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Archéologie
Allonnes : le sanctuaire gaulois qui a survécu à sa ville
L'Inrap vient de remettre en ligne son dossier sur Allonnes, en Maine-et-Loire. Au lieu-dit Le Tertre, une fouille conduite avant la construction d'un lotissement communal a dégagé une agglomération gauloise et son sanctuaire. La ville a été abandonnée vers le changement d'ère. Le sanctuaire, lui, a tenu : reconstruit en pierre par les Gallo-Romains, il a continué de recevoir des offrandes jusqu'au IVe siècle, quand le christianisme gagnait la Gaule. Parmi le mobilier de fer, les archéologues ont aussi trouvé cinq entraves humaines.
Ce que la fouille a livré
Tout commence par un projet de lotissement communal. La Drac Pays de la Loire prescrit un diagnostic, puis une fouille, au lieu-dit Le Tertre, rue Charles Baudelaire. Les opérations se déroulent entre 2017 et 2019. Sous le niveau des labours, les archéologues de l'Inrap trouvent une agglomération gauloise et son complexe cultuel. La densité des vestiges conduit l'État à prendre un arrêté spécifique et à prolonger le chantier de quelques mois. Onze mois d'étude ont été nécessaires. Les recherches archéologiques ont été conduites par Elven Le Goff, de l'Inrap, sous le contrôle scientifique du service régional de l'archéologie des Pays de la Loire.
L'agglomération relève du type laténien, du nom de la seconde grande phase de l'âge du Fer. Elle couvrait entre dix et vingt hectares, selon les notices de l'Inrap, qui datent sa fondation du IIIe ou du IIe siècle avant notre ère. Ce sont des villes ouvertes, artisanales et commerçantes, plantées sur les axes de circulation. On en compte un peu moins d'une centaine dans toute l'Europe celtique, quelques dizaines en France, et très peu ont été fouillées sur une grande surface.
Une ville de forgerons sur un carrefour
Allonnes occupait une position de passage. Le site est situé dans la partie orientale du territoire des Andécaves, le peuple gaulois du Maine-et-Loire, aux confins des terres turone et pictone. Deux itinéraires s'y croisaient : l'axe ligérien entre Angers et Tours, et la route reliant Le Mans à Poitiers. Le quartier fouillé travaillait le métal. Forgerons, chaudronniers, bronziers et dinandiers y voisinaient. Les archéologues ont sorti des outils, des lingots de fer, des barres de matière première, des scories et des battitures. Des bâtiments sur quatre poteaux abritaient sans doute ateliers et boutiques. Des amphores à vin venues du monde romain rappellent que les Gaulois en étaient de bons clients.
Le mobilier a livré une trouvaille plus rude : au moins cinq entraves humaines en fer, pour les poignets et pour les chevilles, très bien conservées. Ce type d'objet est rare en Gaule pour la période. L'Inrap y voit l'indice d'un commerce d'esclaves pratiqué dans l'agglomération. Le diamètre des entraves de poignet, inférieur à six centimètres, oriente vers des femmes ou des enfants. Les entraves de cheville pesaient plus d'un kilogramme par pied et par anneau. La société gauloise réduisait en servitude des captifs de guerre, des condamnés et des débiteurs insolvables. De ces vies-là, l'archéologie ne retrouve presque jamais rien.
Le sanctuaire, l'eau et les armes tordues
Le lieu de culte tient dans un enclos légèrement trapézoïdal de 22 sur 24 mètres, précédé d'un parvis, ouvert à l'est. Il abritait probablement deux bâtiments. Au centre, des fosses recevaient des monnaies isolées et de petits objets en alliage cuivreux. Il n'en reste que les fondations. Contre l'agglomération, une seconde aire de dépôts s'est développée dans une dépression naturelle qui collectait les eaux de pluie et de ruissellement. L'Inrap juge évident le lien entre ce complexe cultuel et la présence d'eau.
On y déposait des armes. Épées, fourreaux, fers de lance et lingots de fer ont été jetés dans des fosses d'extraction d'argile laissées ouvertes. Beaucoup sont tordus, pliés ou cisaillés. Le geste est connu des sanctuaires celtiques : on ôte à l'objet son usage et sa valeur marchande pour le rendre aux dieux. La même logique vaut pour la monnaie. Sur environ trois cents pièces gauloises et romaines recueillies dans le sanctuaire, un tiers portent des traces de burin, de lime ou de cisaille. Entre 150 et 200 objets ont été relevés aux abords de l'édifice. Plus tard, la dépression est nivelée en une place aménagée de plus de 1 200 mètres carrés, autour de laquelle on creuse des puits pour atteindre la nappe.
Une ville meurt, un temple continue
Vers le changement d'ère, l'agglomération gauloise est abandonnée. Une agglomération antique prend le relais, peut-être à l'emplacement du bourg actuel, à environ 800 mètres. De tout ce qui existait avant, une seule chose est conservée : le sanctuaire. Dans la première moitié du Ier siècle de notre ère, il est rebâti selon les usages architecturaux gallo-romains. La maçonnerie remplace la terre et le bois, mais le plan garde sa forme et ses proportions. Les Gallo-Romains n'ont pas fondé un temple nouveau. Ils ont refait celui qui existait, au même endroit.
Les offrandes continuent jusqu'au IVe siècle. C'est alors que le monument est détruit, dans la période où le christianisme se diffuse en Gaule, note l'Inrap. La dépression où l'on avait déposé des armes pendant des siècles est comblée et la parcelle rendue à la culture. Combien de temps le culte a-t-il duré ? Les notices de l'Inrap ne s'accordent pas : celle de 2020 compte environ six siècles de fonctionnement, celle de 2026 parle de près de huit siècles. Les bornes, elles, sont fermes : le sanctuaire existe au plus tard au début du IIe siècle avant notre ère, et il disparaît au IVe siècle après.
Deux Allonnes, deux sanctuaires
Un mot sur le nom, car la confusion est facile. Une autre commune française porte ce nom, dans la Sarthe, et elle abrite aussi un sanctuaire antique. Des autels y ont livré des dédicaces à Mars Mullo, publiées par Pierre Térouanne dans la revue Gallia en 1967. Le site, au Bois de la Foleterie, est classé au titre des monuments historiques depuis le 6 novembre 1961, sous la référence Mérimée PA00109658. Les deux Allonnes n'ont rien de commun sinon leur toponyme. Celui de la Sarthe est étudié depuis les années 1960 au moins. Celui du Maine-et-Loire est le nouveau venu dans la documentation.
Pourquoi cela compte
On raconte souvent la Gaule par ses guerriers et sa conquête. Allonnes raconte autre chose : une économie, un marché du métal, un commerce d'êtres humains, et un lieu saint qui traverse tout cela sans bouger. Pour l'histoire religieuse de la France, la leçon est précise. Un site cultuel dure plus longtemps que la ville qui l'a bâti, plus longtemps qu'un régime politique, plus longtemps qu'un empire. Ce qui l'arrête au IVe siècle n'est pas une conquête militaire mais un changement de religion. La même terre portera ensuite des églises. Le mobilier de métal, confié au laboratoire Arc'Antique à Nantes pour stabilisation et restauration, continue de livrer des données.
Questions fréquentes
Qu'a-t-on découvert à Allonnes, en Maine-et-Loire ?
Une agglomération gauloise de type laténien de dix à vingt hectares et son sanctuaire, au lieu-dit Le Tertre, lors d'une fouille préventive de l'Inrap menée entre 2017 et 2019 avant un lotissement communal.
Que sont les entraves découvertes sur le site ?
Au moins cinq entraves humaines en fer, pour poignets et chevilles. Elles suggèrent, selon l'Inrap, qu'un commerce d'esclaves se pratiquait dans l'agglomération. Le diamètre des entraves de poignet, inférieur à six centimètres, oriente vers des femmes ou des enfants.
Pourquoi les objets offerts sont-ils tordus ou brisés ?
La mutilation volontaire est un geste rituel connu des sanctuaires celtiques. Elle retire à l'objet son usage et sa valeur d'échange pour en faire un présent destiné aux dieux. À Allonnes, un tiers des monnaies portent des traces de burin, de lime ou de cisaille.
Quand le sanctuaire a-t-il cessé de fonctionner ?
Au IVe siècle de notre ère. L'Inrap situe la destruction du monument dans la période de diffusion du christianisme en Gaule. La dépression des dépôts votifs est alors comblée et la parcelle remise en culture.
Faut-il confondre avec le sanctuaire d'Allonnes dans la Sarthe ?
Non. Allonnes (Sarthe) abrite un autre sanctuaire antique, dont les autels portent des dédicaces à Mars Mullo. Le site du Bois de la Foleterie est classé monument historique depuis le 6 novembre 1961, référence Mérimée PA00109658.
Sources
- Inrap, « Découverte d'une agglomération et d'un important sanctuaire gaulois à Allonnes (Maine-et-Loire) », 13 janvier 2020, mise à jour du 18 août 2026. Recherches archéologiques : Elven Le Goff.
- Inrap, « Le riche mobilier métallique d'Allonnes la Gauloise (Maine-et-Loire) », 9 juillet 2026, mise à jour du 18 août 2026.
- Inrap, dossier multimédia Archéo-mémo, « L'agglomération gauloise d'Allonnes et son sanctuaire (Maine-et-Loire) », 6 août 2026, mise à jour du 21 août 2026.
- Plateforme ouverte du patrimoine, notice Mérimée PA00109658, Allonnes (Sarthe), zone contenant des vestiges archéologiques au Bois de la Foleterie, classée le 6 novembre 1961.
- Pierre Térouanne, « Les sanctuaires d'Allonnes (Sarthe) », Gallia, tome 25, fascicule 2, 1967, p. 174-177.
Image d'illustration : reconstitution d'un village gaulois à l'archéosite de Samara, dans la Somme, et non le site d'Allonnes. Photo JackyM59, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.