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Écrans géants à Metz : le juge écarte le recours contre les 250 000 euros
Le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté le recours de deux associations laïques contre les 250 000 euros votés par la Ville de Metz pour les écrans géants de la visite de Léon XIV, le 28 septembre 2026. Le juge des référés retient que le principe de laïcité n'interdit pas, à lui seul, tout financement public lié à un culte. La décision a été connue le 11 septembre. Elle ne tranche pas le fond, qui sera jugé bien après le départ du pape. Et elle rappelle une donnée que les dépêches mentionnent sans l'expliquer : en Moselle, la loi de 1905 ne s'applique pas.
Une décision rendue avant la visite
Le conseil municipal de Metz a voté le 10 juillet 2026 une dépense de 250 000 euros destinée aux écrans géants qui retransmettront la venue de Léon XIV. L'UFAL de Moselle et l'association Les Profanes ont saisi le juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg, estimant que la commune finançait une cérémonie religieuse. Le juge a rejeté leur demande. Sa formule est reprise par toutes les dépêches : le principe constitutionnel de laïcité applicable en Alsace-Moselle, qui implique la neutralité de l'État et des collectivités, « n'interdit pas, par lui-même, l'octroi de certains financements à des activités ou des équipements dépendant des cultes ». Le juge ajoute que la visite du pape, du 25 au 28 septembre 2026, « constitue un événement de portée internationale », susceptible de produire des retombées pour la collectivité en matière de rayonnement culturel et d'économie. François Grosdidier, maire de Metz, a salué une décision reconnaissant selon lui des moyens répondant d'abord à « des impératifs d'intérêt général, de sécurité publique et de bon déroulement de cet événement historique ».
Une précision de date : franceinfo a d'abord daté l'ordonnance du jeudi 10 septembre, tandis que l'AFP et ICI Grand Est en rendent compte le 11. Le tribunal administratif de Strasbourg, dans son propre communiqué de presse, la date du 11 septembre 2026.
En Moselle, la loi de 1905 n'a jamais été appliquée
C'est le point que les dépêches signalent en une incise. Il commande pourtant tout le raisonnement. Les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle étaient allemands en 1905. La loi de séparation des Églises et de l'État, votée le 9 décembre de cette année-là, n'a donc pas pu y entrer en vigueur. Quand la France recouvre ces territoires en 1918, elle choisit de ne pas leur étendre le texte. Le droit antérieur y demeure : le Concordat signé en 1801 entre Bonaparte et Pie VII, et les articles organiques de la loi du 18 germinal an X, soit le 8 avril 1802. Quatre cultes y sont reconnus et dotés d'un statut : catholique, luthérien, réformé, israélite. L'État rémunère leurs ministres et intervient dans la désignation de leurs responsables. L'évêque de Metz, comme celui de Strasbourg, est nommé avec l'accord du président de la République.
Ce régime a été contesté devant le Conseil constitutionnel. Par la décision n° 2012-297 QPC du 21 février 2013, relative au traitement des pasteurs des Églises consistoriales, les juges ont répondu que les constituants de 1946 et de 1958, en proclamant le caractère laïque de la République, n'avaient pas entendu supprimer les régimes de culte maintenus localement. La laïcité s'applique donc en Moselle, mais sans la loi de 1905. La nuance n'est pas rhétorique : elle explique pourquoi le juge de Strasbourg raisonne à partir du principe constitutionnel, et non à partir de l'article 2 de la loi de séparation, qui dispose que la République ne subventionne aucun culte.
Le critère de l'intérêt public local
Pour le reste du territoire, le Conseil d'État a fixé la grille de lecture le 19 juillet 2011, par cinq décisions rendues le même jour en Assemblée du contentieux, sa formation la plus solennelle. Une commune peut financer un équipement lié à un lieu de culte si l'opération répond à un intérêt public local et si elle ne constitue pas une aide au culte lui-même. Les affaires jugées ce jour-là donnaient la mesure du critère : l'orgue de Trélazé, l'ascenseur desservant la basilique de Fourvière à Lyon, l'aménagement d'un abattoir temporaire au Mans pour l'Aïd. L'intérêt culturel, touristique ou sanitaire pouvait justifier la dépense ; le financement du culte, non.
Le juge de Strasbourg ne statue pas sous l'empire de cette loi. Sa décision retient pourtant la même logique : ce que finance la Ville, ce sont des écrans, un dispositif de retransmission et les conditions de sécurité d'un rassemblement attendu entre 50 000 et 100 000 personnes. La messe reste célébrée par l'Église, dans une cathédrale qui appartient à l'État depuis le régime concordataire. Les 250 000 euros portent sur le débordement public de l'événement, non sur la liturgie.
Le fond sera jugé après le départ du pape
Un référé ne juge pas la légalité d'un acte. Il apprécie l'urgence et le doute sérieux. L'UFAL l'a rappelé aussitôt : l'association maintient son recours au fond, qui portera sur la légalité même de la délibération du 10 juillet. Ce contentieux sera examiné dans un calendrier ordinaire, donc longtemps après le 28 septembre. Les écrans auront servi, la foule se sera dispersée, et le juge dira alors si la commune pouvait engager cette somme. Une annulation ultérieure n'effacerait pas l'événement ; elle fixerait une règle pour les prochains.
C'est l'intérêt de cette affaire, au-delà de Metz. Aucun pape n'avait célébré dans la cathédrale Saint-Étienne depuis Jean-Paul II, le 10 octobre 1988. Les visites pontificales posent à chaque fois la même question aux communes : où passe la ligne entre l'accueil d'une foule et le soutien à un culte. Le droit local mosellan déplace cette ligne sans la supprimer. Le jugement au fond, lui, produira une décision écrite, motivée, opposable. Il vaudra davantage qu'une ordonnance de quelques pages rendue dans l'urgence d'un calendrier.
Sources
- Tribunal administratif de Strasbourg, communiqué de presse du 11 septembre 2026, « Visite du pape Léon XIV à Metz : le tribunal rejette le recours contre la délibération du conseil municipal de Metz permettant la location d'écrans géants pour la retransmission de l'événement » (date de l'ordonnance, procédure de référé-suspension, jauge de 50 000 à 100 000 personnes).
- AFP, dépêche du 11 septembre 2026, reprise par franceinfo (« Visite du pape en France : la justice autorise la Ville de Metz à financer des écrans géants ») et par actu.orange.fr.
- ICI Grand Est, « Pape à Metz : le tribunal administratif rejette le recours de deux associations laïques », 11 septembre 2026.
- Aleteia, « Léon XIV à Metz : la mairie pourra financer des écrans géants », 11 septembre 2026.
- Conseil constitutionnel, décision n° 2012-297 QPC du 21 février 2013, et dossier « Le régime constitutionnel des cultes d'Alsace et de Moselle ».
- Conseil d'État, Assemblée, 19 juillet 2011, cinq décisions (Commune de Trélazé ; Fédération de la libre pensée et de l'action sociale du Rhône et Picquier ; Communauté urbaine du Mans ; Commune de Montpellier ; Mme V.), rubrique « Les grandes décisions depuis 1873 ».
- Diocèse de Metz, déroulé horaire de la journée du 28 septembre 2026.
Image : Patrick (Compiègne), cathédrale Saint-Étienne de Metz, nef, Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0)