La prière à saint Michel
Sancte Michael Archangele : texte latin et français de la prière composée par Léon XIII en 1886, son histoire, son sens et son usage. La supplication au prince de la milice céleste, défenseur de l'Église dans le combat spirituel.
Fiche de synthèse
- Titre latin
- Sancte Michael Archangele
- Type
- Prière de supplication et d'adjuration à l'archange Michel
- Auteur
- Pape Léon XIII (1810-1903)
- Date de composition
- 1886
- Usage liturgique
- Récitée à genoux à la fin de la messe basse, parmi les « prières léonines », de 1886 à 1964 ; recommandée à nouveau par Jean-Paul II (24 avril 1994).
- Fête de saint Michel
- 29 septembre (avec les archanges Gabriel et Raphaël)
- Devise de l'archange
- Quis ut Deus ?, « Qui est comme Dieu ? »
Histoire et contexte
La prière à saint Michel est composée par le pape Léon XIII en 1886. Le souverain pontife l'ajoute alors aux « prières léonines », ces oraisons que le prêtre et les fidèles récitent à genoux après la messe basse, instituées en 1884 pour la liberté de l'Église, puis complétées en 1886 par cette invocation à l'archange. Elles seront dites dans toute l'Église latine jusqu'à leur suppression par l'instruction Inter Œcumenici en 1964.
Une tradition populaire, diffusée surtout au XXe siècle, rattache la prière à une vision qu'aurait eue Léon XIII en 1884, entendant une conversation effrayante entre Dieu et Satan. Cette anecdote n'est pas attestée par les archives vaticanes et relève de la légende dévote ; ce qui est historiquement certain, c'est la composition de la prière et son insertion dans la liturgie en 1886. Léon XIII publia par ailleurs en 1890 un exorcisme plus long, réservé aux prêtres, qu'il ne faut pas confondre avec cette courte prière destinée à tous.
En France, saint Michel jouit d'une vénération singulière : selon la tradition, il apparut à l'évêque d'Avranches en 708, à l'origine du Mont-Saint-Michel ; Jeanne d'Arc le compta parmi ses « voix » ; les rois en firent le protecteur du royaume, jusqu'à fonder l'ordre de Saint-Michel en 1469. Le 24 avril 1994, lors d'un Regina cæli, Jean-Paul II invita les fidèles à reprendre cette prière, « pour obtenir un soutien dans le combat contre les forces des ténèbres ».
Texte latin
Sancte Michaël Archangele, defende nos in proelio; contra nequitiam et insidias diaboli esto praesidium. Imperet illi Deus, supplices deprecamur: tuque, Princeps militiae caelestis, Satanam aliosque spiritus malignos, qui ad perditionem animarum pervagantur in mundo, divina virtute in infernum detrude. Amen.
Texte français
Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat et soyez notre protecteur contre la méchanceté et les embûches du démon. Que Dieu exerce sur lui son empire, nous vous en supplions ; et vous, Prince de la milice céleste, par la puissance divine, précipitez en enfer Satan et les autres esprits mauvais qui parcourent le monde pour la perte des âmes. Amen.
Comment prier la prière à saint Michel
Cette prière brève se récite volontiers le matin, comme armure du jour, ou le soir, au terme du combat. Beaucoup la disent encore à la fin de la messe, à genoux, selon l'usage léonin. On peut la joindre au chapelet, ou la réciter dans les moments d'épreuve et de tentation. En famille, elle conclut bien la prière du soir. Sa sobriété même en fait une oraison de tous : quelques lignes, apprises par cœur, pour confier à l'archange la garde de l'âme et de la maison.
Questions fréquentes
Pourquoi récitait-on cette prière à la fin de la messe ?
Léon XIII l'ajouta en 1886 aux « prières léonines », dites à genoux après la messe basse pour la défense de l'Église. Cet usage fut universel dans l'Église latine jusqu'à sa suppression par l'instruction Inter Œcumenici en 1964. Jean-Paul II en recommanda la reprise en 1994.
La prière vient-elle vraiment d'une vision de Léon XIII ?
Une tradition populaire, répandue surtout au XXe siècle, rapporte qu'en 1884 le pape aurait entendu une conversation entre Dieu et Satan. Cette anecdote n'est pas attestée par les archives vaticanes et relève de la légende dévote. Ce qui est historiquement certain, c'est la composition de la prière et son entrée dans la liturgie en 1886.
Pourquoi saint Michel est-il lié à la France ?
Selon la tradition, l'archange apparut à l'évêque d'Avranches en 708, à l'origine du Mont-Saint-Michel. Jeanne d'Arc le compta parmi ses « voix », et les rois en firent le protecteur du royaume, fondant l'ordre de Saint-Michel en 1469. Il est tenu pour l'un des patrons de la France.
Pour aller plus loin
- Léon XIII, prescription des prières après la messe basse (1886) ; Acta Sanctae Sedis
- Jean-Paul II, allocution du Regina cæli, 24 avril 1994
- Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique, fête de saint Michel (29 septembre)
Commentaire spirituel
Le nom même de l'archange est une profession de foi : Mi-ka-El, « Qui est comme Dieu ? », le cri par lequel, selon la tradition, Michel s'oppose à l'orgueil de Lucifer. La prière s'enracine dans la vision de l'Apocalypse (12, 7) : « Il y eut un combat dans le ciel : Michel et ses anges combattirent le dragon. » Léon XIII en fait l'arme d'un combat qui n'est pas de chair, mais spirituel, contre « la méchanceté et les embûches du démon ».
La structure est celle d'une supplication militaire : on invoque le défenseur (« defende nos in proelio »), on demande la protection contre les pièges (« esto praesidium »), puis l'on adjure, par la seule puissance de Dieu (« divina virtute »), le rejet des esprits mauvais. L'archange n'agit jamais par lui-même : il est le Princeps militiae caelestis, le prince qui exécute l'empire de Dieu. Toute la prière respire cette humilité du combattant céleste qui ne s'attribue rien.
Pour la France, la dévotion à saint Michel n'est pas dévotion d'emprunt : du Mont qui porte son nom aux voix de Jeanne d'Arc, l'archange a accompagné la mémoire du royaume comme gardien des frontières et des âmes. Réciter sa prière, c'est se replacer dans cette longue lignée de la chrétienté française qui a tenu l'invisible pour aussi réel que le visible.