Séquence

Partition grégorienne de la séquence pascale Victimae paschali laudes
Séquence Victimae paschali laudes (Wipo de Bourgogne, vers 1040), chantée à la messe de Pâques et toute son octave : l'une des cinq séquences conservées par le Missel tridentin. Image Wipo, Public domain, via Wikimedia Commons.

Définition

Séquence, Composition poétique chantée après l'Alléluia (ou le Trait) avant la lecture de l'évangile. Née au IXe siècle de l'amplification mélodique de l'Alléluia, la séquence a connu un foisonnement médiéval réduit à cinq pièces par le Concile de Trente.

Séquence, en bref

  • Terme : Séquence
  • Étymologie : Du latin sequentia (« ce qui suit »), car la séquence prolongeait à l'origine le mélisme final (jubilus) de l'Alléluia. Aussi appelée prosa au Moyen Âge.
  • Siècle d'apparition : IXe siècle (Notker Balbulus de Saint-Gall, vers 880)
  • Usage actuel : Cinq séquences conservées dans la forme extraordinaire (Pâques, Pentecôte, Fête-Dieu, Notre-Dame des Douleurs, Requiem). Dans la forme ordinaire, deux séquences obligatoires (Victimae paschali laudes à Pâques, Veni Sancte Spiritus à la Pentecôte) ; les trois autres facultatives.
  • Étymologie : latin sequentia, « ce qui suit » (le jubilus de l'Alléluia)
  • Siècle d'apparition : IXe siècle (Notker Balbulus, Saint-Gall, vers 880)
  • Place dans la messe : après l'Alléluia, avant la lecture de l'évangile
  • Structure : strophes appariées (a-a, b-b, c-c…) sur mélodies différentes
  • Cinq séquences tridentines : Victimae paschali, Veni Sancte Spiritus, Lauda Sion, Stabat Mater, Dies irae
  • Réforme de 1970 : deux obligatoires (Pâques, Pentecôte), trois facultatives
  • Lié à : graduel, hymne liturgique, propre, introit, antienne

Sources : Graduale Romanum (Solesmes, 1974), Liber Usualis (Desclée, 1961), Liturgia Horarum (Vatican, 1985-1987).

Définition

La séquence (sequentia ou prosa) est née au IXe siècle, en pays franc, de l'usage de mettre des paroles sous les longs mélismes (jubilus) qui prolongeaient la dernière syllabe de l'Alléluia. Notker Balbulus, moine de Saint-Gall (mort en 912), est traditionnellement considéré comme l'organisateur de cette forme dans son Liber Hymnorum. Le Moyen Âge a vu un foisonnement de séquences (plus de cinq mille pièces recensées), composées par Adam de Saint-Victor au XIIe siècle. Le Concile de Trente, dans le Missel de Pie V (1570), n'a conservé que cinq séquences au Missel romain : Victimae paschali laudes pour Pâques (Wipo de Bourgogne, XIe s.), Veni Sancte Spiritus pour la Pentecôte (attribuée à Étienne Langton, XIIe-XIIIe s.), Lauda Sion Salvatorem pour la Fête-Dieu (saint Thomas d'Aquin, 1264), Stabat Mater pour Notre-Dame des Douleurs (Jacopone da Todi, XIIIe s., ajoutée en 1727), et Dies irae pour la messe de Requiem (Thomas de Celano, XIIIe s.). La structure typique est faite de strophes appariées (a-a, b-b, c-c…) chantées sur la même mélodie, ce qui distingue la séquence de l'hymne (toutes strophes sur la même mélodie). La réforme de 1970 a rendu facultatives Stabat Mater et Dies Irae, conservant obligatoires Victimae paschali laudes (Pâques) et Veni Sancte Spiritus (Pentecôte).

Exemple liturgique

Séquence Victimae paschali laudes, chantée chaque jour de l'octave de Pâques entre l'Alléluia et l'évangile : « Victimae paschali laudes immolent Christiani », composée vers 1040 par Wipo, chapelain des empereurs Conrad II et Henri III.

Commentaire

La séquence est un genre proprement franc, né au IXᵉ siècle dans les monastères carolingiens. Elle naît d'un usage pratique : amplifier mélodiquement le mot Alleluia en prolongeant son jubilus (mélisme final) par une longue vocalise sans paroles, à laquelle on a ensuite appliqué un texte syllabique pour faciliter la mémorisation. Notker Balbulus (« le Bègue »), moine de Saint-Gall mort en 912, est traditionnellement considéré comme l'organisateur de cette pratique : son Liber Hymnorum (vers 880) rassemble une cinquantaine de séquences qu'il compose pour les fêtes de l'année, sur des mélodies fournies par les antiphonaires de Jumièges.

Le Moyen Âge connaît un foisonnement extraordinaire : plus de cinq mille séquences ont été recensées par les Analecta Hymnica de Dreves et Blume (Leipzig, 1886-1922). Adam de Saint-Victor (XIIᵉ s.) en compose une centaine d'une qualité littéraire remarquable. Le Concile de Trente, dans le souci de purger la liturgie des accumulations médiévales, n'en conserve que quatre dans le Missel de Pie V (1570) : Victimae paschali laudes de Wipo de Bourgogne pour Pâques (vers 1040), Veni Sancte Spiritus attribuée à Étienne Langton pour la Pentecôte (XIIIᵉ s.), Lauda Sion Salvatorem de saint Thomas d'Aquin pour la Fête-Dieu (1264) et Dies irae de Thomas de Celano pour les défunts (XIIIᵉ s.). Le Stabat Mater de Jacopone da Todi est ajoutée en 1727 pour la fête de Notre-Dame des Douleurs.

La réforme de 1970 maintient deux séquences obligatoires (Pâques, Pentecôte) et rend les trois autres facultatives, décision parfois discutée, le Dies irae ayant été retiré de la messe de Requiem.

« La séquence Victimae paschali laudes est l'un des plus beaux fleurons de la liturgie pascale ; sa structure dialogale en fait un petit drame liturgique. », Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique, t. VII (Pâques), Solesmes, 1882.

Partition grégorienne de la séquence Grates nunc omnes pour la nuit de Noël
Séquence Grates nunc omnes, attribuée à Notker Balbulus de Saint-Gall (IXe siècle) pour la messe de la nuit de Noël : exemple du répertoire séquentiaire médiéval supprimé par Trente. Image Unknown authorUnknown author, Public domain, via Wikimedia Commons.

Voir aussi

Pour approfondir la compréhension du terme Séquence, consulter les entrées suivantes du lexique liturgique :

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Questions fréquentes, Séquence

Quelles sont les cinq séquences conservées par le Concile de Trente ?

Victimae paschali laudes (Pâques, Wipo de Bourgogne, vers 1040), Veni Sancte Spiritus (Pentecôte, attribuée à Étienne Langton), Lauda Sion Salvatorem (Fête-Dieu, saint Thomas d'Aquin, 1264), Stabat Mater (Notre-Dame des Douleurs, Jacopone da Todi, ajoutée en 1727) et Dies irae (Requiem, Thomas de Celano).

Quelle est la différence entre séquence et hymne ?

L'hymne a toutes ses strophes chantées sur la même mélodie. La séquence a des strophes appariées (a-a, b-b, c-c…) chantées sur des mélodies différentes pour chaque paire, chaque mélodie est répétée une fois exactement, ce qui donne à la séquence une structure plus variée et progressive.

Pourquoi appelle-t-on la séquence aussi « prose » ?

Au Moyen Âge, on l'appelait prosa parce qu'elle était composée en prose rythmée (et non en vers métriques classiques comme l'hymne). Les séquences anciennes de Notker n'avaient ni rime ni mètre régulier, seulement un parallélisme de longueur entre strophes appariées.

Références et pour aller plus loin

  • Graduale Romanum, Solesmes, 1974, pp. 198-200 (Victimae paschali laudes)
  • Liber Usualis, Tournai, Desclée & Cie, 1961 (cinq séquences tridentines)
  • Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique, t. VII (Pâques), Solesmes, 1882 (commentaire de Victimae paschali)
  • Guido Maria Dreves et Clemens Blume, Analecta Hymnica Medii Aevi, Leipzig, 1886-1922, 55 vol.
  • Margot Fassler, Gothic Song : Victorine Sequences and Augustinian Reform in Twelfth-Century Paris, Cambridge UP, 1993.
  • Daniel Saulnier, La séquence grégorienne : essai sur Victimae paschali, Solesmes, 2008.