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Église
À Séoul, le Vatican tient son premier colloque avec le confucianisme
Le dicastère pour le Dialogue interreligieux a réuni chrétiens et confucéens à l'université Sogang de Séoul, les 4 et 5 août 2026. C'est le premier colloque international que Rome consacre à cette tradition. Le communiqué a été rendu public le 1er août. Le thème retenu associe une formule biblique et une notion classique chinoise : « Nouveau ciel, nouvelle terre et Datong, dialogue christiano-confucéen pour bâtir une société idéale ». Les échanges ont porté sur la fragmentation sociale, l'incertitude morale, la dégradation de l'environnement et les menaces contre la paix. La rencontre referme, sans le dire, un dossier ouvert il y a plus de trois siècles, et dans lequel un vicaire apostolique français a joué le rôle du déclencheur.
Ce qui se tient à Séoul
Des responsables religieux, des universitaires et des représentants chrétiens et confucéens se retrouvent les 4 et 5 août à l'université Sogang, à Séoul. Le dicastère pour le Dialogue interreligieux organise la rencontre avec la conférence épiscopale de Corée, l'université Sogang et l'Académie confucéenne coréenne. Vatican News a publié le communiqué le 1er août 2026.
Le texte de présentation reconnaît d'emblée que les deux traditions reposent sur des fondements théologiques et philosophiques distincts. Il relève ensuite ce qu'elles ont en commun : le souci de la dignité humaine, l'intégrité morale, la responsabilité de ceux qui gouvernent et le bien commun. Les sessions doivent traiter de la fragmentation sociale, de l'incertitude morale, de la dégradation de l'environnement et des menaces contre la paix. Les organisateurs attendent une conclusion en forme d'appel à coopérer dans l'éducation, la formation éthique et la construction de la paix. Ils espèrent surtout inaugurer une série durable.
Selon l'agence CNA, le cardinal George Jacob Koovakad, préfet du dicastère, a participé, accompagné d'autres responsables. La même agence rappelle deux étapes préparatoires : un groupe d'étude constitué en 2024, qui a rédigé des orientations pour le dialogue confucéo-catholique, puis un atelier tenu à Taïwan en 2025 sous le titre « Des chrétiens engagés dans le dialogue avec les confucéens : orientations et perspectives ». Lors de cet atelier, le père Paulin Batairwa Kubuya, sous-secrétaire du dicastère, expliquait à Vatican News que « le christianisme et le confucianisme sont des traditions de sagesse », et que l'éthique confucéenne dit avec force comment se conduire et comment organiser sa vie.
Le mot qui donne son titre au colloque
L'intitulé mérite qu'on s'y arrête, car il tient en équilibre deux vocabulaires. « Nouveau ciel, nouvelle terre » vient de l'Apocalypse. Le Datong vient du chapitre Liyun du Livre des Rites, l'un des classiques confucéens. On le traduit par grande harmonie ou grande unité. Il désigne l'état d'une société où les biens sont tenus en commun, où les charges publiques reviennent aux hommes de mérite et non à l'hérédité, où les vieillards sont soignés jusqu'au bout, les enfants instruits et les faibles pris en charge. Le confucianisme n'est pas une religion révélée. Il est né de l'enseignement de Kong Qiu, connu en Occident sous le nom de Confucius, et met l'accent sur la piété filiale, la vénération des ancêtres et la culture morale de soi, plutôt que sur le culte d'un Dieu créateur.
C'est précisément cette ambiguïté, entre morale civile et religion, qui a occupé Rome pendant deux cent cinquante ans. La Corée du Sud accueille aujourd'hui la première population confucéenne du monde, avec plus de 5,6 millions de personnes sur environ 8,75 millions au total, selon les estimations 2025 de la World Religion Database citées par CNA.
Quatre siècles de querelle, et une part française
À la fin du XVIe siècle, le jésuite italien Matteo Ricci choisit d'entrer dans la culture des lettrés chinois plutôt que de la combattre. Il apprend la langue, s'habille en lettré, et publie en 1603 le Tianzhu Shiyi, où il propose de rendre Dieu par un mot du vocabulaire classique. Il tient les hommages rendus à Confucius et aux ancêtres pour des actes civils, compatibles avec la foi. Cette méthode prend le nom d'accommodation.
Tous ne la suivent pas. Le 26 mars 1693, Charles Maigrot, vicaire apostolique du Fujian, publie un mandement en sept articles qui interdit aux missionnaires de son territoire le vocabulaire des jésuites, la vénération des ancêtres et celle de Confucius. Maigrot est français. Il appartient aux Missions étrangères de Paris, la société fondée une génération plus tôt pour donner à l'Asie des évêques envoyés par Rome et non par les couronnes ibériques. Son texte met le feu aux poudres et devient l'élément déclencheur de la crise.
Rome tranche contre l'accommodation. En 1704, Clément XI condamne les rites chinois en reprenant les points du mandement de Maigrot. Il envoie en Chine un légat, Charles Thomas Maillard de Tournon, chargé d'imposer la décision. Le 19 mars 1715, la bulle Ex illa die interdit les rites traditionnels. L'empereur Kangxi, qui protégeait jusque-là les missionnaires, le prend comme une atteinte à l'ordre de son empire ; la mission entre dans une longue période de difficultés. Le légat Charles-Ambroise Mezzabarba accorde en 1721 huit permissions demandées par les jésuites. Benoît XIV les révoque le 11 juillet 1742 par la bulle Ex quo singulari, et exige désormais des missionnaires un serment.
Le renversement de 1939
La condamnation tient deux siècles. Elle tombe le 8 décembre 1939, sous le pontificat de Pie XII, avec l'instruction Plane compertum est. Rome y reconnaît que les honneurs rendus à Confucius et aux ancêtres ont un caractère civil, et non religieux. Les catholiques chinois peuvent donc s'incliner devant les tablettes et assister aux cérémonies. Le cardinal Celso Costantini, artisan de ce revirement, s'appuie sur les assurances données par les autorités civiles quant à la nature des rites.
La décision de 1939 n'était pas un simple point de droit canonique. Elle rouvrait la possibilité, fermée depuis 1715, qu'un chrétien d'Extrême-Orient reste pleinement fidèle aux gestes de sa famille. Sans elle, le colloque de Séoul serait sans objet. Un dialogue officiel avec le confucianisme suppose que l'Église ne tienne plus ses rites pour de l'idolâtrie.
Pourquoi cette rencontre compte
Ce colloque n'est pas un événement diplomatique de plus. Il est le premier que le dicastère consacre en propre à la tradition confucéenne, après deux étapes préparatoires en 2024 et 2025. Il se tient en Corée, où le confucianisme structure encore la vie familiale et le rapport à l'autorité, et où l'Église catholique est née d'un fait rare. En 1784, un lettré coréen, Yi Seung-hun, se fait baptiser à Pékin et rentre à Séoul avec des livres chrétiens en chinois. Il baptise à son tour. La communauté grandit sans prêtre étranger.
Pour la France, l'affaire n'est pas étrangère. Ce sont des prêtres des Missions étrangères de Paris qui ont ouvert la querelle des rites, et ce sont eux qui ont porté la mission d'Asie orientale pendant trois siècles et demi. La question posée à Séoul est celle qu'ils affrontaient déjà : jusqu'où l'Évangile peut-il épouser une culture sans s'y dissoudre. La réponse de 1715 fut restrictive. Celle de 1939 fut inverse. Celle de 2026 s'est écrite en séminaire, sous un titre emprunté à la fois à saint Jean et aux classiques chinois.
Questions fréquentes
Quand et où se tient le colloque christiano-confucéen ?
Les 4 et 5 août 2026, à l'université Sogang de Séoul, en Corée du Sud. Il est organisé par le dicastère pour le Dialogue interreligieux avec la conférence épiscopale de Corée, l'université Sogang et l'Académie confucéenne coréenne.
Le confucianisme est-il une religion ?
Il est d'abord une tradition éthique et sociale, issue de l'enseignement de Confucius, centrée sur la piété filiale, la vénération des ancêtres et la culture morale de soi. Il ne repose pas sur le culte d'un Dieu créateur. C'est cette nature intermédiaire qui a nourri la querelle des rites.
Qu'appelle-t-on la querelle des rites chinois ?
Le conflit, ouvert par le mandement de Charles Maigrot en 1693, sur la licéité pour un chrétien chinois de rendre les honneurs traditionnels à Confucius et aux ancêtres. Rome les a interdits en 1704 et 1715, puis reconnu leur caractère civil en 1939.
Quel a été le rôle des Missions étrangères de Paris ?
Charles Maigrot, vicaire apostolique du Fujian et prêtre des Missions étrangères de Paris, est à l'origine du mandement de 1693 qui a déclenché la crise. La société missionnaire française a porté ensuite l'essentiel de la mission catholique en Asie orientale.
Sources
- Vatican News, « Seoul to host first Christian-Confucian colloquium », 1er août 2026.
- Catholic News Agency / National Catholic Register, « Vatican to Launch First Conference of Christians and Confucians », 28 juillet 2026.
- Encyclopædia Universalis, « Condamnation des rites chinois ».
- Larousse, encyclopédie, « Querelle des rites chinois ».
- Herodote.net, « 19 mars 1715 : la querelle des rites chinois ».
- Livre des Rites (Liji), chapitre Liyun, pour la notion de Datong.
- Missions étrangères de Paris, « Une naissance étonnante : la Corée, 1784-1840 », salle des martyrs.
Image : Basile Morin, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)