Manufactures de tapisserie d'Aubusson (Cité internationale de la tapisserie)
Histoire de la maison
La tradition lissière d'Aubusson et de Felletin, en Creuse, est attestée par les archives dès la fin du XVe siècle, mais l'on estime que des ateliers de basse lisse y fonctionnaient déjà depuis le XIVe siècle, nourris par les eaux pures de la Creuse (propices au lavage des laines) et par les moutons des plateaux limousins. Dès le XVIe siècle, Aubusson fournit la noblesse et les riches marchands. En 1665, Colbert, au nom de Louis XIV, érige Aubusson en manufacture royale, lui imposant la marque « MRDA » (Manufacture Royale D'Aubusson) sur la bordure des tentures.
Les XVIIe et XVIIIe siècles sont l'âge d'or. Les cartonniers, peintres chargés de dessiner le modèle à tisser, fournissent des compositions inspirées de Boucher, Oudry, Watteau, Huet. La Révocation de l'édit de Nantes en 1685, qui pousse à l'émigration de nombreux lissiers huguenots, marque un premier coup dur. La Révolution met fin au statut royal, mais les ateliers passent au privé et se spécialisent dans les « verdures », les mobiliers et les tapis.
Le XXe siècle voit un renouveau extraordinaire grâce à Jean Lurçat, qui s'installe à Aubusson en 1939 et réforme le métier : retour au carton numéroté, palette simplifiée à 20 tons, laines teintes en grand feu. Autour de lui, Le Corbusier, Calder, Picasso, Sonia Delaunay, Matta, Alechinsky font exécuter leurs œuvres. Depuis 2009, le savoir-faire est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO ; en 2016, la Cité internationale de la tapisserie ouvre ses portes à Aubusson.
Savoir-faire et techniques
La tapisserie d'Aubusson se tisse principalement en basse lisse, sur des métiers horizontaux où le lissier travaille à l'envers de la tenture, guidé par le carton placé sous les fils de chaîne. Chaque pièce exige une équipe : le cartonnier prépare le modèle à l'échelle ; le teinturier ajuste les laines aux coloris exacts ; le lissier tisse centimètre par centimètre, à la main, parfois pendant des mois. Une grande tenture peut demander 2 000 à 3 000 heures de tissage.
Felletin, voisine et complémentaire, perpétue la même tradition en haute lisse et en tapis. Le savoir-faire transmis, nombre de tresses par centimètre, nouage, relais de chaîne, finition et contre-tissage, a valu aux ateliers d'Aubusson-Felletin leur inscription à l'UNESCO en 2009 et plusieurs labels EPV attribués individuellement à des manufactures actives (Françoise Vernaudon, Atelier A2, Pinton).
Pièces
Les verdures d'Aubusson du XVIIIe siècle, scènes forestières, animaux, paysages, garnissent encore les châteaux de la Loire et les musées européens. Au XXe siècle, Le Chant du monde de Jean Lurçat (1957-1963), La Femme et le poète de Picasso, ou les compositions de Calder sont des chefs-d'œuvre tissés à Aubusson. Plus récemment, la Cité internationale de la tapisserie fait exécuter des cartons inédits, Tolkien, Hayao Miyazaki, Kosuke Tsumura, pour renouveler le répertoire contemporain.
« À Aubusson, la tapisserie n'est pas un objet : c'est une écriture au fil, un long poème de laine qui transpose le geste du peintre dans la patience du lissier. »
— Bruno Ythier, ancien conservateur de la Cité internationale de la tapisserie
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Questions fréquentes sur Tapisserie d'Aubusson
Pourquoi l'UNESCO a-t-elle inscrit Aubusson en 2009 ?
Parce que la tapisserie d'Aubusson et de Felletin transmet un savoir-faire vivant, unique, partagé entre plusieurs ateliers et métiers (cartonniers, teinturiers, lissiers), menacé sans une reconnaissance internationale.
Quelle différence entre basse lisse et haute lisse ?
Basse lisse : le métier est horizontal, le lissier travaille à l'envers de l'œuvre, plus rapidement ; haute lisse (Gobelins, Beauvais) : métier vertical, lissier face à l'œuvre, plus lent mais à vue.
Combien de temps pour tisser une tapisserie d'Aubusson ?
Un mètre carré demande entre 150 et 300 heures de travail selon la complexité du carton : une grande tenture peut mobiliser plusieurs lissiers pendant deux ou trois ans.
Peut-on voir des tapisseries d'Aubusson aujourd'hui ?
Oui, à la Cité internationale de la tapisserie à Aubusson, dans les ateliers ouverts au public, ainsi qu'au musée des Gobelins, au musée du Louvre et dans de nombreux châteaux.
Pour aller plus loin
- Bruno Ythier, Aubusson, cité de la tapisserie, Somogy, 2016.
- Jean-Jacques Wattel, Jean Lurçat et la tapisserie d'Aubusson, Éditions La Bibliothèque des Arts, 2004.
- Cité internationale de la tapisserie.
Sources
- Wikidata, Q781014 (Manufactures de tapisserie d'Aubusson (Cité internationale de la tapisserie)).
- Wikipédia, Manufactures de tapisserie d'Aubusson (Cité internationale de la tapisserie).
- Site officiel, https://www.cite-tapisserie.fr.
- Institut National des Métiers d'Art (INMA), base EPV.