, 2012) reçoit en 2013 le prix François Millepierres de l'Académie française. Vercingétorix paraît chez le même éditeur en 2018, puis La Cité des druides. Bâtisseurs de l'ancienne Gaule en 2024, dans la collection « L'esprit de la cité ». L'historien Éric Anceau a salué un « archéologue de renommée internationale pour ses travaux sur la Gaule ».
Ce qu'il laisse aux chantiers d'aujourd'hui
Sa grille de lecture continue de servir. À Allonnes, en Maine-et-Loire, la ville gauloise a été abandonnée vers le changement d'ère, mais son sanctuaire a tenu, reconstruit en pierre et alimenté en offrandes jusqu'au IVe siècle. À Urville-Nacqueville, dans la Manche, un bâton de jet a été déposé dans un fossé, à côté d'un assemblage d'os d'animaux qui signe un geste rituel. Lire ces fossés comme des dépôts et non comme des dépotoirs, dater un culte par ses rebuts, distinguer un sacrifice d'un abandon : cette grammaire s'est fixée à Gournay, sous la truelle d'un jeune fouilleur qui croyait avoir mis au jour une tombe.
Sources
- ActuaLitté, « Jean-Louis Brunaux, l'archéologue qui a renouvelé notre vision des Gaulois, est mort », 22 août 2026.
- L'Histoire, « Jean-Louis Brunaux est mort », septembre 2026.
- J.-L. Brunaux, « Fouille de sauvetage à Gournay-sur-Aronde (Oise) », Revue archéologique de l'Oise, n° 6, 1975, p. 27-31.
- J.-L. Brunaux, P. Marquis, P. Méniel, « Les recherches à Gournay-sur-Aronde : bilan et perspectives », Revue archéologique de l'Oise, n° 13, 1978.
- « Salle de Gournay-sur-Aronde (Oise), sanctuaire gaulois », Revue archéologique de l'Oise, n° 17, 1979.
- J.-L. Brunaux, P. Méniel, « Le sanctuaire de Gournay-sur-Aronde (Oise) : structures et rites, les animaux du sacrifice », Revue archéologique de Picardie, n° 1-2, 1983, p. 165-173.
- J.-L. Brunaux, « Gournay : les fouilles sur le sanctuaire et l'oppidum (1975-1984) », Revue archéologique de Picardie, numéro spécial, 1985.
- J.-L. Brunaux, « Les sanctuaires celtiques de Gournay-sur-Aronde et de Ribemont-sur-Ancre, une nouvelle approche de la religion gauloise », Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 141e année, n° 2, 1997, p. 567-600.
- Académie française, palmarès 2013, prix François Millepierres.
Image : Bycro, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)