Je vous salue Marie
Ave Maria, Ave Maria : texte latin et français, origine évangélique (Lc 1,28.42), formation médiévale et méthode pour prier le chapelet.
Fiche de synthèse
- Titre latin
- Ave Maria
- Type
- salutation angélique
- Siècle d'origine
- XIe-XVIe siècle
- Auteur attribué
- Formule liturgique (salutation angélique de Lc 1,28 et 1,42)
- Usage liturgique
- Cœur du Rosaire (cinquante-trois Ave par chapelet complet), récité à l'Angélus trois fois par jour (matin, midi, soir), au début des Heures mariales, à la fin de chaque office de Complies (avec l'antienne mariale du temps), et lors de toutes les neuvaines mariales.
- Type
- Prière mariale (salutation angélique)
- Origine
- Ier siècle (paroles bibliques) ; XIIIe-XVIe s. (formulaire complet)
- Sources
- Luc 1,28 (salutation de Gabriel) ; Luc 1,42 (Élisabeth)
- Auteur
- Anonyme (rédaction collective)
- Usage liturgique
- Rosaire, Angélus, dévotion mariale
- Approbation
- Bréviaire romain de saint Pie V, 1568
- Statut
- Prière mariale fondamentale du rite latin
Histoire et contexte
L'Ave Maria combine deux salutations bibliques : celle de l'archange Gabriel à l'Annonciation (Lc 1,28) et celle d'Élisabeth à la Visitation (Lc 1,42). Sa première partie est attestée comme antienne de l'Avent dès le VIIe siècle dans l'antiphonaire grégorien. La diffusion comme prière privée se généralise au XIe siècle, sous l'impulsion de saint Pierre Damien. Le nom « Jésus » est ajouté au XIIIe siècle, popularisé par Urbain IV. La seconde partie (« Sancta Maria... ») est fixée par le bréviaire romain de saint Pie V en 1568. Le Concile d'Éphèse (431) avait préparé cette dévotion en proclamant Marie Theotokos.
Texte latin
Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum. Benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Iesus. Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen.
Texte français
Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen.
Comment prier le Je vous salue Marie
Trois usages se complètent. À l'Angélus, trois Ave ponctuent les versets de l'Annonciation, matin, midi et soir au son de la cloche. Au Rosaire, dix Ave forment chaque dizaine sous le regard d'un mystère du Christ : la prière mariale devient ainsi contemplation christologique. Pour une lectio brève, dites-le lentement, en faisant halte au nom de Jésus, Pie V demandait qu'on incline la tête à ce moment. Au crépuscule, beaucoup de bénédictins en font leur dernière parole avant le silence de Complies.
Questions fréquentes
Pourquoi disons-nous « pleine de grâce » et non « comblée de grâce » ?
Le grec <em>kekharitōménē</em> est un parfait passif qui désigne un état durable, parfait : Marie a été et demeure pleinement transformée par la grâce. La traduction latine <em>gratia plena</em> en garde la plénitude ; « comblée » accentue plutôt l'événement.
Quand le nom de Jésus a-t-il été ajouté ?
Vers 1261, sous le pontificat d'Urbain IV, le nom de Jésus est inséré entre les deux salutations bibliques pour confesser explicitement le mystère de l'Incarnation au cœur de la prière.
La seconde partie est-elle biblique ?
Non. « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous… » est une supplication ecclésiale née de la piété populaire au bas Moyen Âge, fixée dans le Bréviaire romain de 1568. Elle confesse la maternité divine définie au concile d'Éphèse (431).
Pour aller plus loin
- Saint Bernard de Clairvaux, Homélies sur le Missus est, II-IV (commentaire de Lc 1,26-38)
- Catéchisme de l'Église catholique, §§ 2676-2678, « Je vous salue, Marie »
- Lucien Deiss, Marie, Fille de Sion, éd. Desclée, 1959 (typologie biblique de l'Ave)
Commentaire spirituel
L'Ave Maria est la rencontre de deux voix bibliques : celle de l'archange Gabriel (« Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous », Lc 1,28) et celle d'Élisabeth (« vous êtes bénie entre les femmes et le fruit de vos entrailles est béni », Lc 1,42). Ces deux salutations, l'angélique et la prophétique, encadrent le mystère de l'Incarnation. La tradition chrétienne, dès le VIe siècle byzantin, les a unies en une seule acclamation déjà chantée à Constantinople comme antienne d'Avent.
L'ajout du nom de Jésus, à la jonction des deux versets (« Jésus, le fruit de vos entrailles »), est attribué au pape Urbain IV (1261). La seconde partie, « Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae », est née de la dévotion populaire des XIVe-XVe siècles, puis fixée dans le Bréviaire romain de saint Pie V en 1568. Elle ramasse en une demande tout l'horizon de la vie chrétienne : maintenant, c'est-à-dire à chaque instant, et à l'heure de la mort.
Saint Bernard de Clairvaux voit dans l'Ave la « réparation du salut » : ce que Ève avait perdu par son non, Marie le restaure par son fiat. Le mot Ave est l'inverse exact d'Eva. Toute la mariologie est contenue dans cette inversion : Marie, nouvelle Ève, mère de tous les vivants dans l'ordre de la grâce.